Tokoyo (Khoo & Ong)

Khoo – Ong © Des Ronds dans l’O – 2017

Lorsqu’elle était enfant, Tokoyo dû apprendre à vivre sans son père. Ce dernier, un grand samouraï, fut banni par son seigneur sur une île lointaine. Trop malheureuse, Tokoyo décida de quitter son village pour aller le retrouver.
En chemin, elle rencontre une jeune femme qui s’apprête à être sacrifiée pour sauver les gens de son village de la malédiction de Yofune Nushi, un monstre marin. N’écoutant que son courage, Tokoyo plonge dans la mer pour braver tous les dangers.

« Tokoyo » est un conte fantastique qui nous ramène dans des temps anciens, celui-là même où des créatures mythiques et terrifiantes côtoyaient les hommes. Entre légende et superstition, Catherine Khoo développe un récit d’aventure qui reprend tous les codes du genre (ode au courage, à l’altruisme, à l’amour), riche en rebondissements et proposant une morale positive. Le petit plus vient du fait qu’on entre totalement dans une société traditionnelle, totalement dépourvue de technologies, où les hommes n’avaient d’autre choix que celui de tenir compte des conditions climatiques et des obstacles naturels (mer, montagne…) qui jalonnent un parcours. Un récit d’aventure où le temps presse mais qui prend tout son temps pour se raconter… et qui nous laisse tout le temps de contempler les illustrations de Teressa Ong pleines de couleurs subtilement choisies.

Une belle épopée initiatique à portée des enfants (4-8 ans).

La chronique de Blandine.

Tokoyo

One shot
Editeur : Des Ronds dans l’O
Collection : Jeunesse
Dessinateur : Teressa ONG
Auteur : Catherine KHOO
Traducteur : Sibylline DESMAZIERES
Dépôt légal : juin 2017
32 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-37418-035-9

Bulles bulles bulles…

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Tokoyo – Khoo – Ong © Des Ronds dans l’O – 2017

Le Sourire du Chien (Trankova)

Trankova © Intervalles – 2017

John et Emilia ont prévu de faire un séjour à Sofia pour leur lune de miel. Pour elle, c’est une émotion que de revenir en Bulgarie après tant d’années. Revoir sa famille, ses amies… Emilia est assez nerveuse. Quant à John, il va rencontrer pour la première fois ses beaux-parents, son beau-frère et toute la famille. Il sait que ce moment est important pour sa femme.
John est un journaliste américain. Envisager de rester statique et inactif pendant la durée de son séjour est pour lui une hérésie c’est pourquoi Emilia ne s’étonne pas quand elle voit John s’activer ; leur arrivée en Bulgarie coïncide avec un meurtre qui défraye l’actualité et John décide d’enquêter en free-lance. Il active son réseau et est rapidement mit en lien avec Maya, une archéologue-journaliste qui travaille dans un journal bulgare. Elle l’emmène sur les lieux du crime et accepte de faire l’interprète pour les interviews de John. Il en résulte la rédaction d’un article que John va parvenir à vendre pour qu’il soit édité sur certains espaces éditoriaux. Mais quelques jours à peine après la fin de leur collaboration, les médias informe qu’un second meurtre a eu lieu. Le duo se reforme et de nouveau, Maya et John sillonne les routes bulgares en quête d’indices.

« Aimantés par une attraction croissante, ils traversent un pays singulier marqué non seulement par les rituels d’une civilisation ancienne et ses sanctuaires en pierre, mais aussi par les séquelles traumatiques de la chute du régime communiste. Bientôt, les deux journalistes se retrouvent plongés dans une enquête haletante sur des assassinats sadiques où des rituels de sang datant de l’époque thrace, des petits et grands chasseurs de trésors, la cosmologie, une sinistre secte secrète et les théories de Mircea Eliade se mélangent. Dans une société post-totalitaire où les apparences sont trompeuses, John et Maya commencent à entrevoir que la seule chose plus dangereuse qu’un serial killer en liberté est la vigueur de la mafia bulgare des années 2010 » (extrait du synopsis de l’éditeur).

Le premier chapitre de ce thriller bulgare nous fait vivre le premier meurtre. Sans rien connaître des protagonistes présents, sans obtenir le nom de la victime ou de son agresseur, nous assistons impuissants au sacrifice d’un homme. Dans quelle mesure ce dernier a-t-il contribué à sa perte, nous ne le saurons pas non plus quoiqu’il en soit, l’ouvrage commence fort, nous assaille à la gorge et promet déjà quelques scènes où notre sang ne fera qu’un tour.

Organisé en plusieurs chapitres de taille variable, l’intrigue alterne les scènes où tantôt John est sur le terrain – totalement pris par son enquête, et les temps qu’il passe dans la famille de sa femme. Si les deux univers s’équilibrent dans le premier tiers du roman, l’enquête finit par accaparer le journaliste américain à tel point que cela en devient une obsession. On sent aussi que cette enquête sert de prétexte au duo de journalistes qui s’aident des investigations à mener pour justifier leur allées et venues pour passer du temps ensemble. Au début, ils planifient leurs déplacements sur une journée puis ils vont sortir de cette organisation fonctionnelle et organiser leurs recherches sur des durées plus longues. A mesure que l’on s’enfonce dans l’intrigue, la tension se fait plus pressante et leur attirance respective devient palpable.

Dimana Trankova est elle-même archéologue de formation. Devenue journaliste par la suite, on sent qu’elle maîtrise son sujet et que les éléments historiques et scientifiques ne sont pas employés à la légère, qu’elles ne sont pas un artefact. Qui plus est, en amenant ses personnages à explorer les différents sites archéologiques bulgares et à traverser les régions de ce pays en pleine crise d’identité, c’est toute l’histoire d’un peuple qu’elle nous transmet. Son récit est peuplé de références historiques, sociologiques, économiques, politiques… et loin d’être abrutissant, ces légères digressions nourrissent l’intrigue sans jamais nous égarer.

En revanche, là où le bât blesse, c’est sur la difficulté qu’à l’auteur de maintenir la tension. Excepté le premier chapitre qui nous plonge dans une scène électrique où la violence ne se contente pas d’être simplement suggérée, le lecteur n’assistera pas (ou très rarement aux autres meurtres rituels). De plus, si Dimana Trankova prend le temps de travailler le dénouement (il fait l’objet de la troisième et dernière partie de l’album), elle nous noie dans une longue scène invraisemblable et manquant cruellement de crédibilité. En opérant ainsi un virage radical dans l’enchaînement des événements, elle place son duo de personnage principal dans une posture difficilement imaginable. En moins de temps qu’il nous en faut pour analyser la situation, on intègre qu’ils vont être liquidés avant d’effectuer une pirouette inconcevable qui leur permettra de retourner la situation à leur avantage. On attendait pourtant énormément de ce face à face et le voilà trop rapidement balayé, donnant presque l’impression que le prédateur après lequel les journalistes courraient n’est qu’un bouffon. Puis, nouveau retournement de situation qui conduit nos héros dans un nid de guêpe, qui nous impose une scène atrocement longue et ennuyeuse durant laquelle nous obtiendront des réponses à certaines questions mais aussi de nouvelles interrogations quant au bien-fondé des meurtres. Il s’agit presque d’une seconde intrigue. Cela donne lieu à un chapitre d’une grosse quarantaine de pages, il m’a fallu près de trois semaines pour en venir à bout tant rien de ce qui s’y passe me semble censé, probable, justifié. En somme, tout le plaisir que j’avais eu à lire cet ouvrage et tout le plaisir que j’avais eu à côtoyer le couple de personnages principaux ont été élimés jusqu’à la moelle. Et c’est bien dommage.

Le Sourire du chien

Editeur : Intervalles
Auteur : Dimana TRANKOVA
Traducteur : Marie VRINAT
Dépôt légal : mai 2017
591 pages, 21,90 euros, ISBN : 978-2-36956-054-8

Aliénor Mandragore, tome 3 (Gauthier & Labourot)

Gauthier – Labourot © Rue de Sèvres – 2017

Merlin est mort. Aliénor, sa fille, a eu beau tenter de le ramener à la vie grâce à un sortilège, la fée Morgane a eu beau chercher à le faire passer de trépas à vie, les éléments s’enchaînent et Merlin ne revit que quelques heures avant de passer de vie à trépas. Et cette situation n’est pas pour déplaire à l’Ankou qui veille sur ses ouailles avec une grande attention et est déterminé à amener Merlin où il doit être : au royaume des morts !
Mais Merlin, ou du moins son fantôme, ne l’entend pas de cette oreille et Aliénor fait tout ce qui est en son pouvoir pour trouver un nouveau sort de résurrection. En attendant le moment où tous les ingrédients seront réunis, il reste à comprendre ce qui a provoqué le terrible tremblement de terre du second tome. Aliénor et le jeune Lancelot étaient au cœur de l’épicentre du séisme et se rappellent encore lorsque le sol s’est dérobé sous leurs pieds, les faisant échouer brutalement dans un cimetière de dragons. Ils ont accepté de montrer le lieu à Morgane et Merlin afin que ces derniers puissent y récupérer quelques ingrédients magiques et dissimuler l’entrée aux yeux des simples mortels.
En chemin ils croisent l’Ankou. A la surprise de tout le monde, ce n’est pas Merlin qu’il emmène au royaume des morts… mais Aliénor. La jeune fille a tôt fait de comprendre qu’elle a été parachutée sur Avalon. Reste à comprendre pour quelle raison l’Ankou s’est saisie d’elle.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce tome remue et que l’intrigue saute de rebondissement en rebondissement. Séverine Gauthier propose un scénario retors qui pique la curiosité du lecteur. Du coup, il faut tout de même beaucoup d’explication pour permettre au lecteur de se situer, d’appréhender les références qui sont faites à la légende arthurienne et pour comprendre un tant soit peu les tenants et les aboutissants de l’intrigue. Les personnages sont plus bavards que dans les deux tomes précédents et certaines planches sont assez verbeuses. Une fois n’est pas coutume pour un album jeunesse, je ne suis pas parvenue à le lire d’une traite (contrairement à mon fils de 11 ans). Mais lui aussi reconnait que cet album est plus compliqué pour autant, cela n’a pas d’impact sur le plaisir qu’on a à découvrir ce récit. On termine l’album en dévorant les six pages de « L’écho de Brocéliande », la gazette des habitants de Brocéliande. Pour le lecteur, c’est l’occasion de combler ses lacunes sur certains personnages du cycle arthurien ou sur la mythique Avalon.

Les dessins de Thomas Labourot montrent toute l’espièglerie des personnages. Excepté le personnage de Lancelot enfant, les autres protagonistes sont tout de même de joyeux fiers-à-bras et les illustrations mettent en valeur toute la malice de ces individus. Les couleurs ludiques permettent de décaler les choses, de diffuser de la bonne humeur malgré la mauvaise foi évidente de certains. C’est très agréable à l’œil, on savoure les détails graphiques (l’auteur s’éclate à détailler la flore notamment) tout autant que les rares planches muettes que l’on accueille comme des respirations.

C’est potache, ironique et plein d’entrain. Encore une fois, on referme l’album avec cette envie de lire le prochain tome (il faut dire que le dénouement de ce troisième opus est assez inattendu !).

Egalement sur le blog : tome 1 et tome 2.

Aliénor Mandragore

Tome 3 : Les Portes d’Avalon
Série en cours
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Thomas LABOUROT
Scénariste : Séverine GAUTHIER
Dépôt légal : juin 2017
48 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-36981-448-1

Bulles bulles bulles…

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Aliénor Mandragore, tome 3 – Gauthier – Labourot © Rue de Sèvres – 2017

Le Loup en slip (Lupano & Cauuet & Itoïz)

Lupano – Itoïz – Cauuet © Dargaud – 2016

Au-dessus de la forêt vit le loup.
Un cri qui glace, un regard fou.
Dans la forêt, on le sait,
Ne laisse pas traîner
tes fesses quand le loup
descend pour manger.

Nous voilà mis en garde et pourtant… pourtant… impossible de résister à la tentation de tourner la page et d’entrer dans cette forêt. Le loup y rôde, croque d’un coup de dents les malheureux qui avaient pourtant risqué d’aller promener leurs fesses dans les chemins de traverse. Alors la faune s’organise. Solidaires, les animaux de la forêt se concertent, s’informent, s’équipent de pièges à loup, installent leur cabane sur les hautes branches, prennent des cours de self-défense… Qu’ils soient à plumes ou dotés d’une carapace, qu’ils volent, rampent ou courent à quatre pattes, tous ont peur. Mais la rumeur est pire que tout. Car de loup aux poils hirsutes et aux dents tranchantes, voilà bien une légende.

Le vrai loup de ce bois ne ressemble pas à ça.
Le vrai loup de ce bois pourrait même se balader en pyjama.
Mais rien de tout cela.
Car le vrai loup de ce bois…
… est en slip.
Un beau slip à rayures rouges et blanches.
Un slip confortable qui a changé sa vie.

Un album jeunesse drôle et pétillant réalisé par le duo Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, auquel se joint pour l’occasion l’illustratrice Mayana Itoïz. On y parle de peur, de très grande peur même mais quand celle-ci vient à être révélée à tous forcément… elle fait moins peur puisque désormais, on sait la nommer, on en connaît la raison. De fait, on se trouve un peu bête d’avoir eu une si grande peur mais surtout, d’avoir écouté la rumeur.

Frais, beau, plein d’humour, un petit album qui donne le sourire et fait réfléchir. Le petit lecteur commente, analyse, objecte, rit… et relit ma foi. C’est bien bon !

Le chroniques de Jérôme, Leiloona et Sabine.

Le loup en slip

Album / Récit complet
Editeur : Dargaud
Dessinateurs : Mayana ITOÏZ & Paul CAUUET
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : novembre 2016
36 pages, 9,99 euros, ISBN : 978-2-505-06720-7

Bulles bulles bulles…

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Le loup en slip – Lupano – Itoïz – Cauuet © Dargaud – 2016

Yin et le dragon, tome 2 (Marazano & Xu Yao)

Marazano – Yao © Rue de Sèvres – 2017

Nous avions laissé Yin dans une mauvaise posture en refermant le premier tome.

1937, la guerre éclate en Chine et les troupes japonaises envahissent rapidement le pays. Yin, une petite orpheline, a été recueillie par son grand-père, un modeste pêcheur. La famine guette la population et les tensions liées au conflit armé ne font qu’accroître la pauvreté de la population. Un couvre-feu est imposé, limitant considérablement le grand-père dans ses allées et venues en mer.

Depuis quelques temps, Yin et le vieil homme ont recueilli Guang Xinshi, un dragon d’or qu’ils ont rencontré lors d’une de leur sortie en mer. Ils l’ont soigné de ses blessures et peu à peu, l’imposante créature mythique reprend des forces. Mais outre la guerre sino-japonaise, une menace imminente va s’abattre sur la Terre. Seul Guang Xinshi semble être en mesure de repousser la catastrophe. Pour cela, il va devoir affronter son ennemi ancestral, le terrible dragon noir Xi Qong.

Un album jeunesse riche en rebondissements. Richard Marazano livre ici le second opus de son triptyque et il est à la hauteur des promesses tenues dans le premier tome. Le contexte social en toile de fond sert tout à fait l’intrigue et contribue à maintenir cette atmosphère électrique adéquate. Pris en tenaille entre deux menaces, ses personnages sont en abois, pressés par les événements et ouverts à toute éventualité. De fait, on a l’impression que le temps leur manque et les oblige à vivre intensément chaque minute, chaque rencontre… Le scénario et les répliques vont à l’essentiel.

Xu Yao illustre parfaitement cet univers en équilibre, balloté entre la guerre et les créatures fantastiques qui menacent la race humaine. Un monde balloté entre présent et passé, un monde dans lequel se côtoie l’artillerie lourde et les légendes, un pays qui est à la croisée de et l’avenir qui reste à construire, incertain, sombre. Le dessin est léché, précis et l’on y voit une petite fille touchante tenter de protéger le peu qu’elle possède. Sous la plume du dessinateur, Yin est très touchante. Plus encore, elle est vivante et refuse de baisser les armes. Naïve, courageuse, combattive, astucieuse… voilà une compagnie parfaite pour parcourir la soixantaine de pages qui constituent l’album et nous conduit lentement vers l’affrontement final du dernier tome.

Une série jeunesse pétillante qui traite pourtant avec sérieux des affres de la guerre. Au vu des différents éléments installés sur l’échiquier narratif, on devrait se régaler avec le troisième tome qui nous conduira vers le dénouement de cette aventure. Vivement !

Yin et le Dragon

Tome 2 : Les écailles d’or
Triptyque en cours
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Xu YAO
Scénariste : Richard MARAZANO
Dépôt légal : avril 2017
60 pages, 14 euros, ISBN : 978-2-36981-177-0

Bulles bulles bulles…

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Yin et le dragon, tome 2 – Marazano – Yao © Rue de Sèvres – 2017

Perséphone (Locatelli-Kournwsky)

Quelques repères avant de commencer : dans la mythologie grecque, Cronos eut six enfants avec sa sœur Rhéa : Zeus, Poséidon, Hadès, Héra, Déméter et Hestia.
Zeus (dieu de l’Olympe) se maria avec sa sœur Héra, de laquelle il eut trois enfants. Avec sa sœur Déméter (déesse de l’agriculture), il eut Perséphone.
Perséphone est une nymphe. Elle fut enlevée par Hadès qui en fit sa femme. « Déméter éplorée va se jeter aux pieds de son autre frère, le souverain des Dieux, le tout-puissant Zeus. Celui-ci l’écoute avec intérêt et bienveillance, et propose une transaction. Perséphone passera la moitié de l’année dans les bras de sa mère et l’autre moitié dans ceux de son mari » (extrait de Contes et Légendes mythologiques, Ed. Fernand Nathan, 1984).
Perséphone est une nymphe chthoniennes (ou telluriques) ; elle fut d’abord connue sous le nom de « Coré ». Fruit d’un mariage consanguin entre un frère et une sœur, enfant incestueux, Perséphone est la fille de Déméter (déesse de l’agriculture) et de Zeus (dieu de l’Olympe). Elle fut enlevée par Hadès (dieu de l’Enfer qui est aussi son oncle) et devint sa femme.

Une famille peu ordinaire…

*

* *

Locatelli-Kournwsky © Guy Delcourt Productions – 2017

Sur la planète de Perséphone, deux civilisations ont échoué à cohabiter. La République d’Eleusis, également appelée « Le monde de la surface », est un territoire pacifié où quatre peuples vivent en harmonie avec les ressources que la terre fertile leur apporte. Dans ce monde, vivent des mages dotés de pouvoirs magiques. Ils transmettent leurs dons de façon héréditaire à leurs enfants. Les mages ne sont plus qu’une poignée. Sous la terre, « Le monde souterrain », également appelé « Les Enfers ». C’est un royaume qui fut gouverné par Hadès, un roi généreux qui finit par perdre la tête, devenir despotique. Il entraîna son armée dans une guerre sans merci contre le monde de la surface. Hadès mourut lors du conflit et son fils Rhadamante lui succéda. Depuis quinze ans, il n’est plus possible d’aller et de venir d’un monde à l’autre. Après la guerre, les mages ont scellé la porte qui reliait les deux mondes. Le monde de la surface continue à prospérer tandis que le monde souterrain agonise, tirant ses ressources de bric et de broc car la terre stérile ne leur permet de développer aucune forme d’agriculture.
Perséphone est une adolescente ordinaire. Excepté en Botanique, matière dans laquelle elle excelle, elle est loin de briller à l’école. Fille adoptive de la célèbre sorcière Déméter, elle déplore de ne pas avoir de sang de mage, elle n’a donc aucuns pouvoirs. Un secret qui est parfois lourd à porter. L’année scolaire touche à sa fin et Perséphone va bien effectuer le voyage de fin d’année avec sa classe. Et si Perséphone n’est pas inquiétée par les alertes et le couvre-feu mis en place depuis qu’un soldat des enfers a été aperçu en ville en revanche, elle se questionne quant au sens à donner aux violents cauchemars qu’elle fait chaque nuit. Dans ces visions oniriques, elle s’appelle Coré et voit une cité inconnue dans laquelle se déroulent des combats magiques d’une grande violence. Lorsque vient le jour du départ de sa classe, Perséphone est excitée. Elle attendait tant ce séjour et se réjouissait de passer quelques jours avec ses deux meilleures amies. Mais le train qui devait les conduire à bon port est intercepté par le soldat des enfers qui semait la terreur en ville. Il kidnappe Perséphone, franchit avec elle la porte des enfers et l’oblige à manger le « Fruit des damnés », frappant ainsi la jeune fille d’une terrible malédiction.

En effet, celui qui le mange subit sa malédiction : ses cheveux prennent une teinte bleutée et il est contraint de vivre confiné dans le monde souterrain à vie. Passer le portail reliant les Enfers à Eleusis le condamne à une mort certaine.

Mais ce n’est là que le début de l’aventure…

Sincèrement, ce n’est pas simple de résumer cet album et j’espère avoir perdu un minimum de monde en route ! Maintenant que j’ai reposé rapidement quelques bases de la mythologie grecque et que je vous ai présenté le point de départ de cette épopée, on va pouvoir parler un peu de l’album. « Perséphone » est le cinquième album de Loïc Locatelli-Kournwsky. Il compte à son actif un roman graphique qui traite du suicide (« Canis Majoris » publié en 2013 chez Vide Cocagne), deux albums co-réalisés avec Maximilien Le Roy et un premier album jeunesse revisitant le mythe de Pocahontas. Il signe également avec le pseudo de Renart (sous ce nom de plume, il a trois one-shot et plusieurs séries à son actif).

Le scénario est dense et le défi d’adapter le mythe de Perséphone était risqué. Pourtant, l’auteur parvient à la fois à rester fidèle aux figures de la mythologie grecques tout en proposant un univers qui réinvente totalement les codes de ces légendes anciennes pour en faire un récit entraînant. Il y a des passerelles entre les deux univers qui gardent de précieuses notions comme la présence de la botanique qui rappelle le fait que Perséphone est une nymphe de la terre et sensible à la nature ou comme le fait qu’elle soit Coré dans ses cauchemars. Le personnage de Déméter est dépoussiéré ; il reste une figure maternelle symbolique forte, il reste aussi ses pouvoirs surnaturels mais elle perd en revanche sa position de souveraine des Enfers. Le personnage de Cyané – meilleure amie de Perséphone dans l’album – est présent au moment du rapt de l’adolescente et tente d’aider cette dernière… une aide qu’elle avait déjà tenté de lui apporter dans les textes fondateurs de la mythologie grecque.

Loïc Locatelli-Kournwsky donne très peu d’éléments sur l’histoire de Perséphone. Pendant un bon tiers de l’album, on sait seulement qu’elle est la fille adoptive de Déméter et qu’elle n’est jamais parvenue à faire parler sa mère sur l’explication de ses origines. Ce que n’est que lorsque le lecteur est bien pris dans l’intrigue et que l’héroïne est dans une impasse, incapable de trouver le moyen de remonter à la surface sans y laisser la vie, que les premiers éléments de son passé apparaissent au compte-goutte. L’intrigue semble alambiquée sur le papier mais dans les fait, les éléments de cette épopée trouvent facilement leur place. Peu à peu et sans difficulté, on comprend les rapports entre les protagonistes ainsi que les tensions et les enjeux qui les unissent ou qui les opposent. Un récit très bien ficelé qui se situe à la croisée de plusieurs genres : récit d’aventure, quête initiatique, héroïc-fantasy, épopée fantastique.

Finalement, on dévore cet album sans trop sans rendre compte. A ma grande surprise d’ailleurs. J’étais assez intriguée par cette libre adaptation de la mythologie grecque mais j’étais bien moins emballée par l’aspect graphique du récit. Tout d’abord, les couleurs de Loïc Locatelli-Kournwsky sont trop fades et n’invitent pas réellement à la lecture. Qui plus est, son trait m’a fait douter un moment que ce livre puisse s’adresser à un large public. Il y a beaucoup de jeux de hachures, les scènes d’action sont souvent imprécises et on hésite à certains moments sur l’ordre dans lequel il faut lire les phylactères. Par contre, ce dessin imprécis a d’autres avantages : il offre un très bon aperçu d’une architecture à la fois impressionnante et originale, il pose de-ci de-là des petits accessoires qui font carburer l’imagination à plein régime, il est généreux côté expressions des personnages (une petite influence des mangas sur cet aspect-là… l’auteur vit au Japon). L’auteur sait aussi très bien utiliser le comique de situation. A certains moments, les personnages (gentils ou méchants, ce n’est pas spécifique à un camp) sortent une telle énormité que la situation (qu’elle soit gênante pour un personnage, conflictuelle ou bien encore qu’elle mette le récit dans une impasse) se désamorce d’un coup par un rebondissement si insensé qu’il en devient crédible. Beaucoup de loufoquerie, d’humour parfois absurde et de jeux de mots amusants viennent donc donner la réplique à un pan plus sérieux de l’intrigue qui mêle à la fois des enjeux de pouvoirs politiques et économiques.

Un album original, divertissant et où l’on s’amuse à repérer les clins d’œil à la mythologie grecque. Une bonne surprise en soi !

Perséphone

One-shot
Editeur : Delcourt
Dessinateur / Scénariste : Loïc LOCATELLI-KOURNWSKY
Dépôt légal : avril 2017
144 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-7560-9551-6

Bulles bulles bulles…

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Perséphone – Locatelli-Kournwsky © Guy Delcourt Productions – 2017

De longues nuits d’été (Appelfeld)

Appelfeld © L’Ecole des loisirs – 2017

La Seconde Guerre Mondiale a éclaté. Elle ravive les haines.

Un homme a peur. Il est juif. Il s’attend à chaque instant à voir les soldats franchir le seuil de sa maison. Il a peur pour sa famille. Cela fait des semaines qu’ils dorment dans leur cave, qu’ils se terrent à l’abri des regards, pensant trouver-là un refuge salvateur.
Mais la menace est de plus en plus concrète c’est pourquoi, il demande à son fils de le suivre. Ils vont trouver le vieux Sergueï, un vagabond aveugle, un ancien soldat. L’homme lui confie son fils. Ce dernier a 11 ans. Il ne sait rien de la vie et comprend mal pourquoi son père lui demande de rester avec inconnu. Les premiers temps, cette vie à vagabonder de village en village le terrorise. Il était habitué à la chaleur d’un foyer, il était heureux d’aller à l’école et de voir la fierté de ses parents face à ses résultats scolaires. Désormais, un pantalon et une chemise de lin remplacent ses vêtements de citadins, une petite croix en bois pend à son cou.

Tu dois changer de nom. A partir d’aujourd’hui, on ne t’appellera plus Michaël, mais Janek. Tu es intelligent, tu comprendras pourquoi, n’est-ce pas ? A la fin de la guerre, tu retrouveras ton nom.

L’enfant et le vieil aveugle vont apprendre à se connaître. Peu à peu, une complicité naît entre eux. Au fil des mois, Janek va suivre les apprentissages de Sergueï. Chaque matin, l’enfant s’entraîne à la course. Il devient endurant, agile. Il s’adapte à sa nouvelle vie, apprend à négocier le prix des provisions qu’il achète, veille au respect des rituels du vieil homme. L’enfant devient ses yeux lorsqu’il décrit les couleurs du ciel, ses mains lorsqu’il lui prépare le thé ou allume sa pipe. Le vieil homme, quant à lui, lui transmet la sagesse dont l’enfant est dépourvu, il partage sa conception de la vie, le respect pour les autres, la tolérance, la foi en soi.

Nous n’avons pas de maison, le ciel est notre toit.

Un roman d’apprentissage dans lequel on suit l’évolution d’un enfant auprès d’un vieux sage qui devient son mentor. Au contact du vieillard aguerri, l’enfant apprend tout d’abord à écouter les conseils de l’adulte puis à les mettre en pratique. Les deux « hommes » se font confiance et une profonde affection les unit. Il s’adapte à son nouvel environnement, apprend à vivre modestement et à se contenter de peu. Un sourire, une main tendue, un rayon de soleil, un fruit sauvage. L’enfant puise sa force et son assurance dans la présence bienveillante de l’adulte. Il s’émancipe, apprend à connaître son corps, à prendre des responsabilités. Il s’en remet au vieillard pour comprendre ce qui lui était jusque-là totalement inconnu : la haine, la guerre, la foi, le respect de l’autre, le respect de soi. Ensemble, ils réapprennent à dépasser leurs fragilités respectives. Leur union fait leur force. Ils s’entraident.

En toile de fond, Aharon Appelfeld décrit la guerre, l’intolérance, l’antisémitisme, l’histoire qui se répète et l’homme qui n’en tire aucune leçon. La présence du vieil homme influence ce texte, son rythme. A l’aide de phrases parfois laconiques, l’auteur décrit un monde sans concessions dans lequel se manifestent des croyances infondées, où il est impossible de rationaliser et d’expliquer certains faits comme la Shoah. Grâce à la présence du vieil homme, Aharon Appelfeld réalise un tour de force en parvenant à installer une ambiance rassurante. Les deux personnages sont totalement démunis, dépossédés de tout bien matériels pourtant, leur foyer à ciel ouvert est un havre de quiétude. Les rituels quotidiens comme celui du thé, de la préparation du feu ou celle du repas sont autant de repères sur lesquels nous nous appuyons peut-être pour nous rassurer.

Une maison à ciel ouvert, le vagabondage comme unique repaire, comme unique rempart à la méchanceté des hommes, à leur haine des sans domicile qui leur rappelle qu’eux aussi ne sont pas à l’abri de la misère. Dans ce récit, une place importante est accordée à la religion et plus encore, à la foi. La foi en soi et quand cette foi est prête à vaciller, elle peut être secondée par d’autres, comme la foi en Dieu. Un bon support pour parler de guerre, de tolérance et de religion avec les jeunes lecteurs qui découvriront cette œuvre.

Extraits :

« – Comment fait-on pour rester digne ? demanda Janek.
– Ne pas se plaindre, ne pas être amer, se taire lorsque l’on a rien à dire, et si l’on a quelque chose à dire, être concis. Ne pas se fâcher, garder à l’esprit que les hommes sont des visiteurs en ce monde, ne pas être prétentieux » (De longues nuits d’été).

De longues nuits d’été

Roman jeunesse
Editeur : L’Ecole des loisirs
Collection : Médium
Auteur : Aharon APPELFELD
Traduction (hébreu) : Valérie Zenatti
Dépôt légal : avril 2017
288 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-211-23047-6