Les Vieux Fourneaux, tome 4 (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Cet été-là, Antoine a accompagné Sophie durant toute la tournée du spectacle de marionnettes « Le Loup en slip » . Bien qu’Antoine ne soit pas parvenu à soutirer à Sophie des informations sur le père de Juliette (son arrière-petite-fille), il est tout de même ravi d’avoir passé du temps en famille… mais ses vieux os ne sont pas mécontents de retrouver un bon lit et les copains du bistrot du village. Par contre, pendant son absence, une espèce protégée a eu la mauvaise idée de venir s’installer dans le champ de Berthe. Et le champ de Berthe, c’est exactement l’endroit où Garan-Servier avait prévu de faire ses travaux pour agrandir son usine.
Alors voilà que les zadistes sont arrivés en renfort sur le site de Garan-Servier ! Et ce n’est pas les gens du coin qui vont s’en plaindre… Sauf peut-être Antoine qui voit d’un mauvais œil ce violent coup de frein à la reprise de l’activité économique de la région. « Moi j’ai fait ma véranda plein sud et… », « Pis c’est mon coin à champignons le bois de chez Berthe » , « sans compter que les nouveaux employés ne viendront pas à La Chope » … Autant de faux arguments qui chauffent suffisamment les oreilles d’Antoine pour que ce dernier décide d’aller s’expliquer avec les « rastaquouères » écolos.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Wilfrid Lupano passe au karcher des sujets d’actualité épineux et dont les médias font leurs choux gras. L’auteur décape, défrise, déride et décale ces questions de société à coup d’humour déjanté et un brin alcoolisé. Protection de l’environnement, migrants, délocalisation, relance économique, désert médical… et puis sans l’amouuuur, le tableau ne serait pas complet ! L’ambiance pourrait être électrique mais jamais ô grand jamais on se crispe ou on se lasse. C’est limpide, cinglant comme on aime et surtout, plein de bonne humeur. Parfaitement dans la continuité des tomes précédents, peut-être un poil plus affirmé, un scénario plus mordant et plus que jamais engagé. La qualité de chaque tome est réelle. Le scénariste est d’une lucidité aussi affutée qu’un couteau, fait fuser les répliques avec beaucoup de naturel. Les personnages sont plus vivants que jamais et on leur envie leur sens de la répartie. Il y a très peu de temps morts dans cet album mais on n’a pas l’impression d’être bombardé de rebondissements alambiqués qui seraient difficiles à répertorier. Bien au contraire, ces cinquante-quatre pages filent à la vitesse de la lumière et la fin de ce tome tombe comme un couperet et annonce un cinquième tome… que j’attends déjà avec impatience.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Paul Cauuet s’applique à dessiner ces silhouettes qui ne répondent à aucun des canons de la mode. Méticuleusement, il s’applique sur les rides et les bedaines, les cheveux hirsutes, les trognes improbables animées par des moues, des rictus, des bouches en cœur ou des grimaces de colère. Les illustrations nous réservent toujours une place de choix pour observer cette bande de sympathiques énergumènes se battre avec les aléas de la vie, se harpouiller et se serrer les coudes.

Ce quatrième tome est vraiment excellent. On retrouve le panache qui m’avait fait tant apprécier la série au premier tome. Une critique sociale loufoque que l’on a plaisir à lire et à relire.

Une belle lecture commune avec Sabine. Je vous laisse d’ailleurs avec les mots de Sabine qui sans nul doute en parlera mieux que moi.

Une lecture que nous partageons pour le rendez-vous de la « BD de la semaine » qui s’est posé [deuxième mercredi du mois oblige] chez Stephie !

Les Vieux Fourneaux

Tome 4 : La Magicienne
Série en cours
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Paul CAUUET
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : novembre 2017
54 pages, 11.99 euros, ISBN : 978-2-5050-6542-5

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Chroniks Expresss #34

Bande dessinée : Crache trois fois (D. Reviati ; Ed. Ici Même, 2017).
Jeunesse / Ados : Sauveur & Fils, saison 1 (M-A. Murail ; Ed. L’Ecole des Loisirs, 2016), Pépites (A-L. Bondoux ; Ed. Bayard, 2012).
Romans : Le Cœur du Pélican (C. Coulon ; Ed. Points, 2016), Laver les ombres (J. Benameur ; Ed. Actes Sud, 2008), Comme un roman (D. Pennac ; Ed. folio, 2013).

 

*

* *

Bande dessinée

 

Reviati © Ici Même – 2017

C’est la chronique de Jérôme qui m’a convaincue. J’ai lu cet album en juillet dernier, je voulais lui consacrer une chronique et j’ai laissé filer le temps et, aujourd’hui, je n’ai plus la matière suffisante pour le faire. Pourtant, faire l’impasse sur cette lecture m’est impossible.

Inclusion, exclusion, intégration. Des thèmes forts de l’album qui viennent flirter avec cette peur de l’autre, de l’Etranger, de ses différences. Cette peur qui nous pousse à le rejeter, le haïr parfois. Et puis, quand l’Etranger part, son absence nous met mal. Qu’est-il devenu ? Reviendra-t-il ?

C’est l’histoire d’un village mais avant tout des enfants de ce village. Ils ont grandi ensemble et fait leurs premières expériences. Premier plongeon, première clope, premiers frissons du sentiment amoureux.

Le dessin de Davide Reviati est fragile. Il s’efface presque sur certains détails, comme s’il n’osait pas et laissait notre imagination faire son travail. Comme par pudeur, il laisse les lignes et les contours des visages se deviner. A nous de combler les brèches. Nuages, vent et mouvements sont de la partie. Les gestes fusent ou restent suspendus dans l’air. Ce paysage de campagne est parfois désertique, laissant présager un drame.

C’est l’histoire d’un village italien. Dans ce hameau, des tsiganes ont construit leur campement. Ils y vivent quelques mois puis repartent. Où vont-ils ? Au sein de la communauté tsigane, il y a Loretta. La jeune fille est sauvage, féline. Elle fascine les garçons du village, un mélange de peur et de désir.

Un ouvrage qui mélange légendes urbaines, superstitions et Histoire. L’Histoire des tsiganes, chassés par tous, jamais posés, constamment humiliés, souvent persécutés … comme pendant la Seconde Guerre Mondiale où ils furent parqués dans les camps de concentration, où les allemands les ont torturés, tentés de les briser et de les exterminer. Entre passé et présent, Davide Reviati.

Un récit où se croisent passé et présent, monde imaginaire et monde réel.

Beau. Aussi marquant que son précédent ouvrage : Etat de veille.

Extraits :

« Les copains d’enfance tu ne les choisis pas, ils te tombent dessus et ils entrent en toi comme la fièvre, et ils n’en partent plus même si tu ls chasses à coup de pied au cul » (Crache trois fois).

« Je ne sais pas comment le dire… que le bonheur, on ne l’exhibe pas partout comme une robe neuve. Que, si on ne le contrôle pas, il rend idiot, avant de devenir ennui » (Crache trois fois).

*

* *

 

Jeunesse / Ado

 

Murail © Ecole des Loisirs – 2016

Sauveur Saint-Yves est un thérapeute spécialisé dans la clinique des adolescents « à problème ». Sauveur est veuf, père et débordé. Ses patients empiètent parfois sur la vie privée.

Lazare Saint-Yves est un jeune garçon pétillant de vie, curieux de tout. Son meilleur ami s’appelle Paul ; ensembles, ils iraient au bout du monde. Lazare est fils unique et ce qu’il aime par-dessus tout, c’est écouter aux portes… surtout celle qui donne sur le cabinet de son père. Lazare ne raterait pour rien au monde ces témoignages croustillants mais touchants et qui questionnent beaucoup le petit garçon qu’il est.

Voilà une succulente découverte faite sur les blogs. Les chroniques tentatrices : Jérôme, Noukette, Cuné, Stephie,… et puis il y eu mars 2017 et ce fameux anniversaire des pépites jeunesse organisé par Jérôme et Noukette et voilà « Sauveur & Fils » qui déboule chez moi.

Succulent, drôle, dur, c’est assez rafraîchissant de lire le quotidien de ce psychologue clinicien confronté à des patients. Consultation après consultation, il tente de les aider à sortir de leurs impasses. Divorce, scarification, angoisses, jalousie, pédophilie… les causes sont multiples et, parfois, seul le bon sens peut être invoqué pour résoudre la crise. Marie-Aude Murail nous le décrit plutôt bel homme et doté d’une voix… je donnerais cher pour qu’on me susurre des mots doux à l’oreille avec cette voix-là [mais je me reprends… « Sauveur 1 Fils » est un roman jeunesse].

Les thèmes sont durs mais la romancière les borde très facilement, exposant des faits puis, à l’aide de son personnage principal, revient sur ces notions de façon posée et met des mots sur ces maux. Des sujets sensibles face auxquels ses jeunes lecteurs peuvent être confrontés personnellement ou indirectement. Le fait de les aborder dans cette fiction peut permettre d’en reparler aussi à la maison.

Jolie découverte. Je suis conquise, comme de nombreux lecteurs. Il me tarde de retrouver Sauveur, Lazare, Louise, Paul, Gabin… et de savoir ce que le second tome nous réserve.


Bondoux © Bayard Jeunesse – 2012

« A vingt ans, Bella Rossa est une jeune femme splendide, aux cheveux flamboyants et à la vitalité hors du commun. Pourtant depuis sa naissance, son existence n’est qu’une suite de calamités. Lorsque la guerre arrive jusqu’à Maussad-Vallée, elle décide que le moment est enfin venu de partir à la recherche de la fortune : elle a son idée ! Et tant mieux, si en chemin, elle trouve le bonheur…
Embarquant son père paralysé et sa collection de casseroles, Bella Rossa se met en route vers l’Ouest. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’elle manquera de mourir par la faute d’une pépite et que l’Ouest lui réserve des rencontres aussi dangereuses que formidables. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’il existe des pépites plus précieuses que celles des chercheurs d’or… » (synopsis éditeur).

Partons donc parcourir ces grands espaces, à la période des pionniers américains et de la ruée vers l’or. Anne-Laure Bondoux propose un roman jeunesse frais et dépaysant, une histoire qui repose sur les épaules solides d’une jeune fille au caractère bien trempé. Ce roman m’avait été conseillé par Stephie il y a quelques années déjà ; si je m’étais empressée de m’offrir l’ouvrage, j’ai mis un peu plus de temps à passer à la lecture.

A ma grande surprise, il se dévore vite ce roman et alterne romance, aventure, suspense et – au passage – nous gratifie de quelques réflexions sur la société de l’époque : l’arrivée du chemin de fer qui facilite l’échange de marchandises et la mobilité des voyageurs, le racisme, le sectarisme, la corruption, l’alcoolisme, le chocs des cultures entre indiens d’Amérique et colons, le couple, la place de la femme dans la société, le « rêve américain » .

Ouvrage généreux, aussi ludique que captivant. Je l’ai déjà mis entre les mains de mon pré-ado qui le dévore (et roule des yeux ronds comme des billes et fait semblant d’être choqué lorsque la romancière s’attarde sur les seins de l’héroïne, « ses maudits seins ! Pourquoi, au lieu de pousser normalement, avaient-ils pris ces proportions ahurissantes ? Il n’y avait pas d’explication. En une seule année, ils étaient passés de la grosseur de deux pommes à celle de deux melons, puis à celle de deux pastèques » .

*

* *

Romans

 

Coulon © Points – 2016

Anthime a passé la majeure partie de sa vie à avoir peur.
Il a grandi un peu tordu par ses angoisses, un peu tordu par l’absence de ses parents. Son besoin d’affection et de réassurance, il le trouvait auprès de sa sœur.
Pour se forcer à dépasser ses peurs, il se lançait des défis.
Le plus marquant fut certainement celui qui fit suite à son arrivée dans sa nouvelle maison. C’était encore un jeune garçon quand ses parents ont déménagé et se sont installés en province. Lui et sa sœur les ont suivis, bien sûr, ils étaient encore trop petits pour avoir leur mot à dire. Une fête fut organisée ; de nombreux voisins y étaient invités. Lui ne connaissait personne, à peine quelques enfants qu’il avait aperçu dans le quartier. Une partie de balle au prisonnier fut improvisée alors, pour ne pas rester en marge, il s’est avancé puis a rejoint l’équipe qu’on lui désignait. Puis vint ce moment où, ballon en main, il s’est mis à courir avec tant de vigueur que personne ne fut en mesure de le rattraper. Ce jour-là fut comme une petite victoire pour Anthime.
Quelques mois plus tard, il étonna tout le monde sur un marathon inter-écoles. Dès ce moment, le professeur de sport se met à le considérer d’un autre œil. Anthime intègre le club d’athlétisme. Il a trouvé sa vocation, ce sera la course. Anthime n’a jamais compté les heures nécessaires à son entrainement, ni celles passées à aller ou à revenir d’une compétition, encore moins celles passées à courir. Sa raison de vivre était là. Dans la course. Un accident est venu balayer ses projets ouvrant le temps de la reconstruction et de l’oubli.

Troisième roman de Cécile Coulon que je découvre, troisième plongée dans une écriture totalement fascinante, qui nous prend aux tripes et nous jette dans tout ce que le personnage principal a le plus d’intime, de plus personnel. Hasard ou coïncidence [car j’ai encore des lacunes à combler puisque la romancière a été neuf romans à ce jour], c’est toujours un homme qui est au cœur du récit. Homme fragile, torturé, hanté par ses vieux démons qui ont fait naître en lui des peurs tenaces, certaines allant jusqu’à l’angoisse.

Je n’ai pas fini de parler de Coulon sur ce blog.

Une fois encore, je te remercie Noukette. Sans toi, j’aurais certainement fait l’impasse sur cet auteur.

Liens vers les autres romans de Cécile Coulon sur le blog.

 

Benameur © Actes Sud – 2008

Lea et Romilda. La fille et la mère. La danseuse et la vieille femme. L’inquiète et l’intranquille.

Lea a la trentaine, elle vit loin de chez elle, en ville. Sa respiration, c’est la danse. Depuis peu, elle s’autorise à se laisser aller avec Bruno. C’est la première fois qu’une relation dure, mais elle la sait fragile. Pourtant, les mains de cet homme-là, sa voix et sa présence la rassurent. Elle a trouvé son équilibre même s’il est encore balbutiant. Lea la danseuse, en permanence en équilibre, à la scène comme dans sa vie privée. Elle cherche à combattre son refus de l’Autre, de la vie. Puis, cet appel passé à sa mère. Elle perçoit dans la voit de l’aînée une fatigue, une inquiétude. Alors Lea prend la route malgré l’avis de tempête.

« Est-ce qu’aimer, ce n’est pas vouloir rejoindre, sans relâche ?
(…)
Aimer c’est juste accorder la lumière à la solitude.
Et c’est immense »

Un huis-clos, des retrouvailles entre deux femmes. Deux générations, deux vies, deux solitudes. Jeanne Benameur livre un récit poignant d’une rencontre où une mère brise le silence et explique à sa fille ce qu’elle a vécu. Un jour, un homme est entré dans sa vie. Avec lui, elle a fui, elle a quitté la maison familiale comme une voleuse, elle a quitté cette guerre qui ravageait son pays. L’homme lui a promis une vie meilleure loin de l’Italie, lui a fait miroiter le bonheur en France. Pourtant, si le couple a fini par s’installer dans un bourg paumé de la providence française, il y eu toutes ces années de guerre durant lesquelles la jeune fille perdit à jamais son insouciance. Prostitution, violences psychologiques, désillusions. Cette mère se livre avec émotions. Face à elle, sa fille avide de connaître la vérité tout en étant terrorisée par ce qui lui est confié. Mère et fille sont face-à-face, la romancière nous permet de ressentir la force de cet instant rythmé seulement par le vacarme que produit la tempête qui fait rage à l’extérieur de la maison dans laquelle elles se trouvent. Entre passé et présent, les deux femmes se livrent et font face à leurs peurs respectives.

Les autres romans de Jeanne Benameur sur le blog.

 

Pennac © Gallimard – 2013

Prenons un instant pour observer le rapport que nous avons à la lecture. Comment un individu développe-t-il le goût ou le dégoût de la lecture ? Le système scolaire donne les bases nécessaires à la lecture et à l’écriture mais qu’est-ce qui se joue à la maison ? Est-ce que le discours des parents a un impact sur le lien futur que nous aurons chacun avec les livres ? Lecture plaisir ou lecture contrainte. Que va-ton chercher dans les livres et qu’est-ce que l’objet livre représente tout simplement pour chacun ? Tant de question que Daniel Pennac nous invite à nous poser. Il nous amène à nous rappeler ce que lire représentait pour nous étant enfant. Ce plaisir de la lecture du soir que nous avions enfant ou que nous avons, en tant que parent. Le plaisir de lire serait-il une question de transmission ou ne serait-ce qu’une prédisposition que certains individus ont alors que d’autres en sont dépourvus.

La quatrième et dernière partie du roman nous présente les « droits imprescriptibles du lecteur » lus sur de nombreux blogs et repris quantité de fois à différentes occasions :

1/ Le droit de ne pas lire, 2/ Le droit de sauter des pages, 3/ Le droit de ne pas finir un livre, 4/ Le droit de relire, 5/ Le droit de lire n’importe quoi, 6/ Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible), 7/ Le droit de lire n’importe où, 8/ Le droit de grappiller, 9/ Le droit de lire à haute voix, 10/ Le droit de nous taire.

Belle réflexion sur la littérature et sa place dans la société. Belle réflexion sur le plaisir que procure la lecture. Un texte qui remet les pendules à l’heure. Ecrit en 1995 à l’époque ou Daniel Pennac était enseignant, j’ai trouvé ce texte très actuel, c’est à peine s’il a pris la poussière.

Traquemage, tome 2 (Lupano & Relom)

Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2017

En pleine lande moyenâgeuse, Pistolin continue sa route. Accompagné de Myrtille, il se rend à Saint-Azur-en-Lagune afin de rencontrer le premier mage de la liste des mages à éradiquer : Kobéron.

On va commencer par lui. Je l’ai choisi parce qu’il fait un peu moins peur que les autres…

Rappelons ici que l’odyssée de Pistolin est motivée par un ras-le-bol à l’égard des mages qui se livrent une guerre sans merci et qui, tout occupés à se pourrir entre eux, n’ont que faire des dégâts collatéraux qu’ils occasionnent çà et là. Dégâts dont les paysans comme Pistolin (producteur de fromages de biques appelés Pécadou) font continuellement les frais [à de stade avancé de la chronique, je vous invite à relire ma chronique du premier tome].
Mais avant d’aller à la rencontre de Kobéron, Pistolin va devoir convaincre les sirènes afin qu’elles l’aident à récupérer l’épée du Traquemage qui git au fond de l’océan… Une épreuve de taille… et celles à venir ne sont pas plus à la portée du pauvre Picolin ! Sans compter qu’en chemin, il tombe nez-à-nez sur Merdin l’Enchianteur.

– Dites, c’est quoi exactement, un Enchianteur ?
– C’est un sorcier qui t’enchiante l’existence !

Farce déjantée où l’on croise pêle-mêle des personnages imaginaires de tout bord, revus et corrigés par Wilfrid Lupano. Une fée Clochette alcoolique, un grand magicien cupide et obnubilé par la folie des grandeurs, des sirènes dévergondées, un enchanteur dépité et qui porte la poisse, des paysans aux abois… un monde fou qui caricature les travers de notre société actuelle. Capitalisme, alcoolisme, opportunisme, individualisme… autant de concepts qui font le charme de la vie de tous les jours…

Au dessin, Relom donne de la consistance à toute la crasse de cet univers. Les paysans puent la sueur et c’est sans trop de difficultés que l’on pourrait entendre les poux qui grouillent dans la laine des biquettes. Une vase collante et gluante se répand sur de nombreuses cases et symbolise ce monde à l’agonie. La magie n’était qu’un leurre, le versant rouillé et oxydé d’une richesse qui était pourtant prometteuse. Les trognes expressives des personnages font écho aux propos cocasses qui sont énoncés. Des personnages qui semblent réagir au premier degré et pourtant le lecteur attrape sans se fatiguer toutes les allusions qui viennent critiquer la société et clins d’œil répandus généreusement dans le scénario. Je crois bien que l’intérêt de cette série est le travail qu’a réalisé Relom ; l’illustrateur donne vraiment une profondeur inattendue à cette épopée insensée. Il campe une ambiance, joue avec la caricature, donne de la consistance à tous ceux qu’on croise durant cette aventure. C’est bien dans le dessin qu’on trouve ce qui fait le sel de cet univers.

Sitôt lu sitôt chroniqué car je pense que je retiendrais seulement le côté cocasse de l’album. Un vent de folie très plaisant. Une lecture drôle et divertissante aux multiples et imprévisibles rebondissements dont je ne ferais pas un incontournable.

Traquemage

Tome 2 : Le Chant vaseux de la sirène
Série en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Terres de Légendes
Dessinateur : RELOM
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : octobre 2017
56 pages, 14.95 euros, ISBN : 978-2-7560-7482-5

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Traquemage, tome 2 – Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2017

Les Cent nuits de Héro (Greenberg)

Greenberg © Casterman – 2017

Au cours d’une soirée, un bourgeois opulent vaniteux vante les mérites et les qualités de son épouse. Il la voit comme une femme vertueuse, loyale et fidèle. Il fait le pari insensé qu’aucun homme ne parviendra à la faire sortir du droit chemin. Son meilleur ami, avec qui il converse, est lui aussi quelqu’un de très fier. Homme à femmes, il provoque le mari et cherche à lui fait entendre la naïveté de ses propos. Piqué au vif, ce dernier le met au défi : « Je vais m’absenter et tu vas essayer de la séduire. (…) Je te donne 100 nuits. Mais je te garantis qu’elle sera fidèle ».
Héro, la servante de l’épouse, a entendu toute la conversation et en fait part à Cherry – la femme du riche marchand. Toutes deux tentent d’élaborer une stratégie pour que Cherry échappe aux griffes de ce mâle prétentieux. Le soir même, lorsque celui-ci se présente à la porte de la chambre de Cherry et s’installe dans son lit, Cherry lui demande une faveur ; elle souhaite entendre pour la dernière fois une des histoires que sa servante raconte si bien. A la fin de la première nuit, l’histoire n’est pas terminée. L’homme demande à pouvoir entendre la fin du récit avant de passer à l’acte auprès de la femme de son ami, quitte à la prendre de force si elle s’oppose.
Et c’est ainsi que, de nuit en nuit, Héro vient se glisser sous les draps de son amie pour raconter ses histoires, contes modernes et légendes urbaines, et tente ainsi de repousser le moment fatidique.

Parce qu’il y eut, auparavant, un album dépaysant « L’Encyclopédie des débuts de la Terre » d’Isabel Greenberg. Parce que j’en garde un bon souvenir et que l’idée de retrouver cette auteure m’a séduit.

Le prologue rappelle étrangement son album précédent : quelque part dans l’immensité de la galaxie vit un dieu tout puissant : l’Homme-Aigle. Ce dieu a deux enfants d’apparence humaine mais dotés d’un bec. Ces deux enfants se nomment Gamin et Gamine. Un jour, pour s’amuser, Gamine créa la Terre et les humains. Ils étaient heureux, vivaient d’amour et d’eau fraîche, procréaient. Gamine s’en amusait. Quand son père découvrit cela, il décida de s’occuper de la Terre et d’interférer dans ce qui s’y passe. Mais ni lui ni Gamine n’avaient anticipé les facultés étonnantes de l’Homme à s’adapter et son imprévisibilité. Parmi les nombreuses surprises que l’espèce humaine réservent aux dieux, il y a ce sentiment étonnant et capricieux qu’est l’amour ; face à lui, les théories de l’Homme-Aigle volent en éclats.

Nous voilà à fouler de nouveau le sol de « La Terre des débuts », monde moyenâgeux imaginaire, société patriarcale où l’homme semble vivre en harmonie avec la nature. Les superstitions vont bon train et la religion – le culte voué à l’Homme-Aigle – régit les lois sociales qui sont édictées. Dans ce monde traditionaliste, la place de la femme est cantonnée à un rôle bassement domestique et, dans les milieux les plus modeste, elle doit travailler pour assurer la subsistance de son foyer. La femme n’a pas le droit d’apprendre à écrire, encore moins à lire. L’accès aux livres est strictement règlement et réservé à de rares privilégiés.

Isabel Greenberg ne cache pas son penchant pour les contes et légendes ancestraux. Dans ce monde qu’elle invente – la Terre des Débuts – on ne peut manquer de remarquer les similitudes des croyances qu’elle invoque avec de vieilles superstitions ancestrales piochées dans différentes cultures primitives. Les peuples de la Terre des débuts ne maîtrisent pas la technologie, très peu d’entre eux possèdent l’écriture. Les traditions sont donc dépendantes d’une transmission orale. Les superstitions sont nombreuses. Pourtant, çà et là, l’auteure injecte des personnages qui tentent d’ébranler l’ordre établi. Des femmes ont ainsi l’ambition de sortir de l’avilissement dans lequel elles sont enfermées. Elles ont cette finesse d’esprit et cette prudence de ne pas faire les choses de manière frontale. Elles s’unissent, se serrent les coudes, espérant ainsi éveiller des consciences.

Sans en faire une critique acerbe, Isabel Greenberg questionne également l’impact des dogmes religieux, lorsqu’ils sont imposés de façon autoritaire et que la doctrine ne souffre aucune remise en question, aucune critique. Il y a des similitudes explicites avec les actes religieux pratiqués à la période de l’Inquisition. Ceux qui fautent, les femmes qui sont prises sur le fait alors qu’elles étaient en train de lire sont soumises à la sanction divine. Pour elles, il n’y a pas d’autres alternatives que la mort.

On est également sensible à la référence forte faites aux « Contes des Mille et une nuits », à cette femme qui recule chaque nuit l’instant fatidique. C’est joliment mené et le dessin faussement naïf vient donner un côté intemporel à cet univers. Pour rehausser le tout, le quotidien de ces deux femmes éprises l’une de l’autre, l’auteur insuffle dans le scénario un rythme étonnant. Les propos tenus par les protagonistes sont à la fois formulés dans un langage tout en retenue, légèrement précieux, jusqu’à ce que surgissent des termes de notre « monde » actuel et pioché dans un parlé plus vulgaire, plus instinctif, plus franc et qui donne une touche détonante.

Le talent de conteuse d’Isabel Greenberg ne fait aucun doute. En utilisant Héro, son héroïne charismatique, elle permet au lecteur de s’échapper dans un monde imaginaire des plus agréables.

Les Cent nuits de Héro

One shot
Editeur : Casterman
Dessinateur / Scénariste : Isabel GREENBERG
Dépôt légal : février 2017
222 pages, 29 euros, ISBN : 978-2-203-12195-9

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les Cent nuits de Héro – Greenberg © Casterman – 2017

C’était ma « BD de la semaine » et je vous invite à découvrir les bulles pétillantes dénichées par les bédéphiles :

Sabine :                                      Enna :                                      Nathalie :

tome 1 / tome 2 / tome 3 / tome 4

Blandine :                                 LaSardine :                                  Mylène :

  Amandine :                                Saxaoul :                                      Fanny :

Sylire :                                       Gambadou :                            Laeti :

Karine:) :                                Stephie :                                    Jérôme :

Jacques :                                  Noukette :                                 Bouma :

Sita :

.

Ce qu’il faut de terre à l’homme (Veyron)

Veyron © Dargaud – 2016
Veyron © Dargaud – 2016

Il était une fois la femme d’un paysan russe qui accueillait sa sœur pour la journée. Cette sœur, venue en visite avec mari et enfant, était née dans cette campagne pauvre qu’elle n’aspirait qu’à quitter étant plus jeune. Le mariage la sortit de sa triste condition et elle prit goût au luxe.

Pendant qu’elle bavarde avec sa sœur, son bourgeois de mari s’entretient avec son beau-frère. Le premier est un riche marchand, le second n’est qu’un moujik. Le premier parle d’exploitation agricole, de terres dans lesquelles il faut investir. Le second se défend, contre argumente… il n’a jamais envisagé telles perspectives. Pourtant, le bourgeois a planté une graine dans l’esprit du moujik et lorsque la nouvelle se répand que la Barynia envisage de vendre ses terres à son intendant – un homme tatillon – il parvient à convaincre les hommes du village qu’ils ont tout intérêt à investir ensemble dans ces terres. Devenir leur propre patron, améliorer leurs conditions… ils n’ont pas besoin de beaucoup. Cependant… la machine est en marche. Pourquoi se contenter de peu quand on peut avoir beaucoup plus ?

Acidulé, cynique pétillant, frais… cet album de Martin Veyron (Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2001) est une adaptation d’une nouvelle (un conte plutôt) intitulée « Qu’il faut peu de place sur terre à l’homme ». L’histoire n’a pas pris une ride et ce souffle d’air frais que Martin Veyron donne à ce récit montre Ô combien la question est toujours d’actualité. Société folle, capitalisme, course au profit. Penser à soi et rien qu’à soi, acquérir davantage de richesses, encore et encore, accumuler pour les générations à venir, prospérer. Profiter ? Contrairement à Tolstoï, Martin Veyron laisse ses personnages sans noms. On les nomme par leur fonction ou leur statut social. Peu importe car ce récit est intemporel et seule la morale de l’histoire compte.

Le dessin est fin, léger. Les personnages semblent alertes, ils sont gracieux malgré l’accoutrement grossier de certains protagonistes. Les couleurs sont douces, naturelles, ce qui vient donner un peu d’insouciance dans cet univers. S’y greffent des répliques acides. Les personnages ont un certain sens de la répartie ; il y a une très belle cohabitation entre les différents niveaux d’échanges, le premier degré côtoie parfaitement le second degré ce qui donne souvent un décalage amusant entre les interventions des uns et des autres. L’ensemble est à la fois cinglant et cocasse, ce qui permet de profiter d’un sympathique moment de lecture.

Sept chapitres… sept temps en quelque sorte… sept étapes qu’effectue le personnage principal dans sa folie des grandeurs. Dans sa faim de terres, de cheptel, de respect aussi. C’est l’histoire aussi d’une communauté organisée, traditionnelle, conservatrice. La place de chacun est établie depuis des siècles puis un grain de sable arrive, porteur de mille et une promesses et perspectives nouvelles. Mais dans cette société bien huilée, le changement sème un peu de zizanie et impose avec force une nouvelle logique, une nouvelle manière de voir les choses et ce point de vue est à prendre en considération. Mais forcément, les places des uns et des autres vont être quelque peu modifiées.

PictoOKUn ouvrage ludique mais ce n’est pourtant pas ce que je voudrais mettre en avant. Car il a d’autres qualités avant celle-ci : un scénario solide (le genre à ne vous lâcher que lorsque vous avez terminé l’album), des personnages hauts en couleurs (ceux-là même qui vous intriguent, qui vous rendent curieux et déterminés à écouter ce qu’ils ont à vous dire), un graphisme qui fait mouche (celui-là même qui vous met des odeurs dans le nez et dilate vos pupilles quand vous regarder le dessin d’un coucher de soleil). Et puis le côté réflexif de l’affaire en cerise sur le gâteau.

Une sympathique lecture commune avec une amoureuse des livres et des bons mots. Retrouvez sa chronique dans son « Petit carré jaune ».
Et pendant que nos deux blogs se font écho aujourd’hui, Sabine et moi on trinque IRL. Voyez à quoi ça peut mener les blogs… 😉 xD

A lire aussi, les chroniques : La Chèvre grise, Yv, Stemilou.

Ce qu’il faut de terre à l’homme

One shot
Editeur : Dargaud
Dessinateur / Scénariste : Martin VEYRON
Dépôt légal : janvier 2016
136 pages, 19,99 euros, ISBN : 978-2-2205-07247-1

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ce qu’il faut de terre à l’homme – Veyron © Dargaud – 2016

Kushi, tome 1 (Marty & Zhao)

Marty – Zhao © Editions Feï – 2017
Marty – Zhao © Editions Feï – 2017

Kushi est la petite-fille de la chamane du village. Kushi est une élève douée et fait preuve d’une maturité qui met mal à l’aise la plupart des adultes du village. Excepté le jeune vétérinaire et son instituteur, la plupart des villageois la regardent du coin de l’œil. Kushi est une enfant solitaire ; les autres enfants ne l’approchent pas, seul Tilik – un de ses camarades de classe – passe outre les recommandations parentales et la compte parmi ses amies.

Dès qu’elle en a l’occasion, la fillette part galoper dans la steppe. Là, elle est en harmonie parfaite avec la nature, connaît sur le bout des doigts les vertus de la flore, les habitudes de la faune, les signes qui annoncent un changement de saison. Un savoir devenu inhabituel et, la plupart du temps, considéré comme archaïque. Désormais, place à la modernité et aux esprits visionnaires. Nous sommes en 1985 et la plupart des Mongols aspirent à la modernité.

… vous vivez comme au temps des Khans. Le monde a changé. On n’appartient plus à la steppe, c’est elle qui nous appartient et nos enfants ont besoin de voir autre chose.

Le pire d’entre eux s’appelle Bold. Il est désormais assis sur un joli pactole. Sa richesse, il l’a obtenue grâce à ses agissements véreux, ses magouilles, manipulant par ci et mentant par là pour parvenir à ses fins. Aujourd’hui, ce bandit local a un nouveau projet. Pour le mener à bien, il saigne la steppe à blanc afin de tirer parti de ses inépuisables ressources. Mais Kushi découvre ses agissements et s’oppose ouvertement à lui. Elle ne pourra compter que sur elle-même, sa connaissance de la steppe et son amie de toujours : sa chienne sauvage qui se prénomme Khulan. Les superstitieux murmurent qu’elle a un autre allié et non des moindres en la personne de Tengger, le dieu de la steppe.

Golo Zhao était déjà parvenu à nous embarquer dans une superbe aventure avec « La Balade de Yaya », le voilà qui récidive à l’occasion de cette nouvelle série. Les paysages à perte de vue, la steppe et ses couleurs attrayantes, ces visages mangés par de grands yeux, cette douce sensibilité dans les dessins, cette habitude de s’arrêter le temps nécessaire sur un personnage pour en détailler la gestuelle et les expressions de son visage lorsqu’il se laisse surprendre ou bien encore lorsqu’il se heurte à, une frustration. Le dessin parle au moins autant que le scénario. Cela fait partie du jeu induit par Golo Zhao, une invitation à prendre le temps, à s’arrêter pour observer.

Au scénario, Patrick Marty (« Le Juge Bao », « L’Ombre de Shanghai »). Après une première collaboration avec Golo Zhao (sur le dernier tome de « La Balade de Yaya »), le voilà qui associe sa plume au crayon du dessinateur chinois. Au cœur de son histoire, il installe une fillette entière, aussi généreuse qu’exigeante et qui défend avec force ses convictions. L’auteur nous fait une place dans un microcosme humain perdu au cœur de la Mongolie-Intérieure. Cette petite communauté balbutie encore avec la notion de « progrès » et l’idée qu’elle en a. Il est question d’une ouverture à la modernité mais la réflexion de fond tient justement à ce choix que de nombreuses sociétés ont eu à faire : est-ce que la construction de l’avenir passe obligatoirement par le rejet de traditions ancestrales ? Croyances et modernité sont-elles obligatoirement des antonymes ? Faut-il abandonner une identité forte pour avancer et trouver sa légitimité face au monde dit « civilisé » ?

PictoOKQuand science et superstitions ancestrales n’ont donc pas de terrain d’entente possible !? Une réflexion qui n’est pas dépourvue d’intérêt. Un récit faussement naïf qui interroge sans heurter la sensibilité des plus jeunes. Vivement la suite de cette histoire prometteuse et pimentée.

La chronique de Johanne.

Kushi

Tome 1 : Le Lac sacré
Série en cours (4 tomes prévus)
Editeur : Editions Feï
Dessinateur : Golo ZHAO
Scénariste : Patrick MARTY
Dépôt légal : janvier 2017
96 pages, 9,50 euros, ISBN : 978-2-35966-234-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Kushi, tome 1 – Marty – Zhao © Editions Feï – 2017

Le Retour à la terre (Ferri & Larcenet)

Manu Larssinet et sa femme, Mariette, décident de s’installer à la campagne, aux Ravenelles. Emporté par son élan, Manu n’avait pas vraiment réalisé ce qu’impliquait le fait de changer aussi radicalement de mode de vie. Passer de la banlieue parisienne… au petit patelin perdu au milieu des champs. Si Mariette semble satisfaite de leur nouveau cadre de vie, Manu va quant à lui prendre la mesure du changement quelques semaines après leur installation.

La connexion internet qui rame, le propriétaire qui a en permanence le nez collé à leur fenêtre (et pour cause, son potager est sur le terrain mitoyen du leur), les copains qui sont loin, les gens du coin qui parlent en patois… Le choc est rude. Mais Mariette tient le cap et Manu se fait peu à peu à son nouveau rythme de vie.

Le Retour à la terre – Larcenet – Ferri © Dargaud – 2002 à 2008
Le Retour à la terre – Larcenet – Ferri © Dargaud – 2002 à 2008

Une série marrante, le genre de bouffée d’air et de bonne humeur que l’on aime prendre. Univers loufoque et pour cause : Jean-Yves Ferri scénarise la vie de Manu Larcenet.

C’est moi vu par Ferri mais dessiné par moi !

Manu et sa casquette rouge, Mariette et son flot orange, Monsieur Henri (le proprio qui est partou)t, la boulangère très… alléchante, Speed (le chat) incapable de s’acclimater à la campagne, un ermite, Esope le garçon aux chaussures rouges, les Atlantes, Tip Top son frère et puis le silence, le manque d’inspiration et son contraire, la solitude rompue par le téléphone qui sonne ou les amis qui débarquent pour le week-end, la déprime, les questions et les doutes.

Une intégrale regroupant les trois premiers tomes a été publiée. Contrairement aux tomes de la séries qui se présentent dans un format classique, son format à l’italienne met en valeur chaque strip. Au rythme d’un gag par page, cette découpe nous donne une furieuse envie de dévorer le bouquin tant on a vraiment l’impression d’une liberté dans la création, comme un plaisir surdimensionné à le réaliser et à imaginer toutes ces situations cocasses. La vie à la campagne est certes caricaturée mais sans le côté hautain et dévalorisant. On finit même par s’attaquer au personnage le plus horripilant qui soit : Madame Mortemont, la vieille acariâtre du village.

Outre les délires quotidiens de Manu et le décalage provoqué par ce « débarquement » d’un citadin à la campagne, on a des passages totalement déconnectés de la réalité, des échanges métaphysiques avec un ermite qui vit dans un arbre et l’apparition ponctuelles des Atlantes, peuple aquatique qui vit dans un étang non loin du village, sorte de cousin dégénéré des mythiques habitants de l’Atlantide. Ils deviennent les compagnons imaginaires du personnage principal, sorte de gardes fous qui lui rappellent au moindre doute que la folie le guette.

PictoOKDes années que je voulais découvrir cette série et ma foi, je n’ai pas été déçue.

Le Retour à la terre

Série terminée (cinq tomes)
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Manu LARCENET
Scénariste : Jean-Yves FERRI
Dépôt légal : 2002 à 2008
230 pages (soit 5 tomes de 46 pages)

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le Retour à la terre – Larcenet – Ferri © Dargaud – 2002 à 2008