La Cage aux cons (Angotti & Recht)

Angotti – Recht © Guy Delcourt Productions – 2020

Karine, c’est l’amour de sa vie.

Et Karine aime l’argent. Elle veut beaucoup d’argent.

« En vrai, il y a que la poésie pour changer la misère du monde. Du moins, quand on n’a pas le pognon. D’ailleurs, Karine dit qu’on peut pas être à la fois pauvre et heureux. Mais elle aime quand même la poésie. »

Aussi, lorsqu’elle le fout à la porte et lui intime de revenir avec les poches pleines de pognon s’il veut de nouveau envisager de pouvoir la sauter, il ne réfléchit pas trop longtemps. C’est au bar qu’il trouve la solution : celle de suivre un client qui se vante à qui veut l’entendre qu’il est plein aux as et qu’il possède un joli petit magot chez lui.

Alors ni une ni deux, il décide de suivre ce bourgeois et de le cambrioler. Profitant de la nuit, il pénètre dans la riche demeure et trouve la planque aux biftons. Plein de biftons ! Jusqu’à ce que la lumière s’allume et que le bourgeois se mette à mener la danse avec élégance… une arme à la main.

« On a beau dire, un pétard, ça augmente considérablement le potentiel d’autorité d’un homme. »

Rapidement, le rentier fait faire un tour du propriétaire à notre gaillard. Un mort par ci, un mort par là… il ne met pas longtemps à comprendre que le riche poulet qu’il voulait plumer est un vrai psychopathe. Notre bonhomme est tombé dans un vrai guêpier. Le voilà désormais prisonnier et soumis au bon vouloir de celui qui le retient en otage.

La dernière fois que j’avais lu un récit de Matthieu Angotti, c’était à l’occasion de la sortie de son premier album, « Désintégration – Journal d’un conseiller à Matignon ». Et je ne pensais pas relire le scénariste de sitôt car son récit ministériel m’avait agacée. Le revoilà pourtant avec un huis-clos d’un autre genre. Cette fois, on quitte le registre de l’expérience personnelle (et professionnelle) pour rentrer dans un thriller où un voyou minable – porté sur la bouteille, le sexe et la poésie – se retrouve pris dans la toile d’un étrange psychopathe. Ce dernier prend l’apparence d’un rentier solitaire, un homme aigri et calculateur. Rapidement, notre « héros » décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Bien que la situation ne soit pas à son avantage, il choisit de profiter des bons côtés de la situation. Il observe son étrange preneur d’otage et se convainc qu’il parviendra à trouver le moment opportun pour prendre la fuite. Le scénariste travaille son ambiance de façon singulière et les rebondissements ne manquent pas de nous surprendre. Le résultat est réellement ludique. Matthieu Angotti se sert de l’humour dont son personnage principal fait preuve pour relativiser la situation et désamorcer la tension avant qu’elle ne devienne trop oppressante pour nous [lecteurs].

Le rythme narratif trouve son équilibre entre deux tons. D’un côté, on a la voix-off du pauvre bougre qui endosse le costume de personnage principal. Il choisit de rester positif face à sa situation de captif. Il constate vite que malgré les apparences, il vit aux frais de la princesse dans d’assez bonnes conditions. L’état d’esprit dans lequel il vit sa privation de liberté nous le rend, au demeurant, fort sympathique ! L’autre ton de la narration se trouve dans les échanges interactifs entre le « con » bourgeois et notre pauvre hère. Beaucoup d’autodérision, un poil de cynisme et une bonne rasade de perversité sont les éléments sur lesquels se construit l’intrigue. Sans compter que les deux hommes se trouvent un centre d’intérêt commun : la poésie ! Les voilà qui déclament avec parcimonie quelques alexandrins, ce qui est assez inattendu et renforce le comique de situation. Quelques explosions de violence par-ci par-là nous rappellent à l’ordre régulièrement et nous intiment de ne pas oublier que le con est imprévisible voire irascible… il faut se méfier de l’eau qui dort. Je n’ai pu m’empêcher de comparer cette atmosphère – fruit d’un judicieux dosage d’humour et de sérieux – à certains albums d’Aurélien Ducoudray.

Au dessin, on retrouve Robin Recht qui avait déjà collaboré sur le précédent album de Matthieu Angotti. Il construit un univers en noir et blanc qui se marie très bien au propos.  La lecture est fluide, on avance dans l’album un peu comme si on regardait un bon vieux policier. D’ailleurs, la trogne du commissaire en charge de l’enquête n’a pas été sans me rappeler Lino Ventura… je n’ai donc pu m’empêcher de donner la voix de l’acteur et sa gestuelle à ce personnage secondaire.

L’album m’attendait depuis un moment et j’en différais la lecture, accaparée par la conclusion trop rapide que j’avais tirée de ma lecture de « Désintégration » ; il me semblait que j’étais totalement étanche au travail d’écriture de Matthieu Angotti… voilà qui n’en est rien ! C’est donc une très belle surprise de lecture !

La chronique de Branchés culture.

La Cage aux Cons (récit complet)

Editeur : Delcourt / Collection : Machination

Dessinateur : Robin RECHT / Scénariste : Matthieu ANGOTTI

Dépôt légal : octobre 2020 / 152 pages / 18,95 euros

ISBN : 9782413018575

Fire Force, tome 16 (Ohkubo)

tome 16 – Ohkubo © Kana – 2020

L’histoire de « Fire Force » se déroule dans une autre temporalité, dans laquelle un cataclysme mondial a détruit la quasi-totalité du monde vivable. Il ne reste plus que le Japon, qui a réussi à survivre.

Ils ont totalement changé de mode vie et ont aussi, par conséquent, changé de calendrier.

Dans ce monde les Humains survivants craignent la mort par combustion plus que tout, c’est-à-dire une mort ou la personne concernée se change en flamme ; ils appellent les personnes changées en flamme « Torche humain ». Ces êtres, qui ne sont plus humains, ont un désir de détruire et tuer tout ce qui se trouve autour d’eux. Pour les en empêcher, des brigades de pompiers entrainés pour les affronter vont les combattre. Quand ils interviennent, ils disent qu’ils « apaise leur âme ». Pour le faire, ils ont avec eux un prêtre ou une prêtresse qui est chargé de réciter la prière qui apaise. Les torches humaines sont la première génération, il y a ensuite la seconde génération qui elle est composé d’humain « normaux » qui ne s’enflamment pas comme les premières générations ; ils gardent le contrôle et sont même capables de contrôler le feu. Il y a aussi une troisième génération qui peut générer du feu et le contrôler.

Les brigades de pompiers sont au nombre de huit, il y a aussi des pompiers comme on les connait.

Le héros de ce manga se nomme « Shinra », il veut intégrer les brigades « spéciales » des pompiers. Shinra possède un pouvoir de troisième génération ; il peut générer des flammes par les pieds et peut voler en les contrôlants. Cela fait de lui un personnage plutôt mobile.

Dans cet univers, on suit non seulement Shinra mais aussi ses compagnons. Ils ont tous un caractère différent.

– Akitaru Ôbi, est le capitaine de la 8ème brigade, il ne possède pas de pouvoir, c’est un humain lambda. Il est toujours entrain de faire du sport.

– Takehisa Hinawa, est le commandant (le second du capitaine), il possède un pouvoir de seconde génération. Il peut contrôler le feu et accélérer ou ralentir une balle tirée par un pistolet. Son passé de militaire a déteint sur son caractère, il est autoritaire et rigoureux.

– Maki Oze, est une première classe de la 8ème brigade. Elle possède un pouvoir de seconde génération ; avec un feu déjà allumé, elle peut générer des feux follets qu’elle contrôle. C’est un personnage très discret, elle ne s’impose pas.

 – Arthur Boyle, est une deuxième classe comme Shinra, et aussi comme Shinra. Il possède un pouvoir de troisième génération. Il se prend pour un chevalier.

– Iris, est la bonne sœur de la 8ème brigade, elle est « amoureuse » de Shinra. Elle ne possède pas de pouvoir.

Les ennemis de Shinra sont les disciples du Grand Prédicateur, Charon est un de ceux-là, il est puissant est a déjà battu Shinra par le passé. Hajima industries, veulent utiliser un des pouvoirs de Shinra, il doit donc les affronter elles aussi.

Le scénario est bien, il innove, le dessin lui est bon, les détails sont réussis. Le jeu des personnages est riche et les personnages secondaires ont des personnalités complémentaires. Cela permet au scénario d’avoir un bon rythme.

Le tome 16 est sympa, on suit la suite des aventures de Shinra. Il se rend au complexe des industries Hajima et affronte Kuruno, un employé de Hajima très puissant. Il va aussi affronter de nouveau Charon le membres des disciples du Grand Prédicateur. C’est un tome important dans la série car il contient un événement important qui relance la série et lui donne de nouvelles perspectives. Le cliffhanger final est assez accrocheur.

Fire Force, tome 16

Scénariste/Dessinateur : Atsushi Ohkubo

Editeur : Kana

Genre : Science-fiction, humour, combat

Dépôt légal : 6 novembre 2020

ISBN : 9782505084426

Prix : 6,85€

Les Vieux Fourneaux, tome 6 (Lupano & Cauuet)

Il est des séries et des auteurs qui en très peu de temps sont devenus des incontournables. Je range « Les vieux Fourneaux » dans cette rubrique puisqu’il aura fallu moins de cinq ans pour qu’elle attire l’attention d’un large lectorat. Et oui ! C’est en 2014 que débarquaient pour la première fois Mimile, Pierrot et Antoine dans les bacs des libraires. Trois vieux potes de toujours aujourd’hui labellisés « Seniors » par la société. Leur vie est derrière eux mais ils sont bien décidés à croquer à pleines dents les années qui leur restent à vivre. Puis nous [lecteurs]… on est sur les charbons ardents une fois par an… quand la sortie d’un tome des « Vieux fourneaux » se profile. Et le cru 2020 ne déroge pas à la règle.

tome 6 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2020

Avec le décès de Fanfan, le QG de « Ni Yeux Ni maître » est sur la sellette. Les héritiers de la vieille anarchiste comptent récupérer leur alléchante part d’héritage… et le plus vite sera le mieux ! Pierrot ronge donc son frein à l’idée que ces vautours prennent possession des lieux mais il est attendu sous d’autres cieux… ceux de la Guyane en l’occurrence. Mimile s’y est installé et a invité ses vieux potes à passer quelques jours de vacances. Antoine est ravit de pouvoir aller réchauffer ses rhumatismes sous un soleil plus généreux… Pierrot lui ronchonne de tout ce chambardement que le voyage implique. Mais avant d’arriver à bon port, il y a quelques surprises intermédiaires à gérer. A l’aéroport, Pierrot apprend notamment qu’il est fiché « S » …

« – Je lis : « identifié comme activiste de la mouvance d’Ultra-gauche. »

– Hahaha ! Je t’en foutrais, moi, de la mouvance ! A mon âge, c’est davantage de la traînance que de la mouvance. Mon dernier forfait était d’ailleurs l’arrachage d’un détecteur de mouvance dans les chiottes du bar Le Rami, dans le 18è… »

Le rythme de la série est trouvé depuis quelques tomes déjà et ne relâche plus désormais (excepté le tome 3 que je trouvais un peu mollasson). Au programme de ce sixième tome, il y a de l’humour et du sarcasme, de la franche camaraderie et des retrouvailles, du militantisme et de l’altruisme, de la vraie belle mauvaise foi et la trogne bougonne de Pierrot, les tatouages de Mimile, l’accent « so british » d’Errol et la joie contagieuse d’Antoine, des pluies diluviennes et le grand soleil de Guyane… j’en passe. Autant d’ingrédients différents qui font le sel de cet univers.

Le ton du scénario de Wilfrid Lupano est enlevé et plein de bonne humeur ; c’est là la marque de fabrique de la série. Cette ambiance joyeuse sert d’appui pour aborder des sujets de fond bien plus sérieux. Ici, il sera question d’écologie. Pollution et déforestation servent d’appui pour faire une pique bien placée au système capitaliste. Le propos critique dégomme les pratique de pillages des richesses minières des pays au détriment de tout : de la vie, de l’écosystème, de la santé des indigènes…

La patte graphique de Paul Cauuet est très fidèle elle aussi à l’atmosphère de la série. Malgré le dépaysement qui nous extrait de la piaule parisienne de Pierrot ou des campagnes du sud-ouest de la France, on est là comme chez nous dans la forêt tropicale guyanaise, à pagayer sur le Maroni. Et à se moquer ouvertement de ce pauvre Pierrot qui a bien du mal à s’adapter à son nouvel environnement.

Du bon, de la poilade et un discours très gauchiste comme j’aime. A lire !

Les vieux Fourneaux (série en cours)

Tome 6 : L’Oreille Bouchée

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Paul CAUUET / Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : novembre 2020 / 56 pages / 13 euros

ISBN : 9782505083368

A Safe new World, tome 1 (Antai & Sasamine)

tome 1 © Antai 2019 / HIFUMI SHOBO © Sasamine Kou 2019 / MAG Garden

L’histoire débute quand le héros se réveille dans un autre monde en ne sachant pas comment il y est arrivé. A son réveil, il se trouve allongé dans une forêt située sur une montagne. Il découvre vite que des monstres (Ours, Slime…) ainsi que des brigands cannibales vivent dans les alentours. Il arrive à survivre grâce à la fuite. Quand il arrive à sortir enfin de cette forêt, il voit un château et décide de s’y rendre. En arrivant il se fait arrêter. Peu de temps après, il rencontre une chevalière avec il va devenir plus ou moins ami.

L’univers de ce manga est sympa, on y voit monstres, magie, chevaliers et châteaux. Ce qui est aussi intéressant c’est que le héros ne possède pas de magie ni de capacités spéciales, bref il est faible. Mais aussi il veut vivre en paix et pour cela, il a ses connaissances qu’il va utiliser pour aider et se protéger.

Ce manga est adapté d’un roman. Les dessins apportent un plus au scénario, les scènes de combats sont belles, le dessin est bien mais il n’y a pas toujours de décors très détaillés. Malgré ça, ça reste un manga sympa à lire et à regarder.

Seul problème (qui sera élucidé très certainement dans les tomes qui suivent) : on ne connait pas le nom du héros, ni son âge. On sait à peu près qu’il vient du Japon mais après on ne sait rien de plus sur lui.

Le personnage est à l’image d’un anti-héros. Il est peureux, compte régulièrement sur les autres pour combattre à sa place, va jusqu’à se cacher derrière eux. Il y a beaucoup d’humour dans le scénario ce qui donne un bon mélange entre des scènes humoristiques et des passages plus sérieux. Il y a une bonne ambiance dans ce manga, c’est un univers vraiment ludique.

J’ai beaucoup aimé ce manga. L’histoire et les personnages sont intéressants. C’est un bon manga d’héroïc-fantasy qui m’a donné envie de lire la suite et de lire le roman dont il est tiré.

Scénariste : Antai (Hifumi Shobo), Dessinateur : Kou SASAMINE

Editeur : Komikku

Genre : Fantasy, Isekai, Humour

Dépôt légal : 29 octobre 2020

ISBN : 9782372875370

Prix : 7,99€

Castelmaure (Trondheim & Alfred)

Trondheim – Alfred © Guy Delcourt Productions – 2020

Au pays de Castelmaure, il y a des sorcières qui, la nuit, tordent le cou aux lièvres pour avoir les ingrédients nécessaires à leurs potions.

Au pays de Castelmaure, il y a des petits garçons sans yeux qui, la nuit, font peur aux sorcières.

Au pays de Castelmaure, il y a plein de contes et de légendes qui font peur… et un mythographe qui voyage par monts et par vaux pour les collecter et pouvoir publier un recueil de contes populaires. Zéphyrin est ce mythographe. Après avoir mis ses pas six ans durant dans les pas du roi Eric sans toutefois parvenir à le trouver, Zéphyrin s’est mis à courir après les contes populaires et notamment celui qui parle de la Malédiction de Castelmaure. Une quête pas plus insensée que la première… peut-être est-il plus utile de coucher par écrit des récits jusque-là transmis uniquement à l’oral que de courir après un fantôme…

Et puis un jour, la quête de l’un et la fuite de l’autre s’arrêtent lorsqu’ils se retrouvent nez-à-nez. De pauvres hères les ont rejoints et les légendes de Castelmaure trouvent tout leur sens.

Voilà un récit fort surprenant auquel je ne m’attendais pas de la part de ces deux auteurs. Alors certes, Lewis Trondheim est capable de tout, d’aventures un peu dingues, dans tous les genres et à toutes les périodes, mais la quête moyenâgeuse sur fond de surnaturel… je ne l’avais pas vue venir. Alors certes (oui je sais… encore…), il n’y a rien de convenu dans cette aventure. Des choses déjà vues ailleurs oui mais assemblées de cette façon-là non. C’est une fois encore tellement neuf que que je n’ai rien vu venir… la chute, la manière dont l’histoire se déplie et les étapes par lesquelles elle passe.

Cela raconte le poids d’une malédiction. Cela dit qu’il y a toujours une part de vérité dans les légendes (pour ne pas dire dans les rumeurs). Cela dit que seul, on n’arrive à rien et qu’à deux, on est plus intelligents. Cela dit qu’il y a toujours quelques part un individu Alpha qui a besoin de guerres intestines pour parvenir à ses fins. Cela dit que l’oralité est une très belle transmission mais que si l’on n’y prête attention, c’est tout un savoir qui se perd. Cela dit encore qu’on n’arrêtera jamais de remettre au goût du jour des mots inusités plein de sens… voire des mots à double sens… ainsi le mythographe peut être celui qui court après les légendes mais… cela peut être aussi celui qui collecte les discours d’affabulateurs – voire mythomanes – en tout genre…

Le dessin d’Alfred est un peu goguenard, un poil caustique, glisse à merveille entre passé [où le nœud de l’intrigue s’est formé] et le présent [qui voudrait démêler tout cela]. D’apparence bonhomme, ce conte nous aspire finalement dans des enjeux bien plus importants que ceux auxquels on pensait initialement. Et c’est bel et bien par la surprise qu’on nous ferre ici… allant de personnages en personnages a priori sans liens apparents jusqu’à ce que le puzzle narratif se forme dans un tout très cohérent.

Ne vous fiez pas aux apparences car ces dessins dynamiques et colorés, c’est bel et bien à un public adulte que ce conte s’adresse. Amateurs de bizarreries, d’univers atypiques où rien n’est cousu de fil blanc… cet album est pour vous.

La chronique de Paka.

Castelmaure (Récit complet)

Editeur : Delcourt / Collection : Shampooing

Dessinateur : ALFRED / Scénariste : Lewis TRONDHEIM

Dépôt légal : octobre 2020 / 144 pages / 18,95 euros

ISBN : 978-2-4130-2890-1

Mes quatre Saisons (Nicoby)

Nicoby © Dupuis – 2020

Au printemps, Nicoby se rappelle les préoccupations qu’il avait à 20 ans. Il dessine à tout-va depuis l’enfance, a des idéaux à revendre, les pieds sur Terre et la tête dans les nuages. Il rêve de faire de la BD mais la réalité économique le force à trouver une autre orientation… une alternative.

C’est aussi à cette période que L’Association commence à se monter et propose une ligne éditoriale tout à fait nouvelle. Cet éditeur alternatif montre ainsi à tous que la BD sait faire autre chose que des albums « grand public » et apporte un vent nouveau à ce secteur éditorial. La « BD d’auteur » a désormais voix au chapitre et cela donne quelques perspectives à Nicoby.

« C’est peut-être ça l’aventure : raconter un truc chiant en essayant de le rendre intéressant. La BD en pleine mutation. »

Tout en poursuivant des études – qu’il perçoit pourtant comme une voie de garage -, Nicoby ne perd pas de vue son rêve de toujours : vivre de son dessin. Aujourd’hui, il a la quarantaine. Il vit de son art. Un artiste-auteur qui continue à nourrir à chaque occasion sa passion pour la BD.

« La vie d’auteur de bandes dessinées, c’est surtout un long face-à-face avec soi-même. Une vie d’ascète, de moine solitaire. »

S’enchaîne la vie au rythme des saisons. A l’été, des rencontres pour récupérer des planches pour les expositions de la prochaine édition de Quai des Bulles. L’automne et son lot d’idées géniales pour des albums à venir. L’hiver et l’aggravation de l’état de santé de sa mère ; elle souffre d’Alzheimer. La mémoire friable de sa mère lui donne l’envie de retracer l’histoire familiale… et la sienne peut-être aussi un peu.

On parcourt ainsi une année de la vie de Nicoby. Bilan en humour avec des anecdotes de son parcours personnel et professionnel.

J’aime foncièrement Nicoby depuis que j’ai lu « Les Ensembles contraires » … cela fait une dizaine d’années maintenant. Depuis, j’ai saisi chaque occasion de le lire, même quand il ne s’occupe « que » de réaliser les planches d’un album (dans « 20 ans ferme » par exemple). Son regard sur le monde, sur la vie, son parcours… il me touche et fait mouche.

Sa passion pour la BD ne fait que grandir depuis ses 10 ans sans prendre une place dévorante. Il la dompte comme il peut, souvent du fait de contraintes budgétaires. Il aménage finalement sa vie professionnelle autour de sa passion de gosse qu’il ne cherche pas à cacher. Je trouve ça chouette de le voir s’extasier devant l’original d’une planche de Sempé ou de Franquin. C’est aussi agréable que le fait de pouvoir profiter de l’euphorie et de la satisfaction qu’il ressent à travailler sur un nouvel album de « Tif et Tondu » … projet qu’il appréhende comme une petite madeleine de Proust, un moyen de retrouver le même plaisir qu’il avait – gamin – à dévorer les tomes de la série. Tout cela fait largement contre-poids avec le fait de bouffer du pain noir du fait de son activité professionnelle qui a son lot d’incertitudes…

Le dessin est d’une bonhommie chaleureuse. Le propos sonne comme une confidence. Nous voilà bien accueilli dans cette lecture par un artiste fort fort généreux !

Nicoby nous offre un témoignage d’une spontanéité folle. Le propos est bourré d’autodérision. Il ne cache rien du manque de confiance qui le taraude parfois. Il nous ouvre son quotidien entre sa vie de famille et enfants à récupérer à la sortie de l’école, ses journées de travail qui sont souvent un long tête-à-tête avec lui-même, ses rencontres avec d’autres auteurs pour préparer Quai des Bulles (il est l’un des trois directeurs artistiques du festival), des soirées organisées par les éditeurs qui sont autant d’occasions de rencontrer des amis et de lier de nouvelles connaissances. Cet album est autant d’occasion de revenir sur son parcours, ses albums, les affinités qu’il a tissées avec d’autres auteurs (Sylvain Ricard, Etienne Davodeau, Eric Aeschimann, Didier Tronchet…)

La chronique de Branchés culture.

Mes quatre Saisons – Première Partie

Editeur : Dupuis / Collection : Aire Libre

Dessinateur & Scénariste : NICOBY

Dépôt légal : octobre 2020 / 216 pages / 22 euros

ISBN : 979-1-0347-5031-3