Chroniks Express 37

Bande dessinée : Un Père vertueux (L. Debeurme ; Ed. Cornélius, 2015).

Romans : L’Orangeraie (L. Tremblay ; Ed. Folio, 2016), L’amie prodigieuse, tome 4 : L’enfant perdue (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2018), Trois Saisons d’orage (C. Coulon ; Ed. Viviane Hamy, 2017), Soyez imprudents les enfants (V. Ovaldé ; Ed. Flammarion, 2016), Mon Traître (S. Chalandon ; Ed. Le Livre de poche, 2009), Retour à Killybegs (S. Chalandon ; Ed. Le Livre de poche, 2016), Quand sort la recluse (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2017).

*

* *

Bande dessinée

 

Debeurme © Cornélius – 2015

Trois garçons et leur père s’installent dans un nouveau pays. L’un d’eux, Horn, cache une pilosité excessive sous un ample sweat à capuche. Honteux, il préfère fuir l’école plutôt que d’affronter les moqueries de ses camarades. L’autre, Twombly, réalise d’horrible petites sculptures dans des morceaux de bois. Le dernier est surnommé « Bird » depuis qu’il a recueilli un oiseau blessé.

La vie suit drôlement son cours. Le père, un dangereux criminel, décide un jour d’aller chercher la mère de ses fils. Avant de partir, aucunes embrassades, aucun encouragement. Des injonctions.

Je m’absente quelques temps. Je vais retourner chez nous chercher votre mère. Je vous laisse la maison… S’il arrive le moindre problème, ici ou à l’école… A mon retour, je vous égorge.

Ce père autoritaire, les trois garçons en ont peur. Un père froid, dur. Un père qui impose une discipline militaire, incapable de donner de l’amour. Un père qui punit de façon excessive. Un père à faire peur, surtout quand il a bu… mieux vaut ne pas le contrarier. Un père à faire peur… ça donne des petits soldats qui filent droit.

On se place dans cette famille étrange que Ludovic Debeurme dessine au crayon de couleurs. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sont là pour nous raconter les horreurs de cette vie-là. Un album qui vient prolonger « Les Trois Fils » que l’auteur avait réalisé deux ans plus tôt. C’est cruel, c’est injuste mais quelques passages proposent des scènes d’une beauté pure. C’est magique et épouvantable… ça ma gênée et à certains instants je n’ai pas su quoi faire de ce qui était dit ou ce qui était fait par les personnages (le père surtout).

Vraiment bizarre. Il y a comme une curiosité malsaine qui m’a poussée à continuer ma lecture, comme pour voir jusqu’où l’auteur était capable d’aller dans la cruauté absurde qu’il décrit. Je préfère, et de loin, ce qu’il avait réalisé sur « Lucille » et « Renée » …

 

*

* *

Romans

 

Tremblay © Folio – 2016

Des jumeaux âgés de 9 ans. Aziz et Amed sont inséparables. Ils vivent dans un pays en guerre. Le fragile équilibre de leurs vies étaient préservés jusqu’à ce qu’une bombe tombe sur la maison de leurs grands-parents. Dès lors c’est à Zahed, leur père, qu’il revient de s’occuper de l’orangeraie exploitée jusque-là par le grand-père. Zahed s’affaire plus que de coutume puisque c’est à lui de nettoyer les décombres et de donner une dépouille décente aux deux corps et Tamara, leur mère, continue à veiller comme une louve sur ses fils.

Mais un beau jour, Soulayed fait son apparition dans l’orangeraie. Peu de temps après, Zahed explique aux jumeaux qu’il doit faire un choix : celui des deux qu’il désignera ira avec Soulayed et partira en martyr.

Un texte court, un texte fort, un texte plein d’émotion.
En son cœur, un amour fraternel plus fort que tout, un respect des traditions et un sens du devoir hors normes.
Et le regard de deux enfants sur les événements, deux enfants à qui l’on demande de grandir vite, bien trop vite.

Pour nous occidentaux, c’est aussi le récit de l’inconcevable, de l’incompréhensible. Le tiraillement d’un père qui doit choisir entre ses deux garçons. La souffrance d’une mère qui, docile, ne cherche même pas à convaincre son époux qu’il n’a pas à faire ce choix absurde. Un texte qu’on lit d’une traite, presque en apnée.

 

Coulon © Viviane Hamy – 2017

André, Benedict, Bérangère.

Trois générations, trois existences liées les unes dans les autres. Trois membres d’une même famille. Le grand-père, le père et la fille. Une famille pas comme les autres aux Fontaines, ce petit village qui s’est étalé, reliant presque le cœur du village, son clocher, son Café… aux carrières qui se situent en périphéries. Les décennies ont appris aux paysans natifs de ce coin de terre isolé, appelé Les Trois Gueules, à accepter ces « fourmis blanches » venues travailler dans les carrières où l’on extrait la roche du ventre de la terre pour la vendre aux entreprises. La roche et les produits agricoles sont désormais le fonds de commerce des Fontaines, à parts égales. André est venu de la ville il y a 50 ans pour s’installer aux Fontaines. Il fut le premier médecin à accepter de vivre là. Benedict, son fils, a pris sa relève. Bérangère quant à elle est encore trop jeune pour oser affirmer ce qu’elle fera de sa vie.

Je suis un peu entrée sur la pointe des pieds dans ce roman, encore troublée par mes précédentes plongées dans les romans de Cécile Coulon (Le Roi n’a pas sommeil, Le Rire du grand blessé, Le Cœur du Pélican). Et puis, il me semble que ce récit prend davantage le temps de nous décrire l’environnement (les paysages autour du village et de ses alentours) et l’ambiance des lieux grandement influencée par les superstitions véhiculées de générations en générations… C’est dans un deuxième temps que l’on va à la rencontre des personnages. Très vite, on apprend à vivre avec eux, on découvre leurs habitudes et leurs ambitions. André, le patriarche, gardera une part de mystère ; l’auteure ne prend effectivement pas le temps de remonter dans son enfance, nous n’aurons donc que les grandes lignes de ce qu’il a vécu avant. En revanche, nous verrons naître Benedict puis Bérangère. Si jamais on ne s’attarde sur un personnage – Cécile Coulon ayant préférer donner la parole à tour de rôle aux cinq personnages principaux, on n’en connaît pourtant suffisamment sur chacun d’entre eux pour naviguer de façon fluide entre chacun d’entre eux. Très vite, j’ai appréhendé un drame ; la douceur et la quiétude du récit est presque parvenu à me faire oublier cette éventualité… du moins pendant un temps.

Une fois à la moitié de l’ouvrage, Cécile Coulon serre davantage l’étau narratif. On sait que cette éventualité va devenir effective. J’ai tendu le dos et continué à profiter de ma lecture. J’ai cherché à anticiper, j’ai même dessiné les contours de cette fatalité mais je me suis évidemment laissée cueillir par les mots.

 

Ferrante © Gallimard – 2018

Dernier volet de la saga « L’Amie prodigieuse » . Après l’enfance (tome 1), la fin de l’adolescence et l’entrée dans la vie active (tome 2), l’âge adulte et la vie de famille (tome 3)… place désormais à la fin du récit : celui de la maturité, de l’épanouissement professionnel.

Pendant plusieurs années, Elena avait attaché une attention particulière au fait de garder de la distance entre elle et Naples, sa ville natale. Elle avait aussi veillé à extraite Lina de sa vie, consciente de l’influence que son amie d’enfance avait sur elle, une influence qui lui avait été nocive à plusieurs reprises. Désormais, Elena est une femme épanouie. La réussite professionnelle lui sourit et elle s’épanouit enfin dans son couple. Mais tout cela ne doit-il durer qu’un temps ?

J’étais impatiente de lire ce dernier tome de cette saga qui avait pris une tournure (et un rythme) inespérée dans la dernière ligne droite du tome 3.

On repart ici avec pas mal d’entrain, on repart de plus belle dans cette amitié ambiguë entre les deux amies d’enfance et on essuie un peu plus facilement les contradictions de l’héroïne.

Ravie de connaître le dénouement de cette saga, j’ai pourtant ressenti de la lassitude à la moitié de l’ouvrage car le rythme est mou, trop mou. Sur la fin en revanche, je me suis ennuyée – mais réellement ! , j’ai sauté certains passages (notamment ceux qui sont consacrés à Naples… j’avais envie d’une fin qui se tient et non de passages pour noircir les pages avec un exposé historique des différents bâtiments napolitains).
Dans les tomes précédents, j’avais relevé quelques longueurs. Dans ce tome, les cinquante dernières pages sont… inutiles.

La fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Ovaldé © Flammarion – 2016

Espagne. Anastasia est née en 1970. Nous faisons sa connaissance lorsqu’elle a 13 ans. La narratrice nous fait la grâce de nous épargner les détails de ses premières années de vie ; elle les résume en quelques anecdotes.

Anastasia est née en Espagne d’une famille espagnole. La guerre civile est passée par là et comme dans toutes les familles espagnoles, on en voit encore les stigmates. Les jeunes générations portent le poids de cette guerre fratricide sans avoir vécu cette déchirure. A 13 ans, lors d’une sortie scolaire, Anastasia découvre les œuvres du peintre Roberto Diaz Uribe. Elle va se passionner pour son art. Cela va même devenir une obsession.

Jusqu’à 18 ans, Anastasia s’ennuie. Comme pour tous les adolescents, le temps s’étire de façon déprimante. Puis à 18 ans, elle quitte le foyer familial et part faire ses études à Paris.

Je ne compte plus le nombres d’avis positifs que j’ai lu et entendu sur ce roman. Je ne compte plus. A chaque avis, mon envie d’engouffrer ce roman grandissait. Puis je l’ai reçu en cadeau et j’ai laissé décanter un peu… Pendant les cent premières pages, la lecture fut des plus ennuyeuses. Tellement ennuyeuse que l’ouvrage a bien failli me tomber des mains. A peine plus d’une demi-douzaine de pages par jour… cette lecture a eu, au début, un effet hautement soporifique sur ma petite personne. Puis Anastasia a grandi et Véronique Ovaldé a lentement élargi les centres d’intérêt de sa narratrice, la rendant plus consistante, plus pertinente… plus intéressante. Quand bien même, ce roman m’a laissé sur ma faim.

 

Chalandon © Le Livre de Poche – 2009

Antoine, luthier à Paris, rencontre un client qui lui parle de James Connolly, activiste irlandais. Les paroles de cet inconnu de passage dans son atelier lui redonnent peu à peu l’envie de retourner en Irlande, pays qu’il connait peu.

En mai 1975, Antoine décide de se faire un court séjour en Irlande à l’occasion de ses 30 ans. C’est à ce moment qu’il rencontre Jim O’Leary et Cathy, son épouse. La rencontre entre le français et le couple est immédiate. Ils s’échangent leurs coordonnées. Antoine reviendra les voir, c’est certain. Au fil des années, Antoine s’organise pour leur rendre visite. A chacune de ses venues, il est accueilli comme un frère, un ami de toujours. Il a sa chambre qui l’attend, ses repères.

En 1997, lors d’une soirée arrosée dans un pub, il croise pour la première fois Tyrone Meehan, celui qu’il nomme son traitre. Entre eux, une forte amitié va se construite au fil des années. Antoine a déjà compris que Jim était un militant actif de l’IRA mais Tyrone est un de ses combattants les plus actifs. Tyrone est respecté, admiré. Les séjours d’Antoine sur le sol irlandais sont de plus en plus fréquents, il aimerait lui aussi aider la cause, participer au combat mené en vue de l’indépendance. Les années filent, Jim meure, emporté par une bombe qu’il avait mal réglée. Les allers-retours de Tyrone en prison, les coups durs que l’IRA doit encaisser, tout cela Antoine le vit, il accuse les coups en témoin discret. 2006 sera l’année des désillusions… tous apprennent que Tyrone est un traître, qu’il a vendu des informations aux Anglais.

Avant de devenir écrivain, Sorj Chalandon était journaliste. A ce titre, il a notamment effectué des reportages en Irlande du Nord et y a rencontré Denis Donaldson. De cette rencontre naît une amitié ; l’auteur s’en est inspirée pour écrire « Mon traitre » . Sorj-journaliste y devient Antoine-luthier et Denis Donaldson se glisse sous les traits de Tyrone Meehan.

« Mon traître » est le récit d’une lutte, celle d’un peuple qui aspire à vivre en paix, libre. C’est aussi le récit d’une amitié et d’une trahison, d’une incompréhension. C’est enfin la recherche la quête identitaire d’Antoine qui apprend à se connaître au travers du regard que Tyrone pose sur lui.

C’est l’adaptation de ce roman par Pierre Alary qui m’a invitée à découvrir le texte originel. Premier roman que je lis (enfin !) de cet auteur. Une claque !

 

Chalandon © Le Livre de Poche – 2016

Retour sur les événements abordés dans « Mon Traître » mais cette fois, ils sont abordés du point de vue de Tyrone Meehan. Ecrit trois ans après « Mon Traître » , « Retour à Killybegs » narre le parcours de Tyrone, de sa plus tendre enfance à sa mort, aborde son recrutement par l’IRA et les événements qui ont conduit à ce qu’il devienne, dans les années 70, l’un des commandants de la branche armée de l’IRA.

L’occasion de découvrir les raisons qui ont motivé Tyrone à accepter de collaborer avec les anglais, la manière dont il a tenté de sortir ses épingles du jeu. Si vous ne l’avez pas encore fait et que vous avez lu « Mon Traître » , voici une nouvelle fois un roman que je vous recommande vivement.

 

Vargas © Flammarion – 2017

Appelé en urgence pour boucler une enquête, le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg doit quitter l’Islande, pays qu’il a découvert lors de sa précédente enquête. En quelques jours, il parvient à mettre en avant les éléments clés qui conduisent à faire passer aux aveux l’un des principaux suspects. Sitôt l’affaire bouclée, son instinct attire son attention sur la mort soudaine de deux « vieux » à la suite de piqûres de recluses (des araignées habituellement très discrètes et qui ne s’attaquent que rarement à l’homme). Il se met à enquêter en solo avant de s’en ouvrir à une poignée de ses lieutenants. Voisenet, Froissy, Veyrenc puis Retancourt seront les premiers à lui prêter main forte sur cette enquête non officielle qui sème le trouble dans la Brigade et fait peser sur l’ensemble du groupe les désaccords de plus en plus tendus entre le Commissaire et Danglard, son bras droit.

J’ai toujours autant de plaisir à retrouver le personnage d’Adamsberg. Sa personnalité, son état d’esprit… tout jusqu’à sa manière lente et nonchalante de se déplacer, ses « bulles de pensées » et sa nécessité d’aller marcher pour « brasser des nuages » . L’écriture de Fred Vargas coule quand je la lis, elle coule comme quelque chose de très naturel. Habituellement, les enquêtes d’Adamsberg me surprennent car je ne vois jamais venir qui est l’assassin. « Quand sort la recluse » est l’exception à la règle, à ma grande surprise. Très tôt dans la lecture, mes suspicions se sont portées sur un personnage qui s’est effectivement avéré être l’auteur des crimes. C’est un peu déstabilisant, cela m’a donné l’impression de quelques longueurs dans le texte pour autant, ce roman policier n’est pas à une exception près car c’est aussi la première fois où l’émotion m’a saisie dans les dernières pages, lorsque Adamsberg confond l’assassin dans un tête à tête. Le Commissaire s’était attaché… moi aussi.

Pas le meilleur ouvrage dans la série « Adamsberg » mais un de ceux dont je me rappellerais certainement avec beaucoup de précision

Bonjour Tristesse (Rébéna)

Rébéna © Rue de Sèvres – 2018

C’est l’été. Cécile est en vacances avec son père sur la Côte d’Azur.
Cécile est une adolescence désabusée, un peu garçonne avec sa silhouette filiforme et sa coupe de cheveux sage et sauvage. Du haut de ses 17 ans, elle a déjà une bien piètre vision de l’amour et du couple. Son père, en pleine crise de la cinquantaine, est un coureur de jupons invétéré. L’élue du moment est Elsa, sulfureuse rousse qui doit avoir à peine 6 ou 7 ans de plus que Cécile.

L’été est torride, entre farniente au bord de la piscine, gueules de bois et baignade dans la mer. L’été est torpeur, lascivité, ennui… Jusqu’à l’arrivée d’Anne, ancienne amie de la mère défunte de Cécile. Anne est une belle femme. Charismatique, élégante et qui sait manipuler habillement ses pions dans l’échiquier de la séduction. Au point que Cécile en est presque jalouse et qu’elle voit sa présence d’un mauvais œil.

Françoise Sagan a écrit Bonjour Tristesse à l’âge de 18 ans. Je n’ai pas le souvenir de l’avoir lu ce qui m’a permis, entre autres, d’entrer dans cet album sans appréhension.

Arrêt sur image avant toute chose. La couverture m’interpelle. L’héroïne se tient droite, perdue dans ses pensées. Songeuse. On retrouve, dans les traits de Cécile, cet air rebelle que Sagan affichait au moment de la sortie de Bonjour Tristesse. Aussi maigre, aussi garçonne, comme si elle hésitait encore à assumer sa féminité.

A 17 ans, cette adolescente – qui n’est plus une enfant mais pas tout à fait une jeune femme – boit, fume et se moque royalement de la vie. Elle a peu d’empathie pour les autres excepté pour son père. On ne sait d’ailleurs pas trop si elle le respecte ou si elle le plaint. La voix-off contient les pensées et réflexion du personnage et quand elle parle de son père, ce qui frappe, c’est qu’elle le présente uniquement par le biais de ses défauts. On a l’impression d’être en présence d’un homme égoïste, volage, inconsistant. Il fume et boit immodérément et sa seule passion semble être celle qu’il voue aux femmes et aux plaisirs de la chair.

Huis clos électrique dans lequel l’adolescente se faufile comme une anguille. A pas de velours, comme un félin, elle manœuvre habillement et manipule les sentiments des uns et les autres selon son gré… contre son gré parfois, elle est comme poussée par un besoin de faire mal aux autres, de les rabaisser, de les avoir sous contrôle.

Récit sulfureux face auquel je me suis régulièrement demandé si la relation entre ce père et sa fille n’était pas incestueuse.

Drame familial où la mélancolie propre à l’adolescence colle au corps du scénario et crée une légère gêne.

Frédéric Rébéna s’approprie totalement le personnage de Cécile et la laisse glisser dans une langueur ; pour la sortir de l’indolence, ses petits stratagèmes l’aident à se divertir.

Eté de la première fois puisque Cécile a son premier rapport sexuel, intéressée à l’idée de tenir ce garçon sous sa coupe, sans raison.

Parenthèse estivale durant laquelle les corps sont dénudés, renforçant d’autant le caractère luxurieux de tout ce qui se passe et que nous ne verrons pas, que nous « entendons » tout au plus mais qui est bel et bien présent de façon permanente.

Etrange contact avec la sexualité qui est offert à cette femme en devenir. Lu d’une traite… une invitation à (re)découvrir le roman de Sagan.

Les chroniques de Madame, Au Fil des livres, Mylène, Nadège,

Bonjour Tristesse

– Adapté du roman de Françoise Sagan –
One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur / Scénariste : Frédéric REBENA
Dépôt légal : avril 2018
112 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-36981-382-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Bonjour Tristesse – Rébéna – Sagan © Rue de Sèvres – 2018

NoBody, Saison 1 – tome 4 (De Metter)

tome 4 – De Metter © Soleil Productions – 2018

Dernier volet de la tétralogie lancée il y a 18 mois par Christian De Metter.
La psychologue mandatée pour l’expertise est parvenue à établir un lien transférentiel avec cet homme au passé trouble. Agent gouvernemental, flic, détective… ce dernier a vu tour à tour sa carrière l’amener à plusieurs reprises à endosser un rôle, à manœuvrer sous une fausse identité.
Du jour au lendemain, cet homme a arrêté ses activités. Enquêter sur des crimes, faire tomber des malfrats ou courir après un tueur en série… il n’en a plus eu envie. Il s’est fait oublier, a refusé les sollicitations du FBI, de la Police. Il s’est rangé, s’est marié. Doué en mécanique, il a ouvert un garage automobile, de quoi mettre un peu de beurre dans les épinards à la fin du mois.

Et puis 2008 est arrivé et ce jour maudit où on l’a retrouvé dans la cuisine de sa maison. Sans même attendre que la Police le questionne, il a reconnu d’emblée le meurtre. Il s’est ensuite muré dans le silence, mettant en échec les deux thérapeutes successifs qui se sont présentés à lui. Le juge a retenté en envoyant un dernier psychologue qui pourrait établir un profil du détenu. Beatriz Brennan connaît le dossier et les impasses de ses prédécesseurs. Mais avec elle, cet homme mutique et imposant a parlé. Il lui a expliqué le parcours qu’il a emprunté de ses 20 ans à aujourd’hui, de son premier contact avec le FBI jusqu’à ce crime dont il s’accuse.

Dès le premier tome de cette saison qui compte quatre albums, Christian De Metter a coincé son lecteur dans ce tête-à-tête improbable. Tout nous pousse à poursuivre la lecture et tenter de comprendre les motivations de cet homme que l’on sent tantôt oiseau de proie, tantôt poupée de chiffon d’un système qui l’a dévoré et broyé sa vie.

Un bras de fer psychologique mené entre une jeune psychologue et un homme à la carrure de légionnaire. On ne cesse de se poser la question de la part de vérité que contiennent ses propos. Dans quelle mesure maquille-t-il les faits pour que les choses tournent à son avantage ? Et elle, dans quelle mesure perçoit-elle ses mensonges et ce qui est pure sincérité ? Le lecteur observe ce jeu de dupes, ne sachant plus qui est le chat et qui est la souris. Dans cette scène du présent qui se déroule en 2008 dans une pièce sécurisée d’une prison dédiée à leurs rencontres [et durant lesquelles l’homme est constamment menotté à la table, ce qui ne laisse supposer la dangerosité de l’homme], l’ambiance est calme et semble glisser – à mesure des rencontres – vers la confidence. Christian De Metter veille pourtant à maintenir cette électricité inhérente à la tension qui émane des personnages. Bien qu’ils semblent en confiance désormais, l’un des deux est sur le qui-vive. Lequel ?

Entre chaque tome, l’attente. L’envie de reprendre le fil de l’histoire et « d’entendre » cet homme raconter son histoire. Les pièces du puzzle s’emboîtent une à une sans que l’on puisse avoir un aperçu de l’ensemble avant ce tome final.

Depuis le premier tome, je me suis retrouvée prise dans les filets du scénario. Cet homme est-il coupable ou innocent ? J’ai oscillé en permanence entre ces deux cas de figure. Ce dernier opus vient apporter la réponse et nous donne les derniers – mais essentiels – éléments pour dévoiler les dernières zones d’ombre. La première saison est terminée, vous pouvez y aller confiants.

Les autres tomes sont sur le blog.

Nobody

Saison 1
Episode 4/4 : La Spirale de Dante
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : avril 2018
78 pages, 15.95 euros, ISBN : 978-2-3020-6881-0

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Nobody, saison 1 – tome 4 – De Metter © Soleil Productions – 2018

Je vais rester (Trondheim & Chevillard)

Trondheim – Chevillard © Rue de Sèvres – 2018

Fabienne et Roland ont prévu de passer une semaine de vacances à Palavas. La chambre est réservée chez l’habitant, les places pour les spectacles sont achetées. Roland a des souvenirs d’enfance merveilleux ici, il voulait absolument faire découvrir le coin à Fabienne.
Parce qu’ils sont en avance, ils décident de garer la voiture le long de la plage et d’aller faire une balade. Le soleil donne, les vacanciers sont heureux. Main dans la main, le couple marche tranquillement, le sourire aux lèvres. Une bourrasque de vent sème la panique. Les parasols s’envolent, les grains de sable se nichent dans les yeux, les ballons gonflables des enfants roulent à toute allure. Amusée, Fabienne cherche son homme des yeux et découvrent, effarée, que le pire est arrivé. Des le lendemains les journaux titreront relayeront la nouvelle du vacancier décapité par un auvent.
L’enquête s’ouvre en même temps que les formalités administratives. Fabienne supervise à distances la bonne marche des choses tout en décidant de rester à Palavas et de suivre le programme que Roland leur avait concocté.
Perdue dans ses pensées cotonneuses et endeuillées, Fabienne croise la route de Paco, un drôle de monsieur qui remplit ses carnets de coupures de journaux… sa collection de « morts à la con » comme il dit.

Les histoires de Lewis Trondheim parviennent quasiment systématiquement à m’embarquer dans leur sillage. Que l’auteur se lance un défi fou de réaliser une BD en 500 pages (Lapinot et les carottes de Patagonie), qu’il mette en mots l’enfance de sa femme (Coquelicots d’Irak), qu’il se fende d’une série de science-fiction (Infinity 8), qu’il se lance dans un western (Texas cowboys) ou dans un univers jeunesse (Les trois chemins) … je suis toujours emballée. Barrés, loufoques, fictifs, anticipatifs, aventureux, tendres… chaque récit est la promesse d’un nouveau voyage, original et atypique.

« Je vais rester » ne déroge pas à la règle d’autant que je ne m’attendais pas à découvrir une tranche de vie aussi « simple ». Un récit doux et bourré de nostalgie, sans retournements de situation rocambolesques, sans « dingueries » narratives. Etonnant de la part de Trondheim.

Le scénariste pose rapidement les grandes lignes de l’intrigue. L’héroïne est là, joyeuse à l’aube de ses vacances et cinq pages plus loin, la voilà devenue veuve. A peine le couple respire-t-il l’air des vacances que la faucheuse vient jouer les troubles fêtes. Le drame est si soudain que j’ai d’abord cru à une farce. Mais en voyant la réaction des témoins, on voudrait changer notre fusil d’épaule mais l’héroïne semble aller à contre-courant. Elle flotte. On dirait qu’elle traverse cette période comme un fantôme, qu’elle ne saisit pas encore la gravité de la situation.

Je me suis pourtant raccroché à elle comme elle se raccroche au petit carnet où son homme a consigné les temps forts de leur programme de vacances. « 15 août » , « 16 août » , « 17 août » … les jours défilent lentement, entre visites, attractions, spectacles et restaurants réservés à l’avance. Elle choisit de vivre ces quelques jours en étant collée à ce qui est désormais les dernières volontés de son époux. J’ai scruté les expressions de son visage, cherché à comprendre ce qui motive ses décisions… j’ai tenté de percer le mystère de cette femme silencieuse et j’ai fini par abandonner. Rien ne sert de juger alors je me suis laissée porter par l’atmosphère si sereine de l’album.

Pendant toute la lecture, cette femme m’a fascinée. Elle reste impassible, elle est souvent mutique et les couleurs estivales posées sur les dessins léchés d’Hubert Chevillard donnent l’impression qu’elle traverse son deuil comme si elle était posée sur un nuage et sentait à peine la peine qui la poignarde.

Elle s’autorise ces quelques jours en terre inconnue, comme un droit de pouvoir garder le silence et de se dérober aux regards de ceux qu’elle connait. C’est pour elle l’opportunité de faire son deuil à sa manière, à son rythme.

Lewis Trondheim observe le couple et cette alchimie si douce qui peut se tisser entre deux individus. Que devient celui qui reste après un deuil ? Comment se reconstruire après une séparation qu’on n’a pas eu le temps de préparer ? Qu’est-ce qui motive nos choix quand, de nouveau, on se retrouve à devoir décider pour soi, sans l’autre ?

Un récit étonnant, qui interroge forcément. Le choix du personnage surprend. Quand on regarde cette femme qui interroge le sens de la vie, qui se confie une dernière fois à son homme et qui se laisse guider par le programme de vacances qu’il a prévu… ses dernières volontés.

Je vais rester

One shot
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Hubert CHEVILLARD
Scénariste : Lewis TRONDHEIM
Dépôt légal : mai 2018
120 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-36981-228-9
L’album sur Bookwitty.

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Je vais rester – Trondheim – Chevillard © Rue de Sèvres – 2018

En ce mercredi de vacances, ça bulle aussi chez :

Soukee :                                                 Eimelle :                                                    Brize :

Jacques :                                                 Blandine :                                           Gambadou :

Enna :                                                       Mylène :                                                  Blondin :

Sandrine :                                              Karine :                                              Amandine :

Nathalie :                                                 Madame :                                             Noukette :

Jérôme :                                                   Bouma :                                                  Stephie :

Moka :                                                    Sabine :                                                   Caro :

Alice :                                                      Itzamna :

.

KZ Dora (Walter)

Walter © Des Ronds dans l’O – 2015

Pourquoi Pierre Walter était-il là ? Il a été arrêté en mai 1943, près de la frontière franco-espagnole, qu’il voulait franchir irrégulièrement pour rejoindre les forces françaises d’Afrique du Nord. Prisonnier de 1943 à 1945, aux prisons et camps du Boulou, Perpignan, Compiègne, Buchenwald puis Dora, il y vit l’enfer. Il attendra pourtant d’être à la retraite pour transmettre réellement ses mémoires, à travers ses souvenirs écrits, à ses enfants et petits-enfants, ainsi qu’au cours des visites des camps qu’il fait accompagné de plusieurs membres de sa famille, dont Robin Walter, l’auteur de cet ouvrage.

(extrait de la préface de Stéphane Hessel).

Emile a 18 ans quand il est dénoncé par un villageois aux Allemands. Emile faisait passer clandestinement des Juifs, il leur permettait de fuir la zone occupée, passer la ligne de démarcation pour pouvoir de nouveau vivre libre.
Paul vient de terminer l’école de l’Armée de l’Air, il est maintenant officier. Refusant de se soumettre, il décide de passer clandestinement la frontière de l’Espagne pour rejoindre les forces aériennes libres basées en Afrique du Nord.

Et puis il y a tous les autres qui ont été pris dans les mailles du filet allemand. Comme eux, ils vont passer de camp de concentration en camp de concentration, exploité par les allemands pour effectuer des travaux colossaux dans des conditions de vie déplorables… plus que déplorables. Inhumaines. Privation d’eau, de nourriture, de sommeil. Soumis quotidiennement aux humiliations, aux coups, aux travaux forcés, aux intimidations, à la cruauté sans frontière des officiers allemands. Dormants entassés sur des paillasses, sans matelas et encore moins de couverture. Dans le froid.

J’ai eu la chance de pouvoir refermer le livre pour faire un break sur les passages les plus crus. Les victimes des rafles n’ont pas eu ce luxe. Pour certains, ils ont vécu l’enfer pendant plusieurs mois… des mois qui se comptent en années. D’autres malheureusement n’ont pas eu « la chance » de s’en sortir.

Des prisonniers, des scientifiques, des officiers SS. Les points de vue se croisent et ne se rencontrent jamais. Des réalités totalement aux antipodes. Trois manières de voir et de vivre l’horrible réalité.

Des morts. Des centaines de morts. Des milliers de morts… Des charniers. Des cheminées d’où sortent en permanence de la fumée. Des examens médicaux dont on ne ressort jamais. Des tunnels à creuser. Des paillasses à partager. Des kilos de corps, de terre, de fer… à porter. Des charniers. Des colis qui arrivent au compte-goutte. La vie se poursuit dehors. Des proches qui pensent à leurs proches. Des colis qui arrivent… et les SS qui se sont servis avant.

Des corps entassés dans des wagons. Dans des baraquements. Dans des fosses communes.

L’horreur.

Robin Walter adapte les carnets de son grand-père, Pierre Walter, survivant des camps. Robin Walter sculpte les corps. Il suit le lent processus morbide provoqué par les conditions de vie des prisonniers. A mesure que l’on tourne les pages, les joues se creusent, les yeux se cernent, les corps s’affinent jusqu’à devenir squelettiques. On sent la force vitale qui s’échappe par tous les pores de la peau ; certains ont un instinct de survie qui parvient à perdurer grâce à leur foi ou la certitude que le pire est derrière eux et que c’est n’est plus qu’une question de jours…

On s’indigne face aux comportements des gardes de camps qui prennent goût aux horreurs qu’ils pratiquent. Des civils qui regardent, les bras ballants et à peine choqués par ce qu’ils voient, des hommes agoniser devant eux… certains allant même jusqu’à se dire scandalisés que les travaux des prisonniers n’avancent pas aussi vite qu’ils l’auraient souhaité.

Cet album réunit les deux tomes de « KZ Dora » publiés en 2010 et 2012. Il est enrichi d’une troisième partie « Notes sur mes années d’internement et de déportations – 1943-1947 » ; ce sont les écrits de Pierre Walter. Il explique en introduction :

« Dès ma libération, j’ai pensé intéressent d’écrire des souvenirs de ma captivité, sans idées préconçues. (…) Pendant cinquante ans, je n’y ai plus pensé et je les ai laissés dans mon coffre à la banque. C’est à la demande de mon fils Michel que je les ai récupérés et rendus lisibles, tout en gardant le vocabulaire des camps et des personnes que j’ai rencontrées. Ce travail m’a ramené vers un passé que j’avais oublié et m’a fait souffrir ; car contrairement à beaucoup de déportés, la vie que j’ai menée depuis 1945 a été consacrée à ma famille et à mon travail d’aviateur, et non pas à mes souvenirs. »

Un récit poignant, révoltant. Un témoignage, tout simplement, qui tord le ventre.

Je partage ma lecture avec les bulleurs de « La BD de la semaine » … on se retrouve aujourd’hui chez Noukette !

KZ Dora

(Intégrale)
Editeur : Des Ronds dans l’O
Collection : Histoire
Dessinateur / Scénariste : Robin WALTER
Dépôt légal : mars 2015
240 pages, 24 euros, ISBN : 978-2-917237-77-9
L’ouvrage sur Bookwitty.

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

KZ Dora – Walter © Des Ronds dans l’O – 2015

Homicide – Une année dans les rues de Baltimore, tome 3 (Squarzoni)

Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2018

C’est un monde où il y a plus de meurtres que d’inspecteurs. Un monde où le temps ne s’arrête pas.

Baltimore. 1988.
Les meurtres pleuvent sur la ville et les meurtriers courent plus vite que les flics.

La brigade des homicides croule sous les dossiers non résolus avec, en tête, le meurtre de Latonya Wallace, une fillette violée puis assassinée. Les soupçons se portent sur un homme de cinquante ans mais les flics n’ont aucune preuve matérielle en main pour le faire craquer.

Pendant ce temps-là, les dealers continuent leurs règlements de compte, les femmes battues tombent sous les coups de leurs maris violent, certaines parviennent – dans un accès de furie inespéré – à retourner la violence de leur bourreau contre eux. Et les meurtres noient la brigade qui se noie sous un taux de meurtres non résolu qui n’a jamais été aussi bas.

Sombre. Noir. Pessimiste. Dur.

Un univers où l’on ne sort pas des quatre murs de la Brigade excepté pour aller dans la rue, y constater un meurtre, y ramasser un corps ou y embarquer des suspects… prendre des photos, récolter des indices et revenir aux quatre murs de la Brigade. Les inspecteurs malaxent la matière qu’ils ont récoltée à l’extérieur, supposent, investiguent, interrogent, intimident.

Les flics sont à pied d’œuvre. Nuits et jours, ils ne se ménagent pas. Ils délaissent leurs familles pour permettre à d’autres de panser leurs plaies et faire en sorte qu’un semblant de justice survive dans cette ville. Et tenter que la délinquance et la corruption ne gangrène pas toute la ville.

Philippe Squarzoni, aidé par les conseils de David Simon, adapte « Sur écoute » et les silences laissés par les interstices entre les cases, les couleurs sombres de Drac et Madd créent à eux seuls la tension adéquate à ce genre d’univers. J’ai toujours la même réaction quand arrive un nouveau tome d’Homicide : une appréhension mêlée de curiosité. Et si l’ouvrage traîne un jour ou deux sur mon bureau, je finis par l’engouffrer d’une traite, me plaisant à me mettre dans la peau des enquêteurs.

Au troisième tome, on a maintenant repéré les principales personnalités de la Brigade. D’Addario, Garvey, Pellegrini, Mc Larney, Landsman. On les suit à tour de rôle. Une couleur dominante est retenue pour chacun d’eux, pour nous aider à passer de l’un à l’autre. Et on adopte leurs manières d’enquêter, de prendre un suspect de front ou de contourner l’affrontement. On aborde leur colère ou leur lassitude. On comprend leur acharnement.

Je n’avais pas lu/vu le travail de David Simon. Les polars, le sang, la violence à l’écran… ce n’est pas ma came. Seuls quelques auteurs (romanciers ou auteurs BD) sont capables de m’emmener sur ce terrain-là. Philippe Squarzoni en fait partie et je ne regrette pas d’être sortie de ma zone de confort. J’attends maintenant le quatrième tome qui devrait arriver… dans un an. Une série qui ne perd pas son mordant. A suivre !

Les autres chroniques sur le blog : tome 1, tome 2.

Homicide

– Une année dans les rues de Baltimore –
Tome 3 : 10 février – 2 avril 1988
Pentalogie en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Encrages
Dessinateur / Scénariste : Philippe SQUARZONI
D’après le livre de David SIMON
Dépôt légal : février 2018
160 pages, 18.95 euros, ISBN : 978-2-7560-9173-0

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Homicide, tome 3 – Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2018

Les Louves (Balthazar)

Balthazar © Dupuis – 2018

« L’homme est un loup pour l’homme » … on peut malheureusement constater la véracité de cette expression tous les jours. Des petites vengeances quotidiennes aux grands drames humains, l’homme a de tout temps été un prédateur pour les autres membres de son espère.

Seconde Guerre Mondiale. Les Allemands sont aveuglés par la perspective d’étendre leur territoire. Leur race est pure, du moins le croient-ils. Les Aryens rêvent de fertiliser tous les territoires jusqu’aux contrées les plus éloignées.

Sur leur chemin se trouve la Belgique qu’ils envahissent sans ménagement.

Sur leur chemin, La Louvière. C’est dans cette ville belge que vit la famille de Marcelle. Marcelle a quinze ans lorsque la Guerre éclate. Pour elle, la guerre devient réalité l’année suivante, quand les hommes sont mobilisés et que son père part rejoindre les troupes belges.

Marcelle reste à La Louvière avec sa mère et ses autres frères et sœurs (Jacques, Yvette, André et René). Les hommes ayant quitté les foyers, la vie se réorganise tant bien que mal.

C’est un récit factuel de cette période particulière dans la vie d’une communauté. On a un aperçu assez complet de ce que la guerre implique : entre ceux qui tentent de tirer la couverture à eux, ceux qui cherchent à se faire bien voir des Allemands, ceux qui conservent leurs habitudes avec dignité, ceux qui prennent des risques et mènent des actions clandestines… Il est autant de réactions humaines pour faire face à la peur provoquée par la guerre. Et puis il est des façons différentes d’aborder la situation comme par exemple la grand-mère de la narratrice qui a davantage de recul ; elle a déjà vécu en temps de guerre et ne cherche pas à se rassurer (oui les hommes vont être mobilisés, oui les femmes vont devoir aller travailler, oui les civils vont être rationnés…).

Flore Balthazar s’inspire des souvenirs de sa famille et les mélange à un récit fictionnel. Elle explique en début d’album qu’elle a conservé certains prénoms et maquillé d’autres, qu’elle a parfois fusionné plusieurs personnes en un même personnage pour éviter les redites ou la profusion de protagonistes. Le scénario est fluide et on voit très bien comment, à l’arrière des lignes, les femmes ont pris les choses en main pendant que leurs hommes étaient au combat. L’autrice parle également des privations, de la presse clandestine, de la résistance, des diffusions de la BBC, de la délation, de la vie dans les camps de prisonniers… De l’angoisse et du temps qui s’étire pendant cette période d’attente : attendre qu’un être cher reviennent du front, attendre la libération, attendre…

Ces jours-ci, j’ai compris à quel point le temps est une notion relative ; objet étrange, qui passe en un éclair ou se dilate à l’infini…

Les événements sont rapportés de façon chronologique. Des marqueurs de temps apparaissent régulièrement dans le récit et nous permettent de nous repérer dans les grandes dates de cette guerre. Le temps passe de façon linéaire et excepté quelques soubresauts dans la narration, les jours succèdent aux jours sans trop de changements. Je me suis un peu ennuyée à certains moments mais la bonne humeur reste très vivace dans cette famille et cela donne du charme au témoignage. Cela donne aussi envie de continuer la lecture et de savoir si cette famille est sortie indemne de la guerre. L’ouvrage rend enfin un hommage vibrant à Marguerite Bervoets, résistance exécutée en 1944 par les Allemands.

Un témoignage intéressant et enrichit d’une partie documentaire intégrée en fin d’album. Pendant la lecture, je n’ai pu m’empêcher de pense à Collaboration horizontale.

La chronique d’Aurore.

Les Louves

– Femmes en résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale –
One shot
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur / Scénariste : Flore BALTHAZAR
Dépôt légal : février 2018
200 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-8001-6778-7

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les Louves – Balthazar © Dupuis – 2018