Inferni, tome 1 (Boriau & Grelin)

Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

Suite au divorce de ses parents, Anton doit partir vivre chez sa tante pendant quelques semaines. S’il est triste, il ne sait l’exprimer et c’est plutôt par la colère qu’il montre que la situation l’affecte.
Il se retrouve donc à devoir vivre dans un vieux manoir en compagnie d’une tante peu loquace et avare en sourire. Heureusement qu’il peut compter sur la présence de Léonie, Mama africaine plantureuse – qui soigne le garçon à coup de crêpes et de mots rassurants – et de Méphy, un jeune bélier joueur et affectueux.

Merci papa, merci maman ! Super idée de divorcer ! « Et si on mettait Anton chez tante Méryl, elle a sûrement un cercueil de libre !

Mais la vie au manoir de sa tante n’est pas une partie de plaisir. L’environnement est lugubre, le jardin ressemble davantage à un terrain vague qu’à un havre de paix et à l’intérieur, entre les toiles d’araignées, les draps qui recouvrent la majeure partie du mobilier, les cartons disposés çà et là… et les fantômes qui se mettent à apparaître sous les yeux d’Anton, il y a largement de quoi supplier sa mère de trouver rapidement une solution pour le sortir de ce lieu détestable. Mais peu à peu, quelques évènements vont lui faire voir les choses autrement.

On entre vite dans le vif du sujet. Quelques pages à peine suffisent à nous présenter Anton alors qu’il part définitivement de chez lui et jette un regard triste sur sa maison où un panneau « A vendre » ne laisse aucun doute possible sur le caractère irréversible de la situation. En quatre pages, Grelin change sa palette de couleurs. Terminés les tons ocres et chatoyants de la ville en plein jour. Nous voilà en pleine nuit à devoir affronter à la fois la peur qui grandit à mesure qu’on se rapproche du terrifiant manoir de la tante et la douleur de la séparation avec sa mère. Si le récit s’était tu temporairement – le temps d’une double-page – il reprend du service sitôt qu’Anton pénètre dans la lugubre bâtisse. David Boriau s’attarde dans un premier temps sur le personnage principal, montrant sa force de caractère et son obstination à affronter la situation. Le scénariste nous invite à mettre nos pas dans ceux d’un personnage courageux, volontaire et soucieux du bien-être de ceux qui l’entourent. Les quelques zones d’ombre qui planent dans la première partie de l’album aident à installer une tension qui se gère parfaitement bien et qui donnent l’envie d’en découvrir davantage sur cet univers. On obtient forcément les réponses à nos questions… une partie du moins car pour avoir en mains la totalité des pièces du puzzle, il va nous falloir attendre la sortie du second tome. La fin de ce premier opus est pour le moins abrupte… on est en haleine voire frustrés de devoir attendre la suite. C’est dire l’accroche.

Le jeune héros fait déjà preuve d’une sacrée maturité pour son âge (9 ans) et montre qu’il a déjà une bonne dose de sang-froid. On apprécie rapidement l’enchaînement d’événements et la manière dont le héros parvient à y trouver son parti. Un garçon semblable aux garçons de notre époque : amateur de jeux vidéo, le bec sucré, jouant au grand mais qui se laisse vite prendre par une course effrénée dans les couloirs de la maison, content de faire la connaissance d’un nouvel animal de compagnie et même s’il joue aux gros bras, il est bien content de venir se rassurer auprès d’un adulte.

Un album qui, non content d’avoir fait une entrée fracassante chez nous, a fait sensation avec sa couverture phosphorescente ! Louka a eu grand plaisir à se faire un peu peur en compagnie d’Anton au-dessus duquel flotte l’ombre de Lucifer… Voici ce qu’il en dit, un avis succinct mais qui concentre tout le plaisir qu’il a eu à la lecture de l’album : « Super cool !! J’aime bien les dessins et l’histoire. Je ne me suis pas inquiété pour Anton car j’ai tout de suite compris que c’était le héros et qu’il ne pouvait pas lui arriver de problèmes. Je le conseille à tous les enfants et les adultes qui aiment bien les histoires d’aventure ». On y parle d’amitié, de l’importance de ne pas prêter attention au qu’en-dira-t-on, de superstitions et de croyances, de deuil.

Me voilà rassurée, il n’a pas eu peur (hu hu hu… si vous l’aviez vu pendant qu’il lisait, un peu stoïque par moment jusqu’à ce que j’entende un gros soupir de soulagement et complètement imperméable à ce qui se passait autour de lui). L’album est sympathique en tout cas. On accroche rapidement et la fin de ce premier tome tombe comme un couperet alors que l’histoire vient tout juste de révéler le fait qu’Anton dispose d’un don très particulier. A quand la suite ??!

Inferni

Tome 1 : Héritage
Trilogie en cours
Editeur : Jungle
Dessinateur : GRELIN
Scénariste : David BORIAU
Dépôt légal : mars 2017
72 pages, 12,95 euros, ISBN : 978-2-822-21424-7

Bulles, bulles, bulles…

La bande annonce de l’album.

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Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

Sixtine #3

Après moult péripéties, il était grand temps de vous parler de nouveau de Sixtine !

Je ne vous ai rien dit la concernant depuis bien trop longtemps et l’heure est venue de vous donner de ses nouvelles. Dans mon dernier article, vous aviez eu l’occasion de découvrir les grandes lignes de l’univers. Je vous avais alors proposé de consacrer un article à Sixtine afin que vous puissiez faire la connaissance de l’héroïne de la série. On va donc profiter de cet article pour entrer un peu plus loin dans les coulisses de ce projet et parler du travail de collaboration entre Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac.

Comment ce personnage a évolué dans les différents travaux, trouvé sa silhouette, une gestuelle qui lui est propre ? Comment ses traits de caractères se sont peu à peu imposés aux auteurs, comme une évidence ? Comment « Sixtine » a trouvé son rythme, le ton adéquat pour le récit… un crédo en quelque sorte qui rend l’univers original ?

Place au travail de création.

L’idée de cette série a germé dans l’esprit de Frédéric Maupomé après avoir vu une série de dessins réalisés par Cécile (je vous invite réellement à vous rafraîchir la mémoire en relisant l’article Sixtine #2), les éléments qui ont par la suite enrichit l’univers viennent d’autres référence. Il y eu cette envie de créer un personnage qui soit un mélange de Sophie et de Fido (fans de la série « Inspecteur Gadget », j’en appelle à vos souvenirs) ? Alors oui, Sixtine avait une personnalité qui se dessinait déjà lorsque le projet – entièrement écrit en dialogues – arrive sur la table à dessin d’Aude Soleilhac. En revanche, Frédéric n’a rien dit à Aude – excepté pour Sophie (l’amie de Sixtine) pour laquelle la consigne était que le personnage devait obligatoirement être une jeune fille caribéenne (élément qui devrait servir dans les tomes à venir) – concernant le physique des personnages. La dessinatrice a ainsi eu tout loisir d’inventer et de les construire en fonction de son propre ressenti.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Si la trame de l’histoire narrative était déjà construite, il restait cependant à trouver le bon compromis graphique pour installer certaines précisions (émotions ressenties par les personnages, trouver les bonnes expressions pour que, d’un coup d’œil, le lecteur comprenne qu’il est face à une scène comique ou qu’au contraire, il est à un moment crucial de l’histoire et que la suite de l’aventure va dépendre du dénouement d’une scène ou d’un choix fait par tel ou tel protagoniste…).

Sixtine est donc « née » une première fois dans l’imagination du scénariste et ses traits de caractères se sont précisés lorsqu’il a couché par écrit les premiers dialogues de cette fiction. L’illustratrice peut ensuite corroborer certaines orientations. En ayant une liberté de création totale, Aude Soleilhac a ainsi apporté les compléments nécessaires au travail du scénariste. De la silhouette de Sixtine à l’ambiance de cet univers en passant aussi par un choix d’appliquer telle ou telle structuration à ses planches, elle a eu une influence importance sur la dynamique de cette histoire, sur la vitesse de lecture qu’on va choisir, sur le moment où – inconsciemment – on va s’attendrir face à la réaction d’un personnage où sur le moment précis où on va sourire ou encore être en alerte face à un danger imminent. Son dessin, ses couleurs et la taille de ses vignettes sont nos antennes.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Sixtine va donc « naître » une seconde fois sous le crayon de l’illustratrice. Il s’agit pour elle d’organiser des idées, d’attraper son ressenti, de préciser une forme puis, crayon en main, d’assembler ces éléments et d’en faire un univers graphique cohérent. Frédéric en construit l’ossature et donne les premiers repères. Aude le complète, l’enrichit et y apporte des détails nouveaux qui lui donneront de la rondeur.

« (…) pour chacun des personnages, je suis allée puisée dans mes expériences d’adolescence, le côté geek de Martin, le côté bonne élève sérieuse de Sophie, ses rondeurs nouvelles dues à l’adolescence, et le côté androgyne de Sixtine, en dehors des cases de la société »

(propos d’Aude Soleilhac)

Créer un personnage, l’investir à tour de rôle, ne jamais cesser de l’enrichir et surtout, confronter des regards sur un univers et ses personnages… voilà autant d’atouts qui vont permettre aux auteurs de s’appuyer sur une réelle interaction, un échange régulier entre scénariste et dessinateur qui permet de construite progressivement un univers dans lequel le lecteur trouvera sa place. Une place qu’il aura envie de retrouver plus tard lors de la sortie des albums à venir.

Lorsque le scénario a commencé à prendre forme, Sixtine était avant tout définie par des traits de caractère : déterminée, franche, futée, casse-cou, cancre et sportive. Un personnage qui est entier, qui s’appuie sur de rares amitiés mais des amitiés réelles, fortes. Lorsque Aude s’en saisit et commence à explorer cet univers, premiers croquis, la silhouette de Sixtine apparaît, son look vestimentaire se précise, sa gestuelle s’affirme progressivement. Sixtine ressemble un peu à Vincent (« Histoire de poireaux, de vélos, d’amour et autres phénomènes… ») sur certains traits de caractères. Aude poursuit : élancée, l’adolescente sera aussi androgyne, « passe-partout » avec son look vestimentaire en dehors des canons de la mode.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Sixtine a donc été investie à deux reprises par deux auteurs qui tous l’ont perçue de manière aussi différente que complémentaire. C’est un univers qui leur échappe donc en partie puisque tout au long de ce travail de création, les échanges ont permis de préciser un point de vue ou l’importance d’un détail (tic d’expression, attitude corporelle, sens de la répartie…). Le résultat les surprend tous les deux, comme un univers où ils ont injecté une part d’eux-mêmes mais qui est indépendant. Il y a aussi cette envie commune aux deux auteurs de partager des valeurs communes (un certain regard sur la société). Le sujet de la tolérance et celui du respect de la différence seront présents en toile de fond dans cet univers.

Une complémentarité réelle dans le travail dont sort des personnages avec une âme, un charisme.

Le prochain article sera l’occasion de vous montrer les différentes étapes du processus de création de cet album à paraître (septembre 2017).

Pour aller plus loin :

Lili Crochette et Monsieur Mouche, tome 1 (Chamblain & Supiot)

Chamblain – Supiot © Editions de la Gouttière – 2017

Des couleurs qui nous sautent aux yeux. Chaleureuses. Lumineuses. Un paysage à perdre de vue. Et ce prénom qui se présente à nous : « Elizabeth ». Voilà la première planche de l’album, plus qu’une invitation à la lecture… une invitation au voyage. On arrive sur cette petite île, on va accoster sur le ponton sinueux y amarrer notre barque et courir à en perdre haleine vers l’endroit d’où provenait cette voix qui appelle. Non loin, un vaisseau trois mats du XVIIIème est lui aussi amarré. L’appel du large déjà très présent, une envie d’étancher cette soif d’aventure nous saisit.
Elizabeth. Fille du gouverneur qui tente par tous les moyens d’égayer le quotidien morose de la grande demeure dans laquelle elle vit. Seule enfant, elle passe ses journées sous la surveillance d’une nurse à qui elle en fait voir de toutes les couleurs. Reine de l’évasion, Lili a plus d’un tour dans son sac et toujours mille idées qui lui passent par la tête. Un jour, alors qu’elle est punie et consignée dans sa chambre, elle fugue par la fenêtre et court rejoindre Mouche, son ami colibri. La première chose qu’ils s’empressent de faire, c’est de revêtir leurs costumes de pirates. Ils deviennent ainsi les inséparables Lili Crochette et Monsieur Mouche. C’est le début d’une aventure où la fillette va rencontrer de vrais pirates.

Petite fille espiègle qui n’a pas froid aux yeux et qui n’a pas la langue dans sa poche. Elle porte l’histoire avec entrain et embarque pour une épopée pleine de rebondissements. Les couleurs renforcent le côté ludique de du récit et même si Lili se retrouve en de fâcheuses postures, Joris Chamblain la sort avec humour et sans aucune difficulté des pétrins dans lesquels elle se met et s’extrait avec aisance. Rien à voir avec sa précédente série « Enola » qui pourtant fait la part belle à l’imaginaire… Ici, je n’ai pas mâché mon plaisir à découvrir cette fillette vive, inventive, maline et spontanée.

Les dessins d’Olivier Supiot (« Le cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art« , « Pieter et le Lokken« , « Tatoo« ,…) ont plein de pep’s et le petit lecteur peut facilement faire abstraction des phylactères s’il le souhaite, ça ne le privera pas de profiter de cette épopée amusante. Les couleurs sont toniques et les expressions des personnages ne laissent planer aucun doute sur l’état d’esprit dans lequel ils sont.

Une petite série jeunesse craquante que je vous invite à faire découvrir à vos charmantes têtes blondes.

Indication de l’éditeur : à partir de 5 ans.

Lili Crochette et Monsieur Mouche

Tome 1 : Le Fléau du bord de l’eau
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Olivier SUPIOT
Scénariste : Joris CHAMBLAIN
Dépôt légal : mars 2017
32 pages, 10,70 euros, ISBN : 979-10-92111-49-1

Bulles bulles bulles…

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Lili Crochette et Monsieur Mouche, tome 1 – Chamblain – Supiot © Editions de la Gouttière – 2017

Père et Fils (Ulf K. & Lizano)

Père et fils – Ulf K. – Lizano © La Gouttière – 2017
Père et fils – Lizano – Ulf K. © La Gouttière – 2017

« Une promenade au parc. Une partie de pêche. Un jeu de société. Avec un brin de magie et de complicité, il suffit d’un rien pour transformer le quotidien d’un père et son fils !
« Père et Fils », une bande dessinée muette, entre humour et tendresse, dans laquelle on suit les jeux et les instants de vie d’un père et son fils. Chaque planche propose une aventure, une saynète qui donne le sourire ! Cet ouvrage est un hommage au travail de Erich Ohser, qui a créé la série jeunesse allemande « Vater und Sohn » dans les années 30, une façon de revisiter cette série en l’ancrant dans notre monde contemporain. » (présentation de l’univers sur le site de l’éditeur).

Un album jeunesse dans lequel on est entré à pas feutrés. Sur la première de couverture, un dessin rond, net, mettant en avant des personnages joviaux, visiblement complices. Un père et son fils pris dans leur histoire imaginaire. Des rêveurs lunaires qui sont capable de faire abstraction du monde qui les entoure.

Les couleurs sont peu engageantes et cette couverture, je la trouve même assez austère. Il y a quelque chose de moderne dans le dessin de Ulf K. mais le cachet bleu-blanc-rouge-noir dénote. A l’intérieur de l’album, l’ambiance graphique me parle aussi peu. Le bleu nuit a disparu, laissant toute la place à une atmosphère piquante, tonique… peut-être un peu trop. Les saynètes racontent des petites tranches de vie dont on peut facilement en comprendre la morale.

Marc Lizano extrait la substance de ces instants qui font souvent écho avec notre propre expérience. Au scénario de cet album, Marc Lizano revisite l’univers créé par son compatriote Erich Ohser il y a près de 80 ans. Marc Lizano met les historiettes au gout du jour en y intégrant notamment télévision et console de jeux. Il montre de manière amusée les contradictions d’un père qui élève seul son fils. Les rôles sont inversés ou du moins, pas distribués de façon très tranchée. L’enfant se montre souvent plus mature et réfléchi que son père. Ce dernier, un brin colérique, mauvais perdant et un tantinet de mauvaise foi, nous touche tant il est spontané. L’homme laisse libre court à toute une part d’enfance qui est encore très vivace. Une figure parentale qui toutefois donne un cadre éducatif à son garçon, lui transmet ses valeurs et une certaine conception de la vie sans l’empêcher de faire ses propres expériences.

Un univers plein de tendresse qui fait la part belle à l’amour réciproque d’un père et de son fils. Un humour absurde, dommage que certains gags soient tout de même un peu hermétiques. Un petit côté poétique se dégage de ces scènes. Agréable moment de lecture. Je reste un peu sur ma faim mais mes petits lecteurs ont réellement savouré cet album.

La chronique de Sabine.

Père et Fils

– Vater und Sohn – Les Saisons –
One Shot
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Ulf K.
Scénariste : Marc LIZANO
Dépôt légal : février 2017
64 pages, 13,70 euros, ISBN : 979-10-92111-48-4

Bulles bulles bulles…

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Père et Fils – Lizano – Ulf K. © La Gouttière – 2017

Azadah (Goldstyn)

Goldstyn © La Pastèque – 2016
Goldstyn © La Pastèque – 2016

Azadah est une fillette afghane.

La vie a mis sur son chemin Anja, une journaliste occidentale avec qui elle s’est beaucoup attachée. Et les sentiments sont réciproques. Mais le reportage d’Anja est terminé et elle doit repartir. Affectée à l’idée de ne plus revoir son amie, Azadah tente de la retenir.

Un album jeunesse pour parler de la guerre et du quotidien de millions de gens, d’enfants. Azadah voit son avenir tout tracé, l’impossibilité d’aller à l’école puisque celle-ci a été détruite,

Et puis ce décor. Les animaux faméliques qui font les poubelles, les femmes en burqa qui vendent des fruits, les hommes qui jouent aux échecs dans la rue avec une kalachnikov en bandoulière, la pauvreté…

Mais le dessin de Jacques Goldstyn est libre, lumineux. La fillette court si vite pour rejoindre son amie qu’on a l’impression qu’elle vole au-dessus du décor qu’elle traverse. La fillette est si pleine de rêves pour son avenir qu’elle nous transporte. Elle aspire à la liberté, à la culture, à l’éducation. Des ambitions d’une enfant de son âge qui bousculent son quotidien. Un joli coup de crayon, un coup de pinceau pour poser les couleurs à l’aquarelle, une enfant vive qui donne du pep’s à cette scène d’adieu entre deux amies que deux générations séparent. Une promesse de retour, l’espoir d’un avenir moins sombre…

PictoOKA faire lire aux enfants sans aucune modération.

Azadah

Album jeunesse
Editeur : La Pastèque
Dessinateur / Scénariste : Jacques GOLDSTYN
Dépôt légal : octobre 2016
56 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-923-841-96-0

Bulles bulles bulles…

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Azadah – Goldstyn © La Pastèque – 2016

Les Légendaires – Parodia, tome 2 (Sobral & Jung)

Sobral – Jung © Guy Delcourt Productions – 2017
Sobral – Jung © Guy Delcourt Productions – 2017

Suite de la folle parodie de l’univers des « Légendaires » dont le premier tome était sorti l’année dernière.

Maitre Pamplemousse (Patrick Sobral, le scénariste des « Légendaires » et du spin-off « Les Légendaires – Origines »), Milady Morigane (Jessica Jung la dessinatrice), Natou (la dessinatrice des « Légendaires – Origines ») et Kitou (qui s’occupe du site et du livre d’or des Légendaires) se retrouvent dans cet album à côtoyer physiquement leurs personnages. Tantôt en train de chercher de nouvelles histoires, tantôt à leur donner la répartie, les rôles et les places de chacun sont complètement chamboulés mais le grand manitou qui donne le tempo reste bel et bien Maître Pamplemousse, le double de papier de Patrick Sobral (qui ne se fait d’ailleurs pas de cadeau).

Comme je l’avais expliqué dans ma précédente chronique, les gags de « Légendaires – Parodia » ont tout d’abord été prépubliés dans Le journal de Mickey avant de paraître en album (pour les gags du premier tome du moins… je n’ai pas vérifié l’information pour ceux du second tome). En avant pour des gags d’une page, ambiance loufoque assurée. Mon fils étant fan de l’univers, je lui laisse le clavier :

J’ai bien aimé les histoires de Parodia. Il y en a certaines qui sont plus drôles que dans le premier tome. On retrouve Maître Pamplemousse un peu plus en colère et plus drôle du coup. Lady Morigane reçoit sa colère mais elle ne se laisse pas démonter. Natou et Kitou, les assistantes, font des blagues à Maître Pamplemousse pour le taquiner.
L’album est plein de sketches d’une page. Il arrive des malheurs à Maître Pamplemousse et aux Légendaires. Des fois on est dans le monde des auteurs et des fois on est dans le monde des Légendaires. On voit comment Maître Pamplemousse crée les Légendaires de manière un peu fofolle. Dans les gags, on retrouve tous les personnages de l’univers des « Légendaires ». Mais c’est pas tout ! Les auteurs font n’importe quoi avec les personnages et il y a plein d’autres personnages d’autres univers que celui des « Légendaires ». Par exemple, il y a des Pokémon, des personnages de mangas, des stars comme Mickael Jackson, des personnages de Walt Disney, des références à des films (Harry Potter…), de la BD (Astérix et Obélix…), des personnages de jeux vidéos… Ils viennent faire des blagues ou tout simplement un clin d’œil à ceux qui les ont créés.
« Légendaires – Parodia » n’apprend rien sur les personnages pour un fan de la série. Mais on voit la personnalité drôle ou stupide des Légendaires, leurs défauts ou ce qui leur fait peur. Par exemple, Danaël ne sait pas nager, Ténébris aime qu’on ne sache pas qu’elle a peur, Shimy qui aime embêter Jadina et vice et versa, Jadina qui est complètement amoureuse de Danaël au point de faire n’importe quoi, Razzia qui est un gros gourmand…
On s’amuse bien en lisant ce livre

Et puis ça nous arrive de suivre le blog des Légendaires… aussi…

PictoOKPour tout ce que je n’ai pas expliqué ici, je vous renvoie vers mon article sur le tome 1 où je prenais le temps de développer un peu plus le concept. En tout cas, cet album est très agréable même pour des gens qui – comme moi – ne connaissent pas tous les détails de la série. Bonne humeur garantie.

Les Légendaires Parodia

Tome 2 : Vous trouvez ça drôle ?
Série en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Jeunesse
Dessinateur : Jessica JUNG
Scénariste : Patrick SOBRAL
Dépôt légal : février 2017
32 pages, 9,95 euros, ISBN : 978-2-7560-8549-4

Bulles bulles bulles…

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Les Légendaires-Parodia, tome 2 – Sobral – Jung © Guy Delcourt Productions – 2017

La Pension Moreau, tome 1 (Broyart & Lizano)

Broyart – Lizano © Editions de la Gouttière – 2017
Broyart – Lizano © Editions de la Gouttière – 2017

Emile a fugué plusieurs fois de chez lui et est mutique. Pour ces raisons, ses parents jettent l’épongent et décident de le confier à la pension Moreau.

En payant une somme faramineuse, ce richissime couple fait totalement confiance à cette institution pour remettre leur fils dans le droit chemin et l’éduquer. Derrière les murs épais de cet internat pour gosses de riches, Emile fait la connaissance de Victor, de Jeanne et de Paul. Il comprend vite que les conditions de vie sont austères. En dehors des quelques heures de cours hebdomadaires, les enfants sont corvéables à souhait. S’occuper du jardin, faire les lessives, rénover les pièces de la bâtisse… il n’y a là aucune place pour le plaisir. Les quatre membres de l’équipe éducative sont rigides, autoritaires et ne communiquent que pour rabrouer, donner des ordres, des coups et des punitions.

Vous connaissez les règles de notre pension. Vous nous confiez votre enfant définitivement. A charge pour nous de lui apprendre à vivre et de le replacer dans le droit chemin

Quel univers sombre pour un album jeunesse ! Benoît Broyart propose à ses jeunes lecteurs de faire une chute vertigineuse, aux antipodes de ce qu’ils peuvent lire habituellement. Il est effectivement assez rare d’aborder le sujet des violences et maltraitances dont les enfants peuvent être victimes. Il imagine, dans un huis-clos isolé, loin de toute ville, où pas même une oreille pourrait entendre un appel à l’aide… Et comble de tout, alors que tous les protagonistes sont des humains, les membres de cet internat ont une apparence animale. Le directeur est un hibou, le professeur un renard, celui qui s’occupe des activités physiques est un phacochère et le dernier, un raton laveur semble-t-il, n’a pas une fonction très claire.

Sur le site de l’éditeur, la fiche de présentation de l’album explique que le scénariste s’est inspiré d’un fait réel de 1934. Il y est question d’un bagne pour enfants et Jacques Prévert, en apprenant cela et même plus puisque les enfants se sont révoltés et certains sont parvenus à s’enfuir… mais une récompense pécuniaire fut offerte à chaque personne qui ramènerait un enfant dans cet enfer. Prévert laisse éclater sa colère dans un poème qu’il intitule « Chasse à l’enfant » et on peut en lire un court extrait dans « La Pension Moreau » puisque la première page met en scène le directeur-hibou, debout devant la fenêtre de son bureau, rêvassant à l’écoute d’une lecture de son poème.

« Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements
Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant
Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment »

(le texte dans son intégralité sur le site de Marc Lizano)

Pourtant, même si la réalité décrite dans cet album jeunesse est bien sombre, force est de constater que la lecture est d’une fluidité réelle. Les enfants pris dans ce cauchemar ont la force de caractère qui leur permet de supporter cette cruauté. De fait, le scénario s’appuie sur leur révolte silencieuse et reprend son souffle à chaque fois que l’un deux ose une pique à l’encontre d’un de leur geôlier. Les couleurs de Marc Lizano apportent un peu de chaleur et les tignasses rousses de deux des enfants sont des teintes qui ressortent, et que l’on cherche des yeux, dans ces gris, marrons et bleu marine.

PictoOKMalgré le sujet, les auteurs parviennent à faire en sorte qu’on les suive malgré les réticences. Ils nous interrogent, ils dénoncent la violence faite chaque jour à des enfants. La situation existe depuis l’aube des temps… espérons en cette chimère qu’un jour elle n’existera plus.

J’attends la suite avec impatience.

La Pension Moreau

Tome 1 : Les Enfants Terribles
Trilogie en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Marc LIZANO
Scénariste : Benoît BROYART
Dépôt légal : février 2017
48 pages, 14 euros, ISBN : 978-10-92111-08-8

Bulles bulles bulles…

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La Pension Moreau, tome 1 – Broyart – Lizano © Editions de la Gouttière – 2017