Guenon (Brossaud) & Ogresse (Manço)

Aujourd’hui, je vous cause de deux romans ados découverts dans le cadre de Mes premiers 68 (le blog et toute la sélection des romans des 68 est à retrouver ici : https://68premieresfois.wordpress.com/ ), deux romans au titre « accrocheur » et qui dépotent toutafé ! Vous m’en direz des nouvelles !

Brossaud © Rouergue – 2019

« Au collège, on la traite de guenon. Parce qu’elle est grosse, Manon, c’est une bonne élève de 3e effacée, qui ne trouve sa place nulle part. Alors elle nous raconte, d’une voix naïve et bouleversante, comment elle fait pour survivre dans la communauté des ados, son admiration pour sa cousine parfaite, le garçon qu’elle finit de rencontrer. Comment vivre dans un corps qu’on n’aime pas ? Un premier roman bouleversant écrit par un enseignant en lycée professionnel, très au fait de la violence des rapports, à l’adolescence. »

Guenon est un premier roman à destination de la jeunesse dont le sujet, la grossophobie et la violence terrible qui en découle, est très très fort. La thématique du harcèlement scolaire est abordée également, ainsi que la haine de soi ou la violence des autres. C’est un livre qui se lit facile, malgré l’histoire de Manon qui bouleverse terriblement. La langue d’écriture est simple, légère (malgré le sujet) et sans détour. Mais la fin ouverte est terrible, du moins je l’ai vécu ainsi. Elle m’a laissée « exsangue ». C’est un livre à mettre, je crois, dans toutes les mains des ados…

Premiers mots 

« J’aime bien regarder le trottoir quand je marche dans la rue. Parce que c’est vide et qu’il n’y a pas de couleurs. Il y a juste des petites écorchures, des petites fissures un peu partout, mais on sent bien que ça va pas craquer comme ça. »

Extraits

« La rédaction sur la cuisine, c’était pas celle-là que je voulais faire au départ.
Au départ, ce que je voulais dire, moi, c’était que la pièce de la maison que je préférais c’était les toilettes. Depuis que je suis toute petite, c’est mon endroit préféré de la maison. D’abord ce que j’aime dans les toilettes c’est qu’on peut s’enfermer à clé. Et puis c’est tout petit. On peut toucher tous les murs rien qu’en tendant les bras. Ça fait comme un abri, comme une armure, rien que pour soi. »

« ‒ Vas-y, dégage de là, Guenon !

Une autre fille a poussé mon sac par terre et je suis allée m’asseoir tout près de l’entrée des douches, là où il y a toujours un peu d’eau sale qui stagne sur les carreaux. Des filles ont fait des cris de singe et de cochon et tout le monde a rigolé. Je suis restée assise pendant qu’elles se changeaient parce que j’avais déjà enfilé mon jogging à la maison. Ça fait longtemps que je ne mets plus de justaucorps ou des collants pour faire du sport, mais, même en survêtement, j’ai l’impression d’être toute nue. »

Guenon de Pierre-Antoine Brossaud, Rouergue, 2019

Manço © Sarbacane – 2019

Ce roman interpelle par son titre et sa couverture verte pomme où trône une fourchette et une tâche de sang ! Et puis, c’est un roman Sarbacane, de la collection adorée Exprim’. Alors je savais avant de débuter (dévorer ?!) qu’il allait sacrément me secouer ! Et je dois dire que je n’ai pas été déçue ! C’est une sorte de conte fantastique un peu amer, dérangeant, absolument réjouissant dont la thématique centrale est le lien mère-fille, un lien hors norme, un lien dévorant, destructeur. La fille c’est Hippolyte. C’est une ado de 16 ans qui vit seule avec sa mère, depuis que son père est parti sans crier gare. La mère, elle va à la dérive depuis la séparation. C’est une drôle de mère qui passe pas mal de temps à la cave, surtout la nuit. Sa fille l’entend mais elle ne sait pas ce qu’elle y fabrique. La mère s’enferme des heures durant. La mère se comporte de plus en plus bizarrement jusqu’au jour où elle mord Hippo … Et puis, il y a cette vielle voisine qui a disparu… Et puis, il y a cette forêt juste à côté de la maison… Qu’y est cette mère ? Et puis que faire quand on a 16 ans et qu’on aime tant sa maman ?

Evidemment c’est un roman qui donne un peu la pétoche ! Le rythme bien soutenu, l’histoire incroyable et le suspense qui en découle nous laissent aucun répit jusqu’à la dernière ligne. Ogresse est un roman toutafé étonnant, à découvrir vraiment ! Je l’ai adoré…

Extrait

Ogresse d’Aylin Manço, Sarbacane, 2019

« Quand j’étais petite, j’imaginais que l’un de mes deux parents allait être changé en monstre et que je devais choisir lequel.

Je préférais Maman – bien sûr que je préférais Maman-, mais je savais aussi que je ne pouvais pas choisir de la sauver elle. Parce que dès que mon père serait changé en monstre, il s’attaquerait à nous, or Maman était moins forte que lui, donc choisir de lui épargner la métamorphose nous condamnerait toutes les deux.

Alors je me retournais dans mon lit, je reniflais à fond contre mon oreiller et je me forçais à choisir de sauver Papa. Papa saurait me défendre contre les assauts de Maman-monstre, il la pousserait dans les escaliers, ou dans un puits, et elle nous laisserait tranquilles. Je serrais les poings sur mes draps, je pleurais, je me détestais de faire ça. Mais je choisissais Papa.

Je ne sais pas pourquoi ça me paraissait si pressant, si obligatoire. Il y a eu cette période où j’y pensais tout le temps, si fort que j’avais peur que mes parents le sachent. Plus que tout, je redoutais que mon père devine que je ne le choisissais qu’à contrecœur. »

Mes 68 premières (jeunesse)

Mes premiers 68 – Deux romans à découvrir !

Aujourd’hui, avec mon lardon de 16 ans, on vous propose en partage deux romans découverts grâce aux 68 premières fois et qui nous ont bien plu. On espère qu’il en sera de même pour vous !

Mes 68 premières (jeunesse)

Le blog des 68 (avec toute la sélection des premiers romans à destination de la jeunesse comme des adultes d’ailleurs) est à retrouver ici : https://68premieresfois.wordpress.com/

Martins © Gallimard – 2019

Ceux qui ne peuvent pas mourir [1. La bête de Porte-vent] de Karine MARTINS (Billet de Pierre)

La bête de Porte-vent est le premier volet de la série Ceux qui ne peuvent pas mourir. Dans ce premier tome, on retrouve Gabriel, un immortel lié à une organisation qui a pour but de traquer les Egarés qui sont des « monstres » comme des vampires ou bien des loups-garous. Cette organisation se nomme la Sainte-Vehme. Dans ce tome, il est avec Rose, une fille qu’il a récupéré au cours d’une mission et qu’il ne veut plus laisser. Ils vont devoir élucider une série de meurtres étranges dans un petit village du Finistère et on peut dire que cette aventure sera autant surprenante que prenante !

J’ai bien aimé le roman. L’univers est nouveau et très bien imaginé, ce qui rend la lecture intéressante et pas répétitive contrairement à certains romans. Il n’est pas très long et se lit plutôt facilement. Une fois qu’on commence, on ne peut plus s’arrêter car on ne veut surtout pas perdre le fil de l’histoire. Et j’avais envie de savoir ce qui allait arriver à Gabriel et Rose !

Extraits

« Depuis qu’elle était au service de Gabriel Voltz, Rose avait appris une leçon essentielle : sortir seule la nuit dans Paris était la plus mauvaise idée qui soit. »

« Gabriel eut peur. Il avait beau être un vétéran de la chasse aux Egarés, c’était différent cette fois. Lors de ses précédentes chasses, il était mieux armé et avait toujours une faille à exploiter chez son ennemi. Mais là, rien. Il ne savait pas comment vaincre la bête. Et il n’était pas complètement présent : son esprit était obnubilé par la jeune femme retranchée dans le caveau, par la gamine qui resterait seule s’il venait à disparaître, par Grégoire à qui il laisserait un fardeau peut-être trop lourd à porter. »

Ceux qui ne peuvent pas mourir [1. La bête de Porte-vent] de Karine MARTINS, Gallimard Jeunesse, 2019

Bulle © L’Ecole des Loisirs – 2020

Les Fantômes d’Issa d’Estelle-Sarah Bulle (billet de la vieille mère)

« Les cauchemars sont encore revenus. Ça fait quatre ans maintenant que j’en ai presque toutes les nuits. Peut-être que ce journal va me soulager. Peut-être qu’écrire la grosse bêtise que j’ai faite la fera diminuer un peu dans ma tête. Maintenant que j’ai douze ans, je pense que je peux revenir en arrière, et tout écrire, je suis assez bonne en français. Mais c’est difficile de commencer. Par où débuter : au moment où j’ai commis cette erreur fatale, quand j’avais à peine huit ans ? Avant ? Avant, c’est mieux. Comme ça, ce sera clair. En écrivant, ce qui est arrivé deviendra juste une histoire, avec un sens et, je l’espère, une fin. »

Je ne sais pas bien pourquoi mais j’ai lu cette histoire le cœur un peu serré. J’ai eu peur, peur oui, du secret d’Issa, de ses fantômes, de son « erreur fatale ». J’ai été émue par Issa et sa lutte silencieuse.

Ce premier roman raconte donc l’histoire d’une jeune fille prénommée Issa. Elle est alors âgée de douze ans quand elle prend en charge le récit et qu’elle décide de revenir sur les évènements qui la hantent. Il faut vivre et pour cela il est temps pour elle de se libérer de ses secrets.

Ce roman dit la nécessité de la parole en partage pour grandir, pour dépasser sa culpabilité et affronter ses peurs. Il dit aussi la puissance de l’amitié comme de la lecture (ici des mangas) qui peut permettre des grandes choses ! C’est un beau roman, lumineux malgré mon cœur serré, à l’écriture légère et simple, alerte et très agréable. Un roman dévoré !

Merci aux 68 premières fois pour cette lecture bien émouvante…

Les Fantômes d’Issa d’Estelle-Sarah Bulle, L’école des loisirs, 2020

Steam Sailors (E.S. Green)

Green © Gulf Stream éditeur – 2020

Billet du lardon et de la vieille mère

L’Héliotrope est le premier tome de la saga Steam Sailors écrit par E.S Green aux éditions Gulf Stream. Dans ce roman, on découvre une tout autre planète, constituée de deux mondes différents : le Haut Monde composé d’îles volantes et de bateaux volants ; Et le Bas-Monde qui est à quelques détails près le monde que nous connaissons. Cependant, ces deux mondes sont déchirés par « La Grande-Fracture » une crise qui a vu « Les Alchimistes », les grands savants de cette époque, disparaître en laissant derrière une cité merveilleuse que personne n’a encore découvert. 

L’histoire débute 4 siècles après la Grande-Fracture. On retrouve Prudence, une jeune fille de 15 ans, pleine de sagesse et de savoirs, pratiquant la médecine et vivant à l’écart du (bas-) monde car elle possède des dons qui effraient les habitants.

« Les habitants du village vinrent bientôt la trouver clandestinement pour lui demander un remède ou des conseils. Ses services étaient préférés à ceux du nouveau médecin, surtout lorsqu’il s’agissait d’affaires nécessitant une certaine discrétion. En échange de son activité clandestine, elle se faisait payer en vivres, et tout le monde se gardait bien de l’ébruiter. Même si la moitié du village avait recours à ses services, on l’évitait ostensiblement en public. Tant mieux, car elle risquait elle-même de gros ennuis. Elle devait à nouveau vivre en paria… »

Un soir, alors qu’elle est sortie de chez elle « pour enfanter secrètement la maitresse d’un notable du village », ce dernier (le village de Murs-Mouillés) est attaqué par des pirates tombés du ciel qui la font prisonnière.

Que va-t-il arriver à Prudence ? Qui sont ces mystérieux pirates et quelles sont leurs intentions ? Vous le saurez en lisant L’Héliotrope… [Mon fils a l’art du teasing !]

Avis du fils : J’ai bien aimé ce livre, l’histoire était plutôt originale et intéressante. Il se lit plutôt vite et on n’a pas l’impression de s’ennuyer au cours de la lecture. L’univers était – bien que souvent utilisé dans les romans – plutôt nouveau, un peu effrayant par moment et captivant…

Avis de la mère : J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a attrapé dès les premières pages. Il se lit facilement et en même temps, il est très riche, foisonnant, vivant ! C’est une incroyable aventure que celle de Prudence et il me tarde de découvrir la suite. Et puis, une incroyable histoire de pirates volants, c’est absolument irrésistible ! Bref ce roman-là est chaudement recommandé !

« Prudence grelotta, il faisait très froid à cette altitude. Sur le pont, les assaillants de la nuit arrimaient leurs modules d’exploration ; deux en bon état et le troisième qui s’était écrasé dans la forêt. Ils étaient tous vêtus de combinaisons sombres et de bottes souples, aux bouts renforcés par une plaque de métal. Ils portaient également des ceintures en cuir, auxquelles était accroché tout un arsenal d’ustensiles plus étranges les uns que les autres. Ils avaient en levé leurs larges lunettes et leurs masques pourvus de filtres, révélant des crocs noirs et des visages monstrueux… »

Merci à mes premières 68… C’est une grande joie d’avoir participer avec mon lardon à cette aventure et par les temps qui courent, autant dire qu’elle nous a procuré bcp bcp de plaisir !

Mes 68 premières (jeunesse)

Steam Sailors – 1. L’Héliotrope d’E.S. Green, Gulf Stream éditeur, 2020.

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