Pile ou Face, tome 2 (Larson & Mock)

Larson – Mock © Rue de Sèvres – 2017

Alexandre et Cléopâtre ont retrouvé leur père. Après la joie des retrouvailles, place au récit des derniers mois et c’est l’occasion pour les jumeaux d’en apprendre davantage sur leurs origines.
Ils détiennent toujours le couteau et la boussole que leur mère leur a légués avant de disparaître. Ce sont des clés et s’ils parviennent à déchiffrer les inscriptions qu’ils contiennent, peut-être trouveront-ils enfin leur trésor. Tout laisse à penser qu’il se trouve dans les îles Marshall.

Largement inexplorées et grouillant de requins et d’indigènes hostiles. Il n’y a pas lieu plus sûr pour cacher un trésor… c’est-à-dire qu’il n’y a pas lieu plus dangereux.

Cap pour l’aventure ! Et le temps leur est compté car le terrifiant Worley est à leur poursuite et souhaite mettre la main à la fois sur le trésor et sur les jumeaux qui pourraient l’aider à servir ses sombres desseins.

La cavale a pris fin, les jumeaux sont réunis, ils ont même retrouvé leur père. Hope Larson consacre maintenant son récit à l’apprentissage. C’est l’occasion de faire passer certaines valeurs morales et de parler d’une vision vieillotte de la place accordée aux femmes dans la société. Pourtant, rien ne picote dans cette aventure de piraterie.

On vogue tranquillement vers le dénouement. Chaque nouvel élément narratif trouve sa place naturellement, sans forcer, sans se bousculer. De fait, on obtient toutes les réponses que l’on pouvait attendre d’une telle épopée sachant qu’elle avait été ambitieuse puisqu’il est question jumeaux orphelins, d’un trésor et de personnages secondaires qui soulèvent les uns après les autres le mystère qui les entoure.

Au dessin, Rebecca Mock réalise des planches que je trouve finalement assez sobres. Le dessin est propre, parfois un peu trop lisse mais finalement, vu la richesse du scénario, le lecteur n’est pas en reste.

Un récit d’aventure sympathique. Duels à l’épée, voyage en mer, courses poursuites, romances, amitiés, suspense… voilà un diptyque jeunesse réussi.

La chronique du premier tome.

Pile ou Face

Tome 2 : Cap sur l’île aux trésors
Diptyque terminé
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Rebecca MOCK
Scénariste : Hope LARSON
Dépôt légal : août 2017
224 pages, 16 euros, ISBN : 978-2-36981-307-1

Bulles bulles bulles…

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Pile ou Face, tome 2 – Larson – Mock © Rue de Sèvres – 2017

SuperS, tome 3 (Maupomé & Dawid)

Maupomé – Dawid © La Gouttière – 2017

Les policiers continuent de piétiner dans leur enquête. Mais qui sont donc ces trois supers-héros qui viennent au secours de la veuve et de l’orphelin. D’autant que ces mystérieux alliés leurs ont livré, sur un plateau, un pyromane qui sévissait depuis quelques temps dans la ville. Sauf que lors de son interrogatoire, le pyromane a donné de précieux renseignements sur le profil de des trois super-héros qui l’ont pris la main dans le sac : il s’agit d’enfants.
Autour de Benji, Lili et Mat, l’étau se resserre. Vont-ils parvenir à garder l’anonymat ? Et l’enquête de l’assistante sociale ne va-t-elle pas conduire au fait qu’ils vont être placés ? Y a-t-il une autre solution qu la fuite ?
Dans leur cavale, ils vont pourtant trouver des alliés inattendus.

L’année 2015 était pour nous l’occasion de découvrir le premier tome de la série Supers. L’intrigue principale s’intéresse à trois enfants orphelins puis, en tournant les pages, on apprend qu’ils sont nés sur une autre planète. Un peu comme Superman, leurs parents les ont mis à l’abri sur notre planète et ils ont des super-pouvoirs ; ils peuvent voler, hypnotiser, porter des charges très lourdes… C’est leur secret et il est parfois lourd à porter. La journée, ils vont à l’école comme les autres enfants. Une fois chez eux, c’est Mat, le grand frère âgé de 13 ans, qui s’assure que les devoirs sont faits et que personne ne se couche trop tard. Mat veille au grain et est secondé par Al. Ce dernier est une nounou un peu particulière puisque c’est un robot qui les aide à grandir, à s’organiser, à entretenir la maison…

Le scénario imaginé par Frédéric Maupomé se construit donc autour de ces trois orphelins. Chaque tome nous permet de rentrer un peu plus dans le vif du sujet et de prendre conscience, en douceur, du fait que ce n’est pas toujours simple de vivre sans adulte. Bien sûr, pour l’enfant qui lit la série, il y a quelque chose de fascinant dans le postulat de départ. Il voit des enfants complètement autonomes. Leur situation a quelque chose de fantaisiste, de bricolé, un peu comme ces raviolis qui composent l’essentiel de leur alimentation.

Ces enfants imaginaires ont aussi beaucoup de point commun avec leurs lecteurs. Pour bien grandir et s’intégrer, ils font exactement la même chose : ils vont à l’école et font leurs devoirs, ils se couchent tôt, ils doivent respecter des règles, ils ont des amis. Petite touche de réalité supplémentaire : les relations entre les trois enfants sont plutôt bonnes malgré quelques désaccords ponctuels… des rivalités et des petites tensions qu’on retrouve dans toutes les fratries. Bien sûr, ce qui nous en met plein les yeux est à n’en pas douter le fait que les trois héros aient des pouvoirs surnaturels. De fait, on baigne entre un quotidien qui nous est familier et le monde des supers-héros où des gens seraient capables de voler ! Et c’est encore plus fascinant quand les super-pouvoirs sont utilisés pour faire le bien !

Tout est sans cesse sur un fil dans le scénario et cela donne l’impression que cette histoire est une aventure permanente, où chaque jour passé est une petite victoire en soi. Le jour, Mat (l’aîné) s’assure que le secret est bien gardé et la nuit, il prend la tête des opérations quand les enfants partent détrousser les délinquants, voleurs et autres tordus qui peuvent circuler en liberté.

Depuis le début, la série nous emmène dans son rythme d’autant que les illustrations de Dawid sont un petit voyage à elles seules. Des couleurs chaudes qu’il utilise pour certaines scènes aux teintes plus sombres qui nous font ressentir le froid mordant des nuits d’hiver, on est aux premières loges à chaque instant. Le dessin vit, les personnages s’animent sous nos yeux. Dans cet univers hyper réaliste, on se met à croire à quelque chose d’incroyable.

Un régal. A ce stade de la série, ce tome est plus posé et plus sombre que les autres. C’est aussi mon préféré. On est entré au cœur de cette famille atypique et passé le côté fascinant que peut avoir leur vie, on rentre dans le vif du sujet et on se rend compte que tout n’est pas si simple qu’il n’y paraît. J’aime beaucoup les questions soulevées par cette histoire.

Ma chronique du tome 1 et celle du tome 2.

SuperS

Tome 3 : Home Sweet Home
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : DAWID
Scénariste : Frédéric MAUPOME
Dépôt légal : août 2017
112 pages, 18 euros, ISBN : 979-10-92111-53-8

Bulles bulles bulles…

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SuperS, tome 3 – Maupomé – Dawid © La Gouttière – 2017

Chroniks Expresss #33

Bandes dessinées : Cette ville te tuera (Y. Tatsumi ; Ed. Cornélius, 2015), Les Mutants, un peuple d’incompris (P. Aubry ; Ed. Les Arènes – XXI, 2016), Miss Peregrine et les enfants particuliers, volume 2 (R. Riggs & C. Jean ; Ed. Bayard, 2017).

Jeunesse : Trois aventures de Léo Cassebonbons (F. Duprat ; Ed. La Boîte à bulles, 2017).

Romans : Les Echoués (P. Manoukian ; Ed. Points, 2017), Rien ne s’oppose à la nuit (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2013), Women (C. Bukowski ; Ed. Grasset, 1981), Temps glaciaires (F. Vargas ; Ed. Flammarion, 2015), Les Jours de mon abandon (E. Ferrante ; Ed. Gallimard-Folio, 2016).

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Bandes dessinées

 

Tatsumi © Cornélius – 2015

Tokyo. Plongée au cœur d’une société en plein mal-être.

Stéphane Beaujean a réalisé une très belle préface qui explique à la fois le contexte social de l’époque et réalise une fine analyse de la démarche de l’auteur. « Dans les nouvelles qui suivent, Yoshihiro Tatsumi s’attarde plus précisément sur les relations entre hommes et femmes. Il témoigne de la mort du désir sexuel, de son dévoiement par le capitalisme et la modernité dans une civilisation en proie à une urbanisation étouffante ».

Cet album est le premier volume de l’anthologie des œuvres du Yoshihiro Tatsumi (« Une vie dans les marges »), il contient 23 nouvelles crées dans les années 1960 et 1970. Les histoires sont dures, brutales mais comme elles sont toutes assez courtes, le lecteur n’a pas le temps de s’apitoyer réellement sur un personnage. On traverse une succession d’avortements, de fœtus dans les égouts, de suicides, d’adultères. On voit des individus qui s’abrutissent au travail pour ne pas penser. Une ville inhospitalière. Des hommes désabusés, des femmes aigries et autoritaires et entre les deux, la communication est souvent en panne. Une sexualité à la fois contrariée, étouffée et pour d’autres, totalement débridée et pulsionnelle. C’est à la fois malsain et totalement affligeant, au point qu’on plaint ces gens en souffrance.

On sort un peu sonné de la lecture de ce gekiga mais tout de même, n’hésitez pas à le lire si vous en avez l’occasion.

A lire aussi : la présentation de l’album sur le blog de l’éditeur.

 

Aubry © Les Arènes-XXI – 2016

Service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Sainte Barbe à Paris. Le pavillon Charcot accueille des adolescents âgés de 12 à 14 ans. Crises d’angoisse, tentatives de suicide, décompensation, overdose… les motifs d’hospitalisations sont multiples mais ils ont tous un point commun : leurs parents sont totalement dépassés par la « crise d’adolescence » et incapables d’aider leurs enfants à y faire face. Psychiatre, éducateurs spécialisés, infirmiers… assurent la prise en charge durant des séjours qui durent de quelques jours à plusieurs mois.

Pauline Aubry quant à elle est graphiste ; elle a repris par la suite ses études au CESAN, une école de BD. En 2013, elle sollicite son amie Camille, pédopsychiatre à Sainte-Barbe, pour savoir s’il est possible de faire un reportage BD sur le service. La réponse est positive mais en échange, il lui est demandé d’animer un atelier BD à destination des jeunes patients du service.

Un album à mi-chemin entre l’autobiographie et le reportage, entre la découverte des problématiques propres à l’adolescence et la démarche cathartique. Car pour adapter son atelier au public qu’elle va côtoyer, Pauline Aubry se remémore sa propre adolescence (état d’esprit, relations familiales, hobbies…). Elle va animer au total 8 séances d’atelier (de novembre 2013 à mars 2014). L’album est ponctué par ces repères chronologiques. Pour le reste, l’auteure relate l’ambiance de chaque séance d’atelier, et montre comment le service de pédopsychiatrie s’organise (profil des ados, travail d’équipe, méthodes de travail, liens avec les familles…). Entre les séquences de reportages, l’auteure fait remonter les souvenirs et décortiquent les informations qu’elle a reçues en faisant le parallèle avec sa propre adolescence.

Pour être honnête, cette BD est parfaite pour se sensibiliser sur la prise en charge des adolescents fragiles (manifestant des troubles du comportement, ayant des conduites addictives et/ou qui se mettent en danger). Je vois bien ce medium être utilisé dans des groupes de parole d’adolescents. Par contre, pour les personnes qui connaissent déjà ces services hospitaliers en pédopsychiatrie, ça fait vraiment redite. Globalement, je baigne un peu trop dans ce milieu professionnel. Je suis au contact quotidien avec la clinique, les thérapeutes, les éducateurs, les publics… en permanence en train d’écouter des gens parler de leurs vies, de leurs échecs, de leurs angoisses… Bref, un livre pour réviser les bases…

Vu aussi chez : Sabariscon, Joëlle, Tamara.

 

Riggs – Jean © Bayard – 2017

Les enfants particuliers recueillis par Miss Peregrine sont en cavale. Ils fuient les Sépulcreux et les Estres qui tentent de les capturer afin de pouvoir pratiquer d’obscures et de traumatisantes expériences en laboratoire. Dotés de pouvoirs surnaturels, les Enfants Particuliers vivaient jusqu’à présent – pour les plus chanceux d’entre eux – sous la protection d’ombrunes bienveillantes, sortes de nurses qui leur assurait le gîte et le couvert mais aussi la possibilité de mieux connaître les pouvoirs de chacun et … d’accepter d’être différents des autres enfants.

Mais l’avenir des Particuliers et compromis. Miss Peregrine ayant été blessée lors du dernier affrontement avec les Estres, les Particuliers qu’elle avait pris sous son aile décident d’aller demander de l’aide à d’autres ombrunes afin que Peregrine soit sauvée. Ils prennent la direction de Londres avec toute l’appréhension de se jeter délibérément dans les griffes de leurs adversaires. Pire encore, Londres est plongée dans les affres de la Seconde Guerre Mondiale.

C’est suite à la sortie de l’adaptation cinématographie de « Miss Peregrine… » que nous avions découvert, mon fils et moi, cet univers fantastique. Sitôt sorti de la salle de cinéma, nous avons voulu découvrir l’adaptation BD de la série (avant de lire éventuellement les romans originels). Profitant de la réédition du premier volume (Editions Bayard – Collection BD Kids), nous avons pu découvrir des détails et des interprétations qui étaient différentes de la vision de Tim Burton voire qui étaient totalement absente du film.

Les personnages sont intéressants, élaborés et cohérents. L’univers fascine, les motivations questionnent et les desseins des « méchants » n’est pas sans rappeler les agissements des nazis (d’ailleurs certains ont brodé sur leur uniforme une croix gammée).

Une série agréable à lire et qui sait capter notre intérêt. Loin d’être un récit incontournable ou un coup de cœur, les albums permettent de passer un bon moment de lecture et j’ai très envie de découvrir le troisième et dernier tome de cette histoire.

 

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Jeunesse

 

Duprat © La Boîte à bulles – 2017

Léo Cassebonbons est un petit garçon comme les autres : espiègle à souhait, naïf et spontané, il est dans cet âge où chaque chose se questionne et à chaque question sa réponse. Souvent, les conclusions auxquelles il aboutit sont sans concession pour les adultes qui l’entoure.

Cet ouvrage est une intégrale de trois albums de « Léo Cassebonbons » précédemment édités aux Editions Petit à Petit : « Chou blanc pour les roses », « Demandez la permission aux enfants » et « Mon trésor ».

Le premier tome regroupe des petits gags de quelques pages. Anecdotes du quotidien, à l’école ou en famille. Les scénettes sont de qualité inégale et rares ont été celles qui m’ont arraché un sourire.

Le second emmène la famille en vacances et c’est, pour le lecteur, l’occasion de découvrir davantage les proches de Leo, à commencer par sa tante et sa cousine. Délaissant l’historiette pour proposer une histoire complète, François Duprat s’amuse à rebondir de personnage en personnage. J’ai préféré cette seconde partie à la première, l’humour fonctionne mieux et rare sont les épisodes où il retombe comme un soufflet.

Le dernier tome de cette intégrale est aussi le cinquième et dernier tome de la série (publié en 2006). Après, est-ce que l’arrivée de la série à La Boîte à bulles va donner lieu à de nouveaux albums (on l’a déjà vu pour « L’Ours Barnabé ») ?? Quoiqu’il en soit, cette troisième partie est pleine de tendresse et propose des situations réalistes. La majeure partie de l’histoire se passe à l’école et le scénario propose de réfléchir aux relations entre des filles et des garçons âgés d’environ 8 ans et aux rapports de force qui peuvent se tisser entre eux. La question de l’amitié est au cœur du récit et notamment celle qui concerne les enfants de sexes différents. Pas évident à cet âge !

J’ai bien failli ne pas parvenir au bout du premier tiers de l’album. Et puis finalement le personnage principal est un petit bonhomme bien sympathique. Pour autant, la série n’a jamais fait de vagues et je ne pense pas qu’elle me laissera un souvenir ému.

 

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Romans

 

Manoukian © Points – 2017

On est en 1991. Virgil est moldave, Assan et Iman – le père et la fille – sont somaliens, Chanchal est bengladais… tous sont des immigrés. Tous ont traversés des épreuves pour échouer en France, dans l’espoir d’une vie meilleure. Tous ont fui la misère, la guerre, la peur, les ruines, leurs morts, la famine… pour venir respirer l’air d’un eldorado européen. Mais arrivés à destination, ce sont d’autres épreuves qui les attendent. Les squats, la faim, les coups, les humiliations… pas tout à fait les mêmes que les maux de leurs pays mais au fond, pas si différentes. Et puis les hasards de la vie ont fait qu’ils se sont rencontrés, qu’ils se sont entraidés. Entre eux, des liens d’amitié forts se sont tissés. Envers et contre tous, unis, ils ont tenté de poursuivre leur chemin. A plusieurs, on a moins peur que tout seul. Ensembles, on retrouve une dignité, une identité, une raison de vivre.

Pascal Manoukian est journaliste grand reporter. Pendant 20 ans, il a couvert les conflits qui embrasaient la planète. Puis, non content de témoigner dans les médias, il publie « Le Diable au creux de la main » en 2013 avant de livrer « Les Echoués » son premier roman paru initialement en 2016 aux Editions Don Quichotte.

Un livre dur, sans concessions, qui témoigne en premier lieu de la violence de ces trajets de la peur qui transporte des hommes comme on transporte du bétail. Enfermés dans une cale, entassé dans une benne, recroquevillés dans une cabine… entassé par dizaines parfois par centaines, ils traversent des pays et des mers au risque de leur vie. Les coups pleuvent, les réprimandes, la soif, la faim et la peur alourdissent leurs maigres bagages. Un traumatisme.

Arrivés en France, le calvaire continue. Contraints à supporter la clandestinité, ils dorment dans des conditions effrayantes ; vieilles usines désaffectées où grouillent les rats, caravanes remplies d’odeurs de pisse et de détritus, trous creusés à même la terre et j’en passe. Alignés comme des sardines à l’aube, regroupés par nationalités, droits comme des « i », ils attendent dès l’aube le passage d’un employeur qui – ils le savent – va les payer au lance-pierre. Mais même sous exploités, c’est mieux que les conditions de vie dans lesquelles ils vivaient avant de faire le voyage. « C’est comme ça ici, les pauvres s’en prennent aux pauvres ».

Un roman coup de poing, superbe. Des notes d’espoir et des plongées dans l’enfer nous font faire les montagnes russes. Un cri révoltant qui donne l’impulsion pour se mobiliser et tendre la main à ces exilés. Mais par où commencer ?

Extraits :

« Avant, en Moldavie, il adorait les chiens et détestait les mulots. Mais, depuis son arrivée en France, beaucoup de choses s’étaient inversées. Ici, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur » (Les Echoués).

« Depuis son arrivée en France, personne ne l’appelait plus jamais par son prénom, et il n’aurait jamais imaginé qu’avec le temps il puisse lui-même l’oublier. C’est ça aussi, l’exil, quelques lettres choisies avec amour pour vous accompagner tout au long d’une vie et qui brusquement s’effacent jusqu’à ne plus exister pour personne » (Les Echoués).

« Aujourd’hui, le premier analphabète venu prenait une arme et parlait au nom d’Allah. Ça donnait à l’islam une bien mauvaise haleine » (Les Echoués).

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2013

Fin janvier, Delphine De Vigan découvre le corps de sa mère. Un suicide. Sa mère avait 61 ans.

L’auteure décide alors de raconter sa mère. Un roman cathartique pour comprendre, s’approprier les choses, intégrer sa mort, donner du sens à sa douleur.

Ainsi, elle revient sur l’enfance de Lucile, sur ses 8 frères et sœurs et ses parents, George et Liane. Très tôt, Lucile se démarque par sa beauté tout d’abord. Liane lui fera d’ailleurs faire de nombreuses séances de photos ; enfant, Lucile deviendra l’égérie de plusieurs marques, son visage apparaît sur les grandes affiches dans les couloirs du métro, dans les rues de Paris… la ville où elle a grandi. Lucile se fera aussi remarquer pour son côté sombre et mystérieux. Très tôt, elle s’est repliée dans son silence, préférant observer les autres que de participer à leur conversation. Elle échappe aux autres, secrète. Elle se soustrait au tumulte de la vie familiale. A l’adolescence, déjà habituée depuis longtemps à l’effervescence de la vie, aux amis qui passent, aux cousins qui partagent leur vie de famille le temps d’un été, Lucile se désintéresse de sa scolarité, fume ses premières cigarettes, vit ses premières relations amoureuses. Elle tombe enceinte à 18 ans ; pour ses parents et ceux du père de son enfant, l’avortement est inenvisageable. Leur mariage est organisé. Lucile se réjouit d’être la première de la fratrie à quitter le cocon familial, elle se réjouit de pouvoir enfin créer son cocon à elle, elle s’éloigne de cette famille et de ses drames familiaux déjà si nombreux, si douloureux, si lourds à porter.

Huit ans après, elle quitte son mari et refait sa vie. Peu de temps après, les premières crises surviennent. Une alternance entre des phases maniaques et de profondes périodes de déprime. Il faudra près de 10 ans pour qu’elle reprenne le contrôle de sa vie. Entre temps, plusieurs séjours en psychiatrie, des tentatives de thérapie inefficaces, une camisole chimique qui la tasse avant qu’elle ne rencontre un médecin psychiatre en qui elle a confiance. Mais pendant ces 10 années, elle s’est laissée submergée, ballotée entre hystérie et aboulie, incapable de s’occuper d’elle et de ses deux filles. En racontant sa Lucile, Delphine De Vigan s’approprie à la fois l’histoire de sa famille, celle plus personnelle de sa mère et la sienne.

Delphine De Vigan enquête sur sa mère, sur la vie qu’elle a menée. Pendant longtemps, du fait qu’elle a grandi dans une grande fratrie puis, par la suite, du fait de ses choix de vie, sa mère a vécu entourée… en communauté. Jusqu’à ce que la maladie prenne le dessus. Delphine De Vigan plonge dans les écrits que sa mère a laissés mais elle replonge aussi dans ses propres journaux intimes qu’elle a tenu pendant toute son adolescence. Elle est allée questionner ses oncles et tantes, son père, ses grands-parents, les amis de sa mère, sa sœur, ses cousins… Elle croise tous ces témoignages et tente de rassembler les pièces du puzzle pour comprendre les raisons qui ont amené sa mère à se réfugier dans la maladie et l’incapacité de cette dernière à prendre le dessus.

Parentalisée très jeune, abusée, noyée dans la masse de la fratrie, séduite par l’alcool et la drogue… autant de morceaux d’une vie cassée. Jusqu’à la chute, la folie, la bipolarité, les lubies et les phobies. Une mère dépassée, déboussolée mais surtout une femme qui a vécu toute sa vie sur un fil, en proie au moindre coup de vent qui provoquera la rechute.

Un livre où l’intime est dévoilé, où la douleur tisse un fil rouge qui relie chaque période de la vie. Un livre écrit avec une chanson d’Higelin en tête et qui lui vaudra finalement son titre… rien ne s’oppose à la nuit… un livre pour pardonner, écrire pour s’approprier le deuil. Entre le passé de sa mère et sa propre histoire, Delphine de Vigan parle aussi de son rapport à l’écriture.

Magnifique. La suite (« D’après une histoire vraie« ) m’attend.

 

Bukowski © Grasset – 1981

Charles Bukowski a écrit « Women » à la fin des années 1970. Au rythme d’un roman par an (parfois deux), il se penche une nouvelle fois sur son rapport à l’écriture, son gout prononcé pour l’alcool, les femmes, la débauche… Son aversion pour les autres, les conventions, …

Il se met en abîme, se montre sous son meilleur jour par l’intermédiaire de son double de papier, le taciturne Henry Chinaski.

« Chinaski ne quitte son lit que pour faire une lecture de poésie – d’où il revient généralement avec un chèque (pour le loyer, l’alcool, le téléphone) et une femme (pour le lit) » (…). Ici, profitant honteusement de sa notoriété, de son charme et de sa grosse bedaine blanche de buveur de bière, Chinaski/Bukowski fait des ravages dans les rangs du sexe opposé. Ici, aussi, les femmes font craquer Bukowski » (extrait quatrième de couverture).

Quelques longueurs pour moi où l’on retrouve les thèmes de prédilection de l’auteur : l’alcool, sa relation chaotique aux femmes, les jeux (paris sur les courses hippiques), l’écriture de ses textes, les séances de lecture de ses poèmes dans des lieux publics. J’ai eu beaucoup de mal à terminer ce recueil.

 

Vargas © Flammarion – 2015

Le Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg est appelé par un de ses confrères pour venir observer l’appartement d’une vieille dame qui se serait suicidée. L’activité de la brigade des homicides étant calme, Adamsberg demande à Danglard, son lieutenant, de l’accompagner. Le corps de la morte git dans la baignoire et l’absence de lettre d’adieu interroge les enquêteurs tout autant que l’étrange inscription qu’elle aurait dessinée sur le meuble de la salle-de-bain. Arrivés sur place, Adamsberg et Danglard observent, supposent et ouvrent déjà de nouvelles hypothèses.

Quelques jours plus tard, dans l’appartement d’un autre suicidé, Adamsberg et Danglard retrouvent le même signe inscrit à la hâte sur une plinthe de son salon. Peu à peu, des similitudes apparaissent entre ces deux enquêtes, des nouveaux cas de suicidés et d’autres dossiers plus anciens. Elles vont conduire Adamsberg et son co-équipier sur les bancs d’une association qui fait revivre Robespierre et les événements de la Révolution française ainsi qu’un mystérieux voyage en Islande, une expédition vieille de plusieurs décennies.

Pour cette huitième enquête du Commissaire Adamsberg (les sept précédentes sont également sur le blog), Fred Vargas reprend les mêmes ingrédients, les mêmes personnalités qu’elle continue de développer, le même goût prononcé pour le suspense, le même humour qui permet de décaler les tensions en douceur. Ma fascination et ma sympathie pour le personnage principal est bel et bien là et j’ai un réel plaisir à lire chaque nouvel opus de l’univers Adamsberg. J’ai beau être maintenant familiarisée avec l’écriture de Fred Vargas, je me laisse à chaque fois surprendre par les rebondissements narratifs et je suis toujours étonnée au moment du dénouement.

Cette année, le neuvième roman de cette saga est sorti. Intitulé « Quand sort la recluse », il est d’ores et déjà dans ma PAL et fera sans aucun doute partie de mes lectures de l’été prochain.

 

Ferrante © Gallimard – 2016

« Olga, trente-huit ans, un mari, deux enfants. Un bel appartement à Turin, une vie faite de certitudes conjugales et de petits rituels. Quinze ans de mariage. Un après-midi d’avril, une phrase met en pièces son existence. L’homme avec qui elle voulait vieillir est devenu l’homme qui ne veut plus d’elle. Le roman d’Elena Ferrante nous embarque pour un voyage aux frontières de la folie » (synopsis éditeur).

Olga m’a fait penser à Elena, l’héroïne de « L’Amie prodigieuse » (chroniques sur ce blog) qui fait l’actualité littéraire d’Elena Ferrante (vivement le quatrième et dernier tome qui devrait sortir en début d’année 2018).

Olga m’a fait penser à Elena… en plus agaçante, en plus pathétique, en plus déprimante… en pire.

Olga m’a rapidement été antipathique et j’en suis même venue à me dire que sa séparation conjugale est méritée. C’est même surprenant que ce genre de femme ait trouvé chaussure à son pied du côté affectif.

Olga n’est pas allé jusqu’à provoquer chez moi une crise d’urticaire mais j’ai rapidement soufflé, râlé d’être si têtue dans mon obstination à terminer ce roman. Et puis zou, il a volé alors que j’étais en plein milieu d’une page, même pas capable de terminer le chapitre en cours.

Le titre du roman était prémonitoire. J’ai abandonné Olga à ses angoisses, à ses manies, à ses lubies et je suis loin de regretter ce choix.

Tokoyo (Khoo & Ong)

Khoo – Ong © Des Ronds dans l’O – 2017

Lorsqu’elle était enfant, Tokoyo dû apprendre à vivre sans son père. Ce dernier, un grand samouraï, fut banni par son seigneur sur une île lointaine. Trop malheureuse, Tokoyo décida de quitter son village pour aller le retrouver.
En chemin, elle rencontre une jeune femme qui s’apprête à être sacrifiée pour sauver les gens de son village de la malédiction de Yofune Nushi, un monstre marin. N’écoutant que son courage, Tokoyo plonge dans la mer pour braver tous les dangers.

« Tokoyo » est un conte fantastique qui nous ramène dans des temps anciens, celui-là même où des créatures mythiques et terrifiantes côtoyaient les hommes. Entre légende et superstition, Catherine Khoo développe un récit d’aventure qui reprend tous les codes du genre (ode au courage, à l’altruisme, à l’amour), riche en rebondissements et proposant une morale positive. Le petit plus vient du fait qu’on entre totalement dans une société traditionnelle, totalement dépourvue de technologies, où les hommes n’avaient d’autre choix que celui de tenir compte des conditions climatiques et des obstacles naturels (mer, montagne…) qui jalonnent un parcours. Un récit d’aventure où le temps presse mais qui prend tout son temps pour se raconter… et qui nous laisse tout le temps de contempler les illustrations de Teressa Ong pleines de couleurs subtilement choisies.

Une belle épopée initiatique à portée des enfants (4-8 ans).

La chronique de Blandine.

Tokoyo

One shot
Editeur : Des Ronds dans l’O
Collection : Jeunesse
Dessinateur : Teressa ONG
Auteur : Catherine KHOO
Traducteur : Sibylline DESMAZIERES
Dépôt légal : juin 2017
32 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-37418-035-9

Bulles bulles bulles…

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Tokoyo – Khoo – Ong © Des Ronds dans l’O – 2017

Aliénor Mandragore, tome 3 (Gauthier & Labourot)

Gauthier – Labourot © Rue de Sèvres – 2017

Merlin est mort. Aliénor, sa fille, a eu beau tenter de le ramener à la vie grâce à un sortilège, la fée Morgane a eu beau chercher à le faire passer de trépas à vie, les éléments s’enchaînent et Merlin ne revit que quelques heures avant de passer de vie à trépas. Et cette situation n’est pas pour déplaire à l’Ankou qui veille sur ses ouailles avec une grande attention et est déterminé à amener Merlin où il doit être : au royaume des morts !
Mais Merlin, ou du moins son fantôme, ne l’entend pas de cette oreille et Aliénor fait tout ce qui est en son pouvoir pour trouver un nouveau sort de résurrection. En attendant le moment où tous les ingrédients seront réunis, il reste à comprendre ce qui a provoqué le terrible tremblement de terre du second tome. Aliénor et le jeune Lancelot étaient au cœur de l’épicentre du séisme et se rappellent encore lorsque le sol s’est dérobé sous leurs pieds, les faisant échouer brutalement dans un cimetière de dragons. Ils ont accepté de montrer le lieu à Morgane et Merlin afin que ces derniers puissent y récupérer quelques ingrédients magiques et dissimuler l’entrée aux yeux des simples mortels.
En chemin ils croisent l’Ankou. A la surprise de tout le monde, ce n’est pas Merlin qu’il emmène au royaume des morts… mais Aliénor. La jeune fille a tôt fait de comprendre qu’elle a été parachutée sur Avalon. Reste à comprendre pour quelle raison l’Ankou s’est saisie d’elle.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce tome remue et que l’intrigue saute de rebondissement en rebondissement. Séverine Gauthier propose un scénario retors qui pique la curiosité du lecteur. Du coup, il faut tout de même beaucoup d’explication pour permettre au lecteur de se situer, d’appréhender les références qui sont faites à la légende arthurienne et pour comprendre un tant soit peu les tenants et les aboutissants de l’intrigue. Les personnages sont plus bavards que dans les deux tomes précédents et certaines planches sont assez verbeuses. Une fois n’est pas coutume pour un album jeunesse, je ne suis pas parvenue à le lire d’une traite (contrairement à mon fils de 11 ans). Mais lui aussi reconnait que cet album est plus compliqué pour autant, cela n’a pas d’impact sur le plaisir qu’on a à découvrir ce récit. On termine l’album en dévorant les six pages de « L’écho de Brocéliande », la gazette des habitants de Brocéliande. Pour le lecteur, c’est l’occasion de combler ses lacunes sur certains personnages du cycle arthurien ou sur la mythique Avalon.

Les dessins de Thomas Labourot montrent toute l’espièglerie des personnages. Excepté le personnage de Lancelot enfant, les autres protagonistes sont tout de même de joyeux fiers-à-bras et les illustrations mettent en valeur toute la malice de ces individus. Les couleurs ludiques permettent de décaler les choses, de diffuser de la bonne humeur malgré la mauvaise foi évidente de certains. C’est très agréable à l’œil, on savoure les détails graphiques (l’auteur s’éclate à détailler la flore notamment) tout autant que les rares planches muettes que l’on accueille comme des respirations.

C’est potache, ironique et plein d’entrain. Encore une fois, on referme l’album avec cette envie de lire le prochain tome (il faut dire que le dénouement de ce troisième opus est assez inattendu !).

Egalement sur le blog : tome 1 et tome 2.

Aliénor Mandragore

Tome 3 : Les Portes d’Avalon
Série en cours
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Thomas LABOUROT
Scénariste : Séverine GAUTHIER
Dépôt légal : juin 2017
48 pages, 12 euros, ISBN : 978-2-36981-448-1

Bulles bulles bulles…

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Aliénor Mandragore, tome 3 – Gauthier – Labourot © Rue de Sèvres – 2017

Raven & l’Ours, volume 1 (Pinheiro)

Pinheiro © La Boîte à bulles – 2017

Raven s’est perdue. En jouant avec un papillon, elle s’est éloignée un peu trop de sa maison et elle ne parvient pas à la retrouver. Ses recherches l’ont poussée loin de chez elle, loin de ses parents, jusqu’à cette grotte où l’Ours sommeille. Inconsciente du danger, la petite Raven le réveille pour lui demander de l’aide.

L’Ours n’est pas si mal léché qu’il n’y paraît et propose même à la fillette de l’aider. Raven plonge la main dans sa poche et en sort une boussole qui « montre la direction de la maison. Toujours. » Alors l’Ours fait quelques préparatifs, rempli deux sacs à dos de quelques victuailles et objets divers dont ils pourraient avoir besoin… et nos deux compères partent à l’aventure. En chemin, ils rencontrent un jeune homme qui les guide jusqu’à la ville la plus proche.
C’est ainsi qu’ils arrivent aux portes de la Cité des Énigmes. Pour entrer dans la ville fortifiée, il faut préalablement avoir résolu l’énigme donnée par le gardien de la porte. Mais nos deux héros en herbe ne sont pas au bout de leurs peines. Ils interpellent quiconque croise leur chemin pour obtenir des indications car une fois à l’intérieur de la cité, ils peinent pour obtenir des réponses à leurs questions. Car dans la Cité des Énigmes, chaque question posée implique une énigme à résoudre.

On se pose en douceur dans cet album. Après un survol rapide d’une forêt verdoyante, on repère l’entrée d’une grotte au fond de laquelle dort un gros ours. Il est réveillé en sursaut par une fillette qui passe par là. « Bonjour monsieur ! Vous n’auriez pas vu mes parents ? ». La scène prête à sourire, les couleurs sont toniques, ludiques… Voilà une entrée en matière qui intrigue autant qu’elle attendrit.

J’ai beaucoup pensé à « L’Ours Barnabé » pendant les premières minutes de la lecture… Ce laps de temps nécessaire que l’on emploie à nous familiariser avec les personnages et à chercher notre place dans l’univers, où l’on imagine leurs timbres de voix et le degré d’humour utilisé, où l’on repère les pointes d’ironie… l’Ours de Raven a un air de famille avec Barnabé : ils ont la même bonhommie, la même gentillesse et la même silhouette bedonnante. On apprécie rapidement cet ours placide, drôle, altruiste, moqueur, franc… qui donne le change à une petite humaine au minois mangé par de grandes lunettes et au sourire désarmant.

Bianca Pinheiro n’y va donc pas par quatre chemins pour nous mettre en confiance. Le courant passe vite entre les deux héros, aussi vite qu’il passe entre eux et nous (lecteurs). La petite humaine et le gros ours se complètent à merveille, tour à tour capricieux et astucieux, boudeur et boute-en-train.Lui a tendance à arrondir les angles tandis qu’elle questionne à tout va – comme une enfant – mais par moment, elle fait preuve d’une lucidité désarmante. Ils forment un duo très agréable.

Peu de temps morts dans le scénario. L’humour et la bonne humeur sont présents à chaque page et sont épicés d’une pointe de folie. Ce côté loufoque, parfois absurde, renforce les interactions entre le livre et son lecteur et provoque des éclats de rire au moment où l’on s’y attend le moins. Les répliques vont bon train et nous donnent de l’allant.

L’artiste joue avec ses personnages, elle les malmène parfois mais toujours avec tendresse. Bianca Pinheiro joue aussi avec son lecteur ; on tente de résoudre les énigmes avant que les personnages principaux ne donnent la bonne réponse. Elle joue enfin avec les codes de l’art séquentiel, fait de gros clin d’œil à des références (littérature, cinéma, bande dessinée). Au final, elle offre une jolie réflexion sur l’amitié mais aussi sur ce qu’est le pouvoir et la manière de l’investir.

Cet album est une très belle surprise. Il me tarde de connaître la suite de cette épopée et de retrouver ce duo improbable auquel on s’attache très vite.
Une bande dessinée lue en compagnie d’un petit lecteur de 8 ans… il est conquis !

Raven & l’ours

Volume 1
Série en cours
Editeur : La Boîte à bulles
Collection : La Malle aux Images
Dessinateur / Scénariste : Bianca PINHEIRO
Dépôt légal : juin 2017
64 pages, 14 euros, ISBN : 978-2-84953-284-3

Bulles bulles bulles…

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Raven et l’ours, volume 1 – Pinheiro © La Boîte à bulles – 2017

 

Au pied de la falaise (ByMöko)

ByMöko © Soleil Productions – 2017

Autour du cercle, inlassablement, la scène se répète… Ici, tout n’est que parole, croire sans voir, vision noire. Les griots chantent pendant que les ombres, elles, dansent sur la terre sombre. Pleine, la lune guette… Et autour du feu, des cris de joie… Le son des instruments résonne et sur le dos des mères, les petits dorment, bercés par le silence des tams-tams.

Un petit village au pied d’une falaise. Une place centrale autour de laquelle se dressent des huttes en torchis ceinturées de petites cours où jonchent pèle mêle sur le sol des paniers en osier qui serviront à transporter quelques victuailles, de grandes jarres qui permettront de transporter l’eau de la rivière, des petits tabourets qui permettront aux femmes de préparer le repas, une hache pour couper le bois qui servira à faire le feu…

Nous sommes en Afrique. En quelques pas, nous avons traversé le village d’Akou. La vie est calme, les journées se suivent et se ressemblent. Akou est un petit garçon plein de vie et de malice. Chaque jour, il rend de menus services aux anciens, garde le troupeau de son père, sans oublier de faire quelques bêtises avec ses amis de toujours. Et puisque son père est le chef du village, Akou a parfois l’honneur de le suivre dans ses déplacements. Akou aime regarder son père lorsqu’il écoute chacun, il aime le voir lorsqu’il tente de trouver des solutions aux litiges, il aime entendre le son de sa voix.

Aujourd’hui est un jour particulier dans sa vie. Son grand-père est mort. Ce soir, une fête sera donnée pour honorer sa mémoire. Akou est triste mais sa mère le sermonne.

Akou… La vie, c’est la mort. Et inversement. Sèche tes larmes et tâche de lui faire honneur si tu veux qu’elle t’accompagne dans tes choix.

A l’aide de sauts de puce, nous allons passer de chapitre en chapitre et voir grandir Akou. Akou enfant, Akou adolescent, Akou jeune adulte puis père de famille. Chaque période de sa vie sera une étape, certaines seront marquées par des rites de passages. Grandir, devenir responsable, s’assagir, mûrir. Ce personnage principal est le narrateur. Il pose un regard malicieux sur ce qui l’entoure, ce qui a pour effet de donner beaucoup de légèreté à l’atmosphère de l’album. Les choses sont simples mais pas simplistes, les problèmes ont forcément une solution. Sa présence pétille ce qui donne à la fois davantage de rondeurs aux illustrations. En revanche, cela contraste fortement avec la morosité des couleurs utilisées (brun et gris dominent) ; j’ai parfois eu l’impression que l’auteur avait saupoudré ses planches de cendres. Visuellement, l’ambiance graphique ne correspond pas à l’idée que je me fais des couleurs de l’Afrique. Un des avantages de ce choix de couleurs : on ressent la chaleur du soleil mais elle ne nous accable pas et laisse ainsi tout loisir de nous concentrer sur ce qui se dit, ce qui se joue, sans lourdeurs superflues.

ByMöko laisse la main à Akou le narrateur, le conteur. Il nous invite à bras ouverts à entrer dans un univers de tradition orale. Les gens ne s’appesantissent pas sur leurs conditions de vie précaire, composent avec ce qu’ils ont à portée de main et s’entraident. S’ils se chamaillent, le litige ne s’enlise pas car la communauté veille. Le scénariste a construit l’histoire autour de petits bonheurs simples. On ressent une certaine joie de vivre, une fierté de réussir à franchir des étapes importantes de la vie et le plaisir simple (et sans arrière-pensées) d’aider son prochain.

Un très bel album. Chaque chapitre est succinct mais apporte une pierre supplémentaire à la vie d’Akou. Chaque chapitre apporte une petite anecdote. Chaque anecdote contient sa morale, comme une petite leçon de vie que l’on retient et qui aide à mûrir. Un récit plein d’humanité qui repose sur les épaules d’un personnage altruiste et touchant. Un univers qui se situe à un carrefour, entre passé et présent, entre superstitions et rationalité. Magique !

Extraits :

« Grand Paps, c’est le doyen. Il est tellement vieux que seul le grand arbre connaît son âge réel. C’est peut-être pour ça qu’ils sont si liés l’un à l’autre… Tous les jours, il y fait des siestes comme pour tuer le temps… à moins que ce ne soit l’inverse » (Au pied de la falaise).

« Je constate juste, en regardant vos deux récipients vides devant moi, que la bêtise c’est comme de l’huile… On a beau nettoyer, il en restera toujours un peu dans une calebasse qui en a contenu » (Au pied de la falaise).

« Ma famille, c’est comme une maison où les enfants sont les briques de terre qui délimitent la grandeur du foyer. Je ne suis que le toit de paille qui les protégera de toutes les intempéries… le pilier central étant Ma Soleil ! » (Au pied de la falaise).

Le site de l’album.

Au pied de la falaise

One shot
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : ByMÖKO
Dépôt légal : mai 2017
154 pages, 17,95 euros, ISBN : 978-2-302-05387-8

Bulles bulles bulles…

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Au pied de la falaise – ByMöko © Soleil Productions – 2017