La Pension Moreau, tome 2 (Broyart & Lizano)

Broyart – Lizano © Editions de La Gouttière – 2018

Nous les avions quittés alors qu’ils étaient enfermés dans ce terrible internat. Un lieu dont on vante les mérites dans les cercles bien-pensants et bourgeois. Une Institution à l’heure d’une époque où l’on vend son enfant sans ciller et rubis sur l’ongle, où l’on s’en décharge comme on le ferait avec un paquet trop encombrant mais certain que l’on met la chair de sa chair entre des mains expertes…

… des mains soit disant capables de faire que la jeune pousse grandisse droit et que cette même jeune pousse devienne un individu intègre, instruit et épanoui.

Derrière l’imposante façade de l’internat et les jardins parfaitement entretenus, la réalité est autre. Une fois la transaction faite…

Vous connaissez les règles de notre pension. Vous nous confiez votre enfant définitivement. A charge pour nous de lui apprendre à vivre et de le replacer dans le droit chemin.

(extrait du tome 1)

… et sitôt les géniteurs partis, c’est l’horreur. Discipline de fer, maigres repas, travaux forcés et humiliations quotidiennes. C’est le bagne pour ces enfants qui se voient enchaînés à la moindre incartade. Emile, Victor, Jeanne, Paul ont vite compris que pour survivre, ils devaient filer droit et se serrer les coudes.

Pour l’heure, après une punition qui lui a valu deux mois de cachot, Paul revient parmi ses camarades… visiblement changé mais plus que jamais déterminé à trouver une solution pour sortir de cet enfer.

Des enfants humains confiés à des bêtes… des monstres. Et l’impression est d’autant plus renforcée que Marc Lizano a justement choisi de donner à ces geôliers des têtes d’animaux. Peu commodes, renard, hibou, phacochère et raton-laveur se relayent et se complètent à merveille pour vider ces mômes de leurs rêves, de leurs joies, de leurs mondes imaginaires… leur voler leur enfance.

Le scénario avance vite sans pourtant rien oublier. Benoît Broyart ne s’appesantit pas sur les mauvais traitements. L’auteur donne juste ce qu’il faut d’éléments pour maintenir un climat de terreur mais heureusement pour nous, les quatre enfants de l’histoire attrapent la moindre occasion pour parler et nous faire comprendre qu’il y a peut-être une lumière au bout de leur tunnel.

Surprenante noirceur dans un album des Editions de La Gouttière qui éditent généralement des récits plus pétillants, entraînants et souvent bourrés d’humour. Ici, il y a peu de douceur si ce n’est cette couverture au contact de velours (il est très agréable de toucher la matière de la couverture) et la petite bulle chaleureuse qui se crée grâce à l’amitié des quatre personnages principaux, le reste est assez glaçant. Bien qu’interpellés par ce scénario si dur, mes deux graines de lecteurs (9 et 12 ans) apprécient l’embardée dans ce monde cruel. Cela dit, je n’y serais peut-être pas allée si je ne connaissais pas la ligne éditoriale de La Gouttière… annoncée initialement comme une trilogie, je mise donc tout sur le troisième tome de la série pour trouver une fin heureuse à cette intrigue.

Un OVNI en matière d’albums jeunesse qui a le mérite d’ouvrir à des discussions qu’on aborde jamais de front avec des enfants : la traite des enfants, le travail forcé… Faut sacrément y croire et avoir une bonne dose de talent pour se lancer dans un tel projet jeunesse. Chapeau bas à Benoît Broyart et Marc Lizano !

Ma chronique du premier tome.

La Pension Moreau

Tome 2 : La peur au ventre
Trilogie en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Marc LIZANO
Scénariste : Benoît BROYART
Dépôt légal : février 2018
48 pages, 14 euros, ISBN : 979-10-92111-69-9

Bulles bulles bulles…

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La Pension Moreau, tome 2 – Broyart – Lizano © Editions de La Gouttière – 2018

Linette, tome 1 (Romat & Peyraud)

Romat – Peyraud © Editions de la Gouttière – 2018

C’est l’été et en ce jour ensoleillé, toute la famille de Linette est dans le jardin. Quand l’un jardine, l’autre fait des mots croisés. Ambiance détendue. Linette quant à elle a décidé d’arriser les fleurs de pissenlits pendant que sa maman arrose le potager. Mais sa maman triche car dans l’eau de l’arrosoir, elle a ajouté un bouchon de jus de fumier qui fait pousser les tomates à vue d’œil !

Alors Linette profite d’un moment d’inattention pour aller voler un peu de cette potion magique. Mais qu’il est difficile de porter cet arrosoir rempli d’eau ! Et là, c’est la catastrophe. Patatra ! L’arrosoir lui glisse des mains et l’eau se déverse sur les pieds de Linette… qui ne met pas longtemps à s’apercevoir qu’elle a désormais des pieds de géant ! Vite vite, elle doit trouver une solution.

Hop, une nouvelle série jeunesse qui commence chez La Gouttière et qui se lit en moins de deux ! C’est frais et complètement loufoque. Catherine Romat fait pétiller le scénario de cette album muet de nombreux rebondissements, cascades, envolées et de cache-cache derrière un rideau, sous un drap ou une bassine. La fillette, bien qu’un peu paniquée face à la taille surdimensionnée de ses pieds, prend finalement la situation du bon côté et s’en amuse.

Jean-Philippe Peyraud illustre de façon cartoonesque cette drôle d’épopée. Gros pieds, yeux complètement écarquillés de surprise, accès de panique, cavalcades, tout est là pour appuyer le comique de situation et faire rire le lecteur.

Un drôle d’album muet accessible aux petits lecteurs à partir de 4 ans.

Linette

Tome 1 : Les Pieds qui poussent
Série en cours
Editeur : Editions de la Gouttière
Dessinateur : Jean-Philippe PEYRAUD
Scénariste : Catherine ROMAT
Dépôt légal : avril 2018
32 pages, 10.70 euros, ISBN : 979-10-92111-74-3

Bulles bulles bulles…

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Linette, tome 1 – Romat – Peyraud © Editions de la Gouttière – 2018

Ça va faire des histoires (Desplechin)

Desplechin – Chapron © L’Ecole des Loisirs – 2018

Depuis le temps que je vois les lecteurs craquer pour les histoires de Marie Desplechin, en vanter les qualités, faire saliver tout le monde… depuis le temps ! Alors j’ai saisi l’occasion au vol. Une parution : hop… c’est l’occasion de découvrir cette plume que l’on m’a présentée comme si délicieuse.

Les vacances sont arrivées et avec elles, l’éternelle question de savoir comment s’occuper pendant cette période. Du haut de ses 7 ans, Fanta est perplexe. Sa mère ne veut pas qu’elle fasse de l’écran mais elle ne veut pas non plus qu’elle aille jouer dehors. Alors comment faire ? D’autant qu’entre elle, sa sœur et son frère, les rapports ne sont pas toujours… cordiaux. Heureusement, la bonne nouvelle ne tarde pas à venir : Fanta est invitée à passer quelques jours chez sa marraine. Son papa lui dit que c’est pour que sa maman se repose mais Fanta sait bien que c’est parce qu’elle est la « préférée » qu’elle a le droit de partir. Et puis ces « petites vacances » vont être pour Fanta l’occasion de se faire une nouvelle copine.

Diable que cette fillette est turbulente ! Je ne sais pas si c’était déjà le cas dans L’Ecole de ma vie que Marie Desplechin avait précédemment écrit mais c’est un vrai tourbillon de vie. Entre les bêtises qu’elle fait en permanence et les mensonges qu’elle trouve pour se couvrir, on comprend vite que partager le quotidien avec elle n’est pas de tout repos ! Sa marraine et son mari ne sont pas trop de deux adultes pour s’occuper de l’enfant.

Ça va faire des histoires – Desplechin – Chapron © L’Ecole des Loisirs – 2018

Marie Desplechin décrit une petite fille espiègle qui a recours à de nombreux subterfuges pour tenter de détourner les choses à son avantage. Incapable de voir plus loin que le bout de son nez quand elle est prise par ses jeux, Fanta est une petite peste qui ment à tout bout de champ ! Une peste très attachante en fait.

Marie Desplechin se glisse dans la tête de la fillette et partage avec le lecteur les moindres pensées de l’enfant. Elle est sans cesse en mouvement. Elle butine à droite et à gauche, délaisse un jeu pour un autre et donne libre court à son imagination. Généralement, les jouets qui passent entre ses mains ne sortent pas indemnes de ses épopées imaginaires… Et quand l’adulte gronde, la fillette invente des excuses farfelues. Ce petit bout de femme est peut-être naïve mais elle n’en est pas moins intelligente ; elle comprend vite que les adultes ne sont pas dupes.

Petit à petit, on voit que les choses vont bouger. La fillette veut comprendre ses erreurs et cherche un moyen de ne pas toujours décevoir « les grands » et/ou de ne pas les mettre tout le temps en colère. Elle comprend que ses mensonges lui servent de façon très éphémère voire lui compliquent l’existence… et qu’il lui faut agir autrement. C’est ce cheminement à hauteur d’enfant que Marie Desplechin nous invite à suivre.

Un sympathique roman jeunesse qui permet de parler des bêtises, des mensonges et de la confiance. Il y a beaucoup de fraicheur dans cet ouvrage !

Pour les 6-8 ans.

Ça va faire des histoires

Roman jeunesse
Editeur : L’Ecole des Loisirs
Collection : Mouche
Auteur : Marie DESPLECHIN
Illustrateur : Glen CHAPRON
Dépôt légal : avril 2018
76 pages, 8 euros, ISBN : 978-2-211-23677-5

Pas de deux (Cuveele & Dawid)

Cuveele – Dawid © Editions de la Gouttière – 2018

La pépite était attendue.

Delphine Cuveele raconte une nouvelle histoire de Luce.

Dawid la met en dessins.

Il y a cinq ans, Luce perdait sa grand-mère. La belle métaphore du papillon de Passe-Passe accompagnait le jeune lecteur dans le récit de ce deuil. Tout en douceur.

Un an plus tard, avec Dessus Dessous, on partait à la rencontre d’un habitant indésirable du jardin familial. Une petite taupe allait ainsi donner du fil à retordre à Luce et à son petit frère.

Pas de deux est l’histoire d’une amitié qui naît. Elle commence le jour où Taali rejoint la classe de Luce en cours d’année scolaire. Taali n’a pas d’amis, il vient de s’installer dans le village avec sa famille. Il est un peu impressionné. Sa première journée d’école se termine lorsque, sur le trajet du retour, il s’aperçoit qu’il prend la même direction que Luce. Les enfants s’observent de loin, en silence. Personne n’ose faire le premier pas. Jusqu’à ce qu’une souris verte détalle sur la route. Ni une ni deux, Taali se lance à sa poursuite, très vite suivi par Luce. C’est à celui qui attrapera la petite souris verte en premier !

La fraicheur de cette aventure doublée des dessins chaleureux et sublimes de Dawid nous font replonger en enfance. Quant au jeune lecteur, il profite pleinement de cet album muet sur lequel il peut poser ses propres mots et ainsi s’approprier tant l’histoire que sa morale.

Un album qui nous montre qu’on a tout à y gagner à faire un pas de côté pour aller à la rencontre de l’autre et l’accepter dans sa différence.

Pas de deux

Récit complet
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : DAWID
Scénariste : Delphine CUVEELE
Dépôt légal : avril 2018
40 pages, 10.70 euros, ISBN : 979-10-92111-75-0
L’album sur Bookwitty

Bulles bulles bulles…

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Pas de deux – Cuveele – Dawid © Editions de la Gouttière – 2018

La Boîte à musique, tome 1 (Carbone & Gijé)

Carbone – Gijé © Dupuis – 2018

Nola est une petite orpheline qui a perdu sa maman.

Pour ses 8 ans, son père lui offre un superbe cadeau : la boîte à musique qui appartenait jadis à la maman de Nola. Alors qu’elle rêvasse devant l’objet, bercée par ses mélodies, Nola voit soudain un mouvement dans la boîte à musique. En y regardant de plus près, elle aperçoit une petite fille qui lui fait signe d’approcher. En tendant l’oreille, Nola comprend que l’autre fillette lui demande d’entrer dans la boite à musique.

Tu dois faire un tour à droite, deux tours à gauche et mets la main sur le gobe ! Prête à nous rejoindre !

Sans trop comprendre comment elle est parvenue à ce tour de passe-passe, Nola entre dans la boîte à musique. Elle fait la connaissance d’Andréa et de son frère Igor mais surtout, découvre le monde de Pandorient, un royaume fascinant et dangereux. Elle sympathise très vite avec sa nouvelle amie qui lui demande de sauver sa mère qui est en train de mourir.

La Boîte à musique, tome 1 – Carbone – Gijé © Dupuis – 2018

Dépaysement garanti pour ce premier tome d’une nouvelle série d’aventures. Au scénario, Carbone nous livre très vite les éléments qui vont nous accrocher au récit : une fillette, un monde merveilleux, un voyage qui n’est pas sans dangers.

Au dessin, c’est Gijé qui s’y colle et son trait rond et généreux fait le reste. Une atmosphère largement saupoudrée de paillettes et de teintes rose bonbon qui, en temps normal me fait fuir. Pourtant, en compagnie de cet album jeunesse ce ne fut pas le cas. Cette fillette très dégourdie pour son âge a l’art de piquer au vif notre curiosité. A force de me dire « encore une page et j’arrête » , c’est tout l’album que j’ai dévoré en un rien de temps, intriguée par les expressions de surprise de l’enfant dont on suit l’histoire. Les yeux de Nola ne cessent de s’écarquiller face à tout ce qu’elle découvre et comme elle, on a réellement envie d’en savoir plus sur cet univers.

Pas le temps de faire une pause une fois la lecture engagée, on est pris dans les rebondissement et la vivacité des personnages. Un premier contact avec un univers beau et intriguant, une vraie richesse à exploiter. Une atmosphère de défiance ? Différentes espèces qui cohabitent dans une même cité ? Des règles qui interdisent à certains individus de s’aimer ? Un secret préservé depuis longtemps et que l’on confie enfin à Nola ?

Les auteurs posent très vite le décor et l’enrichissent à chaque page de petits indices qui épicent le récit. On y ajoute un peu de bonne humeur et une rencontre entre des fillettes de deux mondes différents et la magie opère très vite. Sans compter toutes les possibilités de voyages offertes par la petite boîte à musique. Voilà un tome de lancement réussi et on dit vivement la suite !

La chronique de Au fil des livres.

La Boîte à musique

Tome 1 : Bienvenue à Pandorient
Série en cours
Editeur : Dupuis
Dessinateur : GIJE
Scénariste : CARBONE
Dépôt légal : janvier 2018
56 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-8001-7319-1

Bulles bulles bulles…

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La Boîte à musique, tome 1 – Carbone – Gijé © Dupuis – 2018

Magisk Magi ! (Alfred & Lejonc)

Alfred – Lejonc © La Gouttière – 2018

A la télévision, il y a des publicités pour vanter les mérites de la Magi ! Box, une boite qui garantit à celui qui la possède de faire des tours de magie sensationnels et de transformer tout ce qu’il veut ! Ni une ni deux, voilà un bonhomme que cette boite fait rêver. Alors il dévale les escaliers et, face à la concierge mal embouchée, s’excuse d’un sourire gêné de tout ce remue-ménage et fonce à la boutique la plus proche pour s’acheter sa Magi ! Box. Mais voilà, ce n’est pas tout d’avoir un bon matériel… il faut aussi apprendre à ne pas faire n’importe quoi avec les formules magiques !

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures, non ? Comme les auteurs le soulignent dès le début de l’album, « ce livre a eu une première vie en noir et blanc, en 2006 aux éditions Thierry Magnier » … Alors vous prenez un album jeunesse qui avait peu fonctionné au moment de sa sortie en 2006. Vous remplacez le noir et blanc par un coup de couleurs (ici : rouge, vert et bleu) et lui offrez un titre plus pétillant et hop, le tour est joué !

Alfred – Lejonc © Édition Thierry Magnier – 2006

Il faut reconnaître que dans le catalogue de La Gouttière, l’album ne dénote pas du tout et la présence de la couleur vient renforcer le côté pétillant de l’album. On a l’impression que les personnages rebondissent en permanence et les nombreuses onomatopées rythment à merveille les péripéties du héros. Le scénario d’Alfred invente un langage totalement loufoque, entre le franglais et des expressions phonétiques entre le russe et le mot déglingué. En lecture à voix haute, c’est un régal pour les petites oreilles. Pour Régis Lejonc qui sévit au dessin, cet album semble avoir été une immense cour de récréation ; les illustrations semblent n’en faire qu’à leur tête et ça n’a pas dû être simple de les faire tenir « sagement » dans des cases. Son trait nerveux nous montre à quel point le personnage se laisse emporter par l’euphorie et l’excitation de tenir une baguette magique aussi efficace !

Bref, ce petit coup de jeune pour un album jeunesse qui n’était pas si vieux es une aubaine. A mettre entre les mains de tous les petits chenapans car cette histoire contient aussi une morale… pour le moins surprenante !

A partir de 4-5 ans.

La chronique de Stephie.

Magisk Magi !

One shot
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Régis LEJONC
Scénariste : ALFRED
Dépôt légal : janvier 2018
56 pages, 9.70 euros, ISBN : 979-10-92111-67-5

Bulles bulles bulles…

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Magisk Magi ! – Alfred – Lejonc © La Gouttière – 2018

Chroniks Express 36

Bandes dessinées : La Valise (D. Ranville & G. Amalric & M. Schmitt Giordano ; Ed. Akiléos, 2018).

Jeunesse / Ados : La Passe-Miroir, livre 1 : Les fiancés de l’hiver (C. Dabos ; Ed. Gallimard, 2013), La Passe-Miroir, livre 2 : Les disparus du Clairedelune (C. Dabos ; Ed. Gallimard, 2015), La Passe-Miroir, livre 3 : La Mémoire de Babel (C. Dabos ; Ed. Gallimard, 2017), Rendez-vous n’importe où (T. Scotto & I. Mondy ; Ed. Ulule, 2017), Mickey et l’océan perdu (D-P. Filippi & S. CAMBONI ; Ed. Glénat, 2018).

Romans : Les Loyautés (D. De Vigan ; Ed. Lattès, 2018).

 

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Bandes dessinées

 

Ranville – Amalric – Schmitt Giordano © Akiléos – 2018

Une femme aux yeux de chat quitte son manoir isolé. Elle délaisse le calme de sa retraite pour descendre en ville. Elle tient fermement la poignée de sa valise. Sa chouette la précède, comme pour lui ouvrir le chemin et s’assurer de l’absence de danger.

En bas, la silhouette austère s’étire à perte de vue. Un immense mure entoure la ville empêchant quiconque d’entrer… ou de sortir. Pour pénétrer dans la cité, il faut se présenter devant une immense porte gardée, décliner son identité et tendre les autorisations de circuler. A l’intérieur, les gratte-ciels succèdent aux gratte-ciels et en son cœur, un bâtiment énorme au milieu duquel trône l’immense statue de l’homme qui dirige tout, un sauveur… un bourreau. Les cheminées des usines crachent leur fumée, les lumières des projecteurs balayent le ciel,les soldats font leurs patrouilles. Ceux qu’ils arrêtent vivent leurs dernières heures. A l’extérieur de la ville, le no man’s land, la forêt à perte de vue.

Un couple tente d’échapper à cet état policier. Parents d’un nourrisson, ils cherchant à offrir un meilleur avenir à cet enfant que les seuls murs de cette ville-prison. Ils ont rendez-vous avec la femme aux yeux de chat. Elle a la possibilité de les faire sortir clandestinement de la ville. Mais son aide a un coût et tous ceux qui recourent à ses services en payent le prix fort.

Récit fantastique dans une société qui ne ressemble en rien à ce que l’on connaît. L’architecture des lieux est telle que l’histoire pourrait se passer dans le passé (métaphore du fascisme ?) ou dans le futur.

C’est un récit qui dénonce les régimes despotiques. On retrouve les éléments habituels de ces univers : un régime répressif, un despote fanatique assoiffé de pouvoir [les auteurs soignent notamment tout ce qui a trait au culte de la personnalité : affiches, statues, cérémonie…) sans oublier le combat des opposants rebelles…

C’est l’éternel récit du bien contre le mal. Le résultat n’est pas inintéressant mais si vous êtes friands de ce genre d’histoires, préférez-lui « Le Désespoir du singe » qui est bien plus abouti tant sur le fond que sur la forme.

 

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Jeunesse / Ado

Dabos © Gallimard – 2013

Bienvenue sur Anima, une des Arches du Nouveau Monde. Les Arches sont des bouts de Terre éparpillés çà et là dans l’atmosphère, chacune est gouvernée par un Esprit. L’esprit d’Anima est Artémis qui est l’Ancêtre de tous les habitants d’Anima. Grâce à elle, les habitants de l’Arche ont hérité d’un don qui se manifeste de manière différente chez chacun d’entre eux.

Ophélie a hérité du don de pouvoir passer les miroirs. Ces derniers lui servent de portes pour se déplacer à sa guise dans les lieux qu’elle a déjà visité. En outre, elle possède le don de liseuse ; lorsqu’elle tient un objet entre ses mains, elle peut ainsi lire son histoire au travers des émotions de tous ses anciens propriétaires.

Sa vie est organisée autour de son petit monde, entre la vie de famille et son travail au musée. Mais son équilibre vole en éclats le jour où elle apprend que les Doyennes d’Anima ont organisé son mariage avec Thorn. Les conséquences de ce mariage arrangé sont importantes : Thorn vient d’une Arche lointaine appelée « Le Pôle » et le mariage implique qu’Ophélie quitte son Arche natale pour aller vivre sur celle de son futur époux, un homme froid et austère. Ce mariage permet également de consolider les relations diplomatiques entre les deux Arches.

Dès qu’elle arrive au Pôle, Ophélie prend la mesure de la rudesse de sa nouvelle vie. Gouvernés par Farouk (un des frères d’Artémis), les dons des habitants du Pôle sont bien différents de ceux qu’elle connaissait sur Anima. Ophélie va devoir apprendre à vivre dans ce monde hostile et corrompu où tous – à quelques rares exceptions près – voient son mariage avec Thorn d’un mauvais œil. Ophélie comprend vite que sa vie est en danger. La seule personne sur laquelle elle semble pouvoir se reposer est Bérénilde, la tante de son fiancé… mais peut-elle réellement compter sur la protection de cette femme qui consacre tout son temps aux frivolités de la Cour de Farouk ?

Pourquoi cette lecture ? Mon fils aîné fait désormais preuve d’un gout prononcé pour la lecture de romans, de préférence dans le registre de la fantasy. Je voulais lui faire découvrir un nouvel univers mais j’ai voulu savoir si cette lecture pouvait convenir à un lecteur de son âge. Résultat : j’ai engouffré le livre en deux jours tant il m’était impossible de le lâcher.

L’intrigue est riche, les sujets traités (rapports diplomatiques et politiques, peur de l’étranger, mensonge, corruption, sentiments, mariage arrangé, pouvoir surnaturel, respect des lois…) sont variés et Christelle Dabos prend ses lecteurs au sérieux. Son écriture est très agréable, très accessible. Son univers imaginaire fascine, ce mystère qui plane sur ce monde nouveau, la promesse de savoir que la lecture nous permettra de comprendre pourquoi notre monde actuel a volé en éclats et de comprendre peut-être comment sont nés les Esprits qui gouvernent chaque Arche.

Une lecture jeunesse que j’ai dévoré. Sitôt le premier volume terminé, je me suis empressée d’aller acheter la suite…

Le site de cet univers ainsi que les chroniques d’Yvan et de Bidib.

 

Dabos © Gallimard – 2015

Où l’on retrouve Ophélie qui cherche toujours à comprendre les codes qui régissent les rapports humains sur cette Arche austère, celle de Farouk. Le Pôle et ses habitants. Les nobles et les sans-pouvoirs. Alors que ces derniers sont les petites mains qui doivent effectuer toutes les tâches ingrates (travail à l’usine, valet, mécanicien…), les nobles quant à eux ne se préoccupent que d’une seule chose : se faire bien voir de leur Esprit de famille. Les nobles sont répartis en différents clans, chaque clan maîtrise un pouvoir qui lui est propre. Les clans dominants sont les Dragons (le mari d’Ophélie fait partie de ce clan), les Mirages (capables de créer n’importe quelle illusion, qu’elle soit temporaire ou durable) et la Toile (chaque membre de la Toile est relié mentalement à son clan et chaque individu est capable d’entrer dans les pensées de n’importe lequel de leur interlocuteur) … et puis il y a les clans déchus (bannis suite à une erreur d’un de leur membre).

Dans cet univers hostile, Ophélie doit lutter pour survivre. Elle se déguise et évolue en toute discrétion, dans l’ombre de Bérénilde. C’est ainsi que sous les traits d’un valet, elle entre à la cour de Farouk et a ainsi tout loisir de découvrir enfin toute la laideur de cette société.

En parallèle, différentes occasions lui sont offertes de faire peu à peu la connaissance de son futur époux.

Rhoooo… deuxième volume de « La Passe-miroir » dévoré aussi vite que le premier tome. Cet univers m’a totalement fasciné. Christelle Dabos a cette capacité de vous projeter dans un lieu comme si vous y étiez. Un bureau et son fauteuil, un jardin et ses couleurs, une salle de jeu et son brouhaha… Christelle Dabos vous installe où elle veut, quand elle veut et parvient à vous faire percevoir une géographie des lieux comme vous n’en avez jamais vu. Tout est nouveau, des babioles de certains personnages à leurs somptueuses robes de bal et pourtant, tout vous est si familier.

En sus, une enquête policière, des sentiments amoureux, des pièges évités, des amitiés qui naissent sous nos yeux, un état de tension que l’on ne quitte pas (du fait de cet univers hostile) … Sitôt le deuxième volume terminé, je me suis empressée d’aller acheter la suite…

Dabos © Gallimard – 2017

Cela fait près de trois ans qu’Ophélie a été séparée de Thorn et contrainte de revenir sur Anima. Depuis trois ans, Ophélie a l’impression d’avoir été amputée d’une part d’elle-même. En secret, et avec l’aide de son Oncle, Ophélie fait des recherches sur les autres Arches. Compte-tenu des informations qu’elle est déjà parvenue à recueillir, elle est persuadée que Thorn se cache sur l’Arche de Babel.

Mais comment rejoindre Thorn alors que les Doyennes d’Anima ne cessent de la surveiller ? C’est alors que surgit de nulle part Archibald (l’ex-ambassadeur du Pôle) qui explique à Ophélie qu’il a trouvé une Rose des Vents qui lui permet de voyager d’une Arche à l’autre. Ophélie saisit alors l’occasion au vol et demande à son ami de lui montrer le chemin de l’Arche de Babel. Ophélie s’y rendra seule, Archibald et ses amis ont d’autres projets et la tante Roseline préfère rejoindre Bérénilde (la tante de Thorn) sur l’Arche de Farouk.

Ophélie découvre une nouvelle Arche, celle de deux Esprits de Famille : les jumeaux Hélène et Pollux. Elle doit apprendre de nouvelles règles de vie en société, elle découvre les pouvoirs de nouveaux nobles et la dure réalité des sans-pouvoirs de Babel. Ophélie ne peut se fier qu’à son instinct pour retrouver Thorn et plus elle se rapproche du but qu’elle s’est fixé, moins elle est sûre de retrouver un jour son mari.

Une fois encore, l’accroche est au rendez-vous-même si, pour le moment, ma préférence va au second tome de la série. Mais une fois encore, on navigue en plusieurs intrigues que l’auteur fait avancer sans jamais nous perdre et en continuant de donner de nouvelles perspectives à la série. La quête d’Ophélie (que je ne révèlerai pas ici) prend de plus en plus de consistance même s’il reste encore de nombreuses zones d’ombre.

Franchement, si vous ne l’avez pas lu, tester au moins le premier volume. Certes, les tomes sont épais mais ils se dévorent étonnamment vite ! Christelle Dabos travaille sur le tome 4 et il me tarde VRAIMENT de pouvoir le lire !

Quant à mon fils, il a souhaité terminer la série dans laquelle il était avant de commencer le premier volume de « La Passe-Miroir » . J’appréhendais que le livre ne lui tombe des mains ; en effet, il aime la fantasy mais il aime plus encore quand il y a de l’action et des scènes de combat. Avec « La Passe-Miroir » , il faut laisser à l’auteure le temps de placer les bases (riches et nombreuses) de son univers, comprendre qui sont les Esprits et se repérer un peu dans les Dons (pouvoirs) des différentes familles (Donc qui diffèrent d’une Arche à l’autre). Pourtant, il a passé ce cap et s’enfonce avec plaisir dans cette série.

 

Scotto – Monchy © Ulule – 2017

Où Madam’zelle et Monsieur décide de se rencontrer dans une semaine.

Où Madam’zelle et Monsieur se languissent à l’idée de se voir.

Où Madam’zelle et Monsieur s’écrivent chaque jour et dévoile peu à peu leurs sentiments.

Thomas Scotto met en mot cette correspondance amoureuse et invite, dans ce joli bal de mots, Mesdames Poésie et Métaphore pour parler des sentiments, de l’amour, du désir et… de l’attente.

Ingrid Monchy illustre ces amoureux éperdus, fous d’amour et ne désirant qu’une seule chose : prendre l’autre dans ses bras.

Où l’enfant s’amuse de les voir si gauches. Où l’enfant comprend très vite de quoi il en retourne mais qui s’amuse de voir deux adultes si empotés pour dire leurs sentiments.

Où l’enfant se réjouit et attend lui aussi le jour de la rencontre entre Madam’zelle et Monsieur.

Où cette jolie pépite a été déposée sous notre sapin par Noukette et où on se dit que décidément, les copines, il n’y a rien de meilleur sur Terre.

Filippi – Camboni © Glénat – 2018

« Le monde est enfin en paix après des années de conflit. Mickey, Minnie et Dingo sont récupérateurs. Leur mission : explorer les épaves de l’ancienne guerre en quête de ressources technologiques. Activité dans laquelle ils peuvent compter sur Pat Hibulaire pour leur mener la vie dure ! Un jour, répondant à une annonce, nos trois comparses mettent la main sur un cube étrange situé dans les profondeurs de l’océan. Ils n’imaginent pas les véritables motivations de leur commanditaire ni l’étendue des pouvoirs de cet artefact, à première vue inoffensif… » (synopsis éditeur).

Je ne suis pas du tout du genre à me ruer sur le dernier Mickey sorti. Pire encore, je ne suis pas-du-tout-Mickey… même si, plus jeune, j’ai passé des heures et des heures de lecture sur « Le Journal de Mickey », les « Mickey Parade » et j’en passe.

Je pensais que la fan de Mickey qui sommeille en moi était endormie pour toujours. Pour toujours ? Je n’en suis plus si sûre quand j’ai appris la sortie de cet album dans le catalogue de Glénat. J’ai acheté ans me soucier de l’histoire.

Ce qui m’a fait craquer ? Les illustrations de Silvio Camboni !

Et effectivement, graphiquement, on en prend plein les mirettes ! Tout est soigné, jusqu’au moindre détail. Les couleurs sont très agréables, les personnages identifiables au premier coup d’œil, les planches de toutes beauté. C’est l’aspect graphique qui m’a décidé à me procurer cet album et de ce point de vue-là, je ne suis totalement satisfaite.

Le scénario de Denis-Pierre Filippi met la barre un peu haute côté album jeunesse. Quelques mots de vocabulaire à expliquer, quelques transitions supplémentaires auraient été les bienvenues… bref, c’est un Mickey pour adultes qui est doté d’un scénario un peu confus.

Un bel album au demeurant mais on aurait aimé que l’histoire soit aussi succulente que les illustrations.

 

Romans

De Vigan © J-C. Lattès – 2018

Hélène enseigne au collège. Dans sa classe, un élève attire son attention. Il est discret, inhibé, silencieux… Hélène fait très vite le parallèle entre l’image que Théo renvoie aux autres et sa propre enfance. Elle est persuadée que Théo est victime de maltraitances. Entre doutes, hésitations et certitudes, Hélène s’agite.

Il me tardait finalement de retrouver la plume de Delphine De Vigan et je n’ai pas résisté à l’opportunité de découvrir son dernier roman sorti ce mois-ci. « Les Loyautés » est un roman très court comparé aux deux autres récits que j’ai pu lire (« Rien ne s’oppose à la nuit » et « D’après une histoire vraie » ). Ici, en tout juste 200 pages, elle dresse un portrait saisissant d’un quotidien dans lequel on pressent très vite le drame. Pourtant, on ne sait par quel biais va surgir l’instant fatal qui va conduire à déstabiliser ce fragile équilibre.

Dans ce récit, on côtoie deux adolescents sur le fil, une mère de famille en pleine remise en question et une enseignante en proie à ses démons. Le scénario se découpe en plusieurs chapitres et donne la voix tour-à-tour à chacun d’entre eux. Leur point commun : tous ces personnages courent à toutes ces générations est la quête d’identité à laquelle ils se consacrent ; certains cherchent leurs limites, d’autres cherchent des repères, tous souhaitent donner du sens à leurs actes… à leur parcours de vie.

Delphine De Vigan distille une ambiance inquiétante dès les premiers mots de son roman. Une peur sourde nous envahit et nous ne nous lâchera plus jusqu’à ce que l’on atteigne le dénouement se son récit. Et lorsqu’on referme l’ouvrage… le destin de ses personnages continue de nous hanter pendant quelques jours.

La chronique d’Au fil des Livres, Pierre Darracq, Cuné, …