Icare (Moebius & Taniguchi)

Icare
Moebius – Taniguchi © Kana – 2005

Dans un État totalitaire dirigé par une femme Général, Icare a 20 ans. C’est un jeune homme très infantilisé.

Dès sa naissance, son existence a été placée sous secret car il vole ! Le Gouvernement en place veut en faire une arme. Séparé de sa mère alors qu’il n’avait que quelques jours, Icare a été emmené dans un centre de recherche militaire.

Ce laboratoire, c’est aujourd’hui sa maison, une jolie cage dorée. Coopérant de son plein gré, il est totalement isolé du reste du monde. Il se plie volontiers aux différents tests scientifiques, aucune réticence, aucune opposition. Jusqu’à ce que des sentiments amoureux naissent en lui…

Voici le mythe d’Icare revisité par MOEBIUS (scénario) et TANIGUCHI (dessin).

L’interview de MOEBIUS, réalisée par Numa SADOUL et présente en fin d’album, est aussi savoureuse que l’histoire en elle-même. MOEBIUS revient avec plaisir sur l’origine de cet album : un court synopsis jeté rapidement sur le papier il y a longtemps et laissé dans un coin. Puis, une opportunité de travailler avec les Japonais… Avec Jean ANNESTAY (co-scénariste), MOEBIUS ressort ce projet et demande à travailler avec TANIGUCHI. MOEBIUS et ANNESTAY avaient déjà bien avancés sur le projet et ont présentés plus de 1000 planches aux Japonais détaillant la vie d’Icare sur une vingtaine d’années. Au final, TANIGUCHI reviendra sur le synopsis initial de MOEBIUS et réduira le tout à un One-Shot de 280 planches.

On y retrouve un thème fréquemment abordé par MOEBIUS : le vol. N’en est-il pas question dans L’Incal déjà et d’autres nombreuses productions moebusiennes ?

Ici, beaucoup de vas-et-viens entre des passages au rythme assez soutenu et des passages plus posés (mettant en scène Icare et Yukiko, psychologue de l’équipe gouvernementale). On sent fortement le style de TANIGUCHI puisqu’il a régulièrement recours à des scènes très lentes, très contemplatives et dans lesquelles les personnages se replient sur eux et comme si ces planches étaient faites juste pour l’esthétique sans qu’elles ne servent directement l’histoire… mais son style s’adapte également parfaitement à des scènes d’action magnifiques.

Un discours assez politisé également où MOEBIUS projette dans un futur (proche ?) les possibles décisions qu’un gouvernement pourrait prendre quant à une situation improbable : l’arrivée sur Terre d’un homme qui possède le pouvoir de voler. Confié en pâture aux scientifiques, le choix est simple : en faire une arme ou non ? Le contenu de l’album est riche et développe l’aspect scientifique et militaire d’une telle découverte. Tout le champ sémantique des sentiments est également présent par le biais de la relation qui existe entre Icare et Yukiko. Les passages mettant en scène Yukiko et Icare apportent une dimension plus humaine et moins froide, ce qui contraste avec l’environnement totalement aseptisé et dépourvu d’affects (scientifiques et chef de l’état étant assez cartésiens et tactiques).

Un album magique sur la naïveté d’un homme volant qui sous estime ses forces… l’amour se chargera de lui donner des ailes et de constater la puissance de son incroyable don. Un album frustrant car quand sonne le glas et de la dernière page… l’histoire d’Icare ne fait que commencer. Les 280 planches de ce One-Shot nous ont aidé à mieux nous repérer dans le monde d’Icare, maintenant que nous sommes prêts, nous aimerions voler avec lui… C’est frustrant !!

Quelques liens : MangaNews et De quoi je me M.E.L.

PictoOKUne belle découverte que voilà, un album intéressant sur la forme et sur le fond. Une lecture qui m’a complètement captivée.

Le mythe d’Icare a également été revisité par Manuele FIOR : Icarus.

Icare

One-Shot

Éditeur : Kana

Label : Made In

Dessinateur : Jiro TANIGUCHI

Scénariste : MOEBIUS

Dépôt légal : 2005 (au Japon, Icare a été publié en 2000)

ISBN : 9782505004905

Bulles bulles bulles…

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Icare – Moebius – Taniguchi © Kana – 2005

4 commentaires sur « Icare (Moebius & Taniguchi) »

  1. Moi aussi cet album m’a un peu laissée sur ma faim…Il est gros mais en même temps se lit très vite, du coup on attend un peu une suite (qui apparemment ne viendra pas). Dommage…

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    1. Oui, il prend énormément de temps à se mettre en place et quand le rythme s’installe enfin… c’est le moment de refermer l’album. Une frustration. Plus le temps passe et plus je limite mon souvenir de lecture à ce grief !

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