Perséphone (Locatelli-Kournwsky)

Quelques repères avant de commencer : dans la mythologie grecque, Cronos eut six enfants avec sa sœur Rhéa : Zeus, Poséidon, Hadès, Héra, Déméter et Hestia.
Zeus (dieu de l’Olympe) se maria avec sa sœur Héra, de laquelle il eut trois enfants. Avec sa sœur Déméter (déesse de l’agriculture), il eut Perséphone.
Perséphone est une nymphe. Elle fut enlevée par Hadès qui en fit sa femme. « Déméter éplorée va se jeter aux pieds de son autre frère, le souverain des Dieux, le tout-puissant Zeus. Celui-ci l’écoute avec intérêt et bienveillance, et propose une transaction. Perséphone passera la moitié de l’année dans les bras de sa mère et l’autre moitié dans ceux de son mari » (extrait de Contes et Légendes mythologiques, Ed. Fernand Nathan, 1984).
Perséphone est une nymphe chthoniennes (ou telluriques) ; elle fut d’abord connue sous le nom de « Coré ». Fruit d’un mariage consanguin entre un frère et une sœur, enfant incestueux, Perséphone est la fille de Déméter (déesse de l’agriculture) et de Zeus (dieu de l’Olympe). Elle fut enlevée par Hadès (dieu de l’Enfer qui est aussi son oncle) et devint sa femme.

Une famille peu ordinaire…

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Locatelli-Kournwsky © Guy Delcourt Productions – 2017

Sur la planète de Perséphone, deux civilisations ont échoué à cohabiter. La République d’Eleusis, également appelée « Le monde de la surface », est un territoire pacifié où quatre peuples vivent en harmonie avec les ressources que la terre fertile leur apporte. Dans ce monde, vivent des mages dotés de pouvoirs magiques. Ils transmettent leurs dons de façon héréditaire à leurs enfants. Les mages ne sont plus qu’une poignée. Sous la terre, « Le monde souterrain », également appelé « Les Enfers ». C’est un royaume qui fut gouverné par Hadès, un roi généreux qui finit par perdre la tête, devenir despotique. Il entraîna son armée dans une guerre sans merci contre le monde de la surface. Hadès mourut lors du conflit et son fils Rhadamante lui succéda. Depuis quinze ans, il n’est plus possible d’aller et de venir d’un monde à l’autre. Après la guerre, les mages ont scellé la porte qui reliait les deux mondes. Le monde de la surface continue à prospérer tandis que le monde souterrain agonise, tirant ses ressources de bric et de broc car la terre stérile ne leur permet de développer aucune forme d’agriculture.
Perséphone est une adolescente ordinaire. Excepté en Botanique, matière dans laquelle elle excelle, elle est loin de briller à l’école. Fille adoptive de la célèbre sorcière Déméter, elle déplore de ne pas avoir de sang de mage, elle n’a donc aucuns pouvoirs. Un secret qui est parfois lourd à porter. L’année scolaire touche à sa fin et Perséphone va bien effectuer le voyage de fin d’année avec sa classe. Et si Perséphone n’est pas inquiétée par les alertes et le couvre-feu mis en place depuis qu’un soldat des enfers a été aperçu en ville en revanche, elle se questionne quant au sens à donner aux violents cauchemars qu’elle fait chaque nuit. Dans ces visions oniriques, elle s’appelle Coré et voit une cité inconnue dans laquelle se déroulent des combats magiques d’une grande violence. Lorsque vient le jour du départ de sa classe, Perséphone est excitée. Elle attendait tant ce séjour et se réjouissait de passer quelques jours avec ses deux meilleures amies. Mais le train qui devait les conduire à bon port est intercepté par le soldat des enfers qui semait la terreur en ville. Il kidnappe Perséphone, franchit avec elle la porte des enfers et l’oblige à manger le « Fruit des damnés », frappant ainsi la jeune fille d’une terrible malédiction.

En effet, celui qui le mange subit sa malédiction : ses cheveux prennent une teinte bleutée et il est contraint de vivre confiné dans le monde souterrain à vie. Passer le portail reliant les Enfers à Eleusis le condamne à une mort certaine.

Mais ce n’est là que le début de l’aventure…

Sincèrement, ce n’est pas simple de résumer cet album et j’espère avoir perdu un minimum de monde en route ! Maintenant que j’ai reposé rapidement quelques bases de la mythologie grecque et que je vous ai présenté le point de départ de cette épopée, on va pouvoir parler un peu de l’album. « Perséphone » est le cinquième album de Loïc Locatelli-Kournwsky. Il compte à son actif un roman graphique qui traite du suicide (« Canis Majoris » publié en 2013 chez Vide Cocagne), deux albums co-réalisés avec Maximilien Le Roy et un premier album jeunesse revisitant le mythe de Pocahontas. Il signe également avec le pseudo de Renart (sous ce nom de plume, il a trois one-shot et plusieurs séries à son actif).

Le scénario est dense et le défi d’adapter le mythe de Perséphone était risqué. Pourtant, l’auteur parvient à la fois à rester fidèle aux figures de la mythologie grecques tout en proposant un univers qui réinvente totalement les codes de ces légendes anciennes pour en faire un récit entraînant. Il y a des passerelles entre les deux univers qui gardent de précieuses notions comme la présence de la botanique qui rappelle le fait que Perséphone est une nymphe de la terre et sensible à la nature ou comme le fait qu’elle soit Coré dans ses cauchemars. Le personnage de Déméter est dépoussiéré ; il reste une figure maternelle symbolique forte, il reste aussi ses pouvoirs surnaturels mais elle perd en revanche sa position de souveraine des Enfers. Le personnage de Cyané – meilleure amie de Perséphone dans l’album – est présent au moment du rapt de l’adolescente et tente d’aider cette dernière… une aide qu’elle avait déjà tenté de lui apporter dans les textes fondateurs de la mythologie grecque.

Loïc Locatelli-Kournwsky donne très peu d’éléments sur l’histoire de Perséphone. Pendant un bon tiers de l’album, on sait seulement qu’elle est la fille adoptive de Déméter et qu’elle n’est jamais parvenue à faire parler sa mère sur l’explication de ses origines. Ce que n’est que lorsque le lecteur est bien pris dans l’intrigue et que l’héroïne est dans une impasse, incapable de trouver le moyen de remonter à la surface sans y laisser la vie, que les premiers éléments de son passé apparaissent au compte-goutte. L’intrigue semble alambiquée sur le papier mais dans les fait, les éléments de cette épopée trouvent facilement leur place. Peu à peu et sans difficulté, on comprend les rapports entre les protagonistes ainsi que les tensions et les enjeux qui les unissent ou qui les opposent. Un récit très bien ficelé qui se situe à la croisée de plusieurs genres : récit d’aventure, quête initiatique, héroïc-fantasy, épopée fantastique.

Finalement, on dévore cet album sans trop sans rendre compte. A ma grande surprise d’ailleurs. J’étais assez intriguée par cette libre adaptation de la mythologie grecque mais j’étais bien moins emballée par l’aspect graphique du récit. Tout d’abord, les couleurs de Loïc Locatelli-Kournwsky sont trop fades et n’invitent pas réellement à la lecture. Qui plus est, son trait m’a fait douter un moment que ce livre puisse s’adresser à un large public. Il y a beaucoup de jeux de hachures, les scènes d’action sont souvent imprécises et on hésite à certains moments sur l’ordre dans lequel il faut lire les phylactères. Par contre, ce dessin imprécis a d’autres avantages : il offre un très bon aperçu d’une architecture à la fois impressionnante et originale, il pose de-ci de-là des petits accessoires qui font carburer l’imagination à plein régime, il est généreux côté expressions des personnages (une petite influence des mangas sur cet aspect-là… l’auteur vit au Japon). L’auteur sait aussi très bien utiliser le comique de situation. A certains moments, les personnages (gentils ou méchants, ce n’est pas spécifique à un camp) sortent une telle énormité que la situation (qu’elle soit gênante pour un personnage, conflictuelle ou bien encore qu’elle mette le récit dans une impasse) se désamorce d’un coup par un rebondissement si insensé qu’il en devient crédible. Beaucoup de loufoquerie, d’humour parfois absurde et de jeux de mots amusants viennent donc donner la réplique à un pan plus sérieux de l’intrigue qui mêle à la fois des enjeux de pouvoirs politiques et économiques.

Un album original, divertissant et où l’on s’amuse à repérer les clins d’œil à la mythologie grecque. Une bonne surprise en soi !

Perséphone

One-shot
Editeur : Delcourt
Dessinateur / Scénariste : Loïc LOCATELLI-KOURNWSKY
Dépôt légal : avril 2017
144 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-7560-9551-6

Bulles bulles bulles…

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Perséphone – Locatelli-Kournwsky © Guy Delcourt Productions – 2017

Désintégration (Angotti & Recht)

Angotti – Recht © Guy Delcourt Productions – 2017

En septembre 2012, Matthieu Angotti entre à Matignon en qualité de conseiller technique du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault.
Sa première mission est de mener à bien et de coordonner le projet de refonte du plan national contre la pauvreté. Son instant de gloire, il le connaît en décembre 2013 lorsque le plan de lutte contre la pauvreté est annoncé. L’aboutissement d’une année de travail.
L’état de grâce est éphémère car très vite, un second dossier lui est confié. Il s’en saisit non sans quelques appréhensions. Tout part du Rapport Tuot. En rédigeant la note de synthèse pour le Premier Ministre, une évidence apparaît : c’est un serpent de mer. Une refondation de la politique d’intégration est nécessaire. Le Premier Ministre leur donne carte blanche. Pourtant, Matthieu Angotti est moins à l’aise avec ce sujet dans lequel flirtent deux notions très proches : intégration et immigration. Pour cet ancien intervenant du secteur associatif, le terrain est glissant. Il sait d’entrée de jeu qu’il aura moins d’appuis d’autant que la question de l’intégration dépasse largement son domaine de compétences. Le principe des groupes de travail ayant fonctionné pour le plan pauvreté, Matthieu Angotti propose une nouvelle fois cette méthodologie.
Les groupes sont assez productifs. Matthieu Angotti est d’autant plus confiant que l’ensemble des ministères se sont mobilisés. Mais le 13 décembre 2013, un article polémique du Figaro met le feu aux poudres. La situation échappe à tout contrôle, les médias entrent dans la danse et le bal des politiques entretient la controverse. Les jours de Jean-Marc Ayrault à Matignon sont comptés… tout comme ceux de Matthieu Angotti.

Comme annoncé dans le titre de cet album, c’est un journal de bord que nous propose Matthieu Angotti. Il relate les événements qui ont marqué son mandat de conseiller à Matignon (septembre 2012 à mars 2014). Un témoignage intéressant pourtant je ne peux m’empêcher de penser que l’objectif premier du scénariste est de se dédouaner…

… Se dédouaner de l’échec cuisant qu’il a essuyé et s’excuser de ne pas être parvenu à mener à bien une réforme ? Résultat : il tente de clarifier – une fois encore – ce que les médias ont interprété, il explique l’état d’esprit dans lequel il était ainsi que sa démarche. J’étais sceptique quant à cet album mais curieuse « d’entendre » ce que l’auteur a à dire. Après tout, pourquoi écarter la possibilité de changer un peu notre regard sur ce panier de crabes politique ?

Force est de constater que l’ambiance graphique aide le lecteur à entrer dans l’album. Robin Recht se fond dans le décor. Le dessinateur s’efface et livre un travail d’une propreté extrême et d’une lisibilité irréprochable. La petite fantaisie vient de la couleur. Deux bichromies sont utilisées, l’une en jaune et blanc pour les moments officieux (la famille, les amis, les loisirs) et l’autre grise et blanche pour la sphère professionnelle (temps de réunion, de rédaction, de concertations…). Ces atmosphères vont finir par se confondre par moments, à mesure que la pression monte. Le narrateur est en difficulté pour cloisonner les choses ; son espace professionnel empiète sur la sphère familiale, il rumine sans cesse ses réflexions. C’est la seule fantaisie graphique que Robin Recht s’autorise. Pour le reste, le travail d’illustration est assez linéaire, il n’y a aucune prise de risque. Le dessinateur ne lâche pas sa trame : trois lignes de trois cases pour organiser les planches… comme si tout devait en permanence être bien rangé.

Passons au scénario. Il m’a fallu du temps pour m’installer dans l’écoute de ce récit. Sceptique avant même de démarrer la lecture, je ne suis jamais parvenue à écarter cet apriori. Pourquoi ? Car devant l’ampleur du problème à régler, il n’a pourtant pas à se justifier. Quel gouvernement (de France ou d’ailleurs) est en mesure de dire qu’il est parvenu à solutionner ce problème ?

Le premier contact avec cet homme est plutôt sympathique (la preuve en images avec cette interview de Matthieu Angotti). On arrive au moment où l’équipe gouvernementale fête l’aboutissement de plus d’un an de travail. Il est heureux, fier, satisfait et soulagé. C’est de bon augure. Mais le personnage a ses incohérences. Il explique rapidement être issu du secteur associatif. Son arrivée à Matignon l’a contraint à changer de look vestimentaire ; le sweat à capuche est remisé, le complet-cravate est désormais de mise. Quelques pages plus loin, on apprend que cet ancien intervenant associatif est passé par H.E.C… j’en connais assez peu qui ont ce pedigree… Aucun à vrai dire. Alors je fais une recherche internet et j’apprends qu’il était assez loin du terrain finalement ; il a occupé un poste de responsable du département de recherche du CREDOC avant d’être directeur de la FNARS. Je vois mal le sweat à capuche sur les épaules de celui qui est à même d’exercer ces fonctions. Ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas la même vision que moi de l’intervenant associatif. Puis vient le reste. Son plaisir non dissimulé à évoluer dans les coulisses du pouvoir et à en goûter les avantages (luxe, confort de travail…). A plusieurs reprises, il témoigne également du confort procuré par son environnement professionnel : une bulle de bien-être malgré le stress. Cela me dérange, ce confort, cette sérénité, ce plaisir à travailler ensemble, à malaxer la « chose sociale », à la théoriser… loin des citoyens, loin de la rue… à ne pas côtoyer la réalité, à la fantasmer, s’en faire une idée, trouver un « angle d’attaque » pour la penser.

Pourtant, on ne peut nier son engagement. Il a tenté de trouver des solutions pour résorber la problématique de la pauvreté, il connait son sujet aussi bien que les acteurs de terrain. C’est avec appréhension qu’il s’attèle au dossier de l’intégration. Un homme dynamique, conscient de ses limites aussi bien que de ses capacités. Il évoque à plusieurs reprises les freins qu’il rencontre, à commencer par les rivalités mesquines entre les ministères. Le gouvernement et ses failles, ces individus qui tirent la couverture à eux, dénoncent les discours polémiques des médias puis, l’instant d’après, alimentent la controverse. Cette image de la bulle dorée de Matignon m’a mise mal à l’aise.

« Désintégration ». J’aime beaucoup le titre de l’album. Il contient à la fois toute l’ironie de cette expérience, la réalité cynique des jeux de pouvoirs auxquels Matthieu Angotti s’est confronté. Il met aussi en exergue une autre dimension : celle de l’échec aussi bien personnel que professionnel.Une mise en abyme. Ecrire pour prendre du recul. Une catharsis.

Habituellement, je suis pourtant friande de ce type de témoignages. Ici pourtant, on ne m’ôtera pas de l’esprit que Matthieu Angotti cherche à se disculper. Il se sent responsable de cette débandade gouvernementale, il s’en excuse même. Il doute de lui, est peiné face à l’incompréhension que suscite cette réforme… je n’ai ressenti aucune empathie pour lui. Le fait de devoir « cohabiter » avec cette intelligentsia politique, avec ce microcosme composé de gens bien-pensants qui malaxent avec ardeur leurs théories sur la « chose sociale » pour si peu de résultats concrets… tout cela renforce mes convictions que les politiques vivent vraiment dans un monde à part, loin des réalités sociales.

Désintégration – Journal d’un conseiller à Matignon

One shot
Editeur : Delcourt
Dessinateur : Robin RECHT
Scénariste : Matthieu ANGOTTI
Dépôt légal : mars 2017
136 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-7560-9600-1

Bulles bulles bulles…

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Désintégration, Journal d’un conseiller à Matignon – Angotti – Recht © Guy Delcourt Productions – 2017

Inferni, tome 1 (Boriau & Grelin)

Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

Suite au divorce de ses parents, Anton doit partir vivre chez sa tante pendant quelques semaines. S’il est triste, il ne sait l’exprimer et c’est plutôt par la colère qu’il montre que la situation l’affecte.
Il se retrouve donc à devoir vivre dans un vieux manoir en compagnie d’une tante peu loquace et avare en sourire. Heureusement qu’il peut compter sur la présence de Léonie, Mama africaine plantureuse – qui soigne le garçon à coup de crêpes et de mots rassurants – et de Méphy, un jeune bélier joueur et affectueux.

Merci papa, merci maman ! Super idée de divorcer ! « Et si on mettait Anton chez tante Méryl, elle a sûrement un cercueil de libre !

Mais la vie au manoir de sa tante n’est pas une partie de plaisir. L’environnement est lugubre, le jardin ressemble davantage à un terrain vague qu’à un havre de paix et à l’intérieur, entre les toiles d’araignées, les draps qui recouvrent la majeure partie du mobilier, les cartons disposés çà et là… et les fantômes qui se mettent à apparaître sous les yeux d’Anton, il y a largement de quoi supplier sa mère de trouver rapidement une solution pour le sortir de ce lieu détestable. Mais peu à peu, quelques évènements vont lui faire voir les choses autrement.

On entre vite dans le vif du sujet. Quelques pages à peine suffisent à nous présenter Anton alors qu’il part définitivement de chez lui et jette un regard triste sur sa maison où un panneau « A vendre » ne laisse aucun doute possible sur le caractère irréversible de la situation. En quatre pages, Grelin change sa palette de couleurs. Terminés les tons ocres et chatoyants de la ville en plein jour. Nous voilà en pleine nuit à devoir affronter à la fois la peur qui grandit à mesure qu’on se rapproche du terrifiant manoir de la tante et la douleur de la séparation avec sa mère. Si le récit s’était tu temporairement – le temps d’une double-page – il reprend du service sitôt qu’Anton pénètre dans la lugubre bâtisse. David Boriau s’attarde dans un premier temps sur le personnage principal, montrant sa force de caractère et son obstination à affronter la situation. Le scénariste nous invite à mettre nos pas dans ceux d’un personnage courageux, volontaire et soucieux du bien-être de ceux qui l’entourent. Les quelques zones d’ombre qui planent dans la première partie de l’album aident à installer une tension qui se gère parfaitement bien et qui donnent l’envie d’en découvrir davantage sur cet univers. On obtient forcément les réponses à nos questions… une partie du moins car pour avoir en mains la totalité des pièces du puzzle, il va nous falloir attendre la sortie du second tome. La fin de ce premier opus est pour le moins abrupte… on est en haleine voire frustrés de devoir attendre la suite. C’est dire l’accroche.

Le jeune héros fait déjà preuve d’une sacrée maturité pour son âge (9 ans) et montre qu’il a déjà une bonne dose de sang-froid. On apprécie rapidement l’enchaînement d’événements et la manière dont le héros parvient à y trouver son parti. Un garçon semblable aux garçons de notre époque : amateur de jeux vidéo, le bec sucré, jouant au grand mais qui se laisse vite prendre par une course effrénée dans les couloirs de la maison, content de faire la connaissance d’un nouvel animal de compagnie et même s’il joue aux gros bras, il est bien content de venir se rassurer auprès d’un adulte.

Un album qui, non content d’avoir fait une entrée fracassante chez nous, a fait sensation avec sa couverture phosphorescente ! Louka a eu grand plaisir à se faire un peu peur en compagnie d’Anton au-dessus duquel flotte l’ombre de Lucifer… Voici ce qu’il en dit, un avis succinct mais qui concentre tout le plaisir qu’il a eu à la lecture de l’album : « Super cool !! J’aime bien les dessins et l’histoire. Je ne me suis pas inquiété pour Anton car j’ai tout de suite compris que c’était le héros et qu’il ne pouvait pas lui arriver de problèmes. Je le conseille à tous les enfants et les adultes qui aiment bien les histoires d’aventure ». On y parle d’amitié, de l’importance de ne pas prêter attention au qu’en-dira-t-on, de superstitions et de croyances, de deuil.

Me voilà rassurée, il n’a pas eu peur (hu hu hu… si vous l’aviez vu pendant qu’il lisait, un peu stoïque par moment jusqu’à ce que j’entende un gros soupir de soulagement et complètement imperméable à ce qui se passait autour de lui). L’album est sympathique en tout cas. On accroche rapidement et la fin de ce premier tome tombe comme un couperet alors que l’histoire vient tout juste de révéler le fait qu’Anton dispose d’un don très particulier. A quand la suite ??!

Inferni

Tome 1 : Héritage
Trilogie en cours
Editeur : Jungle
Dessinateur : GRELIN
Scénariste : David BORIAU
Dépôt légal : mars 2017
72 pages, 12,95 euros, ISBN : 978-2-822-21424-7

Bulles, bulles, bulles…

La bande annonce de l’album.

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Inferni, tome 1 – Boriau – Grelin © Jungle – 2017

La Collection « La Grande Imagerie des Super-Héros » des éditions Fleurus

Focus sur trois titres de la collection « La Grande Imagerie des Super-Héros » aux éditions Fleurus. Au menu, Captain America, Iron Man et les Avengers. Article rédigé à quatre mains… parce que Louka (fiston) le vaut bien 🙂

Beaumont – Boccador © Fleurus – 2015
Beaumont – Boccador © Fleurus – 2015

Plutôt bien construit, l’ouvrage présente les grandes lignes de la personnalité de Captain America. Héros irréprochable, intègre, loyal, fin stratège, charismatique, ce super-soldat a tout pour plaire. Son costume – aux couleurs de l’Amérique – symbolise les valeurs des Etats-Unis. Pour finir, il est beau, fort, doué, rusé… Avec autant de qualités, les enfants l’admirent. Pour ma part, j’ai un peu de mal à accorder une quelconque crédibilité à ce genre de personnage quant à l’intérêt que je lui porte, il est lui aussi modéré.

Réédition d’un ouvrage qui a été publié en 2015, Steve Rogers alias « Captain America » vient compléter la galerie des grands héros de cette collection dédiée à l’univers Marvel.

Figure incontournable des super-héros, Captain America est l’un des plus vieux super-héros de l’univers Marvel. Créé en 1941, ses premières interventions le conduisent donc logiquement à combattre les troupes nazies durant la Seconde Guerre Mondiale, devenant ainsi « un symbole d’espoir et de courage pour tous les soldats américains ».

L’ouvrage est agréable. Les illustrations montrent le héros en pleine action et sous son meilleur profil. Découpé en dix sous-parties, la présentation factuelle respecte une certaine chronologie et s’attarde sur les temps forts de son parcours : l’origine de ses pouvoirs, ses alliés, ses ennemis, ses femmes et bien évidemment, son implication dans le SHIELD, son engagement dans l’équipe des Avengers jusqu’à la scission du groupe suite à la promulgation d’une loi gouvernementale qui conduit à la Civil War.

Quoi qu’il en soit, ce livre contient les clés pour connaître le héros et le situer dans le microcosme des justiciers avoir quelques repères… histoire de ne pas trop patauger et d’éviter les bévues en société.

C’est Louka qui a demandé à recevoir ce titre, il allait donc de soi qu’il prenne la parole :

C’est l’histoire de Captain America, de comment il est devenu un super-soldat, sa vie jusqu’à sa mort et ses quatre amoureuses. Le livre se présente en plusieurs parties : ses ennemis, ses amis, la Civil War (suite à une décision du gouvernement d’imposer la « loi du recensement », un désaccord naît entre deux camps. Les super-héros vont devoir montrer leurs réelles identités ; ceux qui n’acceptent pas sont considérés comme des hors-la-loi. Cette guerre oppose le camp de Captain America a celui d’Iron Man)…
PictoOKCe livre bien. Les dessins sont bien faits ; j’en avais déjà vu certains dans « Civil War ». Ce livre m’a appris des choses comme l’identité de certains personnages. Je m’attendais à ce que ce livre parle plus des ennemis de Captain America et notamment l’Hydra et le Baron Zémo. Mais je suis content de ce livre parce qu’il m’a plu et qu’il m’a permis de comprendre certaines choses.

Captain America

Univers Marvel
Editeur : Fleurus
Collection : La Grande Imagerie des Super-Héros
Auteurs : Jacques BEAUMONT & Sabine BOCCADOR
Dépôt légal : octobre 2015
32 pages, 7,95 euros, ISBN : 978-2-215-14372-7

Beamont – Boccador © Fleurus – 2015
Beamont – Boccador © Fleurus – 2015

En 1963, soit vingt-deux ans après Captain America, apparaissait pour la première fois Iron Man dans les comics Marvel. Personnage charismatique, caractériel, ingénieux, séducteur… Tony Stark alias « Iron Man » débarque avec son dynamisme. Sans son armure, pas de pouvoirs. Sans son armure, Tony Stark n’est « qu’un riche industriel ». Il s’implique énormément dans les actions collectives entreprises par les super-héros (pilier des Avengers, membre actif du SHIELD dont il prendra la tête durant un courte période). Il a un réseau important, peut compter sur des amis qui lui sont fidèles en revanche… ses positions toujours très tranchées et le fait qu’il soit très exposé font de cet individu un homme qui est haï. Pour preuve, pas moins de trois doubles pages sont consacrées à la présentation de ses principaux ennemis (alors qu’habituellement, dans cette collection, une double page suffit pour brosser le portrait des opposants d’un personnage).

L’avis de l’expert en herbe ? Le voici :

J’ai bien aimé et ça m’a appris plein de choses comme l’enfance de Tony Stark, des fonctions de certaines armures, des explications sur le Shield et certains ennemis d’Iron Man. C’est surtout sur ce dernier point que j’en ai appris beaucoup. Par exemple sur « Fin Fang Foom » qui est un extra-terrestre qui ressemble à un dragon ; je n’avais jamais vu ce personnage. J’ai découvert plusieurs personnages que je ne connaissais pas.
PictoOKPictoOKJ’ai vraiment découvert beaucoup sur l’univers d’Iron Man. Le livre est vraiment bien fait et je suis surpris par tout ce que j’y ai appris.

Iron Man

Univers Marvel
Editeur : Fleurus
Collection : La Grande Imagerie des Super-Héros
Auteurs : Jacques BEAUMONT & Sabine BOCCADOR
Dépôt légal : avril 2015
32 pages, 7,95 euros, ISBN : 978-2-215-14247-8

Beaumont – Boccador © Fleurus – 2014
Beaumont – Boccador © Fleurus – 2014

Sorte de petite encyclopédie des principaux personnages des Avengers. Cet ouvrage offre un aperçu rapide et solide des super-héros qui ont fondé les Avengers : Thor, Iron Man, Hulk, L’Homme-fourmi et la Guêpe. On s’arrête ensuite plus rapidement sur les membres qui sont venus gonfler les rangs de l’équipe, à commencer par Captain America. On passe en revue l’influence du SHIELD dont j’ai déjà parlé plus haut et, pour finir, un aperçu des principaux ennemis des Avengers, ceux-là mêmes qui seraient parvenus à leurs fins si les supers-héros n’avaient pas décidé d’unir leur force.

Une bonne base pour se repérer dans l’univers Marvel. Louka fait l’impasse sur sa chronique si ce n’est « C’est un bon livre mais j’ai déjà tout dit avec « Captain America » et « Iron Man »… »

Les Avengers

Univers Marvel
Editeur : Fleurus
Collection : La Grande Imagerie des Super-Héros
Auteurs : Jacques BEAUMONT & Sabine BOCCADOR
Dépôt légal : septembre 2014
32 pages, 7,95 euros, ISBN : 978-2-215-14254-6

Chroniks Expresss #29

Pour atteindre le bout de ce mois hyper-speed, je me suis octroyée une pause. J’ai levé le pied sur les lectures… et mis le point mort sur les chroniques. Reprise en douceur avec une présentation rapide des ouvrages qui m’ont accompagnée en décembre.

Bandes dessinées & Albums : Cœur glacé (G. Dal & J. De Moor ; Ed. Le Lombard, 2014), La Vie à deux (G. Dal & J. De Moor ; Ed. Le Lombard, 2016), -20% sur l’esprit de la forêt (Fabcaro ; Ed. 6 Pieds sous terre, 2016), Hélios (E. Chaize ; Ed. 2024, 2016), Tête de Mule (O. Torseter : La Joie de Lire, 2016).

Jeunesse : La Vie des mini-héros (O. Tallec ; Ed. Actes Sud junior, 2016).

Romans : Les Grands (S. Prudhomme ; Ed. Gallimard, 2016), Pas assez pour faire une femme (J. Benameur ; Ed. Actes Sud, 2015), Le Garçon (M. Malte ; Ed. Zulma, 2016).

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Bandes dessinées

 

Dal - De Moor © Le Lombard - 2014
Dal – De Moor © Le Lombard – 2014

Il a la trentaine et une vie de couple qui connaît des hauts et des bas mais dans l’ensemble, ils ont trouvé leur équilibre. Il a un travail prenant au service Relations Presse d’un grand groupe.

Pourtant, son inconscient ressent tout autre chose. Il se sent seul bien qu’entouré d’amis et est taciturne. Ses pensées morbides l’envahissent, la mort est devenue une pensée quasi permanente. Il ne trouve pas de sens à la vie et pour apaiser ses angoisses, il est suivi pas un psychiatre en thérapie.

Les deux facettes de sa personnalité prennent le relais. Un passage pour le côté lumineux, un passage pour son côté sombre. Il vit sur un fil tel un équilibriste, il tente de trouver du sens à sa vie et un sens à l’humanité. Finalement, cet homme a tout pour être heureux… en apparence. A l’intérieur de lui gronde un mal-être important et rien de ce qui se présente à lui n’est en mesure de l’aider à trouver les réponses à ses questions.

Le pitch m’a tentée. J’imaginais un scénario bien monté pourtant, cet album se lit de façon linéaire. Il reprend de nombreux constats maintes et maintes fois formulés. Une lecture qui passe et qui assomme. Un narrateur qui a finalement peu de choses à dire, à penser. On doute qu’il parvienne un jour à assumer ses opinions.

pictobofLa fin tombe comme un couperet… c’est finalement le seul passage qui interpelle réellement le lecteur.

 

Dal - De Moor © Le Lombard - 2016
Dal – De Moor © Le Lombard – 2016

« Qu’est-ce que l’amour ? Peut-on vivre en couple aujourd’hui ? Qui croit encore à la vie à deux ? Johan De Moor et Gilles Dal nous livrent leur vision brillante, déstabilisante et loufoque sur ce sujet universel. » (synopsis éditeur)

C’est cet article du Monde qui m’a permis de repérer ce titre (au passage, vu les similitudes entre la couverture de cet ouvrage et « Cœur glacé », je me suis dit qu’il y avait peut-être un lien entre les deux). On retrouve le même postulat de départ que dans l’album précédent : le narrateur trouve la vie absurde. Il retourne ses opinions dans tous les sens pour tenter d’entrapercevoir une vérité à laquelle il pourrait adhérer pour aller mieux.  Quoi que, s’il est un concept qui met tout le monde d’accord, c’est bien celui de l’Amour. A n’importe quel moment de sa vie, un homme peut être englué dans la pire des situations ou transcendé par une joie intense, l’Amour viendra dans un cas comme dans l’autre transcender celui qui ressent ce sentiment et lui permettre de donner du sens à ce qu’il vit.

Graphiquement, le travail de Johan De Moor est beaucoup plus abouti. On retrouve le même angle d’attaque : des pages où fourmillent des illustrations contenant un double degré de lecture. Dans cette narration à deux vitesses, on saisit vite le cynisme des propos de Gilles Dal. Il décortique le sentiment amoureux et le passe au scanner des représentations sociales. La culture, les valeurs qu’on nous inculque en grandissant…

La question, au fond, est la suivante : d’où vient cette culture dans laquelle nous baignons ? On l’attribue souvent au cynisme mercantile, à ce capitalisme qui serait prêt à tout pour vendre. L’idée est la suivante : le système créerait l’instabilité amoureuse et tous les rituels qui vont avec pour faire tourner la machine économique. Mais ce raisonnement est un brin paranoïaque, car pour un peu, il reviendrait à prétendre que le système a créé le froid pour vendre des radiateurs ou a créé la nuit pour vendre des matelas.

Décortiquer, examiner à la loupe les penchants de chacun pour au final en arriver à une conclusion assez logique sur le couple : l’échange est la condition sine-qua-none de la relation. Cet ouvrage m’a fait penser à une sorte de documentaire dans lequel convergeraient différents points de vue : économique, philosophique, psychanalytique… Les auteurs semblent faire un procès d’intention amusé à l’encontre du sentiment amoureux. Au final… malgré le ton décalé, c’est un peu plombant.

pictobofUn livre auquel je n’ai pas accroché. L’ambiance graphique – plutôt expérimentale – fini par écœurer. Un album qui poursuit logiquement la réflexion de « Cœur glacé ».

 

Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2016
Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2016

« Un cowboy recherché dans tout le Far-West pour avoir imité Jean-Pierre Bacri. Des playmobils. Un auteur de bande dessinée qui va manger chez une tante qu’il n’a pas vue depuis quinze ans. Un débat littéraire. Quelqu’un qui est gravement malade. Des indiens. Des poursuites à cheval sans cheval. Une histoire d’amour entre Huguette et l’étron. Des cartes de catch. La sagesse d’un grand chef. Un supermarché » (synopsis éditeur).

Réédition d’un ouvrage paru en 2011 et qui était épuisé chez l’éditeur. Fabcaro se joue, se moque, critique cynique et qui fait mouche de la société. On se perd entre présent et imaginaire. Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est-ce qui est imaginaire ? Est-ce ce cowboy déjanté qui rêve d’une société absurde telle que nous la connaissons, perdue entre consumérisme et débats politiques stériles ? Est-ce cet auteur happé par son inspiration et qui s’identifie à ce cowboy décalé qui « se tape sur la fesse plus fort que nous » ? Qui parodie qui dans ces scénettes qui s’enchaînent au point de nous faire perdre la tête ?

-20% sur l’esprit de la forêt - Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2016
-20% sur l’esprit de la forêt – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2016

Un album drôle mais décousu. Une succession de gags qui ont du potentiel mais qui s’arrêtent vite, trop vite… la plupart font irruption de façon saugrenue. Un album drôle mais que je n’ai pas été en mesure de lire d’une traite. Quarante-six petites pages qui font réfléchir mais que l’on prend, que l’on repose, que l’on reprend… difficile d’en voir le bout. Un ouvrage où imaginaire et réel se mélangent. Des allers-retours incessants entre un western loufoque et un univers réaliste ubuesque. Un truc où la fiction s’emmêle les pinceaux avec la vie de l’auteur. Qui raconte quoi ? Impossible d’en avoir la certitude mais comme à son habitude, Fabcaro se moque, critique et tire à vue sur les idées préconçues et les grandes aberrations de notre société.

PictomouiÇa pique et ça gratte à souhait, ça jette de l’huile sur le feu et pourtant, je sors déçue de cette lecture.

 

Chaize © Editions 2024 - 2016
Chaize © Editions 2024 – 2016

« Un soir lointain, le soleil fige sa course et se pose sur l’horizon. Plongé dans un crépuscule sans fin, le Royaume décline et désespère.

Un jour, un voyageur se présente à la Cour ; il persuade le Roi d’aller jusqu’au Soleil pour le prier de reprendre son cycle. Alors, le Roi se met en route, à la tête d’une longue procession. Page après page, ils se heurtent à des obstacles qui réduisent le nombre des pénitents, et seuls sept d’entre eux atteindront finalement le sommet où repose Helios… » (synopsis éditeur).

Je ne connaissais pas le travail de cet artiste jusqu’à ce que le festival BD de Colomiers ne lui consacre (cette année) une exposition.

Bijou. Voyage silencieux dans cet album où tout se devine, tout se comprend grâce à l’observation. Monde merveilleux, nouveau, magique, triste, captivant, inquiétant. La première lecture est semblable à une exploration. On scrute davantage les personnages avant de remarquer les détails des paysages qu’ils traversent. Faune et flore sont gigantesques comparés à eux. Puis, en fin d’album, l’auteur fait les présentations. Chacun de ses petits personnages a un nom voire une fonction. Alors fort de cette connaissance, on reprend la lecture… on repart une nouvelle fois.

Hélios - Chaize © Editions 2024 - 2016
Hélios – Chaize © Editions 2024 – 2016

En double page, les illustrations d’Etienne Chaize qu’on ne se lasse pas de regarder, de scruter. On y revient sans cesse. On cherche le personnage que l’on avait aperçu précédemment : où est-il ? que fait-il ? qu’est-il devenu ? L’album est court mais le dépaysement est grand.

PictoOKJe vous recommande cet ouvrage.

 

Torseter © La Joie de Lire - 2016
Torseter © La Joie de Lire – 2016

Tête de mule est le septième et dernier fils d’un roi. Ce roi refuse de vivre seul, il est incapable de se séparer de tous ses fils en même temps, « l’un d’entre eux devait toujours rester avec lui ». Mais un jour, les six frères de Tête de mule sont partis ensemble ; ils espéraient chacun trouver une épouse. Tête de mule quant à lui devait rester au château pour tenir compagnie à son père. Ce dernier demanda également à ses aînés de trouver une femme à leur plus jeune frère.

Les frères finirent par trouver un château où vivaient six princesses. Ils les demandèrent en mariage. Sur le chemin du retour, les six couples croisèrent un troll qui les changea en pierre. Apprenant cela, Tête de mule supplia son père de le laisser partir. A contrecœur, le roi accepta et Tête de mule partit secourir ses frères.

« Tête de mule » est un conte. Il en reprend les rouages, les codes, la poésie, la magie. Tête de mule est un héros… mais il a ceci de particulier qu’il est le parfait portrait de l’anti-héros : il n’a pas la force pour déplacer une montagne, sa monture est un vieux canasson qui fait la moue quand on lui parle d’aventure, il ne part pas combattre de dragon mais le hasard placera pourtant sur sa route une princesse à délivrer.

Øyvind Torseter, auteur norvégien, s’amuse et fait de drôles de farces à son personnage. Il le malmène et l’oblige à faire appel à la ruse pour déjouer les pièges.

Ouvrage original face auquel je suis pourtant restée spectatrice. Lu d’une traite sans pour autant ressentir la moindre inquiétude pour le personnage. Conte moderne qui m’a dérangée par son rythme et ses rebondissements. Graphisme qui m’a gênée : pourquoi les femmes sont-elles représentées avec tous les attributs de la féminité (sans aucune vulgarité) et les hommes sont-ils des personnages anthropomorphes ? Le trait enfantin nous trompe, nous dupe. Je crois qu’il me faudra prendre un peu de recul avant d’en comprendre les finesses…

J’avais repéré ce titre chez Noukette et puis… Noukette s’est transformée en mère Nawel et m’a offert cet OVNI. Lisez sa chronique !

Pour les curieux, la fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Jeunesse

 

Tallec © Actes Sud Junior - 2016
Tallec © Actes Sud Junior – 2016

Grandir. Apprendre. Qu’est-ce que la vie au final et qu’est-ce qui fait son sel ? Qu’est-ce qui fait que l’on est unique ? Pourquoi les autres sont fiers de nous alors que l’on a l’impression de faire des choses si banales ?

Olivier Tallec pose un regard tendre et amusé sur l’enfant et son environnement. L’enfant, ce petit-être innocent et souvent naïf qui perçoit la réalité à sa façon… Petit humain qui apprend chaque jour et nous montre avec franchise que le monde des adultes est trop souvent alambiqué. Petit bout d’homme que l’on tire généralement de son monde imaginaire pour lui demander de ranger, d’écouter, de partager…

PictoOKL’enfant est ce petit-héros. Ce qui nous apparaît être un petit progrès est généralement une grande étape pour lui. Un livre pour faire rire les petits et titiller les grands qui ont malheureusement oubliés leur part d’enfance. Un album jeunesse découvert grâce à Noukette.

La fiche de l’album sur le site d’Actes Sud Junior.

 

Romans

 

Prudhomme © Gallimard - 2016
Prudhomme © Gallimard – 2016

« Guinée-Bissau, 2012. Guitariste d’un groupe fameux de la fin des années 1970, Couto vit désormais d’expédients. Alors qu’un coup d’État se prépare, il apprend la mort de Dulce, la chanteuse du groupe, qui fut aussi son premier amour. Le soir tombe sur la capitale, les rues bruissent, Couto marche, va de bar en terrasse, d’un ami à l’autre. Dans ses pensées trente ans défilent, souvenirs d’une femme aimée, de la guérilla contre les Portugais, mais aussi des années fastes d’un groupe qui joua aux quatre coins du monde une musique neuve, portée par l’élan et la fierté d’un pays. Au cœur de la ville où hommes et femmes continuent de s’affairer, indifférents aux premiers coups de feu qui éclatent, Couto et d’autres anciens du groupe ont rendez-vous : c’est soir de concert au Chiringuitó. » (synopsis éditeur).

Couto est un personnage inventé. C’est avec lui que le lecteur va découvrir le parcours d’un groupe de musiciens qui a bel et bien existé (Le Mama Djombo) et les événements qu’a traversés la Guinée-Bissau depuis les années 1970 (dictature, coup d’état, nouvelle dictature, soulèvement de la jeunesse bissau-guinéenne…). Toute une histoire, tout un récit. Enrichissant.

Mais la découverte tient avant tout de ce premier contact avec une plume, celle de Sylvain Prudhomme. Atypique. Une écriture qui claque, qui vibre, qui ne lâche rien puis, dans une même phrase, une écriture qui s’adoucit, caresse, réconforte. Une écriture tonique que l’on entendrait presque respirer. Une écriture qui colle à la semelle de son personnage, Couto, un homme d’âge mûr qui a déjà bien roulé sa bosse. Avec lui, on observe le cœur des événements : le passé d’une nation qui a conduit nombre d’hommes à fuir le pays, le bouillonnement qu’elle vit dans les années 2010. Il est aussi question de musique, de passion, d’un groupe qui rencontre son public, d’un groupe qui se laisse porter par le succès, éternelle surprise d’entendre une salle pleine à craquer scander le nom de chaque musicien. Et puis la gloire s’en est allée comme elle est venue ; elle n’a laissé aucune amertume. Ce qui a été vécu l’a été pleinement, sans regrets… ils ont engrangés les souvenirs pour des décennies. « Les Grands », c’est ainsi que la nouvelle vague de musiciens locaux appellent respectueusement cette génération d’artistes qui a prouvé que tout était possible, que la musique de Guinée-Bissau n’a pas de frontières.

PictoOKTrès belle découverte que je dois à Framboise !! ❤

 

Benameur © Actes Sud - 2015
Benameur © Actes Sud – 2015

« Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l’amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu’elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l’aime immédiatement, c’est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu’il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde.
Bref et intense, ce récit est celui d’une métamorphose : portée par l’amour qu’elle donne et reçoit, Judith se découvre un corps, une voix, des opinions, des rêves. L’entrée dans le monde de la littérature, de la pensée, de l’action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu’où ? » (synopsis éditeur).

Jeanne Benameur peint une nouvelle fois le portrait d’un personnage égaré, en proie au doute. Au centre du récit, une jeune femme raconte la période qui marqua un tournant dans sa vie, celle où des décisions importantes doivent être prises. La romancière nous la présente comme un personnage solitaire qui progressivement, va s’ouvrir aux autres et apprendre à leur faire confiance. Elle se découvre, elle lâche doucement la main de l’enfant et devient une femme capable d’accepter ses forces comme ses points faibles.

PictoOKLa plume de Jeanne Benameur nous emporte dans un tourbillon de vie. Le combat entreprit par son héroïne, les doutes qui l’assaillent et la force qu’elle tire de sa propre expérience donnent du rythme à ce récit. L’ouvrage se lit vite (96 pages) pourtant, on a le temps d’investir cette héroïne des temps modernes. En toile de fond, le mouvement étudiant post-68 sert de décor à ce récit.

La chronique de Noukette.

 

Malte © Editions Zulma - 2016
Malte © Editions Zulma – 2016

Il vient de nulle part, d’une cabane dans la forêt où il a vécu durant son enfance avec sa mère. Enfant presque sauvage, enfant qui a grandi dans le silence, enfant à qui sa mère n’a rien appris si ce n’est à survivre dans la nature. Lorsqu’elle meurt, le garçon quitte le nid et part découvrir le monde.

Son chemin est fait de haltes. La première, il la passera dans un hameau de quelques âmes. Garçon de ferme, c’est l’étranger que l’on a fini par accepter. Il sortait à peine de l’enfance. Lorsqu’il quittera ce lieu, il aura appris à travailler la terre, il se sera familiariser avec le langage, avec la pensée, avec la religion et les traditions. Pourtant, toute sa vie il restera quasi mutique. Lorsqu’il quitte le hameau, il est adolescent. Puis il rencontrera Brabeck « l’ogre des Carpates ». Cet homme le prendra à son tour sous son aile et se chargera d’une autre partie de son éducation. Puis, nouvelle séparation, nouvelle perte… nouveau deuil et le Garçon reprend sa route, au hasard des croisements de sentiers, au hasard des caprices de la vie. Au détour d’un virage, c’est la vie d’Emma qu’il heurte. Celle-ci le recueillera inconscient, le soignera puis en fera son frère, son confident… son amant. La Première Guerre Mondiale obligera ces deux âmes sœurs à se séparer, du moins physiquement. Autre ambiance, autres rapports, autres enjeux. Le Garçon est jeté malgré lui dans l’horreur, retour à la vie sauvage. Son allié est son instinct.

Un récit bouleversant, prenant, fascinant. Le Garçon, être fictif et mutique qui se nourrit d’air, d’amour, de musique. Enfant parmi les adultes, il semble être à la merci du moindre souffle de vent qui passe, tributaire des autres pour survivre, il passe sa vie à s’adapter. Il s’adapte à la vie sauvage, à la vie des tranchées, à la vie de bohème, à la vie des salons parisiens… Caméléon parmi les hommes, il scrute et observe. Son silence est une énigme, à la fois carapace et prison, c’est à la fois son identité, sa force et ce qui le conduit à sa propre perte.

Le Garçon, c’est un concentré d’émotions à l’état brut. Le Garçon c’est celui qui, sans le demander, invite ceux qui le côtoient à se montrer tels qu’ils sont, sans artifices, sans mensonges. Le Garçon, c’est cet être nu qui demande à ce qu’on l’aide à grandir, c’est celui qui reçoit, qui progresse mais qui a besoin du regard de l’autre pour utiliser à bon escient son expérience. Le Garçon, c’est l’enfant permanent, l’innocence, la beauté, la force.

PictoOKPictoOKCe roman de Marcus Malte, c’est une expérience à faire. C’est un récit intemporel. C’est l’histoire de l’homme, de la Guerre, de l’Amour, de la Littérature, de l’Amitié… C’est un livre que l’on a envie d’engouffrer pour en connaître le dénouement… c’est un livre que l’on ne veut pas terminer parce qu’on s’y sent bien. C’est un livre que l’on referme à des heures tardives… C’est un roman incroyable. C’est un coup de cœur.

Chroniks Expresss #28

Des restes de novembre…

Bandes dessinées : Le Problèmes avec les Femmes (J. Fleming ; Ed. Dargaud, 2016), Aliénor Mandragore, tome 2 (S. Gauthier & T. Labourot ; Ed. Rue de Sèvres, 2016), Sweet Tooth, volume 2 (J. Lemire ; Urban Comics, 2016).

Romans : Le nouveau Nom (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2016), Hors d’atteinte ? (E. Carrère ; Ed. Gallimard, 2012), Au sud de nulle part (C. Bukowski ; Ed. Le Livre de poche, 1982), Garden of love (M. Malte ; Ed. Gallimard, 2015), De nos frères blessés (J. Andras ; Ed. Actes Sud, 2016), Le vieux Saltimbanque (J. Harrison ; Ed. Flammarion, 2016).

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Bandes dessinées

 

Fleming © Dargaud – 2016
Fleming © Dargaud – 2016

Une lecture libre du sexisme et de la domination masculine. Le propos est un peu acide et à prendre au second degré. On revisite l’Histoire en se concentrant sur la place de la femme dans la société au travers des siècles. Puisqu’elle n’a pas eu son mot à dire pendant longtemps, nous voilà donc en mesure d’en tirer des conclusions… l’auteur pioche allègrement des morceaux choisis dans des citations d’hommes célèbres.

Comme disait Ruskin : L’intelligence de la femme n’est ni inventive ni créative… Sa grande fonction est la louange

A force d’obstination, on voit comment les femmes sont parvenues à changer les mentalités et à obtenir de (très) petits acquis, comme celui d’étudier.

De temps à autre, une femme apprenait une langue étrangère, partait étudier à l’étranger et revenait avec un diplôme de médecin, mais tout ça ne prouvait rien excepté que laisser les femmes sortir à leur guise, ça ne fait que des problèmes

Un humour « so british », pince-sans-rire, qui revisite l’histoire de la femme et l’évolution de sa place dans la société. Quelques figures célèbres sont mentionnées à titre d’exemples farfelus : ainsi, l’expérience d’Anne-Marie de Schurman vient corroborer le fait que les études accélèrent la chute des cheveux des femmes. Les références faites à d’illustres figures féminines sont souvent atypiques [tel est le cas d’Eliza Grier (première femme noire qui a obtenu du diplôme de médecin), de la mathématicienne Emmy Noether ou d’Annie Oakley célèbre pour sa précision au tir…] et renforce le ton burlesque du récit. L’auteur y associe un dessin un peu brut, austère et un univers visiblement ancré dans le XVIIIème siècle [vu le « look » des personnages], s’aidant ainsi du côté dépouillé des illustrations pour renforcer le comique de situation. C’est cinglant voire cynique.

En 1896, un homme nommé baron de Coubertin remit les Jeux Olympiques au goût du jour. Vous avez probablement entendu parler de lui à l’école. C’était un génie. Il disait que le spectacle de femmes essayant de jouer à la balle serait abject, mais qu’elles paraissaient plus naturelles si elles applaudissaient.

Jacky Fleming épluche au burin les clichés et se moque des différents arguments qui – pendant plusieurs siècles – ont relégué la femme à un rôle bassement domestique. Réalisé par une femme, cet album prête à sourire. Détente garantie.

La fiche de présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

 

Gauthier – Labourot © Rue de Sèvre – 2016
Gauthier – Labourot © Rue de Sèvre – 2016

« Rien ne va plus à Brocéliande : les grenouilles s’agitent, annonciatrices d’une catastrophe, Merlin est toujours fantôme et ne veut pas revenir à la vie, tandis Aliénor, effrayée, ne cesse de voir l’Ankou… quand revient Viviane, la fée du Lac. Elle délivre à Lancelot et Aliénor une mystérieuse prophétie, qui va les guider sur les traces de l’Ankou, loin de la forêt. » (synopsis éditeur).

Après un petit rappel des faits du tome précédent, on repart de plus belle dans cette aventure loufoque. Séverine Gauthier explore la légende de Merlin l’Enchanteur en y apportant une touche de dingueries. Les personnages ne se prennent pas au sérieux et leurs répliques cinglantes sont pleines d’humour. Aliénor est entièrement consacrée à sa quête (re-redonner vie à Merlin) et embarque tout le monde dans son périple. Ce que Séverine Gauthier a fait de ces personnages mythiques vaut le détour. Lancelot est un enfant peureux, la fée Viviane est une godiche, la fée Morgane est détestablement autoritaire et refuse d’avouer qu’elle a un faible pour l’acariâtre et têtu Merlin.

Le travail de Thomas Labourot nous invite à nous installer dans cet univers ludique. Couleurs lumineuses, trognes expressives, gros plans pour ne pas perdre une miette de l’action.

PictoOKChouette adaptation de la légende du roi Arthur qui d’ailleurs, pour le moment, est le grand absent de cette série jeunesse. L’ouvrage se termine par un petit fascicule de six pages et nommé « L’Echo de Brocéliande » qui contient des billes supplémentaires pour mieux connaître le monde d’Aliénor.

La chronique de Jérôme.

 

Lemire © Urban comics – 2016
Lemire © Urban comics – 2016

« La fin du monde n’était que le début d’un long voyage pour le jeune Gus, désormais conscient que le sang qui coule dans ses veines pourrait bien être la clé d’un futur possible pour l’Humanité. Maintenu en détention par une milice armée et sans pitié, le jeune garçon devra compter sur l’aide d’un Jepperd avide de vengeance. Ce dernier saura-t-il s’associer aux bonnes personnes ? Car une fois libérées, certaines forces peuvent rapidement devenir incontrôlables » (synopsis éditeur).

Alors que le premier volume de la série prenait le temps d’installer intrigue et personnages de cet univers post-apocalyptique et nous laissait incertains quant aux chances de survie des différents protagonistes, ce second volume ose un rebondissement inespéré et relance ainsi l’épopée. Pour rappel : il y a 8 ans, un nouveau virus se propage. Rapidement, aux quatre coins du globe, les gens meurent dans d’atroces souffrances. Consécutivement à cela, les femmes enceintes mettent au monde des enfants mutants, mi-hommes mi-animaux, qui – pour une raison inexpliquée – semblent immunisés contre la maladie. Un homme décide alors de mettre en place un camp qu’il présente comme un lieu où les survivants peuvent vivre en toute sécurité ; sa milice veille à leur sécurité. La réalité est toute autre puisqu’une fois arrivés sur place, les malheureux sont violentés, parqués dans des cages et utilisés comme cobaye pour les recherches du Docteur Singh qui espère ainsi trouver un vaccin contre le fléau qui décime l’humanité. C’est dans ce camp de l’horreur que la femme de Jepperd meurt en même temps que l’enfant qu’elle portait et c’est dans ce même camp que Jepperd livre Gus – l’enfant-cerf – monnaie d’échange qui lui permet de récupérer le corps de sa compagne. Mais pris de remords, Jepperd mettra tous les moyens en œuvre pour sortir Gus de ce tombeau à ciel ouvert.

Jeff Lemire imagine un scénario catastrophe. Ce récit d’anticipation, post-apocalyptique, nous permet de côtoyer des personnages troublants. Leur fragilité est réelle face à un quotidien qui les dépasse. Ils luttent à chaque instant pour leur survie. Ils hésitent, se méfient, doutent puis finalement acceptent de faire confiance à l’inconnu qui leur tend la main, espérant ainsi profiter d’une aubaine, espérant que la chance tourne… enfin.

Le scénariste crée un monde sans pitié, cruel, où toutes les déviances humaines sont à l’œuvre. Des communautés sauvages se constituent et créent leurs propres lois. La terre est devenue une jungle où le danger est partout. L’homme solitaire est une proie, une cible sur laquelle on peut se défouler. Les fanatiques, les hommes peu scrupuleux et avides de pouvoir ont là un terrain de jeu inespéré. Il n’y a plus de limite qui vient contenir leur folie ; ils prennent ainsi le dessus sur les plus faibles, les manipulent, deviennent les rois de micro-territoires sordides.

Dans ce contexte, un groupe hétérogène se forme. En son sein, quatre adultes, une adolescente et trois enfants mutants. Ensemble, ils vont tenter de rejoindre l’Alaska ; le virus aurait été créé là-bas, dans un laboratoire. Sur place, le groupe devrait trouver la solution pour l’éradiquer ainsi que les réponses quant aux origines de Gus. Une promesse à laquelle ils se raccrochent. Ils s’engagent à corps perdue dans cette quête insensée.

PictoOKUn moyen de revisiter l’Histoire de l’Humanité grâce à la métaphore, une manière d’imaginer un scénario catastrophe, une opportunité de réfléchir aux fondements de différentes croyances. La présence de visions et de prémonitions qui viennent saupoudrer le tout d’un soupçon de paranormal. Tout est inventé mais Jeff Lemire exploite si bien les émotions et les peurs de ses personnages que l’on fait cette lecture la peur au ventre, pris dans les mailles du récit. Je vous invite vraiment à découvrir cette série si ce n’est pas déjà fait.

La chronique de José Maniette.

 

Romans

 

Ferrante © Gallimard – 2016
Ferrante © Gallimard – 2016

« Naples, années soixante. Le soir de son mariage, Lila comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qui règnent sur le quartier et qu’elle déteste depuis son plus jeune âge. Pour Lila Cerullo, née pauvre et devenue riche en épousant l’épicier, c’est le début d’une période trouble : elle méprise son époux, refuse qu’il la touche, mais est obligée de céder. Elle travaille désormais dans la nouvelle boutique de sa belle-famille, tandis que Stefano inaugure un magasin de chaussures de la marque Cerullo en partenariat avec les Solara. De son côté, son amie Elena Greco, la narratrice, poursuit ses études au lycée et est éperdument amoureuse de Nino Sarratore, qu’elle connaît depuis l’enfance et qui fréquente à présent l’université. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia avec la mère et la belle-sœur de Lila, car l’air de la mer doit l’aider à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano. La famille Sarratore est également en vacances à Ischia et bientôt Lila et Elena revoient Nino. » (synopsis éditeur)

Suite de « L’Amie prodigieuse » (vous trouverez également la chronique de Framboise ici), ce nouveau roman d’Elena Ferrante continue le récit de vie d’Elena Greco. Si le premier opus s’attardait sur l’enfance du personnage et sur son amitié si particulière et si précieuse avec Lila Cerullo, nous nous arrêtons cette fois sur la période qui couvre la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte. L’auteur raconte, sur le ton de la confidence et du journal intime, le parcours de vie des deux protagonistes. Depuis le début de la saga, la romancière montre à quel point ces deux destinées sont intimement liées, comme si l’une ne pouvait vivre sans l’autre et réciproquement. Passée la polémique qui, pendant le mois de septembre 2016, a révélé le vrai nom de l’écrivain – puisque « Elena Ferrante » est un nom de plume – je ne peux m’empêcher de penser que cette saga est signée du nom du personnage principal et que va surgir, tôt ou tard, un certain Monsieur Ferrante qui demandera Elena Greco en mariage. J’avais déjà cette idée lorsque j’ai découvert « L’Amie prodigieuse » et l’idée a pris racine.

PictoOKReste que, face à ce récit, on est fasciné, comme aspiré par le tourbillon des événements qui viennent perturber la tranquillité à laquelle les deux femmes aspirent pourtant. Au-delà de ces portraits féminins, c’est aussi un superbe tableau de la société italienne des années 1960. Mafia, corruption, pauvreté, cercles estudiantins, classes sociales… « Celle qui fuit et celle qui reste », le troisième roman de cette saga, devrait paraître chez Gallimard en janvier 2017. J’ai hâte !

 

Hors d’atteinte ? –

Carrère © Gallimard – 2012
Carrère © Gallimard – 2012

L’ouvrage commence par une soirée qui s’annonce d’avance catastrophique. Frédérique, une enseignante, et Jean-Pierre, le père de son fils dont elle est séparée, ont prévu d’aller voir un film. La baby-sitter arrivant en avance, la réservation d’un taxi s’annonçant plus ardue que prévu, la file d’attente interminable devant le cinéma… Frédérique constate avec amertume qu’elle préférerait être n’importe où… mais ailleurs… et pas avec son ex.

Pas moins de cinq chapitres seront nécessaires pour décrire cette looongue soirée entre deux anciens conjoints. J’avoue, j’ai sauté des paragraphes mais je n’ai pas raté l’information nous précisant qu’ils passeront les prochaines vacances de la Toussaint chez la sœur de madame. Quoi qu’il en soit, on repère les éléments à avoir à l’esprit : elle n’a plus de sentiment pour lui voire il l’agace quant à lui, il est chiant mais bienveillant à l’égard de son ex-compagne. Et pour des parents séparés, ils passent tout de même pas mal de temps ensemble.

« Ne vivant plus ensemble, ils n’avaient pas pour autant renoncé à ce qu’ils estimaient être devenu, l’orage de la rupture passé, une satisfaisante et durable amitié amoureuse »… vous m’en direz tant !

Sautons encore quelques insipides chapitres (consacré à la description du quotidien morose et routinier de madame) pour en arriver à ces fameuses vacances d’automne, chez la riche sœur de madame. Cette dernière étant enceinte, Emmanuel Carrère ne nous épargnera ni la sempiternelle discussion sur le choix du prénom de l’enfant à venir ni les clichés sur tel ou tel prénom. Au chapitre 8, on arrive enfin au cœur du sujet : les protagonistes (Frédérique et son ex, la sœur de Frédérique et son mari) se rendent au casino durant une balade. Et là, le démon du jeu attrape cette femme, la réchauffe, l’anime bref… ramène à la vie cette femme sans saveur. Passés ces préliminaires (une soixantaine de pages), le récit commence effectivement. On sent que les présentations sont terminées et l’on se concentre davantage sur cette femme plutôt que sur ce qui l’entoure. Observer, écouter, ressentir, sentir l’adrénaline monter… voilà que la plume du romancier vibre enfin. On sent les émotions, les hésitations, la griserie, la liberté…

Une sorte d’anonymat lui semblait protéger les hôtes du casino, brouiller les procédures familières d’identification et de classement. On n’était plus personne devant le tapis vert, plus qu’un joueur en possession d’un certain nombre de jetons.

On sent l’exaltation et le pouvoir d’attraction de la table de jeu. La roulette et la course fascinante de la boule sur le cylindre. On sent l’obstination à ne pas regarder la réalité en face.

Le brouhaha (…) de la salle de jeu, manquait soudain à Frédérique. Elle se sentait grise, la tête chaude, dans un de ces états d’excitation et de lassitude mêlées dont on serait en peine de décider s’ils sont agréables ou pénibles.

Le jeu et son univers particulier, ses codes, ses manies, son jargon. Le jeu qui envahit progressivement tous les champs de la vie de Frédérique, comme une pensée qui l’obnubile.

La buée de leurs paroles formait devant eux comme des bulles de bande dessinée où se seraient inscrits des souvenirs de parolis retentissants

PictomouiReste la présence de quelques paragraphes intermédiaires nous ramenant brutalement au quotidien, dont on peut déplorer la (relative) longueur et le contenu parfois assez fade. Mais Emmanuel Carrère resserre de plus en plus sur son sujet à mesure que l’on s’approche du dénouement. L’héroïne s’en remet totalement à la chance, se laisse porter. La tête lui tourne. Martingale, Manque, rouge, noir, impaire, Passe… tout ce charivari de stimuli provoqués par le jeu convergent vers un unique fantasme : l’appât du gain. L’observation de l’addiction au jeu est intéressante à observer. La fin en revanche est trop convenue comparée aux frasques et aux déboires décris par l’intrigue.

 

Bukowski © Le Livre de poche – 1982
Bukowski © Le Livre de poche – 1982

Recueil de nouvelles, où l’on découvre notamment un jeune étudiant américain qui défend les idées nazies sans juger bon de s’intéresser un tant soit peu aux idées qu’elle véhicule, une femme qui répond à une annonce matrimoniale placardée sur la porte d’une voiture, des lilliputiens lubriques, une cette idylle entre une occidentale et un cannibale… et ce fil rouge incarné par Henry Chinaski, double & alter-égo voire incarnation même de Charles Bukowski. Chinaski, personnage récurrent des oeuvres de l’auteur, Chinaski qui incarne ses fantasmes, ses doutes, ses faiblesses, sa part d’ombre…

Un roman dans lequel j’ai butiné, au début, parvenant difficilement à me poser dans un récit, le ton adéquat de chaque nouvelle toujours trop bon mais toujours trop court… désagréable sensation que l’on me retire le pain de la bouche. Je sais pourtant parfaitement bien que ce format ne me convient absolument pas, mais s’agissant d’une œuvre de Charles Bukowski, je me refusais d’abandonner. Puis, le déclic, à force d’insister.

On est en tête-à-tête avec Charles Bukowski ou plutôt, avec son double de papier, son jumeau : Henry Chinaski.  Projection de lui-même, alter égo…  La plume incisive et directe de l’auteur, les ambiances qu’il parvient à installer en quelques mots, les maux qu’il instille au cœur des mots, son regard à la fois courroucé et attentif le conduit à construire des personnages désabusés, à vif… des hommes et des femmes désabusés qui tentent de donner un sens à leur vie.

PictoOKOn y retrouve les sujets de prédilections et des affinités que l’auteur utilise pour donner vie à ses personnages. L’alcool, le jeu, la précarité, le sexe, la haine, le nazisme. Le style de Bukowski est direct, son écriture vient des tripes, elle peut être vulgaire. On sent le stupre, les vapeurs d’alcool et les relents de tabac froid mais aussi la peur, la rage, l’abandon. Fort.

Extrait :

« (…) fallait être un gagnant en Amérique, y’avait pas d’autre moyen de s’en sortir, fallait apprendre à se battre pour rien, sans poser de question » (Charles Bukowski dans « Confessions d’un homme assez fou pour vivre avec les bêtes »)

 

Malte © Gallimard – 2015
Malte © Gallimard – 2015

« Il est des jardins vers lesquels, inexorablement, nos pas nous ramènent et dont les allées s’entrecroisent comme autant de possibles destins. À chaque carrefour se dressent des ombres terrifiantes : est-ce l’amour de ce côté ? Est-ce la folie qui nous guette ? Alexandre Astrid, flic sombre terré dans ses souvenirs, voit sa vie basculer lorsqu’il reçoit un manuscrit anonyme dévoilant des secrets qu’il croyait être le seul à connaître. Qui le force à décrocher les ombres pendues aux branches de son passé ? Qui s’est permis de lui tendre ce piège ? Autant de questions qui le poussent en de terrifiants jardins où les roses et les ronces, inextricablement, s’entremêlent et dont le gardien a la beauté du diable… » (synopsis éditeur).

Un roman qui demande un peu de concentration puisque différents récits se chevauchent, tantôt ancrés dans le présent, tantôt ancrés dans le passé. Charge au lecteur de remettre les éléments à la bonne place.

Un roman prenant, où l’on s’engouffre dans l’intrigue et on se laisse prendre à la gorge par le suspense. On suppose, on croit deviner le dénouement… du moins c’est ce que Marcus Malte nous laisse miroiter.

PictoOKMeurtres, fantasmes, amitié, manipulation, folie et deuil… Tout s’imbrique tellement bien, tout se tient, toute est certitude fragile, tout est mis en balance. L’extrait d’un poème de William Blake revient régulièrement dans cette intrigue, laissant planer l’image d’un cimetière, de la mort qui rôde, de l’assassin qui veille sur sa victime et s’assure qu’il la tient entre ses serres de prédateurs.

Je n’en dirai pas plus. Rien de sert de dévoiler l’intrigue si vous n’avez pas lu ce roman.

 

De nos frères blessés –

Andras © Actes Sud – 2016
Andras © Actes Sud – 2016

« Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l’écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l’engin n’explose, n’a tué ni blessé personne, n’est coupable que d’une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale. » (extrait synopsis éditeur).

Un roman très prenant qui revient sur les dernières semaines de vie de Fernand Iveton. Joseph Andras a choisi de donner la parole à Fernand. Deux temps de narration pour ce récit, deux périodes. Au cœur du témoignage, Fernand : le narrateur.

Le personnage parle du présent, de ce qu’il vit depuis l’arrestation : sa garde à vue et les sévices qu’il a subit, la torture pour lui faire avouer son acte, lui extirper les noms de ses collaborateurs, le chantage puis l’incarcération. Une procédure judiciaire qui piétine, qui hésite, qui divise l’opinion publique comme les magistrats. Mais les ordres viennent de très haut. Ils viennent de France. Le verdict tombe le 21 novembre 1956. La peine de mort est demandée. Fernand espère être gracié. René Coty suit le dossier de près.

Le personnage parle du passé. Une vie qui semble commencer avec la rencontre avec Hélène. Coup de foudre. Elle deviendra sa femme.

Deux vies pour un homme : celle de détenu. Certains le traiteront de terroriste. D’autres acclameront le camarade idéal, dévoué à la cause du Parti, intègre, fiable.  L’autre vie, c’est sa vie d’homme, d’ami et de mari.

Joseph Andras alterne ces deux temps, ces deux chronologies. L’une grave l’autre pleine de vie. L’une porteuse d’espoir l’autre limitée à l’espace d’une cellule. Il montre comment Iveton a été utilisé par le pouvoir en place. Son arrestation est tombée en pleine période de troubles (règlements de compte, assassinats, guerre en Algérie, action du FLN…). La tension. Iveton sert d’exemple. Le gouvernement français veut rétablir l’ordre.

Un chapitre dans le présent, la prison et les compagnons de cellule. Un chapitre dans le passé et la relation avec Hélène qui s’installe. Passé, présent. Une alternance. Prison, sentiments. La régularité.

PictoOKOn rage. On rit. On est sidéré. On est emporté. Une alternance. Prison, sentiments. On s’attendrit, on baisse la garde malgré la fin inévitable. Malgré l’inévitable fin. Celle que l’on connait. Il faut forcer un peu pour trouver le bon rythme de lecture, trouver la bonne intonation à mettre sur la voix du narrateur. Une fois qu’on est réglé sur la bonne fréquence, il est difficile de lâcher l’ouvrage.

La chronique de Framboise.

 

Harrison © Flammarion – 2016
Harrison © Flammarion – 2016

« Dans l’avant-propos de ce dernier livre publié début mars 2016 aux états-Unis, moins d’un mois avant sa mort, Jim Harrison explique qu’il a décidé de poursuivre l’écriture de ses mémoires sous la forme d’une fiction à la troisième personne afin d’échapper à l’illusion de réalité propre à l’autobiographie.
Souvenirs d’enfance, mariage, amours et amitiés, pulsions sexuelles et pulsions de vie passées au crible du grand âge, célébration des plaisirs de la table, alcools et paradis artificiels, Jim Harrison, par la voix d’un écrivain en mal d’inspiration, revient sur les épisodes les plus saillants de sa vie. » (synopsis éditeur).

Appâtée par la chronique de Jérôme, il me tardait de lire ce roman-témoignage. Jim Harrison regarde dans le rétroviseur et fait le bilan de sa vie… en quelque sorte. L’écriture à la troisième personne passe à la première sans qu’on s’en aperçoive. Récit d’un grand auteur qui n’a jamais réellement compris son talent, encore moins ce que les gens pouvaient trouver à ses livres. Son lectorat, il l’a trouvé en France, à son grand étonnement.

Il parle de sa vie de tous les jours, de sa femme, de la relation qu’il a avec sa femme, de ses travers, de l’alcool, de son enfance, de ses cochons (il parle plus de ses cochons qu’il ne parle de ses filles). Il parle de son œil aveugle, des vaines tentatives pour le réparer. Il parle de son rapport à l’écriture, à la nature, aux femmes. De son penchant pour l’alcool, la bonne bouffe, le luxe, les excès. Il a écrit ce livre puis pfuuuutttt, il est décédé. Point final. Un mois, tout au plus, sépare ces deux moments. Un témoignage où il se livre sans fard et sans apparats. Un ton direct, un regard lucide, une autocritique cinglante ; il ne rate aucun de ses défauts… lucide… cynique… drôle.

Un livre assez court vu son parcours. Des mémoires. Un livre dévoré… la première moitié du moins. Puis la lassitude. L’intérêt s’est évaporé doucement. J’ai commencé à m’ennuyer un peu… puis plus fermement sur les deux derniers chapitres.

Le Maître des tapis (Bleys & Nesme)

Bleys – Nesme © Guy Delcourt Productions – 2016
Bleys – Nesme © Guy Delcourt Productions – 2016

Lors d’une de ses tournées, Fedor tombe nez-à-nez sur le jeune Danil que des soldats d’un despote poursuivent pour le mettre à mort ; Danil ayant tué un de ses lévriers lors d’un braconnage. N’écoutant que son courage, Fedor décide de venir en aide au jeune homme. Le simple marchand de tapis va saisir un des tapis entreposés dans son chariot, le déplier et sommer Danil de grimper dessus. La seconde qui suit, tous deux volent dans les airs et s’éloignent du danger. Paniqué, Danil a du mal à réaliser ce qui se passe.

Une fois en sécurité, Fedor lui explique que Danil a une dette envers lui et qu’il compte bien être dédommager. Un pacte est scellé entre les deux hommes. Pendant un an, Danil travaillera pour le compte de Fedor. Ce dernier met à profit cette période pour transmettre son pouvoir de tapissier volant au jeune homme. Mais le boyard qui avait lancé ses troupes sur les traces de Danil.

Je n’avais encore pas eu l’occasion de me plonger dans les albums de ces deux auteurs même si j’ai encore en tête de « vieilles » chroniques alléchantes comme celle présentant « Chambres noires » (scénario d’Olivier Bleys et dessins de Yomgui Dumont) ou celle des « Enfants du capitaine Grant » (scénario et dessins d’Alexis Nesme).

« Le Maître des tapis » est donc une belle opportunité puisqu’ils est l’aboutissement d’une collaboration entre Olivier Bleys et Alexis Nesme. Le scénario propose s’inspire à la fois des univers de contes (je pense notamment aux contes des « Mille et une nuits » et leur lot de magie) et des romans de la littérature russe se déroulant dans un décor où la neige s’étale à perte de vue. Sur ce décor se déroule une épopée qui oppose le jeune héros à un seigneur autoritaire et cruel, une romance et une histoire d’amitié entre deux hommes. On est tellement fasciné par la magie qui entoure le pouvoir du maître des tapis qu’on en oublie presque l’animosité du tyran qui réclame vengeance. On se love donc rapidement dans la chaleur de l’isba du maître des tapis aidé en cela par les couleurs douces et le trait minutieux d’Alexis Nesme.

Un peu de suspense, des illustrations magnifiques que l’on savoure, Alexis Nesme fait preuve d’une maitrise réelle de l’art pictural. Ponctuellement, des motifs ornementaux viennent décorer le contour de certaines cases, détails majestueux et magnifiques qui mettent en valeur l’ensemble. Alexis Nesme détaille chaque recoin de case, s’attarde sur les volumes, les ombres, les étoffes, les motifs de ces tapis magiques.

PictoOKPictomouiEnrichissant la jeune collection des « Enfants gâtés » (que l’on a vu naître avec « La poudre d’escampette » de Chloé Cruchaudet), « Le Maître des tapis » est un album agréable. « Un album sympa » dit mon fils « mais sans plus ». J’abonde dans son sens car si on en prend plein les yeux, l’intrigue est moins prenante qu’il n’en a l’air et finalement, le lecteur accèdera trop peu à cet art qui consiste à faire voler les tapis. Pas de scènes aériennes, pas de courses effrénées et grisantes.

(Pop-up à monter en fin d’album.)

Le Maître des tapis

One shot

Editeur : Delcourt

Collection : Les enfants gâtés

Dessinateur : Alexis NESME

Scénariste : Olivier BLEYS

Dépôt légal : octobre 2016

24 pages, 14,50 euros, ISBN : 978-2-7560-6929-6

Bulles bulles bulles…

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Le Maître des tapis – Bleys – Nesme © Guy Delcourt Productions – 2016