Addiction (Busquet & Colombo)

Busquet – Colombo © Akileos – 2017

Il y a plusieurs sortes d’addictions. Celles que tu caches aux autres, celles que tu regrettes, celles que tu ignores avoir, celles que tu nies, celles qui affectent ton entourage, celles qui passent inaperçues… Certaines dépendances sont plus mal vues que d’autres, certaines sont socialement acceptées et ne sont même pas considérées comme des addictions. Mais une addiction, aussi minime soit-elle, peut changer ta vie pour toujours. En particulier quand tu en perds le contrôle.

Paquita, Brigitte, Sophie, Alain… ils ont tous des vies très différentes. Ils ont 20, 30, 40 ans… Certains se connaissent d’autres pas. Ils sont laborantins, employés de bureaux, vendeurs en prêts à porter… Ils vivent seuls ou sont mariés. Certains ont des enfants. Ils ont peu de points commun si ce n’est le fait de vivre dans la même ville et de souffrir d’une addiction. Un talon d’Achille. Addictions aux jeux d’argent (machines à sous, jeux de grattage, poker…), cleptomanie, addiction au travail, au sexe, à l’alcool, aux écrans, aux cigarettes, aux stupéfiants…

J’ai honte c’est horrible

Une pulsion qu’ils sont incapables de réfréner et qui les entraîne dans une spirale infernale. Avant de parvenir à réagir, certains touchent le fond. Et même arrivés là, l’envie d’avoir recours à l’objet de tous les désirs est plus forte que tout. L’envie de « s’en sortir » est réelle mais trouver la force de changer ses habitudes est au-delà de leurs forces. Comment s’en sortir alors ? Peut-être en optant par le déni, forme de fuite qui permet de rendre la réalité plus supportable. Ils répètent une sorte de litanie qui varie d’une personne à l’autre.

… « Je contrôle ». « Ce n’est pas un problème… ». « Je ne pense pas tomber aussi bas… ». « Je suis dans la merde ». « Je peux tout effacer ». « J’arrive pas à m’empêcher de… ». « C’est plus fort que moi ». « Je ne vois pas le temps qui passe… ». « C’est ma faute ». « J’ai tout gâché ». « J’ai essayé mais je ne peux pas »…

Famille, conjoint, amis… Certains font appel à des centres spécialisés, d’autres préfèrent les groupes de parole d’usagers… beaucoup préfèrent aussi le silence. L’addiction les isole ou du moins, change les rapports qu’ils ont avec leur entourage. Ce qu’ils consomment en excès (de l’écran au produit) leur apporte de la satisfaction, de l’adrénaline, une bulle par rapport à la vie… et rares sont ceux qui n’arrivent pas au constat que la situation n’est pas viable. Ils se consolent autant qu’ils ne se fourvoient. La sensation qu’ils trouvent dans la pratique les rend vivants… le temps d’un instant. Puis, ils se prennent la réalité en pleine gueule. Dettes, isolement, licenciement, perte de la notion du temps, … culpabilité, précarité, honte… les excès sont aussi différents que les conséquences qu’ils provoquent.

Décaler un peu le regard sur nos habitudes, ce que l’on « consomme » et pourquoi. Quelques pistes de réflexion et un récit choral qui noue la gorge.

Addiction

One shot
Editeur : Akileos
Dessinateur : Pedro J. COLOMBO
Scénariste : Josep BUSQUET
Dépôt légal : avril 2017
92 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-35574-134-0

Bulles bulles bulles…

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Addiction – Busquet – Colombo © Akileos – 2017

Prudence Rock – Anne-Véronique Herter

9782372670241J’avais beaucoup aimé le 1er roman d’Anne-Véronique. ZOU, petit bijou de tendresse et d’émotions qui raconte la vie de Chance. Cette histoire avait même bouleversé ma maman, dans un moment où elle vivait, un peu, une même séparation avec un lieu qu’elle aimait tant ….

C’est donc avec empressement et un enchantement infini que je me suis plongée dans le 2ème roman de ma moitié (oui, parce qu’Anne-Véronique est mamoitié de la toile ! Rencontrée en vrai et en baiser lors d’un salon du livre par chez moi… Un grand bonheur de demoiselle, toute en sensibilité et en douceur ❤ Allez à sa rencontre les copains, vous en reviendrez un peu plus grand, un peu plus vivant !)

 

« Je me souviens de tout, et pourtant, tout ce tout reste flou. Il existe, mais sans contour, imprécis, une douleur sourde et diffuse. Je marche sur la pointe des pieds pour ne pas déranger le silence. J’ai dix ans. Maman m’a parlé d’une surprise, de quelque chose de formidable. La surprise, c’est de quitter ma vie, mes amis, pour me retrouver ici, dans cette nouvelle maison qui sent la mort, le vide et l’ennui. »

C’est par ces mots que nous rentrons dans l’histoire de Prudence. Prudence est une jeune femme à fleur de peau. Une écorchée. Dans la tourmente de la vie. Qui traine un passé trouble. Un fantôme. Des manques. L’absence. Un vide immense. Une tragédie. Des drames. Qui ont laissé des marques au cœur. Au corps. A l’âme. Prudence est de traviole. Comme sa vie. Mais elle se tient debout. Du moins elle essaye. Elle se bat. Contre elle. Contre ses démons. Qui l’empêchent d’être.

« Je suis Antigone, comme dans mes rêves d’enfant, chantant mon amour pour une certaine vie. Perdue dans une société que je ne reconnais pas. Dans laquelle je me sens à l’étroit, mal à l’aise, décalée et sotte.

Un jour, je serai Antigone, moi aussi, je ne serai plus raisonnable. J’affronterai le monde, les gens, les emmerdes, et je les regarderai droit dans les yeux. Je leur dirai que leur chemin tracé ne me convient pas. Je veux autre chose. »

Prudence essaye de vivre. Envers et contre tout. Contre tous. Contre ses abîmes. Contre ses angoisses. Contre ses souffrances. Elle traverse la vie dans un tourbillon. Moments lumineux. Instants douloureux…  Jusqu’où ira-t-elle ? Jusqu’où pourra-t-elle aller ?

Prudence… Sapristi. Comme j’aurai aimé me tenir contre toi. Comme j’aurai aimé, comme le dit si bien Leiloona, te sauver ….

Prudence est portée par le souffle d’Anne-Véronique (que l’on entend murmurer au fil des pages) et par son écriture… Plus aboutie, plus maitrisée, plus fine, plus sensible encore que dans son 1er roman …

Prudence est à découvrir les copains… Pour cette héroïne des temps modernes et pour Anne-Véronique qui le vaut tout autant ❤

« Faudra-t-il que toute ma vie, on me renvoie à mon passé ? Je ne suis qu’un objet, alors je reprends mon rôle de meuble et je le laisse faire. Parfois, il râle parce que je n’y mets pas de bonne volonté. Le devoir conjugal existe-t-il encore ? Je pourrais le tuer quand il dit ça. Est-ce qu’il faut absolument aimer le sexe ? Suis-je une mauvaise femme pour autant ? Un hybride ? Une personne anormale ? Tout le monde se vante d’adorer le sexe, de prendre son pied. Je me sens juste utilisée, déchirée, mouillée, malaxée, humiliée. Je revois, je ressens, j’entends mon adolescence, et j’ai mal. Rien n’est bon. Je me tais et le laisse faire. »

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Une lecture que je partage avec ma copine de toujours (ou presque !) Noukette

Les billets de Leiloona, de Caroline, de Lionel … Et le blog d’Anne-Véronique est à découvrir ici !

Anne-Véronique Herter, Prudence Rock, Editions Félicia-France Doumayrenc, 2017.