Chroniks Express 37

Bande dessinée : Un Père vertueux (L. Debeurme ; Ed. Cornélius, 2015).

Romans : L’Orangeraie (L. Tremblay ; Ed. Folio, 2016), L’amie prodigieuse, tome 4 : L’enfant perdue (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2018), Trois Saisons d’orage (C. Coulon ; Ed. Viviane Hamy, 2017), Soyez imprudents les enfants (V. Ovaldé ; Ed. Flammarion, 2016), Mon Traître (S. Chalandon ; Ed. Le Livre de poche, 2009), Retour à Killybegs (S. Chalandon ; Ed. Le Livre de poche, 2016), Quand sort la recluse (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2017).

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Bande dessinée

 

Debeurme © Cornélius – 2015

Trois garçons et leur père s’installent dans un nouveau pays. L’un d’eux, Horn, cache une pilosité excessive sous un ample sweat à capuche. Honteux, il préfère fuir l’école plutôt que d’affronter les moqueries de ses camarades. L’autre, Twombly, réalise d’horrible petites sculptures dans des morceaux de bois. Le dernier est surnommé « Bird » depuis qu’il a recueilli un oiseau blessé.

La vie suit drôlement son cours. Le père, un dangereux criminel, décide un jour d’aller chercher la mère de ses fils. Avant de partir, aucunes embrassades, aucun encouragement. Des injonctions.

Je m’absente quelques temps. Je vais retourner chez nous chercher votre mère. Je vous laisse la maison… S’il arrive le moindre problème, ici ou à l’école… A mon retour, je vous égorge.

Ce père autoritaire, les trois garçons en ont peur. Un père froid, dur. Un père qui impose une discipline militaire, incapable de donner de l’amour. Un père qui punit de façon excessive. Un père à faire peur, surtout quand il a bu… mieux vaut ne pas le contrarier. Un père à faire peur… ça donne des petits soldats qui filent droit.

On se place dans cette famille étrange que Ludovic Debeurme dessine au crayon de couleurs. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sont là pour nous raconter les horreurs de cette vie-là. Un album qui vient prolonger « Les Trois Fils » que l’auteur avait réalisé deux ans plus tôt. C’est cruel, c’est injuste mais quelques passages proposent des scènes d’une beauté pure. C’est magique et épouvantable… ça ma gênée et à certains instants je n’ai pas su quoi faire de ce qui était dit ou ce qui était fait par les personnages (le père surtout).

Vraiment bizarre. Il y a comme une curiosité malsaine qui m’a poussée à continuer ma lecture, comme pour voir jusqu’où l’auteur était capable d’aller dans la cruauté absurde qu’il décrit. Je préfère, et de loin, ce qu’il avait réalisé sur « Lucille » et « Renée » …

 

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Romans

 

Tremblay © Folio – 2016

Des jumeaux âgés de 9 ans. Aziz et Amed sont inséparables. Ils vivent dans un pays en guerre. Le fragile équilibre de leurs vies étaient préservés jusqu’à ce qu’une bombe tombe sur la maison de leurs grands-parents. Dès lors c’est à Zahed, leur père, qu’il revient de s’occuper de l’orangeraie exploitée jusque-là par le grand-père. Zahed s’affaire plus que de coutume puisque c’est à lui de nettoyer les décombres et de donner une dépouille décente aux deux corps et Tamara, leur mère, continue à veiller comme une louve sur ses fils.

Mais un beau jour, Soulayed fait son apparition dans l’orangeraie. Peu de temps après, Zahed explique aux jumeaux qu’il doit faire un choix : celui des deux qu’il désignera ira avec Soulayed et partira en martyr.

Un texte court, un texte fort, un texte plein d’émotion.
En son cœur, un amour fraternel plus fort que tout, un respect des traditions et un sens du devoir hors normes.
Et le regard de deux enfants sur les événements, deux enfants à qui l’on demande de grandir vite, bien trop vite.

Pour nous occidentaux, c’est aussi le récit de l’inconcevable, de l’incompréhensible. Le tiraillement d’un père qui doit choisir entre ses deux garçons. La souffrance d’une mère qui, docile, ne cherche même pas à convaincre son époux qu’il n’a pas à faire ce choix absurde. Un texte qu’on lit d’une traite, presque en apnée.

 

Coulon © Viviane Hamy – 2017

André, Benedict, Bérangère.

Trois générations, trois existences liées les unes dans les autres. Trois membres d’une même famille. Le grand-père, le père et la fille. Une famille pas comme les autres aux Fontaines, ce petit village qui s’est étalé, reliant presque le cœur du village, son clocher, son Café… aux carrières qui se situent en périphéries. Les décennies ont appris aux paysans natifs de ce coin de terre isolé, appelé Les Trois Gueules, à accepter ces « fourmis blanches » venues travailler dans les carrières où l’on extrait la roche du ventre de la terre pour la vendre aux entreprises. La roche et les produits agricoles sont désormais le fonds de commerce des Fontaines, à parts égales. André est venu de la ville il y a 50 ans pour s’installer aux Fontaines. Il fut le premier médecin à accepter de vivre là. Benedict, son fils, a pris sa relève. Bérangère quant à elle est encore trop jeune pour oser affirmer ce qu’elle fera de sa vie.

Je suis un peu entrée sur la pointe des pieds dans ce roman, encore troublée par mes précédentes plongées dans les romans de Cécile Coulon (Le Roi n’a pas sommeil, Le Rire du grand blessé, Le Cœur du Pélican). Et puis, il me semble que ce récit prend davantage le temps de nous décrire l’environnement (les paysages autour du village et de ses alentours) et l’ambiance des lieux grandement influencée par les superstitions véhiculées de générations en générations… C’est dans un deuxième temps que l’on va à la rencontre des personnages. Très vite, on apprend à vivre avec eux, on découvre leurs habitudes et leurs ambitions. André, le patriarche, gardera une part de mystère ; l’auteure ne prend effectivement pas le temps de remonter dans son enfance, nous n’aurons donc que les grandes lignes de ce qu’il a vécu avant. En revanche, nous verrons naître Benedict puis Bérangère. Si jamais on ne s’attarde sur un personnage – Cécile Coulon ayant préférer donner la parole à tour de rôle aux cinq personnages principaux, on n’en connaît pourtant suffisamment sur chacun d’entre eux pour naviguer de façon fluide entre chacun d’entre eux. Très vite, j’ai appréhendé un drame ; la douceur et la quiétude du récit est presque parvenu à me faire oublier cette éventualité… du moins pendant un temps.

Une fois à la moitié de l’ouvrage, Cécile Coulon serre davantage l’étau narratif. On sait que cette éventualité va devenir effective. J’ai tendu le dos et continué à profiter de ma lecture. J’ai cherché à anticiper, j’ai même dessiné les contours de cette fatalité mais je me suis évidemment laissée cueillir par les mots.

 

Ferrante © Gallimard – 2018

Dernier volet de la saga « L’Amie prodigieuse » . Après l’enfance (tome 1), la fin de l’adolescence et l’entrée dans la vie active (tome 2), l’âge adulte et la vie de famille (tome 3)… place désormais à la fin du récit : celui de la maturité, de l’épanouissement professionnel.

Pendant plusieurs années, Elena avait attaché une attention particulière au fait de garder de la distance entre elle et Naples, sa ville natale. Elle avait aussi veillé à extraite Lina de sa vie, consciente de l’influence que son amie d’enfance avait sur elle, une influence qui lui avait été nocive à plusieurs reprises. Désormais, Elena est une femme épanouie. La réussite professionnelle lui sourit et elle s’épanouit enfin dans son couple. Mais tout cela ne doit-il durer qu’un temps ?

J’étais impatiente de lire ce dernier tome de cette saga qui avait pris une tournure (et un rythme) inespérée dans la dernière ligne droite du tome 3.

On repart ici avec pas mal d’entrain, on repart de plus belle dans cette amitié ambiguë entre les deux amies d’enfance et on essuie un peu plus facilement les contradictions de l’héroïne.

Ravie de connaître le dénouement de cette saga, j’ai pourtant ressenti de la lassitude à la moitié de l’ouvrage car le rythme est mou, trop mou. Sur la fin en revanche, je me suis ennuyée – mais réellement ! , j’ai sauté certains passages (notamment ceux qui sont consacrés à Naples… j’avais envie d’une fin qui se tient et non de passages pour noircir les pages avec un exposé historique des différents bâtiments napolitains).
Dans les tomes précédents, j’avais relevé quelques longueurs. Dans ce tome, les cinquante dernières pages sont… inutiles.

La fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Ovaldé © Flammarion – 2016

Espagne. Anastasia est née en 1970. Nous faisons sa connaissance lorsqu’elle a 13 ans. La narratrice nous fait la grâce de nous épargner les détails de ses premières années de vie ; elle les résume en quelques anecdotes.

Anastasia est née en Espagne d’une famille espagnole. La guerre civile est passée par là et comme dans toutes les familles espagnoles, on en voit encore les stigmates. Les jeunes générations portent le poids de cette guerre fratricide sans avoir vécu cette déchirure. A 13 ans, lors d’une sortie scolaire, Anastasia découvre les œuvres du peintre Roberto Diaz Uribe. Elle va se passionner pour son art. Cela va même devenir une obsession.

Jusqu’à 18 ans, Anastasia s’ennuie. Comme pour tous les adolescents, le temps s’étire de façon déprimante. Puis à 18 ans, elle quitte le foyer familial et part faire ses études à Paris.

Je ne compte plus le nombres d’avis positifs que j’ai lu et entendu sur ce roman. Je ne compte plus. A chaque avis, mon envie d’engouffrer ce roman grandissait. Puis je l’ai reçu en cadeau et j’ai laissé décanter un peu… Pendant les cent premières pages, la lecture fut des plus ennuyeuses. Tellement ennuyeuse que l’ouvrage a bien failli me tomber des mains. A peine plus d’une demi-douzaine de pages par jour… cette lecture a eu, au début, un effet hautement soporifique sur ma petite personne. Puis Anastasia a grandi et Véronique Ovaldé a lentement élargi les centres d’intérêt de sa narratrice, la rendant plus consistante, plus pertinente… plus intéressante. Quand bien même, ce roman m’a laissé sur ma faim.

 

Chalandon © Le Livre de Poche – 2009

Antoine, luthier à Paris, rencontre un client qui lui parle de James Connolly, activiste irlandais. Les paroles de cet inconnu de passage dans son atelier lui redonnent peu à peu l’envie de retourner en Irlande, pays qu’il connait peu.

En mai 1975, Antoine décide de se faire un court séjour en Irlande à l’occasion de ses 30 ans. C’est à ce moment qu’il rencontre Jim O’Leary et Cathy, son épouse. La rencontre entre le français et le couple est immédiate. Ils s’échangent leurs coordonnées. Antoine reviendra les voir, c’est certain. Au fil des années, Antoine s’organise pour leur rendre visite. A chacune de ses venues, il est accueilli comme un frère, un ami de toujours. Il a sa chambre qui l’attend, ses repères.

En 1997, lors d’une soirée arrosée dans un pub, il croise pour la première fois Tyrone Meehan, celui qu’il nomme son traitre. Entre eux, une forte amitié va se construite au fil des années. Antoine a déjà compris que Jim était un militant actif de l’IRA mais Tyrone est un de ses combattants les plus actifs. Tyrone est respecté, admiré. Les séjours d’Antoine sur le sol irlandais sont de plus en plus fréquents, il aimerait lui aussi aider la cause, participer au combat mené en vue de l’indépendance. Les années filent, Jim meure, emporté par une bombe qu’il avait mal réglée. Les allers-retours de Tyrone en prison, les coups durs que l’IRA doit encaisser, tout cela Antoine le vit, il accuse les coups en témoin discret. 2006 sera l’année des désillusions… tous apprennent que Tyrone est un traître, qu’il a vendu des informations aux Anglais.

Avant de devenir écrivain, Sorj Chalandon était journaliste. A ce titre, il a notamment effectué des reportages en Irlande du Nord et y a rencontré Denis Donaldson. De cette rencontre naît une amitié ; l’auteur s’en est inspirée pour écrire « Mon traitre » . Sorj-journaliste y devient Antoine-luthier et Denis Donaldson se glisse sous les traits de Tyrone Meehan.

« Mon traître » est le récit d’une lutte, celle d’un peuple qui aspire à vivre en paix, libre. C’est aussi le récit d’une amitié et d’une trahison, d’une incompréhension. C’est enfin la recherche la quête identitaire d’Antoine qui apprend à se connaître au travers du regard que Tyrone pose sur lui.

C’est l’adaptation de ce roman par Pierre Alary qui m’a invitée à découvrir le texte originel. Premier roman que je lis (enfin !) de cet auteur. Une claque !

 

Chalandon © Le Livre de Poche – 2016

Retour sur les événements abordés dans « Mon Traître » mais cette fois, ils sont abordés du point de vue de Tyrone Meehan. Ecrit trois ans après « Mon Traître » , « Retour à Killybegs » narre le parcours de Tyrone, de sa plus tendre enfance à sa mort, aborde son recrutement par l’IRA et les événements qui ont conduit à ce qu’il devienne, dans les années 70, l’un des commandants de la branche armée de l’IRA.

L’occasion de découvrir les raisons qui ont motivé Tyrone à accepter de collaborer avec les anglais, la manière dont il a tenté de sortir ses épingles du jeu. Si vous ne l’avez pas encore fait et que vous avez lu « Mon Traître » , voici une nouvelle fois un roman que je vous recommande vivement.

 

Vargas © Flammarion – 2017

Appelé en urgence pour boucler une enquête, le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg doit quitter l’Islande, pays qu’il a découvert lors de sa précédente enquête. En quelques jours, il parvient à mettre en avant les éléments clés qui conduisent à faire passer aux aveux l’un des principaux suspects. Sitôt l’affaire bouclée, son instinct attire son attention sur la mort soudaine de deux « vieux » à la suite de piqûres de recluses (des araignées habituellement très discrètes et qui ne s’attaquent que rarement à l’homme). Il se met à enquêter en solo avant de s’en ouvrir à une poignée de ses lieutenants. Voisenet, Froissy, Veyrenc puis Retancourt seront les premiers à lui prêter main forte sur cette enquête non officielle qui sème le trouble dans la Brigade et fait peser sur l’ensemble du groupe les désaccords de plus en plus tendus entre le Commissaire et Danglard, son bras droit.

J’ai toujours autant de plaisir à retrouver le personnage d’Adamsberg. Sa personnalité, son état d’esprit… tout jusqu’à sa manière lente et nonchalante de se déplacer, ses « bulles de pensées » et sa nécessité d’aller marcher pour « brasser des nuages » . L’écriture de Fred Vargas coule quand je la lis, elle coule comme quelque chose de très naturel. Habituellement, les enquêtes d’Adamsberg me surprennent car je ne vois jamais venir qui est l’assassin. « Quand sort la recluse » est l’exception à la règle, à ma grande surprise. Très tôt dans la lecture, mes suspicions se sont portées sur un personnage qui s’est effectivement avéré être l’auteur des crimes. C’est un peu déstabilisant, cela m’a donné l’impression de quelques longueurs dans le texte pour autant, ce roman policier n’est pas à une exception près car c’est aussi la première fois où l’émotion m’a saisie dans les dernières pages, lorsque Adamsberg confond l’assassin dans un tête à tête. Le Commissaire s’était attaché… moi aussi.

Pas le meilleur ouvrage dans la série « Adamsberg » mais un de ceux dont je me rappellerais certainement avec beaucoup de précision

Je suis un autre (Rodolphe & Gnoni)

Rodolphe – Gnoni © Soleil Productions – 2018

Peppo et Sylvio, des frères jumeaux, passent leurs vacances d’été en bord de mer. Chaque année, ils reviennent sur ce coin de Méditerranée qu’ils connaissent par cœur. A force d’y venir chaque été, ils sont ici comme chez eux et repèrent le moindre changement. Habituellement, Peppo et Sylvio ne se quittent pas d’une semelle malgré des goûts parfois différents. Quand le premier prend plaisir à paresser et à regarder les jeunes femmes sur la plage, le second préfère de loin aller pêcher mais en dehors de ça, impossible de les distinguer tant ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

Cet été-là, ils remarquent que la maison Borg, jusque-là inhabitée, s’anime. Ils observent de loin la nouvelle propriétaire s’installer, une jeune peintre dont la beauté n’échappe pas à Peppo. Très vite, Peppo fausse compagnie à Sylvio pour passer du temps avec la belle Edwige. Très vite, il tombe amoureux.

Mais un beau matin, Peppo découvre que son amante a été poignardée. Il court prévenir la Police mais en revenant sur les lieux du meurtre, il s’aperçoit le couteau qui était planté dans la poitrine d’Edwige a disparu… Quelques heures plus tard, Peppo retrouve le couteau ensanglanté dans un des tiroirs de sa commode. Pour lui, il n’y a pas l’ombre d’un doute : c’est Sylvio qui a tué Edwige. Le bras de fer entre les deux frères ne fait que commencer.

Voilà un thriller bien étrange et assez décevant. J’ai tout d’abord été surprise par le dessin de Laurent Gogni qui m’a réjoui le temps de quelques pages et puis le charme s’en est allé. Les couleurs de l’été, différents éléments (les maillots de bains féminins par exemple) qui nous font vite comprendre qu’on est dans les années 20. Il y a une quiétude qui flotte dans l’air, une insouciance aussi. Et puis sitôt que les personnages sont en place et qu’on commence à les voir agir, le dessin semble écrasé, incapable de porter ses personnages. Il les effleure alors qu’il faudrait inciser. Il les caresse alors qu’il faudrait un peu de nervosité. Ça manque de rides, de rictus et de regards en coin. Ce dessin est trop discret pour créer quelques émotions chez le lecteur. On devrait être électriques, tendus et suspicieux… et pourtant nous voilà confortablement installés dans un canapé à regarder les personnages parler et se déplacer.

Il n’y a pas qu’au niveau des illustrations que cela a péché pour moi. Le scénario manque de discrétion dans le sens où on voit venir les choses, sapant tout effet de surprise possible. En devinant à l’avance où Rodolphe voulait nous emmener, j’ai vu les personnages manœuvrer de façon grossière, presque théâtrale, afin de nous conduire maladroitement vers un retournement de situation qui était annoncé plusieurs pages à l’avance.

Un trait trop timide pour porter l’intrigue, un scénario prévisible… et un résultat décevant, surtout avec un auteur aussi aguerri que Rodolphe aux commandes du scénario. Certes, on sent bien que le personnage principal est sur le fil mais l’artillerie lourde qui l’entoure m’a donné l’impression qu’il n’était qu’un pantin. Une histoire qui, pour moi, manque de crédibilité et de finesse.

Les chroniques de Bidib et de Stephie.

Je suis un autre

One shot
Editeur : Soleil
Dessinateur : Laurent GNONI
Scénariste : RODOLPHE
Dépôt légal : janvier 2018
144 pages, 18.95 euros, ISBN : 978-2-302-06634-2

Bulles bulles bulles…

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Je suis un autre – Rodolphe – Gnoni © Soleil Productions – 2018

La Porte (Inoue)

Sôseki – Inoue © Editions Philippe Picquier – 2018

Nonaka Sôsuke et O-Yone sont mariés. Ils louent une petite maison au pied d’une falaise, dans un quartier paisible de Tokyo. Les jours coulent paisiblement. Sôsuke les vit de façon nonchalante, partagé entre l’envie de faire et celle de se laisser aller à la mélancolie. Car quelque chose est maintenant brisé dans la vie de Sôsuke. Quelque chose qui s’est passé bien après la mort de ses parents, alors qu’il avait déjà rencontré O-Yone. Quelque chose qui s’est passé après qu’il ait appris que son oncle l’avait dépouillé de son héritage et que la maladie de O-Yone se soit déclarée.

Sôsuke et O-Yone partagent ce secret et le récit est là pour nous amener progressivement à le découvrir.

Daisuke Inoue m’a tout d’abord donné l’impression d’effleurer son sujet. Pourtant, en l’effeuillant de la sorte, il en extrait toute la subtilité et fait ressortir la délicatesse. Car rappelons qu’il adapte-là un roman japonais du début du XXème siècle et que ls mœurs de l’époque étaient bien loin de celles d’aujourd’hui (déjà fort éloignées des mœurs européennes).

Ainsi, le roman éponyme de Natsume Sôseki revit sous le train fin et délicat de Daisuke Inoue. Ce dernier est ainsi passé de l’autre côté du bureau, d’assistant le voilà dorénavant assis dans le siège du mangaka.

Avec ce scénario, il prend le temps d’étudier son sujet. Les événements se déplient chronologiquement puis nous revenons en arrière et reprenons, tout aussi chronologiquement, le déroulement de l’histoire mais en y apportant quelques précisions et en s’arrêtant sur certaines périodes. Cet exercice, nous le ferons à deux reprises, nous concentrant chaque fois sur des époques différentes. Peu à peu, le puzzle prend forme et le secret se dévoile.

Daisuke Inoue nous force ainsi à contempler le sujet comme l’aurait fait Natsume Sôseki ; j’ai en mémoire « Oreiller d’herbes » [que je n’avais pas savouré à sa juste valeur à ma première lecture] où le personnage – un peintre – prenait le temps de regarder puis de saisir l’intérêt et la force d’un instant. Avec « La Porte » , Sôsuke est très vite placé dans le rôle du personnage principal, laissant son épouse légèrement en retrait. Il semble pourtant se faire le porte-parole du couple et livre peu à peu ce secret ; tous deux fléchissent sous son poids.

Sôsuke cherche donc, instinctivement, à faire face à leur culpabilité. Il remonte inlassablement ses souvenirs pour revenir à la source et le scénario suit un mouvement identique. Un cheminement individuel parfaitement mené que Daisuke Inoue accompagne d’un dessin vif et délicat.

Beau.

La Porte

– d’après le roman de Natsume Sôseki –
One shot
Editeur : Philippe Picquier
Collection : BD/Manga
Dessinateur / Scénariste : Daisuke INOUE
Traducteur : Patrick HONNORE
Dépôt légal : février 2018
224 pages, 15.50 euros, ISBN : 978-2-8097-1275-9

Bulles bulles bulles…

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La Porte – Sôseki – Inoue © Editions Philippe Picquier – 2018

Le Crime qui est le tien (Zidrou & Berthet)

Zidrou – Berthet © Dargaud – 2015
Zidrou – Berthet © Dargaud – 2015

Australie. Début des années 1970.

« Dubbo City. Nouvelle-Galles du Sud. Qui aurait l’idée de venir s’enterrer dans un trou pareil ? A part moi, je veux dire… »

Greg Hopper est en cavale depuis 27 ans. Recherché pour le prétendu meurtre de sa femme, il a préféré se faire oublier plutôt que de croupir dans une cellule. Plus de nuages à l’horizon, les jours passent et se ressemblent. Cette solitude lui va comme un gant. Seul ? Non, il est en compagnie de ses fantômes.

Une fin courue d’avance. Un scénario à couper au couteau, tendu comme un arc. Sec. Plein de rancœur. De regrets. De nostalgie. Zidrou imagine le repentir d’un homme. Un repentir que l’on pense destiné à soulager sa conscience.

L’ignorance est un luxe. On ne le découvre – hélas ! – que quand la vie vous crache ses quatre vérités au visage.

Un scénario dont on devine le dénouement très tôt mais on ignore jusqu’au bout le chemin qu’il va prendre pour se révéler. Un scénario qui imagine l’hébétude d’un homme, l’incompréhension qu’il ressent quant à la confidence que son frère a faite sur son lit de mort. Un flot de questions qui le forcent à sortir de sa tanière et à se montrer au grand jour. Un homme qui sort de sa zone de confort pour venir se heurter au monde des vivants. Zidrou nous donnera sur le fil les clés de ce thriller. Un scénario cynique et désabusé, viril où la honte et la culpabilité sont les pires des fardeaux à porter.

On retrouve le trait du dessinateur de « XIII » et de « Pin Up » . Nez aquilins, architecture propre, décors bien rangés, trait précis. Le tout baigné dans une atmosphère où une poisse chaleur colle aux basques des personnages, une chaleur qui échauffe les esprits et rend l’atmosphère électrique. Philippe Berthet sert parfaitement le récit.

PictoOKUn petit voyage en Australie avec Zidrou et Jérôme ça ne se refuse pas ! A lire aussi, la chronique d’un lecteur curieux que je remercie pour ce dépaysant voyage 😉

La chronique de Sabariscon.

Le Crime qui est le tien

One shot
Editeur : Dargaud
Collection : Ligne Noire
Dessinateur : Philippe BERTHET
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : octobre 2015
64 pages, 14,99 euros, ISBN : 978-2-5050-6343-8

Bulles bulles bulles…

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Le Crime qui est le tien – Zidrou – Berthet © Dargaud – 2015

Le Retour de la bondrée (De Jongh)

De Jongh © Dargaud – 2016
De Jongh © Dargaud – 2016

« Simon Antonisse est libraire. En ces temps de crise, ses chiffres de ventes désastreux le forcent à fermer boutique. Et pour couronner le tout, le sort a voulu qu’au cours d’un trajet en voiture, il soit témoin d’un suicide. Ce drame fait ressurgir de douloureux souvenirs de sa jeunesse, et peu à peu, la vie de Simon se transforme en cauchemar éveillé. Seule Regina, une jeune fille qu’il a rencontrée par hasard, peut lui apporter le calme et l’amour dont il a besoin » (quatrième de couverture).

Je ne suis pas allée écouter la conférence « Trait masculin – Trait féminin » (joli rattrapage de la « bévue » pré-FIBD ?) mais à coup sûr, si l’on m’avait posé la question avant lecture, j’aurai juré que l’auteur du « Retour de la Bondrée » était un homme. Le trait anguleux et sec, l’utilisation des contrastes entre noir et blanc, les jeux de hachures, le fait que le lecteur est immédiatement projeté dans le vif du sujet… l’ensemble me fait croire – à tort – à une œuvre masculine. Aimée de Jongh sort du style japonisant qu’elle développait jusque-là pour proposer un roman graphique troublant.

Le scénario s’ouvre sur une scène de vive altercation entre le personnage principal et son interlocuteur. L’échange se passe au téléphone, l’objet du désaccord a visiblement déjà été abordé et Simon (le héros) est excédé. Une fois l’appel terminé, il rumine dans l’habitacle avant de reprendre la route. Bien que ne connaissant pas encore l’homme qu’il va devoir côtoyer durant sa lecture, le lecteur perçoit aisément son humeur électrique. Pourtant, on s’installe à ses côtés… on prend la place du passager qui est inoccupée. On se tait, on se laisse emporter par la voiture qui dévale les routes de campagnes, jusqu’à l’orée d’une forêt où le moteur s’arrête. Comme la bondrée, le personnage principal revient là où il se sent en sécurité. Sitôt entré, il caresse les livres d’une bibliothèque. Sa main s’arrête sur l’un d’eux, l’extrait du rayonnage… l’ouvrage s’ouvre et fait ressurgir des souvenirs enfouis. La fragilité de l’homme apparaît soudain. Seul, perdu, cherchant à retrouver des repères réconfortants. L’homme qui jusque-là nous était austère quitte son costume de prédateur, fait tomber sa carapace et libère ses émotions, son trouble… sa peur.

De page en page, Aimée de Jongh construit des passerelles narratives qui vont relier le passé et le présent. Témoin d’un suicide, le personnage principal va enfouir ce traumatisme au fond de lui. Pourtant, cette vision de la mort le pousse à se remettre profondément en question et la voie qu’il prend pour faire ce travail de reconstruction peut surprendre. Quoi qu’il en soit, l’auteure travaille le rythme de la narration et bouscule son lecteur, le laissant in fine face à des interrogations inattendues.

PictoOKL’album se lit d’une traite. On suit sans difficultés le cheminement de cet homme. La fin ouvre « néanmoins trop de pistes différentes » et peut faire douter sur la compréhension que l’on a eu de cette histoire.

Je remercie Noukette pour la découverte. Cet album sera définitivement, me concernant, associé au Festival d’Angoulême 2016 (magique ces rencontres entre amis). Et pour prolonger le charme de ce moment, je partage ma lecture avec Noukette et Jérôme.

Le trailer de l’album (muet mais…) et la chronique de Mick Leonard sur Planete BD.

Le Retour de la Bondrée

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : Aimée DE JONGH

Dépôt légal : janvier 2016

ISBN : 978-2-5050-6485-5

Bulles bulles bulles…

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Le retour de la Bondrée – De Jongh © Dargaud – 2016