Les Cent nuits de Héro (Greenberg)

Greenberg © Casterman – 2017

Au cours d’une soirée, un bourgeois opulent vaniteux vante les mérites et les qualités de son épouse. Il la voit comme une femme vertueuse, loyale et fidèle. Il fait le pari insensé qu’aucun homme ne parviendra à la faire sortir du droit chemin. Son meilleur ami, avec qui il converse, est lui aussi quelqu’un de très fier. Homme à femmes, il provoque le mari et cherche à lui fait entendre la naïveté de ses propos. Piqué au vif, ce dernier le met au défi : « Je vais m’absenter et tu vas essayer de la séduire. (…) Je te donne 100 nuits. Mais je te garantis qu’elle sera fidèle ».
Héro, la servante de l’épouse, a entendu toute la conversation et en fait part à Cherry – la femme du riche marchand. Toutes deux tentent d’élaborer une stratégie pour que Cherry échappe aux griffes de ce mâle prétentieux. Le soir même, lorsque celui-ci se présente à la porte de la chambre de Cherry et s’installe dans son lit, Cherry lui demande une faveur ; elle souhaite entendre pour la dernière fois une des histoires que sa servante raconte si bien. A la fin de la première nuit, l’histoire n’est pas terminée. L’homme demande à pouvoir entendre la fin du récit avant de passer à l’acte auprès de la femme de son ami, quitte à la prendre de force si elle s’oppose.
Et c’est ainsi que, de nuit en nuit, Héro vient se glisser sous les draps de son amie pour raconter ses histoires, contes modernes et légendes urbaines, et tente ainsi de repousser le moment fatidique.

Parce qu’il y eut, auparavant, un album dépaysant « L’Encyclopédie des débuts de la Terre » d’Isabel Greenberg. Parce que j’en garde un bon souvenir et que l’idée de retrouver cette auteure m’a séduit.

Le prologue rappelle étrangement son album précédent : quelque part dans l’immensité de la galaxie vit un dieu tout puissant : l’Homme-Aigle. Ce dieu a deux enfants d’apparence humaine mais dotés d’un bec. Ces deux enfants se nomment Gamin et Gamine. Un jour, pour s’amuser, Gamine créa la Terre et les humains. Ils étaient heureux, vivaient d’amour et d’eau fraîche, procréaient. Gamine s’en amusait. Quand son père découvrit cela, il décida de s’occuper de la Terre et d’interférer dans ce qui s’y passe. Mais ni lui ni Gamine n’avaient anticipé les facultés étonnantes de l’Homme à s’adapter et son imprévisibilité. Parmi les nombreuses surprises que l’espèce humaine réservent aux dieux, il y a ce sentiment étonnant et capricieux qu’est l’amour ; face à lui, les théories de l’Homme-Aigle volent en éclats.

Nous voilà à fouler de nouveau le sol de « La Terre des débuts », monde moyenâgeux imaginaire, société patriarcale où l’homme semble vivre en harmonie avec la nature. Les superstitions vont bon train et la religion – le culte voué à l’Homme-Aigle – régit les lois sociales qui sont édictées. Dans ce monde traditionaliste, la place de la femme est cantonnée à un rôle bassement domestique et, dans les milieux les plus modeste, elle doit travailler pour assurer la subsistance de son foyer. La femme n’a pas le droit d’apprendre à écrire, encore moins à lire. L’accès aux livres est strictement règlement et réservé à de rares privilégiés.

Isabel Greenberg ne cache pas son penchant pour les contes et légendes ancestraux. Dans ce monde qu’elle invente – la Terre des Débuts – on ne peut manquer de remarquer les similitudes des croyances qu’elle invoque avec de vieilles superstitions ancestrales piochées dans différentes cultures primitives. Les peuples de la Terre des débuts ne maîtrisent pas la technologie, très peu d’entre eux possèdent l’écriture. Les traditions sont donc dépendantes d’une transmission orale. Les superstitions sont nombreuses. Pourtant, çà et là, l’auteure injecte des personnages qui tentent d’ébranler l’ordre établi. Des femmes ont ainsi l’ambition de sortir de l’avilissement dans lequel elles sont enfermées. Elles ont cette finesse d’esprit et cette prudence de ne pas faire les choses de manière frontale. Elles s’unissent, se serrent les coudes, espérant ainsi éveiller des consciences.

Sans en faire une critique acerbe, Isabel Greenberg questionne également l’impact des dogmes religieux, lorsqu’ils sont imposés de façon autoritaire et que la doctrine ne souffre aucune remise en question, aucune critique. Il y a des similitudes explicites avec les actes religieux pratiqués à la période de l’Inquisition. Ceux qui fautent, les femmes qui sont prises sur le fait alors qu’elles étaient en train de lire sont soumises à la sanction divine. Pour elles, il n’y a pas d’autres alternatives que la mort.

On est également sensible à la référence forte faites aux « Contes des Mille et une nuits », à cette femme qui recule chaque nuit l’instant fatidique. C’est joliment mené et le dessin faussement naïf vient donner un côté intemporel à cet univers. Pour rehausser le tout, le quotidien de ces deux femmes éprises l’une de l’autre, l’auteur insuffle dans le scénario un rythme étonnant. Les propos tenus par les protagonistes sont à la fois formulés dans un langage tout en retenue, légèrement précieux, jusqu’à ce que surgissent des termes de notre « monde » actuel et pioché dans un parlé plus vulgaire, plus instinctif, plus franc et qui donne une touche détonante.

Le talent de conteuse d’Isabel Greenberg ne fait aucun doute. En utilisant Héro, son héroïne charismatique, elle permet au lecteur de s’échapper dans un monde imaginaire des plus agréables.

Les Cent nuits de Héro

One shot
Editeur : Casterman
Dessinateur / Scénariste : Isabel GREENBERG
Dépôt légal : février 2017
222 pages, 29 euros, ISBN : 978-2-203-12195-9

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les Cent nuits de Héro – Greenberg © Casterman – 2017

C’était ma « BD de la semaine » et je vous invite à découvrir les bulles pétillantes dénichées par les bédéphiles :

Sabine :                                      Enna :                                      Nathalie :

tome 1 / tome 2 / tome 3 / tome 4

Blandine :                                 LaSardine :                                  Mylène :

  Amandine :                                Saxaoul :                                      Fanny :

Sylire :                                       Gambadou :                            Laeti :

Karine:) :                                Stephie :                                    Jérôme :

Jacques :                                  Noukette :                                 Bouma :

Sita :

.

Stupor mundi (Néjib)

Néjib © Gallimard - 2016
Néjib © Gallimard – 2016

Ils ont fait une longue traversée pour atteindre la région des Pouilles et atteindre ce château du sud de l’Italie.

Ce castel, chers amis, est unique dans toute la chrétienté. Créé et conçu par la Stupeur du Monde, il est dédié aux esprits les plus éminents de notre temps. C’est un refuge contre la bêtise et l’ignorance.

Ces voyageurs sont au nombre de trois : un père, sa fille et leur serviteur. Le père est un éminent scientifique d’Orient. Il se nomme Hannibal, il a dû fuir son pays car une fatwa y avait été prononcée contre les « savants impies ». Son nom n’avait pas été nommé mais il était directement concerné. Houdê, sa fille, l’accompagne. Pour une raison qu’elle ignore, elle a perdu l’usage de ses jambes et la mémoire des jours qui ont précédé leur fuite. Pourtant la jeune fille est reconnue pour ses capacités mnésiques hors-normes. C’est dans ce lieu où se côtoient d’éminents scientifiques que Houdê rencontre Sigismond ; il mettra tout en œuvre pour l’aider à retrouver la mémoire des faits et comprendre la cause de la mort de sa mère et la raison pour laquelle ses jambes refusent de la porter. La jeune fille fera également la connaissance de Roger, un garçon de son âge avec qui elle va lier une solide amitié.

Ce château italien est la propriété de Frédéric II, monarque, que ses contemporains surnommaient « La Stupeur du Monde ». Roi érudit, il prend sous son aile des savants et des artistes afin de leur permettre de se consacrer pleinement à leurs recherches. L’arrivée de Maître Hannibal en ce lieu est loin de réjouir ces élites. Il inspire de la crainte et va devoir batailler ferme pour mener ses recherches à bien.

Trop tôt pour se tourmenter ? Pourtant, si ce que l’on dit de lui est vrai, c’est le diable en personne qui pénètre en ces murs.

Néjib propose un scénario assez prenant qui nous fait partir dans deux grandes directions et ce sont les deux personnages principaux – le père et la fille – qui donnent le ton. Le premier regarde vers l’avenir, obnubilé par ses ambitions et l’enjeu de son engagement. En acceptant que le roi finance ses recherches, il se confronte à toute l’ambiguïté de sa démarche : il sait que sitôt révélée, son invention échappera à son contrôle mais il ne peut se résoudre à abandonner ses recherches. Sa fille quant à elle cherche à recoller les morceaux de sa mémoire. La jeune génération regarde vers le passé tandis que son père scrute l’avenir et les conséquences probables de ce qu’il s’apprête à prouver. Un postulat fou parcourt cette histoire : et si la photographie avait été inventée au Moyen-Age ?

Cette petite communauté que Néjib nous raconte est composée de figures historiques et de personnages fictifs. De même, l’auteur mélange faits réels et fiction. Et la mayonnaise prend très vite, on découvre les lieux en même temps que les personnages principaux et on tarde peu à faire la connaissance de ces savants et artistes qui vivent sur place ; ingénieur, peintre, mathématicien, alchimiste, astrologue… il y a là une certaine effervescence propice aux savoirs. Cet huis-clos et l’intrigue qui se développe ne manquent pas de nous faire penser au « Nom de la Rose » mais si la référence à Umberto Eco est réelle, le scénario de Néjib nous propose un récit tout à fait neuf et original. On s’arrête juste ce qu’il faut pour comprendre la personnalité de chacun et cerner les leitmotivs des protagonistes.

Graphiquement, on alterne là aussi dans différents tons et différentes ambiances. Les scènes intérieures sont assez dépouillées, traitant parfois les personnages avec une certaine économie du trait. Néjib effleure chaque silhouette, chaque accessoire, comme si tout était électrique et que la mine de son crayon allait provoquer une étincelle ravageuse. Les scènes d’extérieur en revanche fourmillent de vie, de couleurs, de lumière. Une alternance agréable.

L’album déplie donc deux quêtes distinctes mais totalement imbriquées et si la fille connaît tout des impasses et des avancées de son père, ce dernier en revanche est trop pris par son travail pour comprendre ce que sa fille est en train de mettre en œuvre.

Amorcer une réflexion sur le savoir et sur la religion. Montrer les tensions et les points d’achoppements de ces deux « logiques », pointer les rares compromis. Reconnaître l’ouverture d’esprit d’un souverain qui dénote à cette époque. Permettre de ressentir l’excitation d’un homme lorsqu’il touche au but, qu’il sent son invention prête à voir le jour. Magnifique conte que je vous invite à lire.

La chronique de Noukette, d’Amandine et de Pauline Ducret.

Une lecture commune que je partage avec Joëlle dont vous trouverez la chronique ici.

Du côté des challenges : Tour du monde en 8 ans : Tunisie

Stupor Mundi

One shot
Editeur : Gallimard
Dessinateur / Scénariste : NEJIB
Dépôt légal : avril 2016
284 pages, 26 euros, ISBN : 978-2-07-066843-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Stupor mundi – Néjib © Gallimard – 2016

Ipak Yoli, Route de Soi(e) (Mandragore)

Mandragore © Editions L’Œuf – 2016
Mandragore © Editions L’Œuf – 2016

Dans les voyages, des fois, on laisse des petits morceaux de soi sur la route

L’idée de ce voyage est venue lors d’un séjour à l’hôpital.

En 2007, suite à un A.V.C. provoqué par une tumeur, Mandragore subit une intervention chirurgicale. L’opération est délicate et les risques sont importants. Sur la table d’opération, juste avant de s’endormir, elle se fait la promesse – si elle s’en sort – de réaliser un vieux rêve : parcourir la route de la soie et découvrir ces ailleurs qui l’ont faite rêvé à maintes reprises mais qu’elle n’a contemplé que par l’intermédiaire des livres ou de reportages télévisés.

La convalescence est longue et Mandragore la met à profit pour monter son projet. Acheter un véhicule pour faire ce voyage, trouver des fonds, définir l’itinéraire…

Pendant un semestre, Mandragore et son compagnon vont traverser un paysage pluriel. Un trajet de près de 7000 kilomètres, reliant Rennes à Tachkent (Ouzbékistan). Un voyage pour se reconstruire après la lourde intervention chirurgicale, un voyage jalonné par de nombreuses étapes prévues ou impromptues. Un voyage pour découvrir et mettre des mots, des sons, des odeurs sur des paysages maintes fois fantasmés. Equipée de sa harpe celtique, Mandragore part à la rencontre de musiciens.

Budapest, Sofia, Istanbul, Tabriz, Achgabat… sont quelques une des villes qui ont été traversées lors de ce périple. Un voyage pensé dans un premier temps pour se ressourcer mais également motivé par une envie de consigner, à l’aide du matériel d’enregistrement embarqué dans le camion, des instruments et des voix… Garder une trace de ces cultures et traditions du Moyen-Orient et d’une partie de l’Asie Centrale.

Ipak Yoli, Route de Soi(e) – Mandragore © Editions L’Œuf – 2016
Ipak Yoli, Route de Soi(e) – Mandragore © Editions L’Œuf – 2016

Sitôt ouvert, le voyage démarre. Le lecteur n’a aucun effort à faire pour répondre à l’invitation lancée. Au pinceau et feutre noir en main, Mandragore propose des planches sur lesquelles l’œil navigue à sa guise. Laissant tout le loisir de regarder ces fines broderies qui ornent les cols des robes des femmes turkmènes ou les mosaïques d’une façade qui nous rappellent ces décors de contes des mille et une nuits… de profiter de la chaleur d’un regard ou du généreux feuillage d’un arbre. Le départ est immédiat et même s’il commence sur un lit d’hôpital, on s’appuie très vite sur ce graphisme subtil. Ponctuellement, on verra des cases fleurir de ci de là mais une bonne partie des planches s’en affranchissent totalement, laissant respirer les illustrations.

Mandragore nous livre un carnet de voyage fascinant. On s’y laisse surprendre par le hasard d’une rencontre, on s’amuse d’une anecdote, on se laisse bercer par ces sons venus d’ailleurs et qu’on a la possibilité d’écouter sur le CD qui est fourni avec l’album. Tout au long de l’ouvrage, des repères visuels nous indiquent quand il faut enclencher une piste du CD pour entendre la musique associée à la scène qui se déroule.

Répondant aux objectifs de son reportage sur les musiques traditionnelles, elle enrichit son propos de tout ce qui a pu jalonner son parcours. Elle témoigne ainsi de ses rencontres, du contexte social et politique de chaque pays traversé, des mœurs et des coutumes, des traditions, de la place de la femme dans ces sociétés, du fonctionnement kafkaïen de ces administrations (la question des visas et des autorisations de circuler revient régulièrement), l’histoire des lieux traversés… L’étonnement est à chaque coin de rue…

D’un pays à l’autre, de nouveaux repères sont à trouver. La Turquie occidentale et sa course effrénée vers le capitalisme, la cohabitation entre des traditions ancestrales et un melting-pot de nationalités et de cultures qui vivent sur un même territoire. En changeant de continent, c’est une Turquie plus traditionnelle, moins industrialisée, moins consumériste qui les accueille ; autre mode de vie, autre rythme et un sens de l’hospitalité très marqué, « un mélange de curiosité, de sens de l’honneur et de tradition séculaire ». Puis c’est l’entrée en Iran, une lutte pour obtenir des visas et l’étonnement, encore…

Passé le rideau de fer invisible, une réalité qui ne rentre pas dans tes grilles d’analyse. Jetées toutes les idées préconçues, c’est un nouveau monde. (…) Nous découvrons des gens d’une affabilité infinie, passionnés de musique, de poésie, de fleurs…. Ensuite vient l’incompréhension : par quelle équation absurde, un peuple si raffiné issu d’une civilisation millénaire peut-il se retrouver ainsi, piégé par une bande de mollahs abrutis, élus par les urnes ?

Le Turkménistan et sa dictature. Dernière étape, l’Ouzbékistan, à mi-chemin entre l’Europe et la Chine. Un voyage ponctué par des rencontres organisées et/ou impromptues. Des artistes, célèbres ou anonymes, apparaissent dans le récit. Un témoignage riche, complet, dépaysant. L’album contient également un « bestiaire » des instruments rencontrés pendant ce périple. Mandragore explique de façon claire et succincte l’origine (géographique) de chaque instrument, leurs particularités (vibrations, sons…), les sensations ressenties à l’écoute de ces mélodies. Il est enfin question de l’histoire de ces musiques traditionnelles et des histoires/de l’Histoire qu’elles véhicule(nt).

PictoOKJolie découverte d’auteur. « Route de Soie » – « Route de Soi » est l’occasion pour l’auteur de faire le point – break nécessaire pour se reconstruire – et de réaliser un intéressant reportage sur les musiques traditionnelles. L’auteur montre la capacité de la musique à relier les hommes entre eux, à tisser du lien social et à porter la mémoire et l’histoire d’un peuple. A la fois identité culturelle et mode de communication universel. Très belle lecture musicale que je vous invite à découvrir.

Extraits :

« Je n’ai pas envie de répondre. Je suis ailleurs. Je suis partie dans cette immense fuite. L’organisation quotidienne n’efface pas la question obsédante : à quoi rime ce voyage ? J’attends quelque chose comme une réponse à une autre question non formulée » (Ypak Yoli, Route de Soi(e)).

« Et nous voilà à 10000 kilomètres de chez nous, un quart de tour de la Terre… Ça change son rapport au monde. La Terre s’apprivoise-t-elle ? » (Ypak Yoli, Route de Soi(e)).

« De Route de la Soie, il n’y en eut pas qu’une mais de nombreuses et au-delà de la soie, c’est la fascination de l’Orient qui amena Alexandre, les Polo ou les espions anglais à écrire l’histoire de cette route mythique » (Ypak Yoli, Route de Soi(e)).

« Je pense à quel point un tel voyage est salutaire pour se rendre compte de ce qui nous différencie de l’autre, mais aussi de ce qui nous rassemble. Vivre le monde comme une unité (…). Et puis sentir l’énorme liberté de se réinventer chaque jour dans l’œil d’une nouvelle rencontre » (Ypak Yoli, Route de Soi(e)).

Ipak Yoli, Route de Soi(e)

One shot
Editeur : L’Œuf
Dessinateur / Scénariste : MANDRAGORE
Dépôt légal : novembre 2016
360 pages, 28 euros, ISBN : 978-2913308-51-0

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ipak Yoli, Route de Soi(e) – Mandragore © Editions L’Œuf – 2016

Hop ! La « BD de la semaine » est ici en ce mercredi 22 février 2017 !

la-bd-de-la-semaine-150x150

Cliquez sur les liens pour dénicher les pépites des bédéphiles :

Blandine :                                 Sabine :                                      Enna :

Enna :                                      Cristie :                                      Antigone :

Nathalie :                                  Amandine :                              Jérôme :

Noukette :                                       Hélène :                                     Caro :

    Mylène :                                         Bouma :                                    Marion :

Fleur :                                       Karine:) :                                 Keisha :

    Sandrine :                                     Jacques :                                  Estelle :

Soukee :                                      Laeti :

.

Le quatrième Mur (Corbeyran & Horne)

Chalandon – Corbeyran – Horne © Marabout – 2016
Chalandon – Corbeyran – Horne © Marabout – 2016

Une représentation de la pièce d’Antigone dans un pays en pleine guerre. C’est le projet fou de Sam, metteur en scène grec. C’est le projet fou qu’il va demander à son ami de porter. La pièce se jouera à Beyrouth. Mais ça, Georges ne le sait pas encore.

La première fois Samuel Akounis apparaît devant Georges, c’est un jour de janvier 1975. Sam s’apprête à faire une intervention dans l’amphithéâtre où Sam suit son cursus universitaire. Sam vient témoigner sur la violente répression du mouvement des étudiants de Polytechnique ; lorsque les chars ont été lancés contre des jeunes gens, faisant une quarantaine de morts et une centaine de blessés. Sam le grec avait plusieurs casquettes : metteur en scène, artiste et résistant.

Georges est impressionné, lui qui milite depuis de nombreuses années de façon aveugle, souvent violente. Il se laisse dépasser par une haine qu’il ne comprend pas. Très vite, les deux hommes sympathisent. Une amitié solide sur laquelle ils pourront compter pour des années. Sam devint ainsi le témoin de Georges puis le parrain de sa fille. Jusqu’au jour où, sur son lit d’hôpital, Sam demande à Georges de lui rendre un service : monter Antigone pour lui avec une trouve cosmopolites de comédiens.

Je t’avais aussi parlé de mon idée de monter la pièce d’Anouilh dans une zone de guerre. Mon projet était d’offrir un rôle à chacun des belligérants. Faire la paix entre cour et jardin…

Georges découvre Beyrouth. Venu pour monter une pièce de théâtre, il découvre la guerre.

Une nouvelle fois, je n’ai pas lu le roman originel qui donne lieu à cette adaptation. Une bonne chose en soi car cela m’évite d’avoir à déplorer des éléments manquants et/ou trop différents de l’idée que j’en avais. Déjà que je dois composer avec les chroniques de Noukette et de Jérôme dont je me souviens très bien…

Qui est donc le réel personnage principal de cette histoire ? Est-ce Georges, qui agit au jour-le-jour et acceptera le service que lui demande son ami ? Est-ce Georges sans qui rien de tout cela ne serait arrivé ? Est-ce finalement Antigone, la pièce de théâtre de Jean Anouilh autour de laquelle se tisse l’intrigue ?

Eric Corbeyran tisse son intrigue avec finesse. Il nous permet dans un premier temps de faire la connaissance des deux principaux protagonistes dans un contexte social tumultueux. Les étudiants sont mobilisés dans un mouvement contestataire des réformes universitaires et Georges, éternel étudiant, éternel adulescent, est en première ligne. Un personnage animé de bons sentiments mais trop fougueux, trop « brouillon » pour mener une lutte constructive. Sam est son double, l’aîné qui a tiré leçons de son expérience, celui qui prend sous son aile et tente – lentement – un travail de fond, appelant au calme et à la raison. Penser, raisonner, prendre du recul pour ne pas foncer tête baissée dans une lutte futile. Identifier la cause du combat, ne pas faire d’amalgames.

Un récit qui propose une réflexion sur la guerre, sur les motifs d’un conflit séculaire. Un heurt entre religions, entre identités. Une légitimité différente qui convainc chacun qu’il est dans son bon droit et que l’autre est un usurpateur. On rentre pleinement dans ce récit. On épouse les convictions des personnages qui appellent à la tolérance, au respect, à l’apaisement. L’intrigue se construit autour d’une utopie : croire que l’Art est capable – le temps d’une heure – de faire taire les animosités, de permettre un havre de paix, un ailleurs qui permet de s’échapper de la réalité.

Antigone est palestinienne et sunnite. Hémon, son fiancé, est un Druze du Chouf. Créon, toi de Thèbes et père d’Hémon, est un maronite de Gemmayzé. Le page et le messager sont chiites. La nourrice est chaldéenne. Et Ismène, la sœur d’Antigone, est arménienne et catholique ! (…) Il avait imaginé les communautés entrant dans ce théâtre d’ombres…

Croire qu’une trêve est possible et qu’un medium possible pour permettre ce dépôt des armes est la scène, l’expression artistique. Croire que les artistes ont cette capacité à faire abstraction du reste et que les badauds, à partir du moment où ils mettent leur costume de spectateur, ont cette même capacité d’abstraction. Les deux camps protégés par le quatrième mur. Un mur invisible que seul les deux personnages principaux sont susceptibles de franchir.

– Le quatrième mur ?
– Celui qui empêche le comédien de baiser avec le public. Cette façade imaginaire que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Cette muraille qui protège le personnage… Cette clôture invisible qu’ils brisent parfois d’une réplique s’adressant à la salle. Pour certain, c’est un remède contre le trac. Pour d’autre c’est la frontière du réel.

Georges, le metteur en scène est donc le seul, dans cette pièce d’Antigone, à briser le quatrième mur. Mais la métaphore est plus grande car c’est aussi le seul à venir d’un pays en paix, c’est le seul à ne pas connaitre la guerre au quotidien, le seul pour qui la réalité de Beyrouth est un choc… car les autres y sont habitués. Pour lui, il s’agit de trouver sa place dans cette abstraction qu’est la guerre. Pour les autres, il s’agit de passer outre les haines ancestrales. Pour tous, il s’agit de se plonger corps et âme dans le jeu scénique. Pour le lecteur, il s’agit de croire à l’utopie de Sam, croire dans tous les possibles.

L’exercice est facile malgré le fait que mon exemplaire du « Quatrième mur » fait une ellipse de près de vingt pages. Suite à une agaçante erreur lors de l’assemblage des cahiers, j’ai été contrainte de faire un bond de la page 75 à la page 93. Si cet « oubli » n’altère pas la compréhension du récit… cela suffit pour casser le rythme de lecture et devoir se réinstaller dans l’histoire en supposant ce qui s’est passé durant cette vingtaine de pages.

Le dessin de Horne fut une précieuse aide… le dessin de Horne fut comme une seconde peau durant toute la lecture. Le dessin de Horne… cette tuerie ! Il a pourtant quelque chose de bonhomme à première vue. Mais il est si naturel, si vivant que l’on s’y glisse spontanément. On trouve facilement notre place dans chaque scène. On perçoit les variations de tonalités dans la voix des personnages, du chuchotement au cri. On touche du doigt leurs émotions. On se trouble lorsqu’ils doutent. Dans ses dessins, Horne est parvenu à installer une ambiance qui nous est familière. Il campe des gueules, des attitudes, des décors, des liens forts entre les personnages. Il y a quelque chose de très assuré dans l’atmosphère de l’album, une convivialité prononcée dans ce trait assuré qui respecte la pudeur des personnages.

PictoOKReligion, identité, expression artistique, conflit armé, amitié… quelle richesse dans cet album ! Je vous invite à le lire. Quant à moi, j’ai maintenant très envie de lire le roman de Sorj Chalandon.

Une lecture commune que je partage avec Antigone. Je vous invite à lire sa chronique.

la-bd-de-la-semaine-150x150Comme chaque mercredi, je rejoints la « BD de la semaine ». Rendez-vous chez Stephie pour les participations d’aujourd’hui.

Extraits :

« C’est pour ça que je tenais à Sam. Il était mon reste d’évidence. Ni slogans. Ni passage d’un livre. Si mot d’ordre peint sur un mur. Il incarnait notre combat. Son arrivée m’avait redonné du courage. Il était ma résistance. Ma dignité. Dignité ! Le plus beau mot de la langue française » (Le Quatrième mur).

« Il y a des hommes comme ça, au premier regard, au premier contact, quelque chose est scellé. Cela n’a pas encore de nom, pas de raison, pas d’existence. C’est l’instinct qui murmure de marcher dans ses pas » (Le Quatrième mur).

Le Quatrième Mur

One shot
Editeur : Marabout
Collection : Marabulles
Adaptation du roman éponyme de Sorj CHALANDON
Dessinateur : HORNE
Scénariste : Eric CORBEYRAN
Dépôt légal : octobre 2016
136 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-501-11468-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le Quatrième Mur – Chalandon – Corbeyran – Horne © Marabout – 2016

Sweet Tooth, volume 3 (Lemire)

Lemire © Urban Comics – 2016
Lemire © Urban Comics – 2016

Depuis 2009, l’humanité est rongée par un mystérieux mal. Des enfants hybrides naissent tantôt avec des bois, tantôt avec de la fourrure, une nouvelle espèce mi-homme mi-animale. En parallèle, les hommes sont décimés par une épidémie qui se répand à une vitesse vertigineuse. Attaque chimique ? Intervention divine ? Nul ne le sait, quoi qu’il en soit, sur Terre, c’est le chaos. Les morts jonchent les rues partout sur la planète et les survivants tentent de trouver des solutions alternatives pour enrayer le phénomène. Des milices armées barricadent les villes pour empêcher l’intrusion d’étrangers et éviter ainsi la contagion. Des bases de l’armée deviennent des tombeaux à ciel ouvert pour les enfants hybrides, laboratoires de l’horreur où les enfants sont disséqués, étudiés, catalogués afin de trouver les causes du virus et mettre au point un remède. Le monde est devenu hostile. Les hommes, effrayés par la perspective que leur race va disparaître, sont capables de toutes les abominations.

C’est dans ce contexte qu’est né Gus. Premier enfant hybride. Sa naissance coïncide avec l’apparition du virus. Il a vécu les premières années de sa vie dans un bois avec son père, méconnaissant tout de ce qui se passe partout sur Terre. Mais un jour, son père meurt, emporté par la maladie. Pour survivre, Gus doit donc sortir du bois. C’est là qu’il rencontre Jepperd, un homme désabusé, un prédateur solitaire qui ne pense qu’à combattre pour assurer sa propre survie. Jepperd va prendre Gus sous son aile. Pour Jepperd, Gus est « Gueule sucrée ». Ce dernier ayant entendu parler d’une réserve où les enfants hybrides seraient en sécurité, Jepperd décide d’y accompagner l’enfant. Mais nombre d’embûches jalonnent leur chemin et de leur long périple va naître une profonde amitié.

J’ai perdu l’habitude de chroniquer une série tome par tome. C’est que, au bout d’un moment, si je trouve intéressant d’ouvrir l’échange sur un one-shot, un tome de lancement de série complète, je ne vois plus l’intérêt – pour un lecteur – de partager son ressenti détaillé sur un tome d’une série déjà bien avancée. Alors certes, il y aura toujours des personnes qui verront un intérêt à savoir qu’une série se poursuit et que la qualité est toujours au rendez-vous. Certes. Mais une série, n’est-ce pas aussi un univers à prendre en compte dans son ensemble ? Et puis, oser écrire sur l’album central d’une série qui compte… je ne sais pas… trente tomes !… quel intérêt ? Bonjour la figure de style. Bonjour l’exercice d’équilibriste pour ne pas spoiler ! Bref, je n’aime pas « saucissonner » une série et je fais allègrement l’impasse sur les chroniques qui se l’autorisent. Mais comme il y a toujours des exceptions à la règle…

« Sweet tooth » est une série de Jeff Lemire initialement pré-publiée dans des revues comics. Les quarante épisodes ont ensuite fait l’objet de cinq intégrales parues entre 2009 et 2013 aux Etats-Unis. Pour la France… il a fallu attendre 2015 pour que la série soit traduite. Un projet éditorial suivi par Urban Comics. Décembre 2015 – décembre 2016. Un an pour proposer « Sweet tooth » au lectorat francophone. Une trilogie consistante qui nous téléporte dans un monde post-apocalyptique dans lequel on est en alerte. A l’affut du moindre rebondissement, on s’inquiète rapidement pour les personnages et cela ne va pas en s’améliorant à mesure qu’on s’approche du dénouement.

Au début pourtant, le périple semblait simple : un homme, un enfant, un environnement hostile. Déjà, la relation privilégiée qui s’instaure entre l’adulte et le gamin est un point d’ancrage auquel on s’accroche. Cette relation est la petite flamme d’humanité sur laquelle repose tout le récit. Au fil des pages, des personnages secondaires viendront épauler le duo Jepperd-Gus. Leur périple est fait de haltes, imposées ou choisies, temps de répits ou temps de tension, temps de repos ou de réflexion. Des horreurs, ils en croiseront ; sur ce point, on dépasse largement le cadre de la fiction pour s’ancrer dans quelque chose qui nous est bien trop familier : les camps où sont parqués les enfants hybrides n’ont rien à envier – dans l’horreur – aux camps de concentration des nazis. C’est un album photo de la bêtise humaine et de ce que l’homme peut créer de pire (fanatiques, despotes, fous, désespérés…) et une incroyable quête pour la survie. Jeff Lemire montre un monde dans un état déplorable, un monde qui court à sa perte, il imagine le devenir de l’humanité de façon pessimiste. Il intègre à son scénario des références religieuses et mythologiques qui donnent une toute autre dimension au récit, le rendant à la fois plus profond et plus mystérieux encore.

Graphiquement, Jeff Lemire me fait décoller. Ses personnages ont une expressivité incroyable malgré l’imprécision apparente qui tape l’œil quand on feuillète « Sweet Tooth ». Par contre, je trouve important de préciser que certains passages peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs ; c’est violent, il y a du sang et des cervelles qui explosent, une série à mettre dans les mains de lecteurs avertis. Le travail de José Villarrubia me fait même apprécier la couleur sur les dessins de Jeff Lemire que pourtant je préfère en noir et blanc.

PictoOKPictoOKUne trilogie magnifique qui, je l’espère, deviendra un classique dans les années à venir.

Chroniques sur le blog : tome 1 et tome 2.

… Et mon petit doigt me dit que vous n’avez pas fini d’entendre parler de cette série puisque Jérôme présente le premier volume aujourd’hui. Sa chronique en cliquant sur ce lien.

la-bd-de-la-semaine-150x150Pour ce mercredi, les pépites des lecteurs de la « BD de la semaine » sont chez Noukette !

Sweet Tooth

Volume 3
Trilogie terminée
Editeur : Urban Comics
Collection : Vertigo Essentiels
Dessinateur / Scénariste : Jeff LEMIRE
Dépôt légal : décembre 2016
384 pages, 28 euros, ISBN : 978-2-3657-7941-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Sweet Tooth, volume 3 – Lemire © Urban Comics – 2016

L’Arabe du Futur 3 – Riad Sattouf

adf3-rvb-pour-web-tt-width-326-height-468-lazyload-0-crop-1-bgcolor-ffffffAmoureux de l’Arabe du Futur, précipitez-vous !

Steph  m’a invitée au bar à BD pour causer du tome 3! Elle m’a aveuglément fait confiance, je ne sais pas si c’est bien raisonnable, en tous cas merci à elle !!

Alors pour le petit résumé, Riad Sattouf,  auteur vénéré des mouettes  (oui, Riad est à nous ce que Conan le Barbare a été pour lui, c’est pour dire !), nous offre une autobiographie en 5 tomes qui relate son enfance et adolescence entre la Libye, la Bretagne et la Syrie.

Sa famille, décrite de ses yeux d’enfant :

Son  père, syrien, professeur à l’université, est un fervent adepte de panarabisme. Il se montre ici de plus en plus ambivalent, littéralement écartelé entre sa culture syrienne empreinte de religion et ses idées dites progressistes. On le voit peu à peu céder à la pression familiale et culturelle, se défendant toujours avec obstination de modernité. Quand vous le voyez passer son doigt sous le nez en reniflant, vous pouvez supposer un certain malaise Snffff

Sa mère est française. Elle était relativement effacée dans les deux 1ers tomes, générant chez moi un trouble quant à sa capacité à protéger ses enfants. Elle va enfin manifester des signes de ras-le-bol concernant leur vie au village. Elle rêve de vivre en ville et aspire à plus de confort pour éduquer ses enfants. Même une tante du village se demande pourquoi, en dépit des études et de ses diplômes, le père de famille revient « dans ce trou vivre au milieu des ignorants » (SSNNFFFF)…

Son petit frère Yahya, au vague air d’Astro le Petit Robot mais en beaucoup moins puissant, reste un personnage secondaire. « Très gentil et extrêmement mignon », il  va pourtant faire l’objet de défouloir pour notre tête blonde, mais bon, c’est le rôle d’un petit frère après tout, on ne va pas s’en offusquer…. Il y a bien d’autres occasions pour ça au fil des pages…

En 1985, notre héros au cheveu soyeux poursuit sa scolarité dans un système où la terreur règne : rapports entre les élèves, professeurs usant du bâton etc. et tout ceci sur fond d’ultra patriotisme.  Il a ainsi survécu à ses 1ères années de scolarité et atteint dans ce 3e tome l’âge de raison. Et en effet, se sont bien à des questions existentielles qu’il va se retrouver confronté… et nous, lecteur, on ne va pas y couper.

Son rapport au monde change. En qui croire quand on a 7 ans ? En Dieu qui tolère des injustices dont il est chaque jour témoin? En le Père-Noël qui oublie de distribuer des cadeaux à ses cousins ??  Oui, c’est le bazar là–dedans… d’autant qu’une partie de la famille pratique assidûment la religion et que l’autre se revendique anti-curé…

724620strip01648

Si comme moi vous êtes sensible aux questions de double culture, de transmission, des choix (ou non-choix) quant à la pratique de la religion, je n’ai qu’un mot à dire : foncez ! Tout y est traité avec finesse et intelligence. On s’étonne, on s’offusque, on rit, on se scandalise aussi… car la violence est partout, oui, partout.

 

Afin d’aller plus loin dans la réflexion et l’analyse, fait incroyable : Riad notre auteur bien-aimé a bien voulu nous accorder, à nous les mouettes, une interview privée ! Nous ne le remercierons jamais assez, merci ô Riad. Autant vous dire qu’interviewer  un auteur en pleine promo, ça nous a fait transpirer de la plume. Surtout qu’il nous a bien fait sentir qu’il comptait sur notre billet pour asseoir sa notoriété dans la blogosphère…. SNFFFFFFF…..

Notre invitation était lancée et acceptée, on ne pouvait plus reculer… munies  d’un dictaphone nous nous sommes lancées, telles des expertes du journalisme d’investigation, au plus près du terrain. Non, on n’a pas peur, nous les mouettes. En voici quelques extraits exclusifs et en avant-première dans le bar à BD.

 

LA vraie (fausse) interview de Riad par Les mouettes[1]

Moi : « Hum » tournant nerveusement mes feuilles… « Je …. Jeeeeeeeee, enfin, nous tenions à vous remercier de nous avoir accordé heu…. de votre temps précieux et….. » Bafouille, bafouille.

Framboise : « OK, Julia, si tu permets, je vais parler à ta place, tu n’es pas très claire. C’est gênant ! »

« Riad Sattouf, reprenons, voulez-vous !

Votre nouvel album, très attendu, met en scène un enfant : VOUS ! Ainsi, vous vous représentez tel un ange, cheveux au vent, sentant bon le shampooing à la camomille, extrêmement propret (ce sont vos mots !), le regard évanescent, l’air un peu satisfait. Vous vous qualifiez même de remarquable ! Et ce, au milieu d’un monde (La Syrie) violent, délabré, arriéré, triste, où chaque être humain a une part sombre. Sauf vous ! Vous vous situez DONC au-dessus des autres. Vos parents, vos amis, votre famille … Pourquoi ? »

Riad : «Je n’ai pas voulu d’une autobiographie nombriliste qui parlerait de mes ressentis. J’ai d’ailleurs laissé de côté des souvenirs antérieurs à ce que je raconte, quand j’étais encore plus petit.  «J’ai dû recommencer le storyboard de l’album complet 4 ou 5 fois en essayant plein de directions différentes. Je n’arrivais pas à trouver le bon ton, c’était ou trop affecté ou trop confus.»

Moi : à voix basse …. « Hum Framboise, enfin c’est sa place d’enfant qui permet cette position… »

Framboise : « Julia, s’il te plait… Laisse-moi faire ! Ce que tu dis est incompréhensible… Va plutôt nous servir un thé ou un café, ça brûle en cuisine !

Riad Sattouf, vous représentez VOTRE héros, dites-vous, votre père, comme le personnage central de « L’Arabe du futur ». Mais cet homme est d’une lâcheté sans pareille, d’une lâcheté totale ! Effrayante même ! Pourquoi lui avoir donné ce rôle-là ?»

Riad : « J’ai raconté les faits comme je m’en souviens. Avec le recul, je pense que la naïveté de mon père était peut-être moindre que celle des gens en France. En effet, il était naïf, il pensait devenir quelqu’un, il pensait qu’on allait peut-être lui donner un ministère. Des rêves apparemment mégalos mais qui, dans la Syrie de ces années-là, n’étaient pas complètement irréalistes. Je le laisse dire des horreurs sans jamais les commenter. Je veux que le lecteur pense : il dit des trucs horribles, mais en même temps, il est touchant. »

Moi : apportant fébrilement le café  « Par rapport à l’identification à votre père, j’ai ressenti le moment de la désillusion … »

Framboise : « JULIA, tu m’agaces et tu agaces Riad!

Riad Sattouf, la représentation que vous donnez de votre mère m’a PARTICULIEREMENT choqué : Femme sans saveur, presque sans consistance, effacée, dominée, dépressive…. En un mot : MAL ! Mais pourquoi, grand dieu ?!»

Riad : « Quant à ma mère, je voulais faire sentir que c’était une femme qui suivait son mari. Elle espérait que mon père devienne quelqu’un. Elle pensait que c’était possible, c’était un étudiant brillant, pas un looser, il avait deux doctorats. Elle non plus n’avait pas d’infos, elle ne s’intéressait pas à la politique, elle faisait confiance à son mari. »

Moi : « Se rendait-elle compte de ce queuuuh vous viviez ? »

Framboise : « Chuuuuuut, Julia ! C’en est trop ! 

Excusez-la, Riad, elle peut être d’un pénible parfois !

Pour en revenir à nos moutons, ou plutôt causons religion, voulez-vous, Riad Sattouf ?! Pour un athée, je trouve que la religion est présente dans tous vos ouvrages. Ne seriez-vous pas un religieux qui s’ignore ? »

Riad : …..

Moi : doigt sous le nez « SNNNNFF… »

Framboise : « Ma question est légitime. Riad Sattouf, je vous demande d’arrêter de souffler et de lever les yeux au ciel. Merci. Nos lecteurs sont en droit d’attendre une réponse de votre part ! »

Moi : Tremblant et pensant en mon for intérieur : « J’ai peur pour ma mouette… elle va trop loin… j’ai peur pour notre interview je ne la reconnais plus… serait-elle condamnée à perdre ses moyens à chacune de ses rencontres avec Riad Sattouf (Salon du Livre à Paris en 2015 quand tu nous tiens) ?? »

 

En effet, dans un élan de folle nervosité et de contrariété extrême, Riad s’en fut… Blessé, vexé, toutafé énervé de cette interview salement menée, et mettant fin, d’un claquement de baie vitrée, à un amour que j’avais cru possible…. !

 

********************

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Je tiens à remercier Riad Sattouf pour ses vraies interviews (avec de vrais journalistes aguerris et surtout assermentés) diffusées dans Libération le 12 juin 2015 et Slate.fr le 06 octobre 2016, à Mamouette de m’avoir gâché la rencontre, et sans oublier Steph de nous avoir permis de la fantasmer, cette rencontre 😉 !

Julia

Pour découvrir les billets de Jérôme et Framboise !

Les billets des Tomes 1 (mais pas que !) &

Et le billet un peu fou ( avec Riad dedans !) sur le voyage de mouettes à Paris c’est ici !

[1] [1] Mouarf, évidemment, impossible d’approcher Riad, alors une interview ! Toutafé inimaginable ! Mais, dans nos délires de mouettes-rieuses, nous avons imaginé un entretien, rondement mené…

Là où vont les fourmis – Plessix / Le Gall

9782203098213

Une BD à partager avec mon lardon et le chouchou de la toile, c’est rien que du bonheur ! D’autant que cette merveille, elle dépote sévère 😉

« Où vont-elles, ces processions de fourmis qui sillonnent inlassablement le sable du désert ? Vers quelle mystérieuse destination ? C’est à cela que songe le jeune Saïd, en négligeant de garder le troupeau de son terrible grand-père. En les suivant un jour, accompagné de la prodigieuse chèvre parlante Zakia, Saïd va triompher des djinns, des sortilèges et des enchantements, découvrir l’amour et finalement trouver un grand-père, un vrai. »

Pierre, mon lardon de 12 ans :

L’histoire se passe dans le désert. Un jeune garçon nommé Saïd ne passe pas ses journées à l’école comme les autres enfants. Non lui il préfère suivre les fourmis qui le mènent à chaque fois à la fontaine, sa mère lui avait défendu de la dépasser. Un jour qu’il, comme à son habitude, suivait les fourmis, un monsieur lui demanda de le suivre, monsieur, qui, en fait était son grand-père. Il lui demanda de garder son troupeau de chèvres car il faisait son pèlerinage à la Mecque. Que va t il se passer ??? Vous le saurez en lisant Là ou vont les fourmis 😉

Cette BD m’a plu car les dessins sont bien fait et que l’histoire est passionnante !!!! Je sais pas vous mais ma BD sent la chèvre ! Est ce un signe ? AHAH vous le saurez en la lisant….

Framboise, vieille mère de 41 ans :

« Dans le désert, il y avait sans nul doute, un village oublié de tout le monde et un garçon nommé Saïd »

Et ce qu’aimait Saïd, c’était de passer ses journées à vagabonder, au lieu d’aller à l’école…. Suivre les fourmis en rêvant de leur mystérieuse destination…. C’est bien vrai, où vont-elles, ces petites bêtes, et ce d’un pas décidé  ?

Et puis un jour … Un mystérieux grand-père-pas-vraiment-commode l’entraîne au milieu de nulle part garder son troupeau de chèvres et avec elles, Zakia, la vieille bique un brin acariâtre….

C’est un conte SUPERBE pour petits et grands avec du dépaysement, de l’amour, de la franche rigolade, de l’odeur bestiale, des méchants, des rêves, de la divine répartie, des fourmis, des chèvres, de la magie, de la douceur, des cailloux, du désert, de l’enfance, de l’innocence, de la roublardise, de la sagesse, des mauvaises pensées, du pèlerinage, du trésor, de la quête, du breuvage, un vieux phare, de la mobylette, une lampe mal élevée, de la stupide obstination, du pirate, du sage, du géant et une étoile, une fille de toute beauté, des étranges visions et une chèvre-à-la-langue-bien-pendue !

Un régal, toutafé ! Les dialogues,  savoureux et incroyablement ciselés font mouche … Tenez, un extrait :

– Où est donc passée ta chèvre ensorcelée ? Je ne la vois nulle part …
-Bah ! Elle se promène sûrement quelque part entre ses cornes et sa queue.

Les dessins, dont on reconnait au 1er coup d’œil la patte de Plexis, et son merveilleux « Du vent dans les saules », sont tendres, ronds, sublimes et empreints d’un parfum d’Orient….

Ça fleure bon la BD pour minots, et pourtant, nous, les grands, les vieux, nous prenons un plaisir fou, le temps de quelques 62 planches, à suivre, pas à pas, Saïd, petit garçon drôlement dégourdi, attachant, rêveur, naïf, curieux et sacrément courageux ….

Et sans rien dévoiler, sachez que ce qui comptera finalement (comme dans la vie, en y réfléchissant bien !) ce sera le chemin qui mènera Saïd au bout de sa quête… Ce qui primera, ce seront les rencontres, les rires, les amis et les rêves !

Lisez-le, mes amis, cette BD est une vraie merveille ❤ Coup de cœur et fous rires partagés avec mon grand ❤

Le billet de Jérôme c’est par ici !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Là où vont les fourmis de Plessix et Le gall, Casterman, 2016, 18€.