Chaussette (Clément & Montel)

Clément – Montel © Guy Delcourt Productions – 2017

Une nouvelle fois, le duo formé par Loïc Clément et Anne Montel se forme. Après « Shä & Salomé », « Les jours sucrés » et « Le Temps des mitaines », leur collaboration artistique est désormais rodée et nous fait découvrir aujourd’hui Chaussette, une vieille dame que son voisin – un petit garçon qui se prénomme Merlin – va se mettre à pister parce qu’il trouve qu’elle a un comportement bizarre.
En effet, ce matin-là, Chaussette sort de chez elle sans Dagobert, son fidèle compagnon. Et si la vieille dame suit son parcours matinal habituel, son attitude dans les différents lieux qu’elle fréquente est assez surprenante. Merlin est bien décidé à percer ce mystère de cet étrange et dérangeant changement. Le scénario nous fait vivre cette journée durant laquelle le gamin au parka jaune mène son enquête. Tous ses sens sont en éveil et les bizarreries de l’excentrique Chaussette le laissent dubitatif. Le narrateur commence par nous présenter Chaussette et le train-train journalier de la dame.

Ce qui m’amuse avec Chaussette, c’est qu’elle est réglée comme le métronome de mes cours de piano

Alors forcément, lorsqu’un grain de sable vient se glisser dans cette organisation très bien huilée, que d’autres grains de sable viennent former un petit tas de « hics » inhabituels et qu’on est en présence d’un enfant à l’imagination débordante… on a tôt fait de comprendre que « l’affaire Chaussette » va nous intéresser.

Loïc Clément se glisse dans la tête d’un enfant d’une dizaine d’années. Que l’on soit petit ou grand lecteur, on s’identifie rapidement au personnage. Dès la première page, le gamin à la parka jaune nous présente Chaussette et ce qu’il sait d’elle. On comprend que Chaussette est quelqu’un d’assez prévisible et donc d’assez rassurant pour un enfant. Il a vite fait de voir le changement et de nous mettre la puce à l’oreille. D’autant que le gamin jette des petits cailloux dans l’intrigue qui titillent notre curiosité. Il questionne et tente de trouver des réponses cohérentes à ses interrogations. Parfois, son raisonnement bute, ne trouvant pas de sens logique à donner à ce qu’il observe et nous, en écho, on tourne la page avec avidité, en se disant qu’on trouvera forcément dans la nouvelle planche un embryon de réponse.

Le personnage principal fait le point sur ce qu’il a compris de la vie et du sens à donner à certaines habitudes. Ce qui est drôle, c’est qu’il peut questionner les agissements de sa vieille voisine sans pour autant se sentir concerné par ses déductions. « Je crois qu’il y a des gens qui se rassurent avec la routine » … oui, les personnes âgées accordent une importance particulière aux gestes quotidiens… et pour les petits garçons qui s’inquiètent du moindre changement dans la vie des autres ? Voilà de quoi donner un peu de grain à moudre à notre jeune lecteur qui n’avait pas forcément vu les choses sous cet angle !

« Chaussette » est un album malin, rusé et qui offre une réelle interaction. Les réflexions du personnage principal font écho aux questions du jeune lecteur qui se pique au jeu de l’enquête. Au-delà de la question des habitudes, le récit nous emmène en douceur sur la notion d’absence et ce qui fait qu’un être qu’on a aimé nous manque. La mort nous rend triste mais la vie ne s’arrête pas là. Heureusement, on a eu le temps d’emmagasiner tout un tas de souvenirs, on pourra faire appel à eux dès que l’envie nous prend.

Les dessins colorés et aérés d’Anne Montel illustrent ce superbe scénario. Les aquarelles de l’artiste sont un vrai régal. On ne rate rien des petits détails qu’elle dispose un peu partout. Ils rendent ce monde très vivant, très ludique et plein d’espièglerie. Les teintes sont gaies et donnent une touche d’optimisme à cette histoire qui pourtant parle d’un sujet bien sérieux. Beaucoup d’humour dans cette histoire, une petite aussi bien dans le fond que dans la forme de l’histoire.

Ce que l’on remarque avant tout dans le scénario, c’est la fraîcheur avec laquelle cette intrigue est menée et la spontanéité des réactions de l’enfant. Un regard tendre et pétillant sur la vie. Rien ne dénote, tout est à sa place, « logiquement bancal » comme une réflexion enfantine peut l’être. Une interrogation pertinente sur le sens et l’importance des habitudes dans notre quotidien. L’ensemble est crédible jusqu’à ces mots d’enfants sucrés-salés et ces petites réflexions naïves qui pointent avec justesse la réalité. Un album touchant et drôle à la fois. Un beau coup de cœur jeunesse que j’ai découvert avec Noukette.

Extraits :

« Maman m’a expliqué qu’on parle d’ « artisan-boulanger » parce que la dame qui tient la boulangerie « met du cœur dans ce qu’elle fait ». Certains font juste du dépôt de pains, elle c’est plutôt du plein-pot de spécialités » (Chaussette).

« Ceux qu’on ne remarque pas, ceux qu’on traite comme de vieilles chaussettes, vivent parfois des joies et des peines sans un bruit » (Chaussette).

Jolie découverte que je partage à l’occasion de la « BD de la semaine ». Les pépites des bulleurs se retrouvent aujourd’hui chez Stephie !

Chaussette

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Delcourt Jeunesse
Dessinateur : Anne MONTEL
Scénariste : Loïc CLEMENT
Dépôt légal : avril 2017
30 euros, 10,95 euros, ISBN : 978-2-7560-7526-6

Bulles bulles bulles…

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Chaussette – Clément – Montel © Guy Delcourt Productions – 2017

De longues nuits d’été (Appelfeld)

Appelfeld © L’Ecole des loisirs – 2017

La Seconde Guerre Mondiale a éclaté. Elle ravive les haines.

Un homme a peur. Il est juif. Il s’attend à chaque instant à voir les soldats franchir le seuil de sa maison. Il a peur pour sa famille. Cela fait des semaines qu’ils dorment dans leur cave, qu’ils se terrent à l’abri des regards, pensant trouver-là un refuge salvateur.
Mais la menace est de plus en plus concrète c’est pourquoi, il demande à son fils de le suivre. Ils vont trouver le vieux Sergueï, un vagabond aveugle, un ancien soldat. L’homme lui confie son fils. Ce dernier a 11 ans. Il ne sait rien de la vie et comprend mal pourquoi son père lui demande de rester avec inconnu. Les premiers temps, cette vie à vagabonder de village en village le terrorise. Il était habitué à la chaleur d’un foyer, il était heureux d’aller à l’école et de voir la fierté de ses parents face à ses résultats scolaires. Désormais, un pantalon et une chemise de lin remplacent ses vêtements de citadins, une petite croix en bois pend à son cou.

Tu dois changer de nom. A partir d’aujourd’hui, on ne t’appellera plus Michaël, mais Janek. Tu es intelligent, tu comprendras pourquoi, n’est-ce pas ? A la fin de la guerre, tu retrouveras ton nom.

L’enfant et le vieil aveugle vont apprendre à se connaître. Peu à peu, une complicité naît entre eux. Au fil des mois, Janek va suivre les apprentissages de Sergueï. Chaque matin, l’enfant s’entraîne à la course. Il devient endurant, agile. Il s’adapte à sa nouvelle vie, apprend à négocier le prix des provisions qu’il achète, veille au respect des rituels du vieil homme. L’enfant devient ses yeux lorsqu’il décrit les couleurs du ciel, ses mains lorsqu’il lui prépare le thé ou allume sa pipe. Le vieil homme, quant à lui, lui transmet la sagesse dont l’enfant est dépourvu, il partage sa conception de la vie, le respect pour les autres, la tolérance, la foi en soi.

Nous n’avons pas de maison, le ciel est notre toit.

Un roman d’apprentissage dans lequel on suit l’évolution d’un enfant auprès d’un vieux sage qui devient son mentor. Au contact du vieillard aguerri, l’enfant apprend tout d’abord à écouter les conseils de l’adulte puis à les mettre en pratique. Les deux « hommes » se font confiance et une profonde affection les unit. Il s’adapte à son nouvel environnement, apprend à vivre modestement et à se contenter de peu. Un sourire, une main tendue, un rayon de soleil, un fruit sauvage. L’enfant puise sa force et son assurance dans la présence bienveillante de l’adulte. Il s’émancipe, apprend à connaître son corps, à prendre des responsabilités. Il s’en remet au vieillard pour comprendre ce qui lui était jusque-là totalement inconnu : la haine, la guerre, la foi, le respect de l’autre, le respect de soi. Ensemble, ils réapprennent à dépasser leurs fragilités respectives. Leur union fait leur force. Ils s’entraident.

En toile de fond, Aharon Appelfeld décrit la guerre, l’intolérance, l’antisémitisme, l’histoire qui se répète et l’homme qui n’en tire aucune leçon. La présence du vieil homme influence ce texte, son rythme. A l’aide de phrases parfois laconiques, l’auteur décrit un monde sans concessions dans lequel se manifestent des croyances infondées, où il est impossible de rationaliser et d’expliquer certains faits comme la Shoah. Grâce à la présence du vieil homme, Aharon Appelfeld réalise un tour de force en parvenant à installer une ambiance rassurante. Les deux personnages sont totalement démunis, dépossédés de tout bien matériels pourtant, leur foyer à ciel ouvert est un havre de quiétude. Les rituels quotidiens comme celui du thé, de la préparation du feu ou celle du repas sont autant de repères sur lesquels nous nous appuyons peut-être pour nous rassurer.

Une maison à ciel ouvert, le vagabondage comme unique repaire, comme unique rempart à la méchanceté des hommes, à leur haine des sans domicile qui leur rappelle qu’eux aussi ne sont pas à l’abri de la misère. Dans ce récit, une place importante est accordée à la religion et plus encore, à la foi. La foi en soi et quand cette foi est prête à vaciller, elle peut être secondée par d’autres, comme la foi en Dieu. Un bon support pour parler de guerre, de tolérance et de religion avec les jeunes lecteurs qui découvriront cette œuvre.

Extraits :

« – Comment fait-on pour rester digne ? demanda Janek.
– Ne pas se plaindre, ne pas être amer, se taire lorsque l’on a rien à dire, et si l’on a quelque chose à dire, être concis. Ne pas se fâcher, garder à l’esprit que les hommes sont des visiteurs en ce monde, ne pas être prétentieux » (De longues nuits d’été).

De longues nuits d’été

Roman jeunesse
Editeur : L’Ecole des loisirs
Collection : Médium
Auteur : Aharon APPELFELD
Traduction (hébreu) : Valérie Zenatti
Dépôt légal : avril 2017
288 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-211-23047-6

Varsovie Varsovie (Zuili)

Zuili © Marabout – 2017

« A l’automne 1939, les armées allemandes envahissent la Pologne. Emanuel Ringelblum a alors 39 ans. Historien, militant social et politique, il comprend tout de suite le sort que les nazis réservent aux juifs d’Europe.
Dès octobre 1939, il débute l’écriture d’un journal, pour rendre compte le plus largement possible de la catastrophe qui s’abat sur la population juive. En mai 1942, conscient qu’il ne pourra suffire seul à la tâche, afin d’agrandir « dans tous les registres » des témoignages sur la réalité de la vie des juifs dans le ghetto de Varsovie, Emanuel Ringelblum crée le collectif d’écriture Oyneg Shabbes.
Traqués sans relâche par les nazis qui ont appris l’existence du collectif, Emanuel Ringelblum et ses amis auront réussi leur combat. Enfouies en 1943 dans des boîtes de métal et des bidons de lait en fer, 27 000 pages de documents et d’archives seront parvenues jusqu’à nous. Une première partie sera retrouvée en 1946, une seconde en 1950. Les Archives Ringelblum font aujourd’hui partie du Patrimoine Mondial de l’Unesco. » (présentation de l’éditeur).

Yentl Perlmann revient pour la première fois en Pologne depuis qu’elle a fui le pays. Née en 1935 à Varsovie… elle y revient à l’occasion de l’anniversaire des 74 ans du soulèvement du ghetto de Varsovie.

Pour moi, c’est inimaginable de revenir ici, à Varsovie, vivante.

A la sortie de l’aéroport, elle demande à revenir sur certains lieux avant de rejoindre son hôtel en plein cœur de la ville. Un moment chargé d’émotion. Le lendemain, elle intervient dans une classe pour témoigner des conditions de vie dans le ghetto de Varsovie pendant la Seconde guerre mondiale.


Mélangeant passé et présent, faits historiques et éléments fictifs, le scénario fait mouche très rapidement. Si le personnage principal (Yentl Perlmann) nous invite à nous immiscer dans l’Histoire, elle s’efface très vite une fois qu’on est entré dans le ghetto. Elle laisse la place à Emanuel Ringelblum (qui fera quelques apparitions), à sa femme, au jeune Jonasz… à ces juifs polonais qui ont eu le courage d’œuvrer dans l’ombre, pour libérer la parole, pour faire en sorte que les choses changent, que le carcan dans lequel ils sont enfermés vole en éclats. A tour de rôle, les personnages vont prendre la parole, donnant sa richesse à ce scénario patchwork. Entre peur et espoir, des années à vivre la boule au ventre dans le ghetto. Une action clandestine pour réunir les écrits de juifs polonais, dire l’insupportable. Didier Zuili leur rend hommage.

Le dessin, c’est autre chose. Flamme de vie, flamme de mort se heurtent en permanence. Les tons sont ternes, les visages marqués, leur teint est blafard, les cheveux hirsutes et des haillons en guise de vêtements. La guerre qui les emmure dans leur propre maison. Des quartiers devenus des antichambres de la mort. Famine, peur, maladie… se terrer pour survivre. Espérer survivre.

Un album pour ne pas oublier. Parce que dire permet aussi d’apaiser les traumatismes. Magnifique témoignage des victimes de la Shoah.

La chronique de Béatrice.

Extraits :

« L’histoire ne peut pas être écrite par des faussaires. Nos écrits sont des balles. Un jour, ces balles atteindront nos bourreaux. Notre résistance de papier traversera l’histoire et nous rendra justice » (Varsovie Varsovie).

« A quoi bon tuer l’espoir ? C’était une denrée si précieuse. La seule dans doute qui leur permettait de continuer à vivre » (Varsovie Varsovie).

Varsovie Varsovie

One shot
Editeur : Marabout
Collection : Marabulles
Dessinateur / Scénariste : Didier ZUILI
Dépôt légal : mars 2017
124 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-501-11471-4

Bulles bulles bulles…

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Varsovie Varsovie – Zuili © Marabout – 2017

Homicide – Une année dans les rues de Baltimore, tome 2 (Squarzoni)

Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2017
Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2017

Huit mois après le premier tome de la série, nous retrouvons les inspecteurs de la Brigade des homicides de Baltimore. Des enquêtes dont nous avions vu les prémices dans le tome précédent sont toujours non élucidées. Pourtant, la vie la brigade continue et dans les rues de Baltimore, il y a toujours autant de malfrats, de délinquants, de flics véreux, d’assassins. La lutte contre la criminalité est permanente.

En ce 4 février 1988, c’est le corps d’une enfant qui est retrouvé dans une arrière-cour de la ville. Le quartier est bien connu des inspecteurs ; c’est celui où l’on trouve la plus forte concentration de petites frappes au mètre carré.

Sa disparition a été signalée par ses parents le 2 février, deux jours plus tôt.

Latonya Kim Wallace est morte étranglée après avoir été violée. Elle avait 11 ans.

Le premier inspecteur à être sur place est Tom Pellegrini. L’enquête va donc lui être attribuée, charge à lui de diriger correctement les équipes, d’analyser correctement toutes les pièces du dossier, de lister les suspects…

Des mois plus tard, Pellegrini se rappellera avec frustration ce matin sur Reservoir Hill. Il souhaitera avoir pris quelques minutes de plus pour parcourir les arrière-cours.

Il y a quelque chose qui touche à l’horreur dans cette enquête. Parce qu’il s’agit d’une enfant, parce que son corps a été déposé comme un objet usagé, dont on n’a plus besoin, dans une ruelle peu fréquentée. Parce que les langues se taisent aussi. La police est perçue comme la petite vérole, les rapports entre la population de ce quartier chaud de Baltimore et les forces de l’ordre sont si dégradées que même dans le cas du meurtre d’une gamine, la méfiance reste forte.

Est-ce le fait que Philippe Squarzoni se concentre cette fois sur une seule affaire ou est-ce le ton qui a changé ? Je ne saurais le dire mais j’ai eu l’impression d’être face à un album plus mature que le précédent tome. La série a peut-être trouvé son crédo, la juste distance entre narration et mise en image… quoi qu’il en soit, et à partir du moment où la lecture était entamée, je n’ai pas une seule fois ressenti l’envie de faire une pause dans ma lecture. Rien de violent dans les illustrations, pas même de métaphores comme Philippe Squarzoni sait si bien faire pour appuyer là où ça fait mal… sobriété à tous les étages mais un reportage d’une profondeur !

La majeure partie du scénario est très factuelle mais il y a une réelle réflexion de fond sur les valeurs de la profession (pour certains c’est une vocation, pour d’autres un héritage familial…). L’enquête est très détaillée : inspection de la zone où le corps a été retrouvé, travail du laboratoire scientifique, collaboration avec les autres services, gardes à vue et techniques d’interrogatoires…

PictoOKLa série est installée et bien installée. Un choix minimaliste de couleurs pour ces planches. Vraiment un très bon documentaire.

Extrait :

« Sur le papier, les prérogatives d’un inspecteur de la brigade des homicides de Baltimore sont peu nombreuses. Contrairement à ses homologues des autres villes américaines, il n’a pas un rang plus élevé, ni un meilleur salaire. Les directives générales des services de police ne prennent pas en compte les conditions de travail particulières de la brigade des homicides. Et n’établissent guère de différence entre les flics en uniforme et les détectives. Seule exception cruciale : sur sa scène de crime, l’inspecteur est le maître. A partir du moment où un corps gît sur le bitume de Baltimore, aucune autorité ne dépasse celle du premier inspecteur sur place. Personne ne peut lui dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Commissaires, divisionnaires, colonels, majors… tous sont sous l’autorité du détective, dès qu’ils franchissent les limites de la scène de crime » (Homicide – Une année dans les rues de Baltimore, volume 2).

Homicide – Une année dans les rues de Baltimore

– 4 février – 10 février 1988 –
Série en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Encrages
Dessinateur / Scénariste : Philippe SQUARZONI
Dépôt légal : février 2017
134 pages, 16,50 euros, ISBN : 978-2-7560-4240-4

Bulles bulles bulles…

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Homicide – Une année dans les rues de Baltimore, volume 2 – Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2017

Père et Fils (Ulf K. & Lizano)

Père et fils – Ulf K. – Lizano © La Gouttière – 2017
Père et fils – Lizano – Ulf K. © La Gouttière – 2017

« Une promenade au parc. Une partie de pêche. Un jeu de société. Avec un brin de magie et de complicité, il suffit d’un rien pour transformer le quotidien d’un père et son fils !
« Père et Fils », une bande dessinée muette, entre humour et tendresse, dans laquelle on suit les jeux et les instants de vie d’un père et son fils. Chaque planche propose une aventure, une saynète qui donne le sourire ! Cet ouvrage est un hommage au travail de Erich Ohser, qui a créé la série jeunesse allemande « Vater und Sohn » dans les années 30, une façon de revisiter cette série en l’ancrant dans notre monde contemporain. » (présentation de l’univers sur le site de l’éditeur).

Un album jeunesse dans lequel on est entré à pas feutrés. Sur la première de couverture, un dessin rond, net, mettant en avant des personnages joviaux, visiblement complices. Un père et son fils pris dans leur histoire imaginaire. Des rêveurs lunaires qui sont capable de faire abstraction du monde qui les entoure.

Les couleurs sont peu engageantes et cette couverture, je la trouve même assez austère. Il y a quelque chose de moderne dans le dessin de Ulf K. mais le cachet bleu-blanc-rouge-noir dénote. A l’intérieur de l’album, l’ambiance graphique me parle aussi peu. Le bleu nuit a disparu, laissant toute la place à une atmosphère piquante, tonique… peut-être un peu trop. Les saynètes racontent des petites tranches de vie dont on peut facilement en comprendre la morale.

Marc Lizano extrait la substance de ces instants qui font souvent écho avec notre propre expérience. Au scénario de cet album, Marc Lizano revisite l’univers créé par son compatriote Erich Ohser il y a près de 80 ans. Marc Lizano met les historiettes au gout du jour en y intégrant notamment télévision et console de jeux. Il montre de manière amusée les contradictions d’un père qui élève seul son fils. Les rôles sont inversés ou du moins, pas distribués de façon très tranchée. L’enfant se montre souvent plus mature et réfléchi que son père. Ce dernier, un brin colérique, mauvais perdant et un tantinet de mauvaise foi, nous touche tant il est spontané. L’homme laisse libre court à toute une part d’enfance qui est encore très vivace. Une figure parentale qui toutefois donne un cadre éducatif à son garçon, lui transmet ses valeurs et une certaine conception de la vie sans l’empêcher de faire ses propres expériences.

Un univers plein de tendresse qui fait la part belle à l’amour réciproque d’un père et de son fils. Un humour absurde, dommage que certains gags soient tout de même un peu hermétiques. Un petit côté poétique se dégage de ces scènes. Agréable moment de lecture. Je reste un peu sur ma faim mais mes petits lecteurs ont réellement savouré cet album.

La chronique de Sabine.

Père et Fils

– Vater und Sohn – Les Saisons –
One Shot
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Ulf K.
Scénariste : Marc LIZANO
Dépôt légal : février 2017
64 pages, 13,70 euros, ISBN : 979-10-92111-48-4

Bulles bulles bulles…

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Père et Fils – Lizano – Ulf K. © La Gouttière – 2017

Ecumes (Chabbert & Maurel)

Chabbert – Maurel © Steinkis – 2017
Chabbert – Maurel © Steinkis – 2017

Une grossesse qui se fait désirer jusqu’à ce jour magique où, appelant pour connaître les résultats de ses derniers examens, elle apprend qu’elle est enceinte ! Elle ne tient pas encore son enfant dans ses bras mais déjà, la promesse d’une vie à trois la réchauffe.

Restant prudente, elle hésite cependant à trop anticiper la naissance ; acheter une salopette pour ce petit bonhomme à naître ne va pas de soi pour elle. Puis, la joie provoquée par la nouvelle de la grossesse laisse rapidement la place à de l’inquiétude. Des pertes abondantes de sang l’amène à se rendre régulièrement à l’hôpital, à y rester parfois quelques jours en observation. Jusqu’à cette hospitalisation plus longue durant laquelle elle fait une fausse couche.

Malgré la présence et l’amour que lui porte sa compagne, elles peinent toutes les deux à retrouver le goût de vivre.

Loin, bien loin des ouvrages jeunesse qu’elle écrit habituellement, Ingrid Chabbert livre ici un récit de vie très personnel. Une épreuve que la vie lui a imposée, qui l’a clouée à terre et dont elle a su se relever. La mettre en mots est certainement une catharsis. Les illustrations de Carole Maurel se posent comme une caresse sur ce témoignage douloureux.

Parfois, on se noie dans une mer à boire. Aussi rouge qu’un cœur qui cesse de battre. On regarde vers la surface, à la croisée de chemins sous-marins : remonter ou se laisse aller

Après quelques pages, les couleurs de l’album virent doucement au rose, puis au rouge. Pourtant, ce n’est que le prologue. Les prémices du récit nous emmènent dans le monde onirique de la scénariste, un cauchemar qui revient en boucle, douloureux présage. La couleur en métaphore, pour permettre au lecteur de toucher du doigt tous les non-dits contenus dans ces visions nocturnes, toute la peur que le personnage ne peut mettre en mots. Il est trop tôt pour qu’on en mesure la portée pour l’heure, on s’appuie sur la métaphore induite par la présence de ce rouge.

Puis, vient le drame et le long processus de deuil qui débute. Carole Maurel – dont l’autre actualité est la sortie de « Collaboration horizontale » – nous régale dans cet album. En toute simplicité, ses dessins illustrent des scènes de la vie quotidienne, sans fioritures. Elle exprime pourtant beaucoup de choses en utilisant les couleurs comme elle l’a fait. De fait, le récit peut être laconique, il ose aller à l’essentiel car il peut s’appuyer sur l’ambiance graphique. Ce sont les couleurs de Carole Maurel qui nous décrivent les émotions. Joie, plénitude, inquiétude, tristesse, mélancolie et cette petite flamme qui parvient à se rallumer timidement. Le scénario se soutien des illustrations, il puise sa force dans le dessin.

PictoOKUn livre qui se vit plus qu’il ne se dit. Un récit sensible et touchant.

Les chroniques de Moka et de Noukette.

Ecumes

One Shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur : Carole MAUREL
Scénariste : Ingrid CHABBERT
Dépôt légal : février 2017
88 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36846-003-0

Bulles bulles bulles…

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Ecumes – Chabbert – Maurel © Steinkis – 2017

Chronosquad, tomes 1 et 2 (Albertini & Panaccione)

tome 1 – Albertini – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2016
tome 1 – Albertini – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2016
tome 2 – Albertini – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2017
tome 2 – Albertini – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2017

Un appel du Professeur Korais en pleine nuit l’informe que sa candidature est retenue et qu’il est attendu le plus tôt possible au bureau des Chronosquad. Les Chronosquad sont une équipe d’agents – flics – surentraînés et dont la mission consiste à intervenir auprès des chronotouristes délictueux.

Lui, c’est Télonius Bloch… spécialiste du Moyen-Age… voire de l’Antiquité même si ce n’est pas son domaine. En tout et pour tout, il a suivi la formation des agents Chronosquad mais n’a pas eu réellement d’occasion de pratiquer depuis et les résultats de la formation n’étaient pas terribles. Les Chronosquad « sont des agents régulateurs des voyages temporels et des couacs qui peuvent en découler, car la pratique s’est popularisée. Pour 10999 euros à peine, vous pouvez désormais partir 30 jours en Egypte antique en formule tout inclus (ce qui correspond à 1 jour et 1 heure en 2016, quoi que cela varie selon le lieu et l’époque de la destination) » (extrait présentation Delcourt).

Voilà donc Télonius positionné sur une mission qui va l’emmener en Egypte antique. Au compteur temporel, « il est 10h25 et nous sommes le 27 juin 2574 avant J.C. ». Aux côtés de deux Chronosquad aguerris, Mümin Beylogu et Liz Penn, Télonius tente d’apporter ses connaissances pour démêler ce sac de nœuds et retrouver les deux adolescents.

Drôle de temps… drôle de rapport au temps. Etrange société qui s’octroie tous les droits, y compris celui de se payer le luxe de chambouler des périodes historiques jusque-là préservées. Sous les affiches racoleuses des agences de voyages temporels, des prix faramineux concurrencent à peine l’effet qu’induit un slogan tout aussi aguicheur, réelle promesse de faire un pied de nez… au temps.

Chronosquad, tome 1 - Albertini - Panaccione © Guy Delcourt Productions - 2016
Chronosquad, tome 1 – Albertini – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2016

Pour son baptême dans le monde de la bande dessinée, Giorgio Albertini dépoussière le fantasme du voyage temporel. Les ingrédients sont bien dosés : dans une société prise dans son rythme infernal (métro-boulot-dodo), quoi de plus naturel que de vouloir rentabiliser au maximum ses périodes de vacances. Imaginez votre réaction si on vous annonçait qu’un seul jour de congé posé dans votre présent vous permet d’accéder [dans un autre espace-temps] de 30 jours de vacances ! Le petit « hic » est… le tarif de la prestation.

Giorgio Albertini enfonce le clou et exploite tous les travers de l’humanité : consumérisme, course aux profits, transgressions des règles, magouilles et corruption, réseaux parallèles et/ou clandestins. Sans compter les médias qui font leurs choux gras du moindre fait divers… Les Chronosquad – flics spécialisés qui interviennent pour épingler les chronotouristes qui ne respectent pas les règles des voyages temporels – nous sont vite assez sympathiques. Le scénariste s’appuie sur un trio de personnages aux caractères bien campés : la belle Liz Penn, compétente, perfectionniste, intransigeante avec elle-même comme avec les autres. A ses côtés, le solide Beylogu est un homme qui a le cœur sur la main et qui risquerait sa vie pour protéger ses coéquipiers que l’impressionnante stature et les kilos de muscles. Celui qui fait tache est donc Bloch… gringalet, courageux mais pas téméraire, incompétent et inexpérimenté, brouillon aussi bien dans sa manière de se déplacer que dans ses gestes ou la manière de gérer ses émotions… Il a la fraicheur et la spontanéité d’un gamin de six ans mais il dispose d’un sens de l’observation redoutable. Et ce sont finalement ces deux derniers traits de personnalité qui vont légitimer sa place dans le trio. Le regard décalé qu’il porte sur son environnement donne aux enquêtes une direction inattendue ! La mayonnaise prend vite entre ces trois-là et c’est ce qui donne le « la » au scénario : son ambiance et son tempo. Entre les incartades romantiques et naïves de notre apprenti flic et les deux Chronosquad expérimentés qui relativisent, la complicité et le respect s’installent vite, laissant toute la place à des échanges bourrés d’humour, de taquineries et la possibilité à l’enquête policière d’avancer.

Grégory Panaccione illustre avec malice des situations souvent cocasses. Il épaule parfaitement le scénariste grâce à son talent et la facilité qu’il a de dessiner n’importe quelle situation. La preuve en est puisque l’illustrateur a réaliser plusieurs albums muets. Avec le génialissime « Un Océan d’amour » (réalisé avec Wilfrid Lupano), il nous avait fait traverser la moitié du globe. Mais avant, il avait réalisé seul « Toby mon ami » ou « Match« , un album muet que je n’ai pas lu mais dont j’ai vu quelques séquences plutôt savoureuses (on pourra d’ailleurs trouver un air de famille entre l’un des personnages de ce match de tennis et Télonius [l’apprenti Chronosquad] si ce n’est que Télonius a la silhouette d’une feuille de cigarette tandis que la bedaine du joueur de tennis n’a rien à envier à celle de Gérard Depardieu).

Avec « Chronosquad« , l’illustrateur agrandit son terrain de jeu, le pousse jusqu’aux quatre coins du globe et l’étale de la Préhistoire à nos jours ! Au dessin, Grégory Panaccione est à l’aise et ça se ressent. Qu’il y ait du texte ou qu’il n’y en ait pas, il s’amuse avec l’espace de la planche, le séquence, joue des angles de vue… plongée, contre-plongée, gros plan… son récit graphique est fluide. Prenant.

Ce coup de crayon agile nous régale de tronches très expressives, tantôt déconfites tantôt hyper joviales (et toute la palette d’expression qu’il y a entre ces deux extrêmes). On savoure aussi bien les nombreux passages muets que les passages dialogués. Les planches font la part belle à des scènes pétillantes où le comique de situation, de gestes, de mots… embarque le propos dans son mouvement. Puis Panaccione change de couleurs, indiquant que l’heure est venue d’être plus sérieux. Le dessinateur guide son lecteur dans les émotions et les ambiances, on est à l’affût du moindre rebondissement, du moindre indice…

PictoOKOui… j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ces deux tomes. L’enquête assez simple en apparence se complexifie à mesure qu’on avance dans la lecture. Du simple avis de recherche de deux ados en fugue on se dirige progressivement vers une enquête plus complexe aux ramifications multiples. En parallèle, le personnage principal se révèle et quitte lentement sa coquille d’adulescent.

Le troisième tome de la tétralogie devrait arriver en mai 2017. Vivement !

Chronosquad

Tome 1 : Lune de miel à l’âge du bronze
Tome 2 : Destination révolution, dernier appel
Série en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Neopolis
Dessinateur : Grégory PANACCIONE
Scénariste : Giorgio ALBERTINI
Dépôt légal tome 1 : octobre 2016
240 pages, 25,50 euros, ISBN : 978-2-7560-7413-9 –
Dépôt légal tome 2 : janvier 2017
218 pages, 25,50 euros, ISBN : 978-2-7560-7414-6 –

Bulles bulles bulles…

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Chronosquad, tomes 1 et 2 – Albertini – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2016 et 2017