California Dreamin’ (Bagieu)

Bagieu © Galimmard – 2015
Bagieu © Gallimard – 2015

« Ellen Cohen rêve de devenir chanteuse. Sa voix est incroyable, sa personnalité aussi excentrique qu’attachante, son besoin d’amour inextinguible.

À l’aube des années 1960, elle quitte Baltimore pour échapper à son avenir de vendeuse de pastrami et tenter sa chance à New York.

Le portrait drôle et touchant d’une chanteuse hors normes » (synopsis éditeur).

Je serai la grosse la plus célèbre du monde

Ellen Cohen, plus connue sous le nom de « Mama » Cass Elliot était l’un des membres du groupe The Mamas & the Papas. Elle est morte en 1974 à l’âge de 33 ans. Cet ouvrage retrace sa vie, de sa plus tendre enfance jusqu’à la sortie de « California Dreamin’ », la chanson qui les a fait connaitre… leur plus grand succès.

Le périple artistique de Mama Cass commence au début des années 1960 lorsqu’elle quitte sa ville natale (Baltimore) pour rejoindre New York. Elle n’a alors qu’un rêve en tête : devenir une chanteuse célèbre. Avec son groupe de l’époque, elle fait la tournée des clubs new-yorkais. Ils parviennent à signer un label vers 1962 et enregistrent leur premier album. Mais c’est en 1963 qu’elle fait la connaissance de Denny Doherty ; cette rencontre influence la suite de sa carrière.

California Dreamin’ – Bagieu © Galimmard – 2015
California Dreamin’ – Bagieu © Gallimard – 2015

Pénélope Bagieu quitte donc (définitivement ?) le genre « girly » pour s’intéresser à un autre registre de publication. En réalisant la biographie d’Ellen Cohen, elle opte pour un choix narratif des plus pertinents. Découpé en plusieurs chapitres, l’ouvrage propose à chaque scission (du récit) un narrateur différent. Cela laisse ainsi aux lecteurs la possibilité de découvrir le personnage par le biais de plusieurs regards. Celui de sa sœur cadette pour commencer, puis de son amie de lycée, de sa prof de musique, de son père, de son premier associé (Tim, membre du premier groupe de Mama Cass), de Denny Doherty (qu’elle a rejoint pour former les Mamas & The Papas)… Tous montrent une femme généreuse, plantureuse, excentrique, tenace et dotée d’un fort tempérament mais surtout d’un talent impressionnant. Une voix (à écouter : Dream a little dream of me). On voit – et le style est romancé – Mama Cass se battre pour réaliser son rêve de fillette mais surtout, se heurter et se battre contre les préjugés. En effet, elle fait face à sa manière aux regards incrédules et écarte – à sa façon – les désidératas de médias réticents à mettre sur le devant de la scène une personne obèse.

Cette fille est super. D’ailleurs, sur scène, les gens ne veulent qu’elle. Et chaque spectateur a l’impression que Cass chante pour lui, et lui seulement.

L’album plonge dans l’état d’esprit « Peace & Love » de la société américaine des années 1960. Vivre en communauté se fait quasi naturellement et dans ce microcosme artistique (celui de Mama Cass), la consommation excessive d’alcool et de drogue vient épicer l’ambiance des soirées festives. La personnalité de Mama Cass et ses ambitions démesurées viennent donner au récit un rythme alerte.

Durant la lecture, on ressent à chaque instant l’admiration et la tendresse que l’auteur voue à son personnage. Loin de venir occulter le propos, ces deux sentiments viennent aider la narration à trouver son tempo. Et bien que l’identité du narrateur change à chaque chapitre, le scénario bénéficie d’une réelle harmonie ; il trouve son credo sans heurts et sans secousses et permet une lecture fluide. Quelques références artistiques sont faites à des groupes des Sixties (Les Beatles, Scott McKenzie, Les Beach Boys…), ce qui renforce la sensation d’être plongé dans un univers chaleureux et familier.

Les illustrations de Pénélope Bagieu sont sans fioritures. Les émotions du personnage principal sont parfaitement portées par l’ambiance graphique. Le trait faussement maladroit est en apparence assez naïf. Il offre finalement un rendu intéressant et porte naturellement les émotions d’un personnage principal entier et – contrairement aux apparences – foncièrement fragile. Les dessins sont réalisés tantôt au crayon de papier tantôt au feutre. Dans tous les cas, on en apprécie l’expressivité… en accord avec la personnalité un peu excentrique de Mama Cass. Parfois, le feutre vient appuyer le contour d’une forme, un sourire, une mèche de cheveu et – comme je le disais plus haut – nous permet de profiter constamment de cette spontanéité et de cette bonne humeur qui se dégage du personnage.

PictoOKCet album est une agréable découverte, je dois bien le reconnaître.

Avant lecture, j’étais à la fois intriguée et dubitative. Cela est lié à la perception que je peux avoir du travail de Pénélope Bagieu (qui s’attarde habituellement sur des sujets et des préoccupations dont je n’ai que faire…). C’est avec quelques réticences que j’ai ouvert cet ouvrage dans lequel je me suis plongée très facilement. J’espère maintenant avoir trouvé les mots pour vous donner envie de le découvrir à votre tour. A lire avec, en bruit de fond, les chansons du groupe… c’est encore meilleur.

Un petit tour en musique avec California Dreamin’ (1965) et/ou avec Monday Monday.

Les cinq premières pages à feuilleter sur le site de Gallimard.

A lire : les chroniques de Jean-Christophe Ogier (pour France Info), Nicolas Domenech (pour Planete BD).

California Dreamin’

One shot

Editeur : Gallimard

Dessinateur / Scénariste : Pénélope BAGIEU

Dépôt légal : septembre 2015

ISBN : 978-2-07-065758-2

Bulles bulles bulles…

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California Dreamin’ – Bagieu © Gallimard – 2015