La mille et unième Nuit (Le Roux & Froissard)

Le Roux – Froissard © Soleil Productions – 2017

Regardez ces visuels dans le diaporama à la fin de l’article. Je vous invite à pénétrer dans cette ambiance feutrée et douillette des histoires de Shéhérazade. Magie des légendes, des contes de fées, des voyages et des épopées qu’elle a inventés pour divertir le sultan Shahriar.
Est-il encore besoin de présenter cet univers mythique et le postulat de départ qui dit que ce sultan, affecté par l’adultère de son épouse, fut blessé dans son orgueil autant que dans ses sentiments ?

Dans le palais qui domine la ville réside celui qui garantit cette vie paisible, le Sultan Shahriar. Roi sage et prudent, il n’a qu’un seul défaut : depuis la trahison de sa première femme, il s’est juré d’épouser, chaque soir, une jeune fille différente et de la faire étrangler au matin.

Jusqu’au jour où Shéhérazade, fille aînée du grand vizir, devient la nouvelle épousée. La première nuit de ses noces, Shéhérazade a proposé au Sultan de lui raconter une histoire mais elle a pris soin de ne pas la terminer, s’engageant à lui raconter la suite la nuit suivante.

Le Sultan a succombé à ses charmes autant qu’à l’exotisme de ses histoires.

Les nuits se sont succédé et nous voilà à la six cent trente-sixième nuit. Dinarzade, la cadette de Shéhérazade, s’inquiète. Toutes ces nuits à veiller risquent d’épuiser sa sœur. Elle craint aussi que Shéhérazade ne soit à court d’inspiration et se met en quête d’aller trouver de nouvelles histoires que sa sœur pourrait raconter. Dinarzade se rend au marché de Rum, là où se trouvent des vendeurs de tous horizons. Lors cette sortie, elle fait la connaissance de Nasrudin Elberakah, un jeune marchand d’étoffes devenu mendiant à la suite d’une malédiction que Lilith, l’épouse du roi Salomon, a jeté sur sa femme et sur son fils.

La Mille et unième nuit – Le Roux – Froissard © Soleil Productions – 2017

Magique cet album qui nous emporte dans un autre espace-temps. Dans un lieu où il n’est pas rare de voir surgir des dieux, des monstres fantastiques, des animaux dotés de la parole, des tapis volants. Et dans les contes de Shéhérazade. Revisiter cet univers de légendes et attraper, au détour des pages, au creux du scénario d’Etienne Le Roux, des clins d’œil aux contes racontés par Shéhérazade. Nous croiserons ainsi un marchand d’huile, un djinn, un âne, un singe, des chevaux, des chameaux… et même quelques paons qui déambulent dans la suite nuptiale.

Au dessin, Vincent Froissard nous enchante tout autant. Il utilise des couleurs bleutées sur lesquelles la nuit semble être suspendue, des couleurs ocrées qui ressortent du désert et du climat aride et sec. La ville de Rum apparaît alors comme une oasis au milieu de nulle part, un havre de paix solide ancré dans cette étendue de sable. Les contours légèrement charbonneux de tout ce qui peuple ses illustrations donne l’impression que l’ambiance est ouatée, c’est un temps où l’on prend le temps. Certains passages sont magnifiés par des dessins ornementaux qui viennent encadrer certaines illustrations, faisant ainsi profiter le lecteur de toute l’intensité contenue dans une scène.

La magie des univers oniriques diffuse ici des odeurs d’épices et des sons de musiques orientales. Superbe album qui nous accompagne vers la mille et unième nuit de Shéhérazade. La seule ombre au tableau est une fin un peu abrupte.

La Mille et Unième nuit

One Shot
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur : Vincent FROISSARD
Scénariste : Etienne LE ROUX
Dépôt légal : octobre 2017
80 pages, 16.95 euros, ISBN : 978-2-302-06393-8

Bulles bulles bulles…

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La Mille et unième nuit – Le Roux – Froissard © Soleil Productions – 2017

Lili Crochette et Monsieur Mouche, tome 2 (Chamblain & Supiot)

Chamblain – Supiot © Editions de la Gouttière – 2017

Solange, la gentille nurse d’Elisabeth, est tombée malade. Elisabeth continue pourtant de la faire tourner chèvre et en profite pour faire le mur. Sitôt dehors, elle file rejoindre Mouche, son colibri, et enfile son costume de pirate. Dès lors, elle devient Lili Crochette.
Toujours aussi espiègle, Lili Crochette n’a qu’une seule idée en tête : sauter dans sa barque et rejoindre le large et s’aventurer en toute liberté sur l’océan. Aujourd’hui, Lili tombe sur un os puisqu’elle croise Bings, Barks et Bones, trois garnements de la pire espèce. Les jeunes morveux coulent la barque de Lili et la laisse dans un tonneau rempli de poissons pas très frais. De retour à la maison, Solange lui annonce qu’elle part en convalescence et qu’elle sera remplacée par Mami Wata, une nounou vaudou. Cette dernière a de la poigne, un sacré tempérament et quelques tours dans son sac pour raisonner Lili et l’amener à rester à la maison…

On retrouve toute la fraicheur du premier tome, toute la malice de la fillette qui ne semble avoir aucune limite si ce n’est… quelques peurs enfantines tout à fait légitimes. Car l’héroïne a beau ne pas avoir froid aux yeux, il est tout de même des choses qui impressionne et notamment la magie vaudou. Joris Chamblain épice les quatre cents coups de Lili d’une pointe surnaturelle. Le mélange est détonnant pour une lecture jeunesse mais pas si étonnant pour les récits de piraterie.

Le dessin d’Olivier Supiot est très souple et tout en rondeur. Pas le temps d’angoisser vraiment, tout au plus quelques sueurs froides à la première lecture car on ne sait pas de quoi cette nounou vaudou est capable même si, il faut bien l’avouer, elle semble plutôt sympathique à première vue.

Un album plein d’énergie qui devrait nourrir l’imagination déjà galopante des jeunes lecteurs !

Indication de l’éditeur : à partir de 5 ans.

Lili Crochette et Monsieur Mouche

Tome 2 : La Nounou vaudou
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Olivier SUPIOT
Scénariste : Joris CHAMBLAIN
Dépôt légal : octobre 2017
32 pages, 10,70 euros, ISBN : 979-10-92111-63-7

Bulles bulles bulles…

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Lili Crochette et Monsieur Mouche, tome 2 – Chamblain – Supiot © Editions de la Gouttière – 2017

Traquemage, tome 2 (Lupano & Relom)

Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2017

En pleine lande moyenâgeuse, Pistolin continue sa route. Accompagné de Myrtille, il se rend à Saint-Azur-en-Lagune afin de rencontrer le premier mage de la liste des mages à éradiquer : Kobéron.

On va commencer par lui. Je l’ai choisi parce qu’il fait un peu moins peur que les autres…

Rappelons ici que l’odyssée de Pistolin est motivée par un ras-le-bol à l’égard des mages qui se livrent une guerre sans merci et qui, tout occupés à se pourrir entre eux, n’ont que faire des dégâts collatéraux qu’ils occasionnent çà et là. Dégâts dont les paysans comme Pistolin (producteur de fromages de biques appelés Pécadou) font continuellement les frais [à de stade avancé de la chronique, je vous invite à relire ma chronique du premier tome].
Mais avant d’aller à la rencontre de Kobéron, Pistolin va devoir convaincre les sirènes afin qu’elles l’aident à récupérer l’épée du Traquemage qui git au fond de l’océan… Une épreuve de taille… et celles à venir ne sont pas plus à la portée du pauvre Picolin ! Sans compter qu’en chemin, il tombe nez-à-nez sur Merdin l’Enchianteur.

– Dites, c’est quoi exactement, un Enchianteur ?
– C’est un sorcier qui t’enchiante l’existence !

Farce déjantée où l’on croise pêle-mêle des personnages imaginaires de tout bord, revus et corrigés par Wilfrid Lupano. Une fée Clochette alcoolique, un grand magicien cupide et obnubilé par la folie des grandeurs, des sirènes dévergondées, un enchanteur dépité et qui porte la poisse, des paysans aux abois… un monde fou qui caricature les travers de notre société actuelle. Capitalisme, alcoolisme, opportunisme, individualisme… autant de concepts qui font le charme de la vie de tous les jours…

Au dessin, Relom donne de la consistance à toute la crasse de cet univers. Les paysans puent la sueur et c’est sans trop de difficultés que l’on pourrait entendre les poux qui grouillent dans la laine des biquettes. Une vase collante et gluante se répand sur de nombreuses cases et symbolise ce monde à l’agonie. La magie n’était qu’un leurre, le versant rouillé et oxydé d’une richesse qui était pourtant prometteuse. Les trognes expressives des personnages font écho aux propos cocasses qui sont énoncés. Des personnages qui semblent réagir au premier degré et pourtant le lecteur attrape sans se fatiguer toutes les allusions qui viennent critiquer la société et clins d’œil répandus généreusement dans le scénario. Je crois bien que l’intérêt de cette série est le travail qu’a réalisé Relom ; l’illustrateur donne vraiment une profondeur inattendue à cette épopée insensée. Il campe une ambiance, joue avec la caricature, donne de la consistance à tous ceux qu’on croise durant cette aventure. C’est bien dans le dessin qu’on trouve ce qui fait le sel de cet univers.

Sitôt lu sitôt chroniqué car je pense que je retiendrais seulement le côté cocasse de l’album. Un vent de folie très plaisant. Une lecture drôle et divertissante aux multiples et imprévisibles rebondissements dont je ne ferais pas un incontournable.

Traquemage

Tome 2 : Le Chant vaseux de la sirène
Série en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Terres de Légendes
Dessinateur : RELOM
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : octobre 2017
56 pages, 14.95 euros, ISBN : 978-2-7560-7482-5

Bulles bulles bulles…

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Traquemage, tome 2 – Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2017

Aliénor Mandragore, tome 3 (Gauthier & Labourot)

Gauthier – Labourot © Rue de Sèvres – 2017

Merlin est mort. Aliénor, sa fille, a eu beau tenter de le ramener à la vie grâce à un sortilège, la fée Morgane a eu beau chercher à le faire passer de trépas à vie, les éléments s’enchaînent et Merlin ne revit que quelques heures avant de passer de vie à trépas. Et cette situation n’est pas pour déplaire à l’Ankou qui veille sur ses ouailles avec une grande attention et est déterminé à amener Merlin où il doit être : au royaume des morts !
Mais Merlin, ou du moins son fantôme, ne l’entend pas de cette oreille et Aliénor fait tout ce qui est en son pouvoir pour trouver un nouveau sort de résurrection. En attendant le moment où tous les ingrédients seront réunis, il reste à comprendre ce qui a provoqué le terrible tremblement de terre du second tome. Aliénor et le jeune Lancelot étaient au cœur de l’épicentre du séisme et se rappellent encore lorsque le sol s’est dérobé sous leurs pieds, les faisant échouer brutalement dans un cimetière de dragons. Ils ont accepté de montrer le lieu à Morgane et Merlin afin que ces derniers puissent y récupérer quelques ingrédients magiques et dissimuler l’entrée aux yeux des simples mortels.
En chemin ils croisent l’Ankou. A la surprise de tout le monde, ce n’est pas Merlin qu’il emmène au royaume des morts… mais Aliénor. La jeune fille a tôt fait de comprendre qu’elle a été parachutée sur Avalon. Reste à comprendre pour quelle raison l’Ankou s’est saisie d’elle.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce tome remue et que l’intrigue saute de rebondissement en rebondissement. Séverine Gauthier propose un scénario retors qui pique la curiosité du lecteur. Du coup, il faut tout de même beaucoup d’explication pour permettre au lecteur de se situer, d’appréhender les références qui sont faites à la légende arthurienne et pour comprendre un tant soit peu les tenants et les aboutissants de l’intrigue. Les personnages sont plus bavards que dans les deux tomes précédents et certaines planches sont assez verbeuses. Une fois n’est pas coutume pour un album jeunesse, je ne suis pas parvenue à le lire d’une traite (contrairement à mon fils de 11 ans). Mais lui aussi reconnait que cet album est plus compliqué pour autant, cela n’a pas d’impact sur le plaisir qu’on a à découvrir ce récit. On termine l’album en dévorant les six pages de « L’écho de Brocéliande », la gazette des habitants de Brocéliande. Pour le lecteur, c’est l’occasion de combler ses lacunes sur certains personnages du cycle arthurien ou sur la mythique Avalon.

Les dessins de Thomas Labourot montrent toute l’espièglerie des personnages. Excepté le personnage de Lancelot enfant, les autres protagonistes sont tout de même de joyeux fiers-à-bras et les illustrations mettent en valeur toute la malice de ces individus. Les couleurs ludiques permettent de décaler les choses, de diffuser de la bonne humeur malgré la mauvaise foi évidente de certains. C’est très agréable à l’œil, on savoure les détails graphiques (l’auteur s’éclate à détailler la flore notamment) tout autant que les rares planches muettes que l’on accueille comme des respirations.

C’est potache, ironique et plein d’entrain. Encore une fois, on referme l’album avec cette envie de lire le prochain tome (il faut dire que le dénouement de ce troisième opus est assez inattendu !).

Egalement sur le blog : tome 1 et tome 2.

Aliénor Mandragore

Tome 3 : Les Portes d’Avalon
Série en cours
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Thomas LABOUROT
Scénariste : Séverine GAUTHIER
Dépôt légal : juin 2017
48 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-36981-448-1

Bulles bulles bulles…

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Aliénor Mandragore, tome 3 – Gauthier – Labourot © Rue de Sèvres – 2017

Là où vont les fourmis – Plessix / Le Gall

9782203098213

Une BD à partager avec mon lardon et le chouchou de la toile, c’est rien que du bonheur ! D’autant que cette merveille, elle dépote sévère 😉

« Où vont-elles, ces processions de fourmis qui sillonnent inlassablement le sable du désert ? Vers quelle mystérieuse destination ? C’est à cela que songe le jeune Saïd, en négligeant de garder le troupeau de son terrible grand-père. En les suivant un jour, accompagné de la prodigieuse chèvre parlante Zakia, Saïd va triompher des djinns, des sortilèges et des enchantements, découvrir l’amour et finalement trouver un grand-père, un vrai. »

Pierre, mon lardon de 12 ans :

L’histoire se passe dans le désert. Un jeune garçon nommé Saïd ne passe pas ses journées à l’école comme les autres enfants. Non lui il préfère suivre les fourmis qui le mènent à chaque fois à la fontaine, sa mère lui avait défendu de la dépasser. Un jour qu’il, comme à son habitude, suivait les fourmis, un monsieur lui demanda de le suivre, monsieur, qui, en fait était son grand-père. Il lui demanda de garder son troupeau de chèvres car il faisait son pèlerinage à la Mecque. Que va t il se passer ??? Vous le saurez en lisant Là ou vont les fourmis 😉

Cette BD m’a plu car les dessins sont bien fait et que l’histoire est passionnante !!!! Je sais pas vous mais ma BD sent la chèvre ! Est ce un signe ? AHAH vous le saurez en la lisant….

Framboise, vieille mère de 41 ans :

« Dans le désert, il y avait sans nul doute, un village oublié de tout le monde et un garçon nommé Saïd »

Et ce qu’aimait Saïd, c’était de passer ses journées à vagabonder, au lieu d’aller à l’école…. Suivre les fourmis en rêvant de leur mystérieuse destination…. C’est bien vrai, où vont-elles, ces petites bêtes, et ce d’un pas décidé  ?

Et puis un jour … Un mystérieux grand-père-pas-vraiment-commode l’entraîne au milieu de nulle part garder son troupeau de chèvres et avec elles, Zakia, la vieille bique un brin acariâtre….

C’est un conte SUPERBE pour petits et grands avec du dépaysement, de l’amour, de la franche rigolade, de l’odeur bestiale, des méchants, des rêves, de la divine répartie, des fourmis, des chèvres, de la magie, de la douceur, des cailloux, du désert, de l’enfance, de l’innocence, de la roublardise, de la sagesse, des mauvaises pensées, du pèlerinage, du trésor, de la quête, du breuvage, un vieux phare, de la mobylette, une lampe mal élevée, de la stupide obstination, du pirate, du sage, du géant et une étoile, une fille de toute beauté, des étranges visions et une chèvre-à-la-langue-bien-pendue !

Un régal, toutafé ! Les dialogues,  savoureux et incroyablement ciselés font mouche … Tenez, un extrait :

– Où est donc passée ta chèvre ensorcelée ? Je ne la vois nulle part …
-Bah ! Elle se promène sûrement quelque part entre ses cornes et sa queue.

Les dessins, dont on reconnait au 1er coup d’œil la patte de Plexis, et son merveilleux « Du vent dans les saules », sont tendres, ronds, sublimes et empreints d’un parfum d’Orient….

Ça fleure bon la BD pour minots, et pourtant, nous, les grands, les vieux, nous prenons un plaisir fou, le temps de quelques 62 planches, à suivre, pas à pas, Saïd, petit garçon drôlement dégourdi, attachant, rêveur, naïf, curieux et sacrément courageux ….

Et sans rien dévoiler, sachez que ce qui comptera finalement (comme dans la vie, en y réfléchissant bien !) ce sera le chemin qui mènera Saïd au bout de sa quête… Ce qui primera, ce seront les rencontres, les rires, les amis et les rêves !

Lisez-le, mes amis, cette BD est une vraie merveille ❤ Coup de cœur et fous rires partagés avec mon grand ❤

Le billet de Jérôme c’est par ici !

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Là où vont les fourmis de Plessix et Le gall, Casterman, 2016, 18€.

Enola et les animaux extraordinaires, tome 2 (Chamblain & Thibaudier)

Chamblain – Thibaudier © Editions de la Gouttière – 2016
Chamblain – Thibaudier © Editions de la Gouttière – 2016

Après avoir été appelée pour porter assistance à des gargouilles romantiques (tome 1), Enola doit cette fois intervenir auprès de licornes furibardes. L’une d’entre elle a notamment attaqué un groupe d’enfants qui jouait dans la rivière. Les habitants, inquiets, envisagent de mener une expédition dans la forêt afin d’en découdre avec les licornes et les chasser de la région.

Enola n’a que peu de temps pour agir. Les licornes ont toujours été pacifiques. Si l’une d’entre elle a attaqué les humains, c’est qu’elle avait certainement une bonne raison. A elle de la trouver pour calmer la vindicte des villageois.

Je me rappelle encore de la lecture du premier tome de la série, il y a un peu plus d’un an. A l’époque, j’étais sceptique quant à l’engouement de mes petits lecteurs qui voyaient d’un mauvais œil le fait que je leur propose une lecture « étiquetée girly » (du fait des dominantes de violet et la vision d’une fillette toute pimpante sur la couverture).

Les présentations entre le personnage et les lecteurs n’étant plus à faire, nous voilà reparti pour une nouvelle aventure où Enola va – cette fois – exercer ses talents de « vétérinaire pour animaux extraordinaires » sur des licornes. La fillette dispose d’un capital sympathie indéniable : souriante, dynamique, elle est le maillon entre l’homme et la créature imaginaire ; elle permet aux uns de mieux comprendre les autres et réciproquement. Lucile Thibaudier a créé une ambiance graphique très agréable, composée de couleurs ludiques. La lecture est fluide grâce à ses dessins épurés et explicites, chaque planche est d’une lisibilité indéniable. Je suis moins fan de la mise en couleurs… C’est trop lisse et trop parfait, l’absence d’aspérités aussi bien dans les illustrations que dans les touches de couleurs (comme la présence de ces taches rouges symétriques sur chaque joue pour marquer les pommettes) laisse le lecteur de marbre.

Côté scénario en revanche, j’ai plus de réserve. Passé l’effet de surprise du tome 1, on a déjà un peu plus de recul sur le personnage et la manière dont l’intrigue est traitée. Les dialogues de Joris Chamblain sont très « premier degré » dans le sens où ils sont totalement dépourvus de jeux de mots : pas d’ironie, peu d’humour… tout est très factuel. Ce récit entraînant ne comporte aucune ambiguïté (le petit lecteur n’est donc pas désarçonné) mais, là où le bât blesse, c’est que les rebondissements sont finalement assez prévisibles et nous conduisent sans surprise vers un dénouement qui est tout aussi prévisible. Quelques détours et un peu de suspens supplémentaire ne m’aurait pas déplu. Les personnages ont des avis tranchés… c’est noir ou c’est blanc… on aime ou pas… pour ma part, je n’accroche pas. Je suis bien consciente que je ne fais pas partie du lectorat visé par cet album… c’est la raison pour laquelle – et selon le célèbre proverbe qui dit que le chat échaudé craint l’eau(probre) des auteurs jeunesse mécontents des critiques des blogueurs – comprenez, chers lecteurs, que je suis allée m’enquérir de savoir ce que mes jeunes lecteurs en ont pensé !

Louka (10 ans) tient tout d’abord à préciser qu’il n’aime pas les licornes… Passé ce léger détail, il a trouvé l’histoire [intrigue] facile à comprendre. Voici ce qu’il en dit : les licornes ont attaqué des enfants et les adultes sont en colère. Une petite fille va chercher Enola pour qu’elle les aide et convaincre son père de ne pas tuer les licornes [je vous passe la suite, il spolie… mais l’intrigue est pour lui limpide]. Je n’ai pas aimé parce que ces histoires de bois magique et de licornes, je trouve ça bête. Je me doutais comment l’histoire allait finir et je suis déçu que le livre ne m’ait pas surpris. Je n’aime pas trop, c’est trop simple. Ça me fait penser à un conte de fée, que je crois que ça plairait bien à des petites filles.

Kentin (7 ans) : j’ai bien aimé toute l’histoire mais j’aimerai bien que les dessins soient améliorés car je n’aime pas les couleurs (sauf celles des licornes). Sinon ça commence bien et ça finit bien. Et j’aime bien Enola.

pictobofVoilà donc trois avis tranchés, on aime ou on n’aime pas, il ne semble pas y avoir de demi-mesure. Mon petit doigt m’a dit qu’Enola avait beaucoup de petits lecteurs malheureusement, excepté mon cadet, nous n’avons pas été séduits.

Enola & les Animaux extraordinaires

Tome 2 : La Licorne

Série en cours

Editeur : Editions de la Gouttière

Dessinateur : Lucile THIBAUDIER

Scénariste : Joris CHAMBLAIN

Dépôt légal : février 2016

ISBN : 979-10-92111-28-6

Bulles bulles bulles…

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Enola, tome 2 – Chamblain – Thibaudier © Editions de la Gouttière – 2016

Traquemage, tome 1 (Lupano & Relom)

Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015
Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015

Pour faire un bon fromage, il faut que les brebis bénéficient d’un bon pâturage ! Tout bon berger sait cela c’est pourquoi, l’heure venue, Pistolin motive son troupeau à sortir de la bergerie. Mais les biques ne l’entendent pas de la même oreille et c’est contraintes et forcées qu’elles obéissent à l’injonction qui leur est faite. Car Pistolin est plein de bon sens…

Je fais des pécadous au lait de cornebique, moi ! Et le pécadou, c’est une fromage de haute montagne.

Pistolin se contremoque des rumeurs véhiculées sur la guerre des mages qui sévit dans les alpages. Et bien que la fois précédente, il ait été attaqué par une famille de trolls, il a des couilles le Pistolin… faut bien ça pour faire le pécadou.

Alors, guerre des mages ou pas, moi, j’emmène les bêtes aux pâtures, et puis c’est tout !

Et puis… ce qui devait arriver arriva… le temps d’un battement de cils et son troupeau se fait bouloter par des bestioles volantes. Il n’en faut pas plus pour que Pistolin fasse le serment de débarrasser la région de ses satanés mages qui terrorisent les villages. Il s’improvise Traquemage sans rien y connaitre à l’occultisme. Dans son périple, il fait la connaissance de la « Fée Pompette » qui va l’initier aux mystères de la magie.

Baptême d’un nouveau genre : la rural fantasy ! L’accroche marketing prête déjà à sourire et annonce l’univers bonhomme dans lequel on s’apprête à entrer. Pour peu que l’on s’attarde sur le visuel de couverture, on obtient quelques indices supplémentaires en voyant les trognes des personnages qui y figurent : un paysan un peu péquenaud qui semble être animé d’un élan de virilité soudain. A ses côtés, une brebis qui n’en mène pas large…

Wilfrid Lupano est un touche-à-tout. Il nous a montré depuis longtemps qu’il ne se cantonnait pas à un style. Dans son petit laboratoire d’auteur, il explore, teste et expérimente. Il sort de sa fabrique à histoires des aventures parfois déjantées, parfois très sérieuses. Du polar (« Ma Révérence ») à l’héroïc fantasy (« Alim le tanneur »), en passant par le roman graphique historique (« Le Singe de Hartlepool »), une aventure muette (« Un Océan d’amour ») ou une comédie dramatique (« Les Vieux Fourneaux »)… Quel que soit le ton, ça fait mouche auprès des lecteurs. Talentueux, Lupano mène ses scénarios à la baguette, travaillant le rythme, titillant les nerfs de son lecteur aux moments cruciaux, l’amadouant dans l’instant suivant…

Onze ans après « Alim », il revient à l’héroïc fantasy. Cette fois, les personnages ont beaucoup plus de gouaille et un franc parler qui n’est pas sans nous rappeler les anars des « Vieux Fourneaux ». L’humour est très présent dans le récit, ce genre d’humour potache, un peu brut… une bonne tape amicale et pataude qu’on se prendrait dans l’omoplate, une tape si chaleureuse qu’on n’est pas loin du décollement de poumon. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce premier tome de « Traquemage » même si je suis certaine qu’il ne m’en restera pas grand-chose. Avec cet univers rural et médiéval, on chausse les gros sabots sans mots dire, on se gausse des personnages et des situations catastrophiques dans lesquelles ils se mettent. Wilfrid Lupano se moque de tout et invente un nouveau royaume : celui de la poilade. Il place dans son récits quelques références à des événements qui ont marqué l’actualité médiatique de ces dernières années (l’affaire Omar Raddad par exemple) et en fait voir de toutes les couleurs à son trio de personnages : un berger pas très futé mais téméraire et qui fait preuve de bon sens dans des moments inattendus, une fée grassouillette et alcoolique qui n’a pas la langue dans sa poche et une brebis muette embarquée à l’insu de son plein gré dans cette épopée folklorique.

Au dessin : Relom. Il crée des trognes incroyables, des postures corporelles improbables. Son trait utilise allègrement cet humour décalé qui martèle son rythme sur la narration. Le trait est rond, les femmes ont des rondeurs généreuses que les pognes masculines viennent malaxer avec gaucherie. On sympathique rapidement avec les personnages, on scrute les détails graphiques qui se sont glissés dans les cases. Un univers frais qui nous arrache des éclats de rire au moment où l’on s’y attend le moins.

PictoOKJ’ai passé un très bon moment en compagnie de cet album même si je suis loin du coup de cœur. Le genre d’album où l’humour vole souvent au ras des pâquerettes mais c’est cocasse.

LABEL LectureCommunela-bd-de-la-semaine-150x150Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Noukette et Jérôme à l’occasion de ce mercredi BD (les liens des participants sont aujourd’hui chez Noukette). Merci à vous deux de m’avoir accompagnée dans cette lecture. Ça me réchauffe d’avoir pu publier avec vous aujourd’hui

Traquemage

Tome 1 : Le Serment des Pécadous

Série en cours

Editeur : Delcourt

Collection : Terres de Légendes

Dessinateur : RELOM

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : septembre 2015

ISBN : 978-2-7560-6464-2

Bulles bulles bulles…

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Traquemage, tome 1 – Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015