Opération Copperhead (Harambat)

Harambat © Dargaud – 2017

Silence !

Moteur !

On tourne !

Egypte.
C’est la fin des années 70. Sur les rives du Nil, une équipe de tournage film les scènes de l’adaptation du célèbre roman d’Agatha Cristie « Mort sur le Nil » . David Niven, incarnant le Colonel Race, donne la réplique à Peter Ustinov qui s’est glissé dans la peau d’Hercule Poirot. Tous deux savourent cette opportunité de se retrouver. Lorsqu’ils ne travaillent pas, les deux amis prennent plaisir à savourer ensemble un bon thé et à se rappeler quelques souvenirs… en particulier ceux qui les ramènent à Londres en 1943.

A cette époque, la guerre bat son plein. L’espion insaisissable Karlinski échappe aux forces de l’ordre, la belle Véra brise les cœurs, les alertes récurrentes invitent la population à se réfugier dans les abris et Churchill, en fin stratège, veille comme un vieux lion rusé et bienveillant sur son pays. Afin de tromper Hitler, il donne le feu vert à l’ « opération Copperhead » et charge Dudley Clarke (qui a eu l’idée de ce stratège) de coordonner la mission. Dudley contacte David Niven et lui demande d’organiser le tournage d’un film de propagande qui servira de couverture à l’Opération.

L’idée est venue au colonel Dudley Clarke – en visionnant le film de Billy Wilder – qu’un sosie pourrait incarner le général Montgomery pour tromper les nazis. Il en avait alors fait la proposition à Churchill. Le général Montgomery avait un visage bien caractéristique. Il était devenu immanquablement identifiable lorsqu’il avait été nommé à la tête de l’armée alliée. L’armée lui donnait même un petit nom : « Monty ». L’objet de l’opération était de sauver des vies en mobilisant les nazis loin du véritable débarquement. A cette fin, il nous fallait trouver, recruter et former un acteur capable d’être une doublure convenable du général Montgomery et promener cette doublure en Afrique du Nord.

Le dessin est un peu mordant et nerveux, son aspect anguleux et sec me fait un peu penser aux dessins satiriques. Deux scènes se déroulant dans les années soixante-dix bordent comme une parenthèse le récit de ce souvenir vécu par Niven et Ustinov ; l’une introduit le récit et l’autre vient la conclure avec nostalgie et optimisme. Les faits historiques réels sont le ciment du scénario de Jean Harambat qui se plait ensuite à se mettre dans la peau des protagonistes pour revivre les événements.

C’est comme si on y était, comme si le film se déroulait sous nos yeux et que les deux témoins sont devenus des personnages superbement bien interprété par des acteurs de talents. Le film se tourne en permanence. L’histoire est racontée à la manière d’un film (par scène, par bribe) mais toujours de façon chronologique.

On passe d’une scène choisie à une autre, les décors changent et le plateau de tournage est la ville de Londres dans son ensemble. Les scènes sont plus ou moins longues (une demi-douzaine de planches tout au plus) et la complicité entre Niven et Ustinov fait plaisir à lire. Ces deux gentlemen anglais rendent l’atmosphère joyeuse et détendue. Et l’on chemine ainsi de leur rencontre en 1943 au débarquement de Normandie en juin 1944.

Et puis il y a ce côté grandiloquent qu’apporte la présence constante de l’industrie du cinéma de cette période. On entend les radios et les gramophones grésiller, on respire l’air encombré de fumée et de vapeur d’alcool des cabarets.

L’album dispose d’une très belle ambiance graphique pour illustrer ce récit d’espionnage divertissant.

C’est le Prix René Goscinny 2018 (remis lors du Festival International de la BD d’Angoulême) que j’ai eu le plaisir de lire grâce à Price Minister et Rakuten dans le cadre de « La BD fait son Festival » :

Il est demandé d’attribuer une note, alors j’attribue un 15/20 à cet album.

Opération Copperhead

One shot
Editeur : Dargaud
Dessinateur / Scénariste : Jean HARAMBAT
Dépôt légal : septembre 2017
170 pages, 22.50 euros, ISBN : 978-2205-07484-0

Bulles bulles bulles…

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Opération Copperhead – Harambat © Dargaud – 2017

Quai d’Orsay, Intégrale (Blain & Lanzac)

Lanzac – Blain © Dargaud – 2013

Seul dans son grand bureau, il lit un petit livre rouge.

Ce bureau, c’est le « quai d’Orsay » , siège du Ministère des Affaires étrangères.

Ce livre, ce sont les « Pensées de Mao » .

Cet homme, c’est le Ministre. A l’époque, c’est Dominique de Villepin qui incarne la fiction mais chut-il-ne-faut-pas-le-dire… Je me contenterais de dire que la ressemblance est troublante avec notre homme qui se nomme Alexandre Taillard de Vorms

Alexandre Taillard de Vorms est un ministre déterminé. C’est un ministre lucide qui fonctionne à l’instinct.

Quai d’Orsay, intégrale – Lanzac – Blain © Dargaud – 2013

Et nous, humble lecteur, allons accompagner notre personnage principal, Arthur Vlaminck, dans sa prise de fonction au ministère… il va être en charge d’écrire les discours du ministre. Un ministre combattif et en perpétuelle réflexion. Un ministre dont la pensée est vivante, en mouvement permanent. Un ministre charismatique… qui questionne, certes… mais qui use et abuse des hésitations de ses interlocuteurs éberlués pour formuler les réponses qu’il attend d’eux. Avec lui, ça va vite, très vite. Ça claque, ça pulse et ça bouge en permanence !

C’est comme ça qu’on gouverne le monde. Par la pensée, par la culture.

OTAN, prise d’otages, crise en Ouganda, relations internationales électriques avec le Royaume du Lousdem, rencontres avec des Prix Nobel, intervention en Conseil des Ministres, voyages diplomatiques… Cet homme est un coup de vent charismatique. Il est partout, dynamique, pertinent, actif, réactif…

Quai d’Orsay, intégrale – Lanzac – Blain © Dargaud – 2013

Dans son bureau, Arthur Vlaminck gratte les feuilles. Il est « le langage » du ministère. Il écoute le ministre, épouse ses humeurs et tente d’énoncer au mieux son point de vue. Jour et nuit, il écrit des discours, des tribunes, des articles… Il soumet ses textes au Ministre et réécrit, reformule, corrige, change… jour et nuit, nuit et jour. Sa vie privée par au second plan. Ça fait combien de temps qu’il n’a pas vu sa petite amie déjà ? Il n’a pas trop le temps d’y penser… un nouveau texte l’attend déjà.

« Quai d’Orsay » est une lecture qu’on m’a recommandée de nombreuses fois. J’ai tardé à la découvrir, la politique n’étant pas mon rayon, même quand elle est traitée avec humour. Je n’ai pourtant aucun grief contre la plume débridée de Christophe Blain, les nombreuses critiques élogieuses sur ses albums sont plus alléchantes les unes que les autres mais allez savoir pourquoi, de lui, je n’ai lu que « En cuisine avec Alain Passard » et les « Donjon Potron-Minet » m’attendent depuis les calanques grecques.

Le fait de posséder cette intégrale regroupant les deux tomes du diptyque était donc l’occasion de parfaire une culture BD encore lacunaire.

Pour ce projet, l’auteur s’est associé à Antonin Baudry qui, outre le fait d’être scénariste (BD et cinéma) sous le pseudonyme d’Abel Lanzac, est également diplomate ; à ce titre, il a exercé ses fonctions auprès de Dominique de Villepin quand ce dernier était Ministre de l’Intérieur puis Premier Ministre.

Le scénario offre la possibilité d’accéder à différentes anecdotes où les questions des tensions et relations internationales sont reléguées au second plan ; le cœur de notre sujet est cet homme charismatique qui incarne la fonction de ministre des affaires étrangères.

On se retrouve comme dans un huis-clos, la bulle d’un Ministère (c’est déjà l’impression que j’avais eue en lisant « Désintégration » ou un autre conseiller ministériel – Matthieu Angotti – se mettait lui aussi à la BD pour témoigner de façon beaucoup moins… ludique).

Quai d’Orsay, intégrale – Lanzac – Blain © Dargaud – 2013

Le dessin de Blain se tort, se malaxe à volonté pour répondre au mieux à la personnalité extravagante du Ministre. Cet homme à la carrure démesurée n’a rien à envier aux silhouettes musclées des nageurs professionnels. Cheveux au vent, il traverse à grandes enjambées les couloirs interminables du ministère, parcourt en un battement de cils une distance que d’autres mettraient beaucoup plus de temps à traverser, claque les portes à les dégonder. En gros, cet homme a toujours plus d’une longueur d’avance et ce à tous les points de vue. Il est visionnaire, percutant, un poil nombriliste, colérique mais brillant.

Un album excellent quoi qu’un peu étourdissant.

Quai d’Orsay

– Chroniques diplomatiques –
Intégrale du diptyque
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Christophe BLAIN
Scénaristes : Christophe BLAIN & Abel LANZAC
Dépôt légal : octobre 2013
214 pages, 29.99 euros, ISBN : 978-2-205-07167-2

Bulles bulles bulles…

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Quai d’Orsay, intégrale – Lanzac – Blain © Dargaud – 2013

Petite maman (Halim)

Halim © Dargaud – 2017

Brenda vient de naître. Sa maman a 15 ans, son père guère plus… il choisit la fuite plutôt que de prendre cette lourde responsabilité d’assumer.

Brenda a 3 ans. Elle n’est pas bien grande quand la douleur la réveille la nuit. Ses dents poussent. Elle pleure. Sa mère lui répond par des cris.

Brenda est un peu plus grande quand elle constate qu’elle est un poids pour cette mère fatiguée. Alors Brenda fait ce qu’elle peut pour prendre soin de sa mère. La vaisselle. Les tartines du petit-déjeuner. S’habiller, mettre en vitesse son sac sur son dos et filer à l’école où elle arrivera en retard, une fois encore.

Petite mère

Brenda continue de grandir. La Directrice la convoque souvent pour comprendre les retards. Et la questionne sur les bleus qu’elle a tantôt sur le front, sur les bras…

Brenda ne connaît pas son père mais elle voit passer les amoureux éphémères de sa mère. Et les pleurs de cette dernière quand elle croit être seule dans la cuisine.

Brenda ne connaît pas son père mais un jour, elle fait la connaissance de Vincent. Elle a du mal à accepter ce nouvel homme qui va désormais partager la vie de sa mère… qui va désormais faire partie de sa vie à elle.

Des bleus sur le corps, des bleus au cœur et à l’âme, Brenda va tenter bon gré mal gré de survivre.

Petite maman – Halim © Dargaud – 2017

 

Ouch ! Il faut pouvoir la digérer cette lecture que l’on engouffre pourtant d’un trait. Halim Mahmoudi décrit le quotidien d’une enfant que l’on va voir grandir dans un contexte familial des plus malsain. L’auteur campe le décor. Pour commencer, une fille mère dépassée par les événements, fragile nerveusement. Une fille mère qui voit cette enfant comme une menace. Une fille mère qui refuse de grandir du moins… une enfant à qui son propre enfant vole une partie de sa jeunesse. Inconsciemment, la fillette va en faire les frais.

On voit les négligences, les carences éducatives, des gestes d’affection qui vont et viennent. On voit, on ne s’alarme pas, pensant que les choses pourront se résorber même si c’est dur… un peu dur. Puis l’enfant grandit et absorbe naturellement de nouvelles responsabilités. Elle essuie aussi d’un revers de la main les mots blessants de la mère, quelques privations, quelques humiliations. C’est dur. Puis, l’adolescence arrive. Elle pointe le bout de son nez prématurément, en même temps que l’arrivée de son beau-père dans sa maison, son chez-elle… son repaire. La mère ne la pince plus, toute concentrée qu’elle est à vivre sa nouvelle grossesse… toute confiante qu’elle est à laisser son nouveau compagnon à s’occuper de l’éducation de sa fille. Parfois, la mère s’oppose, offrant à Brenda un court répit… les coups continuent de pleuvoir sur un autre corps. C’est dur, très dur.

A l’intérieur, c’est l’horreur. Dehors, quand elle est à l’école, elle a appris à garder la tête haute.

Maltraitance ? Le terme sera à peine employé dans l’album. Parce qu’on est au contact permanent de l’enfant. Parce que personne n’a su lui poser les bonnes questions, parce que certains adultes ont tenté d’intervenir mais Brenda n’a jamais rien lâché de ce qui se passait sitôt qu’elle était rentrée chez elle. On le verra pourtant surgir ça et là, quand on parvient à s’extraire de Brenda. Tantôt le psychologue, tantôt les services sociaux… ils le disent ce mot qui permettrait de changer les choses. Les changer ? Oui mais pour quoi ? Une vie en foyer ? Loin de sa mère, loin de son frère… après la maltraitance la séparation : une autre forme de souffrance ?

Un livre coup de poing.

La chronique de Mes échappées livresques.

Une lecture que je partage avec les lecteur de « La BD de la semaine » dont le rendez-vous se déroule aujourd’hui chez Noukette.

Petite maman

One shot
Editeur : Dargaud
Dessinateur / Scénariste : Halim
Dépôt légal : septembre 2017
192 pages, 19.99 euros, ISBN : 978-2-5050-6710-8

Bulles bulles bulles…

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Petite maman – Halim © Dargaud – 2017

Les Vieux Fourneaux, tome 4 (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Cet été-là, Antoine a accompagné Sophie durant toute la tournée du spectacle de marionnettes « Le Loup en slip » . Bien qu’Antoine ne soit pas parvenu à soutirer à Sophie des informations sur le père de Juliette (son arrière-petite-fille), il est tout de même ravi d’avoir passé du temps en famille… mais ses vieux os ne sont pas mécontents de retrouver un bon lit et les copains du bistrot du village. Par contre, pendant son absence, une espèce protégée a eu la mauvaise idée de venir s’installer dans le champ de Berthe. Et le champ de Berthe, c’est exactement l’endroit où Garan-Servier avait prévu de faire ses travaux pour agrandir son usine.
Alors voilà que les zadistes sont arrivés en renfort sur le site de Garan-Servier ! Et ce n’est pas les gens du coin qui vont s’en plaindre… Sauf peut-être Antoine qui voit d’un mauvais œil ce violent coup de frein à la reprise de l’activité économique de la région. « Moi j’ai fait ma véranda plein sud et… », « Pis c’est mon coin à champignons le bois de chez Berthe » , « sans compter que les nouveaux employés ne viendront pas à La Chope » … Autant de faux arguments qui chauffent suffisamment les oreilles d’Antoine pour que ce dernier décide d’aller s’expliquer avec les « rastaquouères » écolos.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Wilfrid Lupano passe au karcher des sujets d’actualité épineux et dont les médias font leurs choux gras. L’auteur décape, défrise, déride et décale ces questions de société à coup d’humour déjanté et un brin alcoolisé. Protection de l’environnement, migrants, délocalisation, relance économique, désert médical… et puis sans l’amouuuur, le tableau ne serait pas complet ! L’ambiance pourrait être électrique mais jamais ô grand jamais on se crispe ou on se lasse. C’est limpide, cinglant comme on aime et surtout, plein de bonne humeur. Parfaitement dans la continuité des tomes précédents, peut-être un poil plus affirmé, un scénario plus mordant et plus que jamais engagé. La qualité de chaque tome est réelle. Le scénariste est d’une lucidité aussi affutée qu’un couteau, fait fuser les répliques avec beaucoup de naturel. Les personnages sont plus vivants que jamais et on leur envie leur sens de la répartie. Il y a très peu de temps morts dans cet album mais on n’a pas l’impression d’être bombardé de rebondissements alambiqués qui seraient difficiles à répertorier. Bien au contraire, ces cinquante-quatre pages filent à la vitesse de la lumière et la fin de ce tome tombe comme un couperet et annonce un cinquième tome… que j’attends déjà avec impatience.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Paul Cauuet s’applique à dessiner ces silhouettes qui ne répondent à aucun des canons de la mode. Méticuleusement, il s’applique sur les rides et les bedaines, les cheveux hirsutes, les trognes improbables animées par des moues, des rictus, des bouches en cœur ou des grimaces de colère. Les illustrations nous réservent toujours une place de choix pour observer cette bande de sympathiques énergumènes se battre avec les aléas de la vie, se harpouiller et se serrer les coudes.

Ce quatrième tome est vraiment excellent. On retrouve le panache qui m’avait fait tant apprécier la série au premier tome. Une critique sociale loufoque que l’on a plaisir à lire et à relire.

Une belle lecture commune avec Sabine. Je vous laisse d’ailleurs avec les mots de Sabine qui sans nul doute en parlera mieux que moi.

Une lecture que nous partageons pour le rendez-vous de la « BD de la semaine » qui s’est posé [deuxième mercredi du mois oblige] chez Stephie !

Les Vieux Fourneaux

Tome 4 : La Magicienne
Série en cours
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Paul CAUUET
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : novembre 2017
54 pages, 11.99 euros, ISBN : 978-2-5050-6542-5

Bulles bulles bulles…

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Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Les beaux étés, tome 3 (Zidrou & Lafèbre)

Zidrou – Lafèbre © Dargaud – 2017

1992. Pierre et Pépète briquent Mam’zelle Estérel, la 4L familiale, afin qu’elle se montre sous son meilleur jour à son nouveau propriétaire. Pierre a tout de même un pincement au cœur à l’idée de devoir s’en séparer. La petite carte de fidélité retrouvée dans la boîte à gants fait remonter les souvenirs des premières vacances où Mam’zelle Estérel a emmené toute la petite famille jusqu’à Saint-Etienne…
1962. Les parents de Mado viennent d’offrir au couple une 4L rutilante, rouge estérel. Pierre est aux anges à l’idée de traverser la France au volant de cette magnifique Renault. La galerie chargée à bloque, Pierre et Mado embarque toute la petite tribu. La présence de la petite Julie, qui ne maîtrise pas encore complètement ses sphincters, oblige la famille à quelques arrêts pipi en catastrophe. Nicole quant à elle n’a que 6 mois mais elle semble ne perdre aucune miette de cette grande expédition. Pierre et Mado, amoureux et complices, se font une joie à l’idée de passer ces quinze jours en France. Pierre projette même de descendre, comme à leur habitude, sur les plages de la Méditerranée. Mado est plus réservée. Il faut dire que Pierre a invité les parents de Mado à passer ces quelques jours avec eux… et Mado appréhende cette quinzaine en compagnie de sa mère, la bien-nommée Yvette-la-parfaite qui mène toujours son monde à la baguette…

S’apprêter à lire un tome des « Beaux étés » c’est un peu comme le plaisir que l’on a juste avant de manger des bonbons. C’est ce moment précis où le paquet vient d’être ouvert, que l’odeur des sucreries nous fait déjà saliver à l’idée de retrouver un goût qui n’a nul autre pareil. L’effet est le même et ce troisième tome de la série répond parfaitement aux attentes du lecteur.

C’est en premier lieu cette bonne humeur et cet humour que l’on retrouve. La joie de vivre de cette famille belge imaginée par Zidrou est communicative. Des répliques qui fusent, des piques qui fusent du tac au tac. Elles sont arrosées d’une pointe généreuse d’ironie et de beaucoup de tendresse. Comment ne pas fondre ? Comment ne pas éclater de rire ?

On retrouve avec plaisir tous les petits rituels des tomes précédents : les premiers jours de vacances sacrifiés, une voiture que l’on charge jusqu’à ce qu’elle explose, le passage de la frontière franco-belge… et nous voilà en route. Le scénario est espiègle, prêt à accueillir toute nouvelle éventualité de rebondissements. Beaucoup de chaleur, de complicité et d’amour dans ces pages, rien n’est étouffé, rien n’est dit ou fait à moitié. Zidrou introduit un nouveau personnage en plaçant dans cette histoire la mère de Mado. Elle écorne à plusieurs reprises la bonne humeur contenue dans ces pages mais le scénariste ne laisse pas le malaise s’installer.

Jordi Lafèbre semble lui aussi beaucoup s’amuser. Il dessine des bouilles fendues de larges sourires, des yeux qui pétillent souvent de malice et sont capables de faire passer n’importe quelle émotion. L’ambiance graphique est lumineuse, plutôt proche [pour moi] des teintes printanières que de celle de l’été et c’est tant mieux car cela renforce le côté convivial de la lecture.

Un album qui nous met quelques airs entrainants en tête (« Santiano », Brel, Eddie Cochran…). Effet bonne humeur garanti !

Les tomes 1 et 2 sont aussi sur le blog.

Une lecture commune faite en compagnie de Noukette, Framboise et Sabine ! Yeah ! Un album parfait pour la « BD du mercredi » : le RDV est aujourd’hui chez Noukette.

Extraits :

« Dis Gros-Papy, pourquoi t’es crès crès gros ?
– C’est parce que je suis rempli de souvenirs, c’est pour ça » (Les beaux étés, tome 3).

« Que voulez-vous ? Vieillir, c’est comme conduire une voiture : on a beau savoir qu’il faut regarder la route devant soi, on ne peut pas s’empêcher de zieuter tout le temps dans le rétroviseur » (Les beaux étés, tome 3).

Les Beaux Etés

Tome 3 : Mam’zelle Estérel
Série en cours
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Jordi LAFEBRE
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : juin 2017
56 pages, 13,99 euros, ISBN : 978-2-5050-6776-4

Bulles bulles bulles…

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Les beaux étés, tome 3 – Zidrou – Lafèbre © Dargaud – 2017

Le Loup en slip (Lupano & Cauuet & Itoïz)

Lupano – Itoïz – Cauuet © Dargaud – 2016

Au-dessus de la forêt vit le loup.
Un cri qui glace, un regard fou.
Dans la forêt, on le sait,
Ne laisse pas traîner
tes fesses quand le loup
descend pour manger.

Nous voilà mis en garde et pourtant… pourtant… impossible de résister à la tentation de tourner la page et d’entrer dans cette forêt. Le loup y rôde, croque d’un coup de dents les malheureux qui avaient pourtant risqué d’aller promener leurs fesses dans les chemins de traverse. Alors la faune s’organise. Solidaires, les animaux de la forêt se concertent, s’informent, s’équipent de pièges à loup, installent leur cabane sur les hautes branches, prennent des cours de self-défense… Qu’ils soient à plumes ou dotés d’une carapace, qu’ils volent, rampent ou courent à quatre pattes, tous ont peur. Mais la rumeur est pire que tout. Car de loup aux poils hirsutes et aux dents tranchantes, voilà bien une légende.

Le vrai loup de ce bois ne ressemble pas à ça.
Le vrai loup de ce bois pourrait même se balader en pyjama.
Mais rien de tout cela.
Car le vrai loup de ce bois…
… est en slip.
Un beau slip à rayures rouges et blanches.
Un slip confortable qui a changé sa vie.

Un album jeunesse drôle et pétillant réalisé par le duo Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, auquel se joint pour l’occasion l’illustratrice Mayana Itoïz. On y parle de peur, de très grande peur même mais quand celle-ci vient à être révélée à tous forcément… elle fait moins peur puisque désormais, on sait la nommer, on en connaît la raison. De fait, on se trouve un peu bête d’avoir eu une si grande peur mais surtout, d’avoir écouté la rumeur.

Frais, beau, plein d’humour, un petit album qui donne le sourire et fait réfléchir. Le petit lecteur commente, analyse, objecte, rit… et relit ma foi. C’est bien bon !

Le chroniques de Jérôme, Leiloona et Sabine.

Le loup en slip

Album / Récit complet
Editeur : Dargaud
Dessinateurs : Mayana ITOÏZ & Paul CAUUET
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : novembre 2016
36 pages, 9,99 euros, ISBN : 978-2-505-06720-7

Bulles bulles bulles…

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Le loup en slip – Lupano – Itoïz – Cauuet © Dargaud – 2016

Idéal standard (Picault)

Picault © Dargaud – 2017

Des gestes du matin que l’on fait machinalement, presque sans s’en rendre compte, avant d’aller travailler. Des gestes légers, ritualisés. Se lever, se laver, se pomponner, s’habiller. Claire n’y échappe pas. Célibataire, la trentaine, dans son quotidien tout de jaune acidulé, elle semble heureuse. Elle est infirmière dans un service de néonatalogie et plutôt coquette. Elle collectionne les conquêtes amoureuses et s’en vante parfois. Mais le fait que ces relations durent rarement plus d’un soir l’affectent. A 32 ans, elle rêve pourtant d’une vie bien rangée en couple. Elle rêve d’avoir un enfant et sait que son horloge biologique tourne, tourne. Et puis un jour, l’amour frappe à sa porte… du moins le croit-elle…

Aude Picault est loin d’en être à son premier coup d’essai. De la série comme « Moi je », de la participation au collectif « La Maison close », au one-shot de « Papa » ou « Parenthèse Patagonie », j’ai souvent eu de bons échos de son travail même s’il est vrai que j’ai peu lu cette auteure. J’ai d’elle l’image d’une artiste qui pose un regard à la fois sérieux et amusé sur la société, sur l’actualité…

Idéal standard – Picault © Dargaud – 2017

C’est sur le conseil de mon libraire que je me suis lancée. Après tout, je ne prenais pas grand risque. Et puis il y eu quelques chroniques savamment dosées qui n’ont fait qu’accroître l’idée que je me faisais du contenu de cet album. L’album était posé sur mon bureau depuis près d’un mois et demi, il était grand temps de l’ouvrir.

Aller à la rencontre de cette petite femme qu’est Claire – l’héroïne – est chose facile. Ses habitudes sont les nôtres, seul le cadre de travail peut changer. Elle entretient de bonnes relations avec ses collègues, certaines sont devenues des amies. En dehors de cela, un réseau amical certes restreint mais de qualité.

En quelques décennies, l’image et la place du couple dans la société ont changé. Il est loin le temps où on se mariait avec le premier garçon avec qui on flirtait, loin le temps où la maternité s’imposait plus qu’elle ne se désirait… loin le temps où l’homme avec lequel on se mariait était aussi celui auprès duquel on allait mourir. Aujourd’hui, les mœurs sont tels qu’on choisit son compagnon plus qu’on ne le subit (du moins dans les premiers temps d’une relation). On parle librement de sexe entre amies, qu’on en rigole ou qu’on attende un conseil, qu’on parle de coït ou de masturbation… c’est un sujet qui concerne finalement tout le monde, il n’y a pas à en rougir. Ce n’est pas toujours aussi simple d’en parler en couple, dans ce tête à tête de la vie à deux ; la peur de blesser, de vexer ou de se sentir ridicule est beaucoup plus présente.

Aude Picault parle du couple et nous invite sans tabous à lui emboîter le pas. Si le célibat est devenu monnaie courante, il reste néanmoins « problématique » lorsqu’il perdure au-delà de la trentaine. Le regard des gens et le matraquage publicitaire font partie de ces piques insidieuses qui rappellent à certain(e)s que la roue tourne et qu’ils devraient peut-être quitter cette adulescence qui leur colle au corps. Pour certain(e)s c’est un choix, pour d’autres – comme pour le personnage principal – cela s’impose à eux. Remise en question ou « crise de la trentaine » ? Il arrive toujours un moment où l’on n’est plus si sûr d’assumer ses propres choix. Comment opérer cette période de transition ? La scénariste croise anecdotes et expériences sans perdre de vue le questionnement de son personnage. Le couple se réduit-il à la simple notion de concessions à faire ou est-ce un chemin à faire à deux ?

Une réflexion simple et pertinente sur tout ce qui gravite autour de la notion de couple. Il est question – entre autres – de mode, de norme, de paraître, de désir, de plaisir, de sexualité et de parentalité. Entre les joies et les déboires de la vie de couple, Aude Picault réalise une chronique sociale très agréable. A lire assurément.

Les chroniques de Keisha, LaSardine, Stephie.

Extraits :

« Je n’appelle pas ça se mettre en valeur. Epilée, rasée, gommée, crémée, décolorée, shampouinée, après-shampouinée, peignée, maquillée, régimée, lookée, customisée… A ce niveau, ce n’est plus du narcissisme mais du dégoût de soi ! Je te parie qu’elle se parfume aussi la chatte » (Idéal standard).

« Je suis sûre que si je me touche pour jouir, il va mal le prendre. Genre : je n’assure pas. (…) Ils sont tellement focalisés sur leur érection, il n’y a pas de place pour quelqu’un d’autre. Il faut absolument jouir à coups de bite sinon ça ne compte pas » (Idéal standard).

Ideal Standard

One shot
Editeur : Dargaud
Dessinateur / Scénariste : Aude PICAULT
Dépôt légal : janvier 2017
148 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2205-07315-7

Bulles bulles bulles…

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Idéal standard – Picault © Dargaud – 2017