Petite maman (Halim)

Halim © Dargaud – 2017

Brenda vient de naître. Sa maman a 15 ans, son père guère plus… il choisit la fuite plutôt que de prendre cette lourde responsabilité d’assumer.

Brenda a 3 ans. Elle n’est pas bien grande quand la douleur la réveille la nuit. Ses dents poussent. Elle pleure. Sa mère lui répond par des cris.

Brenda est un peu plus grande quand elle constate qu’elle est un poids pour cette mère fatiguée. Alors Brenda fait ce qu’elle peut pour prendre soin de sa mère. La vaisselle. Les tartines du petit-déjeuner. S’habiller, mettre en vitesse son sac sur son dos et filer à l’école où elle arrivera en retard, une fois encore.

Petite mère

Brenda continue de grandir. La Directrice la convoque souvent pour comprendre les retards. Et la questionne sur les bleus qu’elle a tantôt sur le front, sur les bras…

Brenda ne connaît pas son père mais elle voit passer les amoureux éphémères de sa mère. Et les pleurs de cette dernière quand elle croit être seule dans la cuisine.

Brenda ne connaît pas son père mais un jour, elle fait la connaissance de Vincent. Elle a du mal à accepter ce nouvel homme qui va désormais partager la vie de sa mère… qui va désormais faire partie de sa vie à elle.

Des bleus sur le corps, des bleus au cœur et à l’âme, Brenda va tenter bon gré mal gré de survivre.

Petite maman – Halim © Dargaud – 2017

 

Ouch ! Il faut pouvoir la digérer cette lecture que l’on engouffre pourtant d’un trait. Halim Mahmoudi décrit le quotidien d’une enfant que l’on va voir grandir dans un contexte familial des plus malsain. L’auteur campe le décor. Pour commencer, une fille mère dépassée par les événements, fragile nerveusement. Une fille mère qui voit cette enfant comme une menace. Une fille mère qui refuse de grandir du moins… une enfant à qui son propre enfant vole une partie de sa jeunesse. Inconsciemment, la fillette va en faire les frais.

On voit les négligences, les carences éducatives, des gestes d’affection qui vont et viennent. On voit, on ne s’alarme pas, pensant que les choses pourront se résorber même si c’est dur… un peu dur. Puis l’enfant grandit et absorbe naturellement de nouvelles responsabilités. Elle essuie aussi d’un revers de la main les mots blessants de la mère, quelques privations, quelques humiliations. C’est dur. Puis, l’adolescence arrive. Elle pointe le bout de son nez prématurément, en même temps que l’arrivée de son beau-père dans sa maison, son chez-elle… son repaire. La mère ne la pince plus, toute concentrée qu’elle est à vivre sa nouvelle grossesse… toute confiante qu’elle est à laisser son nouveau compagnon à s’occuper de l’éducation de sa fille. Parfois, la mère s’oppose, offrant à Brenda un court répit… les coups continuent de pleuvoir sur un autre corps. C’est dur, très dur.

A l’intérieur, c’est l’horreur. Dehors, quand elle est à l’école, elle a appris à garder la tête haute.

Maltraitance ? Le terme sera à peine employé dans l’album. Parce qu’on est au contact permanent de l’enfant. Parce que personne n’a su lui poser les bonnes questions, parce que certains adultes ont tenté d’intervenir mais Brenda n’a jamais rien lâché de ce qui se passait sitôt qu’elle était rentrée chez elle. On le verra pourtant surgir ça et là, quand on parvient à s’extraire de Brenda. Tantôt le psychologue, tantôt les services sociaux… ils le disent ce mot qui permettrait de changer les choses. Les changer ? Oui mais pour quoi ? Une vie en foyer ? Loin de sa mère, loin de son frère… après la maltraitance la séparation : une autre forme de souffrance ?

Un livre coup de poing.

La chronique de Mes échappées livresques.

Une lecture que je partage avec les lecteur de « La BD de la semaine » dont le rendez-vous se déroule aujourd’hui chez Noukette.

Petite maman

One shot
Editeur : Dargaud
Dessinateur / Scénariste : Halim
Dépôt légal : septembre 2017
192 pages, 19.99 euros, ISBN : 978-2-5050-6710-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Petite maman – Halim © Dargaud – 2017

Maria et Salazar (Walter)

Walter © Des Ronds dans l’O – 2017

Une maison familiale en vente. Robin Walter y a ses racines, il y a grandi, tous ses souvenirs le rattachent à ce lieu. Depuis quelques années, il vit non loin de là avec sa femme et ses enfants mais il revient quasi quotidiennement dans la maison de ses parents. Il y a son atelier et cette atmosphère si propice pour travailler.
Et puis il y a Maria qui travaille pour eux depuis plus de trente ans. Maria continue de venir régulièrement pour entretenir la maison pendant que les visites ont lieu. Avec les années, Maria est devenue une amie de la famille et pour Robin – comme pour ses frères et sœurs – elle est devenue une seconde maman. La cuisine de Maria, sa gentillesse, sa bienveillance et sa douceur, tout cela fait qu’elle a une place importante dans cette famille. Mais la vente de cette maison marque aussi le fait que Maria ne viendra plus travailler pour les parents de Robin.
A la veille de ses trente ans, Robin Walter s’interroge sur le passé de cette femme et les raisons qui l’ont conduite à immigrer en France.

C’est un témoignage à la fois tendre et pudique que nous propose Robin Walter. Partant de la vente de la maison de ses parents et marquant ainsi le fait que c’est une page de sa vie qui se tourne, l’auteur pioche dans ses souvenirs et se remémore, dans un premier temps, les souvenirs forts de son enfance. Puis, suivant ce fil, le visage de Maria revient avec autant de régularité qu’un métronome, accompagnant chaque moment fort de cette vie de famille et contribuant largement à l’éducation des enfants. Cette famille n’aurait pas tout à fait été la même si elle n’avait pas été présente.

Par le biais de cette femme arrivée en France en 1972, Robin Walter aborde tout un pan de l’histoire du Portugal. Le XXème siècle marque un tournant dans l’essor du Portugal ; les deux guerres mondiales et la fin de son empire colonial marquent le déclin de l’économie portugaise et de son influence dans le monde. Et l’arrivée de Salazar au pouvoir va amener de plus en plus de portugais à choisir la voie de l’exil.

Robin Walter entrecoupe son témoignage de passages didactiques afin que l’on puisse appréhender correctement l’histoire du Portugal et les motivations des immigrés portugais. Certains passages sont un peu verbeux mais ne s’éternisent jamais longtemps et n’assomme pas le lecteur de quantité de dates et de faits successifs qui lui feraient perdre le fil. Parfois verbeux certes mais l’auteur va à l’essentiel. C’est ce contexte socio-historique qui a conduit Maria et son époux à s’exiler en France. La promesse d’une vie meilleure a été plus forte que cet avenir sans horizon que promettait le Portugal.

Dès qu’un inconnu entrait dans le café, on se taisait, puis on faisait attention à ce qu’on disait, car on risquait la prison. (…) on n’avait aucune liberté.

Les souvenirs, la lente intégration dans la société française puis la vie qui reprend ses droits, les opportunités d’emploi, les amitiés qui se tissent et les enfants qui naissent, grandissent et finalement qui appartiennent à ce pays que leurs parents ont choisi. Les projets de retour au Portugal qui sont sans cesse remis au lendemain… jusqu’à en devenir totalement utopique. La saudade.

La saudade, cette mélancolie, cette nostalgie, propre aux Portugais… Si difficilement traduisible. Maria me dit ne plus envisager rentrer au Portugal à la retraite. Les réalités économiques et les perspectives d’une meilleure qualité de vie lui feront peut-être changer d’avis. Envisageaient-ils un tel scénario il y a quarante ans, quand à contre-cœur, ils ont laissé derrière eux leur maison, leur famille… leur Portugal… Non, ils se voyaient rester quelques années pour y faire des économies et faire construire une maison au pays. Mais le piège s’est refermé. Celui dont sont victimes tous les émigrés de la planète. Quand les enfants grandissent et s’installent dans leur pays d’adoption. Les petits-enfants finissent d’anéantir les velléités de départ… Maria et Manuel semblent savoir qu’ils ne retrouveront plus leur Portugal. Leur Portugal n’existe plus.

Le dessin est doux, une encre de Chine avec lavis, de la tendresse dans cette manière d’illustrer et le souci du détail qui donne de la chaleur au récit et nous permet de profiter de cette émotion qui a guidé l’auteur durant l’année qu’il a consacré à la réalisation de cet album.

Dans ce roman graphique, plusieurs périodes se chevauchent et se répondent : le passé du Portugal, le passé de Maria et le présent où se croisent désormais l’auteur et Maria. Elles font la richesse de ce témoignage. Elles lui donnent de la force et nous permettent de mieux comprendre les raisons de cette migration massive des Portugais en France à partir des années 1950. La « petite histoire » de Maria donne un visage humain à ces milliers de Portugais qui ont quitté leur pays.

Maria et Salazar

One shot
Editeur : Des Ronds dans l’O
Collection : Histoire
Dessinateur / Scénariste : Robin WALTER
Dépôt légal : octobre 2017
132 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-37418-042-7

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Maria et Salazar – Walter © Des Ronds dans l’O – 2017

Les Vieux Fourneaux, tome 4 (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Cet été-là, Antoine a accompagné Sophie durant toute la tournée du spectacle de marionnettes « Le Loup en slip » . Bien qu’Antoine ne soit pas parvenu à soutirer à Sophie des informations sur le père de Juliette (son arrière-petite-fille), il est tout de même ravi d’avoir passé du temps en famille… mais ses vieux os ne sont pas mécontents de retrouver un bon lit et les copains du bistrot du village. Par contre, pendant son absence, une espèce protégée a eu la mauvaise idée de venir s’installer dans le champ de Berthe. Et le champ de Berthe, c’est exactement l’endroit où Garan-Servier avait prévu de faire ses travaux pour agrandir son usine.
Alors voilà que les zadistes sont arrivés en renfort sur le site de Garan-Servier ! Et ce n’est pas les gens du coin qui vont s’en plaindre… Sauf peut-être Antoine qui voit d’un mauvais œil ce violent coup de frein à la reprise de l’activité économique de la région. « Moi j’ai fait ma véranda plein sud et… », « Pis c’est mon coin à champignons le bois de chez Berthe » , « sans compter que les nouveaux employés ne viendront pas à La Chope » … Autant de faux arguments qui chauffent suffisamment les oreilles d’Antoine pour que ce dernier décide d’aller s’expliquer avec les « rastaquouères » écolos.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Wilfrid Lupano passe au karcher des sujets d’actualité épineux et dont les médias font leurs choux gras. L’auteur décape, défrise, déride et décale ces questions de société à coup d’humour déjanté et un brin alcoolisé. Protection de l’environnement, migrants, délocalisation, relance économique, désert médical… et puis sans l’amouuuur, le tableau ne serait pas complet ! L’ambiance pourrait être électrique mais jamais ô grand jamais on se crispe ou on se lasse. C’est limpide, cinglant comme on aime et surtout, plein de bonne humeur. Parfaitement dans la continuité des tomes précédents, peut-être un poil plus affirmé, un scénario plus mordant et plus que jamais engagé. La qualité de chaque tome est réelle. Le scénariste est d’une lucidité aussi affutée qu’un couteau, fait fuser les répliques avec beaucoup de naturel. Les personnages sont plus vivants que jamais et on leur envie leur sens de la répartie. Il y a très peu de temps morts dans cet album mais on n’a pas l’impression d’être bombardé de rebondissements alambiqués qui seraient difficiles à répertorier. Bien au contraire, ces cinquante-quatre pages filent à la vitesse de la lumière et la fin de ce tome tombe comme un couperet et annonce un cinquième tome… que j’attends déjà avec impatience.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Paul Cauuet s’applique à dessiner ces silhouettes qui ne répondent à aucun des canons de la mode. Méticuleusement, il s’applique sur les rides et les bedaines, les cheveux hirsutes, les trognes improbables animées par des moues, des rictus, des bouches en cœur ou des grimaces de colère. Les illustrations nous réservent toujours une place de choix pour observer cette bande de sympathiques énergumènes se battre avec les aléas de la vie, se harpouiller et se serrer les coudes.

Ce quatrième tome est vraiment excellent. On retrouve le panache qui m’avait fait tant apprécier la série au premier tome. Une critique sociale loufoque que l’on a plaisir à lire et à relire.

Une belle lecture commune avec Sabine. Je vous laisse d’ailleurs avec les mots de Sabine qui sans nul doute en parlera mieux que moi.

Une lecture que nous partageons pour le rendez-vous de la « BD de la semaine » qui s’est posé [deuxième mercredi du mois oblige] chez Stephie !

Les Vieux Fourneaux

Tome 4 : La Magicienne
Série en cours
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Paul CAUUET
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : novembre 2017
54 pages, 11.99 euros, ISBN : 978-2-5050-6542-5

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

En attendant Bojangles (Chabbert & Maurel)

Chabbert – Maurel © Steinkis – 2017

Le carrelage en noir et blanc fait un grand damier dans le couloir de l’appartement, un amoncellement de lettres qui n’ont jamais été ouvertes (et ne le seront jamais) forme une sculpture atypique dans l’entrée, le poster de Claude François transformé en cible de fléchettes… seul le vieux buffet de la salle-à-manger dévoré par le lierre manque à l’appel.
… Musique…
Sur la platine, un vinyle est déposé puis le diamant est posé sur le sillon. Les danseurs sont prêts. Ils attendent les premières notes. Après quelques secondes, la voix de Nina Simone s’élève. Elle chante son Mr Bojangles. Ils s’élancent. Georges et sa femme rejouent inlassablement cette danse et inlassablement ils se réchauffent à la flamme de leur amour.
La journée commence, leur fils dort encore. Dans le couloir, Mademoiselle Superfétatoire, la grue de la famille, donne des coups de becs sur la porte pour réveiller l’enfant et venir lui dire bonjour. Pris par leur danse, ses parents n’ont pas fait attention à l’heure… L’enfant va encore être en retard à l’école.
Quant au meilleur ami de la famille, adorablement surnommé l’Ordure, il viendra ce soir à la fête.

C’est en lisant quelques chroniques alléchantes que je me lançais, en mars 2016, dans la lecture du prometteur « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut. Pleine d’attentes, je dévorais ce roman sans coup férir et en sortais ravie quelques heures plus tard.

En revanche, je ne me rue jamais sur les adaptations par peur d’être déçue… à moins de ne pas connaître l’œuvre originelle. Mais il y a toujours des exceptions à la règle [ce mois-ci j’en ferai deux] surtout lorsque les artistes aux commandes sont Ingrid Chabbert et Carole Maurel [elles m’avaient touchée avec le superbe « Ecumes » il y a quelques mois].

Adaptation réussie ! On y est. On retrouve cette jolie famille et cette place parmi eux. L’ambiance graphique offre une chaleur inespérée grâce à des tons dominants qui oscillent entre le sépia et le vert pistache. Quelques scènes font intervenir des teintes plus toniques, plus chaudes encore ; c’est la fête, le rire, le bonheur. On accueille à bras ouverts l’originalité délirante de cette petite famille, on passe de la gaieté à la mélancolie en un battement de cils. La mère que son époux renomme chaque jour. Chaque matin, elle est une autre. Chaque jour elle tente trouver un équilibre entre son excentricité et ses envies de femme.

Bipolarité, schizophrénie, les médecins l’avaient accablée de tout leur savant vocable

S’adapter à la maladie. Trouver sa force dans cette fragilité. La contourner. Rire d’elle et des instants saugrenus qu’elle impose. Tenir, danser, s’aimer, relativiser, s’aimer. C’est dans cette cellule qu’un enfant grandit entre deux mondes : celui très discipliné de l’école et celui plus sémillant de la maison.

Pas besoin d’avoir lu le roman pour savourer cette adaptation. Bien sûr, l’album ne reprend pas tout mais notre mémoire vagabonde sans cesse vers les souvenirs de ce que nous avions lu pour les replacer dans l’album. Et pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas l’œuvre d’Olivier Bourdeaut, voilà une belle invitation à la lecture.

Beau, drôle, touchant, rempli de bonne humeur, de légèreté malgré le sujet de fond. A lire assurément.

Une lecture faire en compagnie de Noukette.

Petite pépite partagée à l’occasion de la BD de la semaine que l’on retrouve [premier mercredi du mois oblige] chez Moka !

En attendant Bojangles

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur : Carole MAUREL
Scénariste : Ingrid CHABBERT
Dépôt légal : novembre 2017
104 pages, euros, ISBN : 978-2-36846-109-9

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

En attendant Bojangles – Chabbert – Maurel © Steinkis – 2017

Chroniks Expresss #34

Bande dessinée : Crache trois fois (D. Reviati ; Ed. Ici Même, 2017).
Jeunesse / Ados : Sauveur & Fils, saison 1 (M-A. Murail ; Ed. L’Ecole des Loisirs, 2016), Pépites (A-L. Bondoux ; Ed. Bayard, 2012).
Romans : Le Cœur du Pélican (C. Coulon ; Ed. Points, 2016), Laver les ombres (J. Benameur ; Ed. Actes Sud, 2008), Comme un roman (D. Pennac ; Ed. folio, 2013).

 

*

* *

Bande dessinée

 

Reviati © Ici Même – 2017

C’est la chronique de Jérôme qui m’a convaincue. J’ai lu cet album en juillet dernier, je voulais lui consacrer une chronique et j’ai laissé filer le temps et, aujourd’hui, je n’ai plus la matière suffisante pour le faire. Pourtant, faire l’impasse sur cette lecture m’est impossible.

Inclusion, exclusion, intégration. Des thèmes forts de l’album qui viennent flirter avec cette peur de l’autre, de l’Etranger, de ses différences. Cette peur qui nous pousse à le rejeter, le haïr parfois. Et puis, quand l’Etranger part, son absence nous met mal. Qu’est-il devenu ? Reviendra-t-il ?

C’est l’histoire d’un village mais avant tout des enfants de ce village. Ils ont grandi ensemble et fait leurs premières expériences. Premier plongeon, première clope, premiers frissons du sentiment amoureux.

Le dessin de Davide Reviati est fragile. Il s’efface presque sur certains détails, comme s’il n’osait pas et laissait notre imagination faire son travail. Comme par pudeur, il laisse les lignes et les contours des visages se deviner. A nous de combler les brèches. Nuages, vent et mouvements sont de la partie. Les gestes fusent ou restent suspendus dans l’air. Ce paysage de campagne est parfois désertique, laissant présager un drame.

C’est l’histoire d’un village italien. Dans ce hameau, des tsiganes ont construit leur campement. Ils y vivent quelques mois puis repartent. Où vont-ils ? Au sein de la communauté tsigane, il y a Loretta. La jeune fille est sauvage, féline. Elle fascine les garçons du village, un mélange de peur et de désir.

Un ouvrage qui mélange légendes urbaines, superstitions et Histoire. L’Histoire des tsiganes, chassés par tous, jamais posés, constamment humiliés, souvent persécutés … comme pendant la Seconde Guerre Mondiale où ils furent parqués dans les camps de concentration, où les allemands les ont torturés, tentés de les briser et de les exterminer. Entre passé et présent, Davide Reviati.

Un récit où se croisent passé et présent, monde imaginaire et monde réel.

Beau. Aussi marquant que son précédent ouvrage : Etat de veille.

Extraits :

« Les copains d’enfance tu ne les choisis pas, ils te tombent dessus et ils entrent en toi comme la fièvre, et ils n’en partent plus même si tu ls chasses à coup de pied au cul » (Crache trois fois).

« Je ne sais pas comment le dire… que le bonheur, on ne l’exhibe pas partout comme une robe neuve. Que, si on ne le contrôle pas, il rend idiot, avant de devenir ennui » (Crache trois fois).

*

* *

 

Jeunesse / Ado

 

Murail © Ecole des Loisirs – 2016

Sauveur Saint-Yves est un thérapeute spécialisé dans la clinique des adolescents « à problème ». Sauveur est veuf, père et débordé. Ses patients empiètent parfois sur la vie privée.

Lazare Saint-Yves est un jeune garçon pétillant de vie, curieux de tout. Son meilleur ami s’appelle Paul ; ensembles, ils iraient au bout du monde. Lazare est fils unique et ce qu’il aime par-dessus tout, c’est écouter aux portes… surtout celle qui donne sur le cabinet de son père. Lazare ne raterait pour rien au monde ces témoignages croustillants mais touchants et qui questionnent beaucoup le petit garçon qu’il est.

Voilà une succulente découverte faite sur les blogs. Les chroniques tentatrices : Jérôme, Noukette, Cuné, Stephie,… et puis il y eu mars 2017 et ce fameux anniversaire des pépites jeunesse organisé par Jérôme et Noukette et voilà « Sauveur & Fils » qui déboule chez moi.

Succulent, drôle, dur, c’est assez rafraîchissant de lire le quotidien de ce psychologue clinicien confronté à des patients. Consultation après consultation, il tente de les aider à sortir de leurs impasses. Divorce, scarification, angoisses, jalousie, pédophilie… les causes sont multiples et, parfois, seul le bon sens peut être invoqué pour résoudre la crise. Marie-Aude Murail nous le décrit plutôt bel homme et doté d’une voix… je donnerais cher pour qu’on me susurre des mots doux à l’oreille avec cette voix-là [mais je me reprends… « Sauveur 1 Fils » est un roman jeunesse].

Les thèmes sont durs mais la romancière les borde très facilement, exposant des faits puis, à l’aide de son personnage principal, revient sur ces notions de façon posée et met des mots sur ces maux. Des sujets sensibles face auxquels ses jeunes lecteurs peuvent être confrontés personnellement ou indirectement. Le fait de les aborder dans cette fiction peut permettre d’en reparler aussi à la maison.

Jolie découverte. Je suis conquise, comme de nombreux lecteurs. Il me tarde de retrouver Sauveur, Lazare, Louise, Paul, Gabin… et de savoir ce que le second tome nous réserve.


Bondoux © Bayard Jeunesse – 2012

« A vingt ans, Bella Rossa est une jeune femme splendide, aux cheveux flamboyants et à la vitalité hors du commun. Pourtant depuis sa naissance, son existence n’est qu’une suite de calamités. Lorsque la guerre arrive jusqu’à Maussad-Vallée, elle décide que le moment est enfin venu de partir à la recherche de la fortune : elle a son idée ! Et tant mieux, si en chemin, elle trouve le bonheur…
Embarquant son père paralysé et sa collection de casseroles, Bella Rossa se met en route vers l’Ouest. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’elle manquera de mourir par la faute d’une pépite et que l’Ouest lui réserve des rencontres aussi dangereuses que formidables. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’il existe des pépites plus précieuses que celles des chercheurs d’or… » (synopsis éditeur).

Partons donc parcourir ces grands espaces, à la période des pionniers américains et de la ruée vers l’or. Anne-Laure Bondoux propose un roman jeunesse frais et dépaysant, une histoire qui repose sur les épaules solides d’une jeune fille au caractère bien trempé. Ce roman m’avait été conseillé par Stephie il y a quelques années déjà ; si je m’étais empressée de m’offrir l’ouvrage, j’ai mis un peu plus de temps à passer à la lecture.

A ma grande surprise, il se dévore vite ce roman et alterne romance, aventure, suspense et – au passage – nous gratifie de quelques réflexions sur la société de l’époque : l’arrivée du chemin de fer qui facilite l’échange de marchandises et la mobilité des voyageurs, le racisme, le sectarisme, la corruption, l’alcoolisme, le chocs des cultures entre indiens d’Amérique et colons, le couple, la place de la femme dans la société, le « rêve américain » .

Ouvrage généreux, aussi ludique que captivant. Je l’ai déjà mis entre les mains de mon pré-ado qui le dévore (et roule des yeux ronds comme des billes et fait semblant d’être choqué lorsque la romancière s’attarde sur les seins de l’héroïne, « ses maudits seins ! Pourquoi, au lieu de pousser normalement, avaient-ils pris ces proportions ahurissantes ? Il n’y avait pas d’explication. En une seule année, ils étaient passés de la grosseur de deux pommes à celle de deux melons, puis à celle de deux pastèques » .

*

* *

Romans

 

Coulon © Points – 2016

Anthime a passé la majeure partie de sa vie à avoir peur.
Il a grandi un peu tordu par ses angoisses, un peu tordu par l’absence de ses parents. Son besoin d’affection et de réassurance, il le trouvait auprès de sa sœur.
Pour se forcer à dépasser ses peurs, il se lançait des défis.
Le plus marquant fut certainement celui qui fit suite à son arrivée dans sa nouvelle maison. C’était encore un jeune garçon quand ses parents ont déménagé et se sont installés en province. Lui et sa sœur les ont suivis, bien sûr, ils étaient encore trop petits pour avoir leur mot à dire. Une fête fut organisée ; de nombreux voisins y étaient invités. Lui ne connaissait personne, à peine quelques enfants qu’il avait aperçu dans le quartier. Une partie de balle au prisonnier fut improvisée alors, pour ne pas rester en marge, il s’est avancé puis a rejoint l’équipe qu’on lui désignait. Puis vint ce moment où, ballon en main, il s’est mis à courir avec tant de vigueur que personne ne fut en mesure de le rattraper. Ce jour-là fut comme une petite victoire pour Anthime.
Quelques mois plus tard, il étonna tout le monde sur un marathon inter-écoles. Dès ce moment, le professeur de sport se met à le considérer d’un autre œil. Anthime intègre le club d’athlétisme. Il a trouvé sa vocation, ce sera la course. Anthime n’a jamais compté les heures nécessaires à son entrainement, ni celles passées à aller ou à revenir d’une compétition, encore moins celles passées à courir. Sa raison de vivre était là. Dans la course. Un accident est venu balayer ses projets ouvrant le temps de la reconstruction et de l’oubli.

Troisième roman de Cécile Coulon que je découvre, troisième plongée dans une écriture totalement fascinante, qui nous prend aux tripes et nous jette dans tout ce que le personnage principal a le plus d’intime, de plus personnel. Hasard ou coïncidence [car j’ai encore des lacunes à combler puisque la romancière a été neuf romans à ce jour], c’est toujours un homme qui est au cœur du récit. Homme fragile, torturé, hanté par ses vieux démons qui ont fait naître en lui des peurs tenaces, certaines allant jusqu’à l’angoisse.

Je n’ai pas fini de parler de Coulon sur ce blog.

Une fois encore, je te remercie Noukette. Sans toi, j’aurais certainement fait l’impasse sur cet auteur.

Liens vers les autres romans de Cécile Coulon sur le blog.

 

Benameur © Actes Sud – 2008

Lea et Romilda. La fille et la mère. La danseuse et la vieille femme. L’inquiète et l’intranquille.

Lea a la trentaine, elle vit loin de chez elle, en ville. Sa respiration, c’est la danse. Depuis peu, elle s’autorise à se laisser aller avec Bruno. C’est la première fois qu’une relation dure, mais elle la sait fragile. Pourtant, les mains de cet homme-là, sa voix et sa présence la rassurent. Elle a trouvé son équilibre même s’il est encore balbutiant. Lea la danseuse, en permanence en équilibre, à la scène comme dans sa vie privée. Elle cherche à combattre son refus de l’Autre, de la vie. Puis, cet appel passé à sa mère. Elle perçoit dans la voit de l’aînée une fatigue, une inquiétude. Alors Lea prend la route malgré l’avis de tempête.

« Est-ce qu’aimer, ce n’est pas vouloir rejoindre, sans relâche ?
(…)
Aimer c’est juste accorder la lumière à la solitude.
Et c’est immense »

Un huis-clos, des retrouvailles entre deux femmes. Deux générations, deux vies, deux solitudes. Jeanne Benameur livre un récit poignant d’une rencontre où une mère brise le silence et explique à sa fille ce qu’elle a vécu. Un jour, un homme est entré dans sa vie. Avec lui, elle a fui, elle a quitté la maison familiale comme une voleuse, elle a quitté cette guerre qui ravageait son pays. L’homme lui a promis une vie meilleure loin de l’Italie, lui a fait miroiter le bonheur en France. Pourtant, si le couple a fini par s’installer dans un bourg paumé de la providence française, il y eu toutes ces années de guerre durant lesquelles la jeune fille perdit à jamais son insouciance. Prostitution, violences psychologiques, désillusions. Cette mère se livre avec émotions. Face à elle, sa fille avide de connaître la vérité tout en étant terrorisée par ce qui lui est confié. Mère et fille sont face-à-face, la romancière nous permet de ressentir la force de cet instant rythmé seulement par le vacarme que produit la tempête qui fait rage à l’extérieur de la maison dans laquelle elles se trouvent. Entre passé et présent, les deux femmes se livrent et font face à leurs peurs respectives.

Les autres romans de Jeanne Benameur sur le blog.

 

Pennac © Gallimard – 2013

Prenons un instant pour observer le rapport que nous avons à la lecture. Comment un individu développe-t-il le goût ou le dégoût de la lecture ? Le système scolaire donne les bases nécessaires à la lecture et à l’écriture mais qu’est-ce qui se joue à la maison ? Est-ce que le discours des parents a un impact sur le lien futur que nous aurons chacun avec les livres ? Lecture plaisir ou lecture contrainte. Que va-ton chercher dans les livres et qu’est-ce que l’objet livre représente tout simplement pour chacun ? Tant de question que Daniel Pennac nous invite à nous poser. Il nous amène à nous rappeler ce que lire représentait pour nous étant enfant. Ce plaisir de la lecture du soir que nous avions enfant ou que nous avons, en tant que parent. Le plaisir de lire serait-il une question de transmission ou ne serait-ce qu’une prédisposition que certains individus ont alors que d’autres en sont dépourvus.

La quatrième et dernière partie du roman nous présente les « droits imprescriptibles du lecteur » lus sur de nombreux blogs et repris quantité de fois à différentes occasions :

1/ Le droit de ne pas lire, 2/ Le droit de sauter des pages, 3/ Le droit de ne pas finir un livre, 4/ Le droit de relire, 5/ Le droit de lire n’importe quoi, 6/ Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible), 7/ Le droit de lire n’importe où, 8/ Le droit de grappiller, 9/ Le droit de lire à haute voix, 10/ Le droit de nous taire.

Belle réflexion sur la littérature et sa place dans la société. Belle réflexion sur le plaisir que procure la lecture. Un texte qui remet les pendules à l’heure. Ecrit en 1995 à l’époque ou Daniel Pennac était enseignant, j’ai trouvé ce texte très actuel, c’est à peine s’il a pris la poussière.

Les Gens honnêtes (Gibrat & Durieux)

Gibrat – Durieux © Dupuis – 2017

Le jour de son anniversaire, Philippe reçoit un vélo (cadeau de sa famille) et un coup de fil pour lui annoncer son licenciement (cadeau de son patron). Un coup dur pour Philippe qui reste sourd aux discours optimistes de ses proches. « Fais pas cette tête ! T’en avais ras le bol, de toute façon ! » , « C’est les vacances mon pote ! Faut te faire à l’idée » , « Allez, secoue-toi. Tu vas pouvoir faire du vélo toute la journée ! »
Philippe a pourtant bien raison de ne pas se joindre à la liesse ambiante. Il est si estomaqué qu’il va lentement sombrer, tentant de se raccrocher à la première bouteille qui passe à sa portée. Les choses s’enchaînent très vite ensuite : son ex-employeur ayant délocalisé récemment en Hongrie, il est contraint de faire une croix sur ses indemnités de départ. Quelques semaines plus tard, l’huissier force sa porte et fait emporter tout ce qui a un semblant de valeur. Et comme sa maison était un logement de fonction, Philippe se retrouve à la rue. Tous ses proches le tiennent à bout de bras. Sa fille tente d’apporter sa pierre à l’édifice, Fabrice – son meilleur ami – l’héberge et un copain l’embauche en tant que serveur.
Qu’à cela ne tienne ! Bon an mal an, Philippe se laisse porter par les autres dans sa nouvelle vie tout en faisant l’amer constat de ses échecs. Et puis il faut reconnaître, malgré les tuiles, que la vie réserve tout de même de jolies surprises : sa fille lui apprend qu’il va être grand-père, son plus jeune fils trouve enfin sa voie professionnelle et de nouvelles rencontres vont apporter un souffle d’air frais. Autant de raisons d’aller de l’avant même si rien n’est jamais simple.

Le premier tome de cette tétralogie est sorti il y a presque 10 ans et… la série n’a pas pris une ride. Presque 8 ans entre le premier et le dernier tome et j’aurais poursuivi volontiers s’il y avait eu d’autres tomes. Pourtant, dans les coulisses de la série, il y a eu quelques changements, le principal tient au fait que, faute de temps, Jean-Pierre Gibrat a dû confier entièrement le « bébé » à son compère Christian Durieux. Le lecteur n’y voit que du feu tant on a l’impression que tout est écrit par une seule et même personne.

(Réédition) Les gens honnêtes, tome 3 – Gibrat – Durieux © Dupuis – 2014

Le duo Gibrat-Durieux est sur la même longueur d’ondes. Alors oui, le pari de nous faire aimer ce personnage était risqué. Dès le début, c’est une avalanche de tuiles qui lui tombe sur la tête. Un divorce en cours et des relations avec son ex qui sont plutôt électriques, un licenciement qui annonce une période difficile de remise en question, l’arrivée d’un petit-fils alors que le costume de père ne lui allait déjà pas très bien et en dernier lieu, ce penchant pour l’alcool qui prend des proportions inquiétantes. Le premier tome contient donc beaucoup d’ombres au tableau côté scénario, nous donnant faussement l’impression qu’on s’engage dans une histoire plombante. Ce n’est pourtant pas le cas. Le dessin est enjoué, les boutades fusent et si le personnage principal se laisse aller, son entourage ne l’entend pas de cette oreille.

Au final, on rit de cet humour parfois grinçant, jamais méchant ni trop cynique et nos pupilles savourent ces planches pleines de fraicheur. Les illustrations ont plutôt tendance à border amoureusement cet univers et ceux qui le peuplent. Les couleurs sont gaies mais elles s’autorisent parfois un peu de noirceur pour coller à l’état d’esprit du personnage principal, à ses sentiments, émotions, colères, déceptions… Puis c’est l’occasion de sourire des aléas d’un homme qui a tendance à somatiser pour un rien et ses penchants hypocondriaques prêtent à rire de bon cœur.

Cerise sur le gâteau : un nouveau personnage entre en scène dès le tome 2. Il est libraire et son amour pour la littérature va contaminer tout le récit. Dès lors, des extraits de romans (classiques ou contemporains) s’inviteront régulièrement dans les cases. A savourer.

Je n’étais pas très loin du coup de cœur pour cet fiction. Moment de détente garantie.

Sur les premiers tomes : la chronique de Stephie, celle de LaSardine et celle de Cristie.

Une lecture pour « La BD de la semaine » que l’on retrouve aujourd’hui chez Stephie.

Les Gens Honnêtes

Intégrale
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur : Christian DURIEUX
Scénariste : Jean-Pierre GIBRAT
Dépôt légal : septembre 2017
296 pages, 35 euros, ISBN : 978-2-8001-7065-7

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les gens honnêtes – Gibrat – Durieux © Dupuis – 2017

Danser, encore (De Lestrange)

De Lestrange © Mazarine – 2017

Quelques années ont passé depuis que Sophie et Alexandre ont effectué ce voyage en Thaïlande. Ces deux-là se sont enfin trouvés. Ils sont aujourd’hui mariés et ils ont deux enfants. Juliette est en crèche et Nathan va à l’école maternelle. Le temps de la nonchalance est donc révolu, ce temps-là où l’on pouvait se consacrer entièrement à la personne que l’on aime, celui où l’on pouvait décider d’aller au cinéma ou au théâtre au dernier moment. Le temps des responsabilités est venu. Celui de l’âge adulte, celui de la parentalité. Ils forment une jolie famille maintenant. Alexandre a décroché un poste de journaliste depuis trois ans, il y est bien même s’il « attend son heure », celle-là même où il pourra partir à l’étranger pour couvrir des reportages plus ambitieux. Sophie travaille dans un ministère.

Leur routine est pourtant régulièrement bouleversée par les violentes crises d’asthme de Nathan. Sophie et Alexandre ne comptent plus ces passages aux urgences en catastrophe ou ces nuits passées à l’hôpital, aux côtés de Nathan sédaté, bourré de cortisone, intubé, épuisé par la dernière crise.

En devenant parents, ils ont relevé le défi d’incarner ce qu’ils sont de meilleur. La plus belle part d’eux-mêmes. Celle qu’ils ne soupçonnaient pas, mais qui peut tout donner, tout sacrifier, tout pardonner, qui aime inconditionnellement. Sans fléchir, compter, se fatiguer, encore moins abandonner. En une seconde, ils ont pris perpétuité.

Marco lui, s’est installé avec Pénélope. Il vit à cent à l’heure mais son couple bat de l’aile et Alexandre s’inquiète. Marco n’a jamais su vivre seul. Quant à Anouk, la sœur d’Alex, elle vit à Londres, est plasticienne et lorsqu’elle revient à Paris pour voir sa famille, elle annonce qu’elle va se marier et Claude, son père, s’inquiète quand il apprend que c’est un mariage blanc.

Lorsque j’ai lu « Hier encore, c’était l’été », je ne savais pas que Julie De Lestrange était en train d’écrire la suite de son roman. La suite, la voilà ! Et c’est le même plaisir de passer quelques heures en compagnie de cette écriture si fluide, si simple. De retrouver des personnages que l’on a aimé sans mesure, pour leurs défauts comme pour leurs qualités.

Le regard coule sur les mots, les phrases, l’histoire. On enfile les chapitres sans se poser de question, on bute sur les sentiments douloureux des personnages, les épreuves qu’ils traversent, puis on rit. On connaît leurs vies, la complicité qu’il y a entre eux et les boutades qu’ils se lancent. C’est un vrai feel good book même si les sujets abordés sont tout de même plus durs que dans le premier opus (du moins, c’est ainsi dans mes souvenirs).

Car il y en a de la peine et de la dans ce roman. Des douleurs multiples que traversent chaque personnage. Deuil, rupture, angoisses… mais il y a aussi d’autres formes de violences qui les toucheront plus ou moins directement. Pour y faire face, certaines fuient et d’autres restent en fouillant inlassablement leurs limites et leurs possibilités de se remettre en question, de changer, pour ne pas être emportés par la vague d’inquiétudes et de tristesse qui ne demande qu’à les submerger.

Julie De Lestrange a su de nouveau nous emmener dans ce dédale de combinaisons parfois impossibles que prennent leurs vies. On retrouve tous les personnages, du moins ceux auxquels on était le plus attachés et une fois encore, on a l’impression d’être là, à leurs côtés, confidents intimes de leurs pensées. Beaucoup d’empathie et de sympathie pour ces hommes et ces femmes qui n’ont rien d’exceptionnels en soi si ce n’est le fait d’être dans ces pages, dans cette ambiance qui s’est construite très vite dans le premier tome de cette saga et que l’on a plaisir à retrouver. Mais… a-t-on le droit de parler de saga ? a-t-on le droit d’espérer une suite à cette suite ? En tout cas, moi qui me suis laissée surprendre par Hier encore, c’était l’été, j’attendais Danse, encore avec impatience. J’avais des attentes et la romancière a su y répondre. Un roman qui fait du bien.

La chronique de LaSardine et celle d’Antigone.

Danser, encore

Roman
Editeur : Mazarine
Auteur : Julie DE LESTRANGE
Dépôt légal : octobre 2017
268 pages, 16.50 euros, ISBN : 97882863744642