Kushi, tome 1 (Marty & Zhao)

Marty – Zhao © Editions Feï – 2017
Marty – Zhao © Editions Feï – 2017

Kushi est la petite-fille de la chamane du village. Kushi est une élève douée et fait preuve d’une maturité qui met mal à l’aise la plupart des adultes du village. Excepté le jeune vétérinaire et son instituteur, la plupart des villageois la regardent du coin de l’œil. Kushi est une enfant solitaire ; les autres enfants ne l’approchent pas, seul Tilik – un de ses camarades de classe – passe outre les recommandations parentales et la compte parmi ses amies.

Dès qu’elle en a l’occasion, la fillette part galoper dans la steppe. Là, elle est en harmonie parfaite avec la nature, connaît sur le bout des doigts les vertus de la flore, les habitudes de la faune, les signes qui annoncent un changement de saison. Un savoir devenu inhabituel et, la plupart du temps, considéré comme archaïque. Désormais, place à la modernité et aux esprits visionnaires. Nous sommes en 1985 et la plupart des Mongols aspirent à la modernité.

… vous vivez comme au temps des Khans. Le monde a changé. On n’appartient plus à la steppe, c’est elle qui nous appartient et nos enfants ont besoin de voir autre chose.

Le pire d’entre eux s’appelle Bold. Il est désormais assis sur un joli pactole. Sa richesse, il l’a obtenue grâce à ses agissements véreux, ses magouilles, manipulant par ci et mentant par là pour parvenir à ses fins. Aujourd’hui, ce bandit local a un nouveau projet. Pour le mener à bien, il saigne la steppe à blanc afin de tirer parti de ses inépuisables ressources. Mais Kushi découvre ses agissements et s’oppose ouvertement à lui. Elle ne pourra compter que sur elle-même, sa connaissance de la steppe et son amie de toujours : sa chienne sauvage qui se prénomme Khulan. Les superstitieux murmurent qu’elle a un autre allié et non des moindres en la personne de Tengger, le dieu de la steppe.

Golo Zhao était déjà parvenu à nous embarquer dans une superbe aventure avec « La Balade de Yaya », le voilà qui récidive à l’occasion de cette nouvelle série. Les paysages à perte de vue, la steppe et ses couleurs attrayantes, ces visages mangés par de grands yeux, cette douce sensibilité dans les dessins, cette habitude de s’arrêter le temps nécessaire sur un personnage pour en détailler la gestuelle et les expressions de son visage lorsqu’il se laisse surprendre ou bien encore lorsqu’il se heurte à, une frustration. Le dessin parle au moins autant que le scénario. Cela fait partie du jeu induit par Golo Zhao, une invitation à prendre le temps, à s’arrêter pour observer.

Au scénario, Patrick Marty (« Le Juge Bao », « L’Ombre de Shanghai »). Après une première collaboration avec Golo Zhao (sur le dernier tome de « La Balade de Yaya »), le voilà qui associe sa plume au crayon du dessinateur chinois. Au cœur de son histoire, il installe une fillette entière, aussi généreuse qu’exigeante et qui défend avec force ses convictions. L’auteur nous fait une place dans un microcosme humain perdu au cœur de la Mongolie-Intérieure. Cette petite communauté balbutie encore avec la notion de « progrès » et l’idée qu’elle en a. Il est question d’une ouverture à la modernité mais la réflexion de fond tient justement à ce choix que de nombreuses sociétés ont eu à faire : est-ce que la construction de l’avenir passe obligatoirement par le rejet de traditions ancestrales ? Croyances et modernité sont-elles obligatoirement des antonymes ? Faut-il abandonner une identité forte pour avancer et trouver sa légitimité face au monde dit « civilisé » ?

PictoOKQuand science et superstitions ancestrales n’ont donc pas de terrain d’entente possible !? Une réflexion qui n’est pas dépourvue d’intérêt. Un récit faussement naïf qui interroge sans heurter la sensibilité des plus jeunes. Vivement la suite de cette histoire prometteuse et pimentée.

La chronique de Johanne.

Kushi

Tome 1 : Le Lac sacré
Série en cours (4 tomes prévus)
Editeur : Editions Feï
Dessinateur : Golo ZHAO
Scénariste : Patrick MARTY
Dépôt légal : janvier 2017
96 pages, 9,50 euros, ISBN : 978-2-35966-234-4

Bulles bulles bulles…

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Kushi, tome 1 – Marty – Zhao © Editions Feï – 2017

Sweet Tooth, volume 3 (Lemire)

Lemire © Urban Comics – 2016
Lemire © Urban Comics – 2016

Depuis 2009, l’humanité est rongée par un mystérieux mal. Des enfants hybrides naissent tantôt avec des bois, tantôt avec de la fourrure, une nouvelle espèce mi-homme mi-animale. En parallèle, les hommes sont décimés par une épidémie qui se répand à une vitesse vertigineuse. Attaque chimique ? Intervention divine ? Nul ne le sait, quoi qu’il en soit, sur Terre, c’est le chaos. Les morts jonchent les rues partout sur la planète et les survivants tentent de trouver des solutions alternatives pour enrayer le phénomène. Des milices armées barricadent les villes pour empêcher l’intrusion d’étrangers et éviter ainsi la contagion. Des bases de l’armée deviennent des tombeaux à ciel ouvert pour les enfants hybrides, laboratoires de l’horreur où les enfants sont disséqués, étudiés, catalogués afin de trouver les causes du virus et mettre au point un remède. Le monde est devenu hostile. Les hommes, effrayés par la perspective que leur race va disparaître, sont capables de toutes les abominations.

C’est dans ce contexte qu’est né Gus. Premier enfant hybride. Sa naissance coïncide avec l’apparition du virus. Il a vécu les premières années de sa vie dans un bois avec son père, méconnaissant tout de ce qui se passe partout sur Terre. Mais un jour, son père meurt, emporté par la maladie. Pour survivre, Gus doit donc sortir du bois. C’est là qu’il rencontre Jepperd, un homme désabusé, un prédateur solitaire qui ne pense qu’à combattre pour assurer sa propre survie. Jepperd va prendre Gus sous son aile. Pour Jepperd, Gus est « Gueule sucrée ». Ce dernier ayant entendu parler d’une réserve où les enfants hybrides seraient en sécurité, Jepperd décide d’y accompagner l’enfant. Mais nombre d’embûches jalonnent leur chemin et de leur long périple va naître une profonde amitié.

J’ai perdu l’habitude de chroniquer une série tome par tome. C’est que, au bout d’un moment, si je trouve intéressant d’ouvrir l’échange sur un one-shot, un tome de lancement de série complète, je ne vois plus l’intérêt – pour un lecteur – de partager son ressenti détaillé sur un tome d’une série déjà bien avancée. Alors certes, il y aura toujours des personnes qui verront un intérêt à savoir qu’une série se poursuit et que la qualité est toujours au rendez-vous. Certes. Mais une série, n’est-ce pas aussi un univers à prendre en compte dans son ensemble ? Et puis, oser écrire sur l’album central d’une série qui compte… je ne sais pas… trente tomes !… quel intérêt ? Bonjour la figure de style. Bonjour l’exercice d’équilibriste pour ne pas spoiler ! Bref, je n’aime pas « saucissonner » une série et je fais allègrement l’impasse sur les chroniques qui se l’autorisent. Mais comme il y a toujours des exceptions à la règle…

« Sweet tooth » est une série de Jeff Lemire initialement pré-publiée dans des revues comics. Les quarante épisodes ont ensuite fait l’objet de cinq intégrales parues entre 2009 et 2013 aux Etats-Unis. Pour la France… il a fallu attendre 2015 pour que la série soit traduite. Un projet éditorial suivi par Urban Comics. Décembre 2015 – décembre 2016. Un an pour proposer « Sweet tooth » au lectorat francophone. Une trilogie consistante qui nous téléporte dans un monde post-apocalyptique dans lequel on est en alerte. A l’affut du moindre rebondissement, on s’inquiète rapidement pour les personnages et cela ne va pas en s’améliorant à mesure qu’on s’approche du dénouement.

Au début pourtant, le périple semblait simple : un homme, un enfant, un environnement hostile. Déjà, la relation privilégiée qui s’instaure entre l’adulte et le gamin est un point d’ancrage auquel on s’accroche. Cette relation est la petite flamme d’humanité sur laquelle repose tout le récit. Au fil des pages, des personnages secondaires viendront épauler le duo Jepperd-Gus. Leur périple est fait de haltes, imposées ou choisies, temps de répits ou temps de tension, temps de repos ou de réflexion. Des horreurs, ils en croiseront ; sur ce point, on dépasse largement le cadre de la fiction pour s’ancrer dans quelque chose qui nous est bien trop familier : les camps où sont parqués les enfants hybrides n’ont rien à envier – dans l’horreur – aux camps de concentration des nazis. C’est un album photo de la bêtise humaine et de ce que l’homme peut créer de pire (fanatiques, despotes, fous, désespérés…) et une incroyable quête pour la survie. Jeff Lemire montre un monde dans un état déplorable, un monde qui court à sa perte, il imagine le devenir de l’humanité de façon pessimiste. Il intègre à son scénario des références religieuses et mythologiques qui donnent une toute autre dimension au récit, le rendant à la fois plus profond et plus mystérieux encore.

Graphiquement, Jeff Lemire me fait décoller. Ses personnages ont une expressivité incroyable malgré l’imprécision apparente qui tape l’œil quand on feuillète « Sweet Tooth ». Par contre, je trouve important de préciser que certains passages peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs ; c’est violent, il y a du sang et des cervelles qui explosent, une série à mettre dans les mains de lecteurs avertis. Le travail de José Villarrubia me fait même apprécier la couleur sur les dessins de Jeff Lemire que pourtant je préfère en noir et blanc.

PictoOKPictoOKUne trilogie magnifique qui, je l’espère, deviendra un classique dans les années à venir.

Chroniques sur le blog : tome 1 et tome 2.

… Et mon petit doigt me dit que vous n’avez pas fini d’entendre parler de cette série puisque Jérôme présente le premier volume aujourd’hui. Sa chronique en cliquant sur ce lien.

la-bd-de-la-semaine-150x150Pour ce mercredi, les pépites des lecteurs de la « BD de la semaine » sont chez Noukette !

Sweet Tooth

Volume 3
Trilogie terminée
Editeur : Urban Comics
Collection : Vertigo Essentiels
Dessinateur / Scénariste : Jeff LEMIRE
Dépôt légal : décembre 2016
384 pages, 28 euros, ISBN : 978-2-3657-7941-8

Bulles bulles bulles…

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Sweet Tooth, volume 3 – Lemire © Urban Comics – 2016

Chroniks Expresss #29

Pour atteindre le bout de ce mois hyper-speed, je me suis octroyée une pause. J’ai levé le pied sur les lectures… et mis le point mort sur les chroniques. Reprise en douceur avec une présentation rapide des ouvrages qui m’ont accompagnée en décembre.

Bandes dessinées & Albums : Cœur glacé (G. Dal & J. De Moor ; Ed. Le Lombard, 2014), La Vie à deux (G. Dal & J. De Moor ; Ed. Le Lombard, 2016), -20% sur l’esprit de la forêt (Fabcaro ; Ed. 6 Pieds sous terre, 2016), Hélios (E. Chaize ; Ed. 2024, 2016), Tête de Mule (O. Torseter : La Joie de Lire, 2016).

Jeunesse : La Vie des mini-héros (O. Tallec ; Ed. Actes Sud junior, 2016).

Romans : Les Grands (S. Prudhomme ; Ed. Gallimard, 2016), Pas assez pour faire une femme (J. Benameur ; Ed. Actes Sud, 2015), Le Garçon (M. Malte ; Ed. Zulma, 2016).

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Bandes dessinées

 

Dal - De Moor © Le Lombard - 2014
Dal – De Moor © Le Lombard – 2014

Il a la trentaine et une vie de couple qui connaît des hauts et des bas mais dans l’ensemble, ils ont trouvé leur équilibre. Il a un travail prenant au service Relations Presse d’un grand groupe.

Pourtant, son inconscient ressent tout autre chose. Il se sent seul bien qu’entouré d’amis et est taciturne. Ses pensées morbides l’envahissent, la mort est devenue une pensée quasi permanente. Il ne trouve pas de sens à la vie et pour apaiser ses angoisses, il est suivi pas un psychiatre en thérapie.

Les deux facettes de sa personnalité prennent le relais. Un passage pour le côté lumineux, un passage pour son côté sombre. Il vit sur un fil tel un équilibriste, il tente de trouver du sens à sa vie et un sens à l’humanité. Finalement, cet homme a tout pour être heureux… en apparence. A l’intérieur de lui gronde un mal-être important et rien de ce qui se présente à lui n’est en mesure de l’aider à trouver les réponses à ses questions.

Le pitch m’a tentée. J’imaginais un scénario bien monté pourtant, cet album se lit de façon linéaire. Il reprend de nombreux constats maintes et maintes fois formulés. Une lecture qui passe et qui assomme. Un narrateur qui a finalement peu de choses à dire, à penser. On doute qu’il parvienne un jour à assumer ses opinions.

pictobofLa fin tombe comme un couperet… c’est finalement le seul passage qui interpelle réellement le lecteur.

 

Dal - De Moor © Le Lombard - 2016
Dal – De Moor © Le Lombard – 2016

« Qu’est-ce que l’amour ? Peut-on vivre en couple aujourd’hui ? Qui croit encore à la vie à deux ? Johan De Moor et Gilles Dal nous livrent leur vision brillante, déstabilisante et loufoque sur ce sujet universel. » (synopsis éditeur)

C’est cet article du Monde qui m’a permis de repérer ce titre (au passage, vu les similitudes entre la couverture de cet ouvrage et « Cœur glacé », je me suis dit qu’il y avait peut-être un lien entre les deux). On retrouve le même postulat de départ que dans l’album précédent : le narrateur trouve la vie absurde. Il retourne ses opinions dans tous les sens pour tenter d’entrapercevoir une vérité à laquelle il pourrait adhérer pour aller mieux.  Quoi que, s’il est un concept qui met tout le monde d’accord, c’est bien celui de l’Amour. A n’importe quel moment de sa vie, un homme peut être englué dans la pire des situations ou transcendé par une joie intense, l’Amour viendra dans un cas comme dans l’autre transcender celui qui ressent ce sentiment et lui permettre de donner du sens à ce qu’il vit.

Graphiquement, le travail de Johan De Moor est beaucoup plus abouti. On retrouve le même angle d’attaque : des pages où fourmillent des illustrations contenant un double degré de lecture. Dans cette narration à deux vitesses, on saisit vite le cynisme des propos de Gilles Dal. Il décortique le sentiment amoureux et le passe au scanner des représentations sociales. La culture, les valeurs qu’on nous inculque en grandissant…

La question, au fond, est la suivante : d’où vient cette culture dans laquelle nous baignons ? On l’attribue souvent au cynisme mercantile, à ce capitalisme qui serait prêt à tout pour vendre. L’idée est la suivante : le système créerait l’instabilité amoureuse et tous les rituels qui vont avec pour faire tourner la machine économique. Mais ce raisonnement est un brin paranoïaque, car pour un peu, il reviendrait à prétendre que le système a créé le froid pour vendre des radiateurs ou a créé la nuit pour vendre des matelas.

Décortiquer, examiner à la loupe les penchants de chacun pour au final en arriver à une conclusion assez logique sur le couple : l’échange est la condition sine-qua-none de la relation. Cet ouvrage m’a fait penser à une sorte de documentaire dans lequel convergeraient différents points de vue : économique, philosophique, psychanalytique… Les auteurs semblent faire un procès d’intention amusé à l’encontre du sentiment amoureux. Au final… malgré le ton décalé, c’est un peu plombant.

pictobofUn livre auquel je n’ai pas accroché. L’ambiance graphique – plutôt expérimentale – fini par écœurer. Un album qui poursuit logiquement la réflexion de « Cœur glacé ».

 

Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2016
Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2016

« Un cowboy recherché dans tout le Far-West pour avoir imité Jean-Pierre Bacri. Des playmobils. Un auteur de bande dessinée qui va manger chez une tante qu’il n’a pas vue depuis quinze ans. Un débat littéraire. Quelqu’un qui est gravement malade. Des indiens. Des poursuites à cheval sans cheval. Une histoire d’amour entre Huguette et l’étron. Des cartes de catch. La sagesse d’un grand chef. Un supermarché » (synopsis éditeur).

Réédition d’un ouvrage paru en 2011 et qui était épuisé chez l’éditeur. Fabcaro se joue, se moque, critique cynique et qui fait mouche de la société. On se perd entre présent et imaginaire. Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est-ce qui est imaginaire ? Est-ce ce cowboy déjanté qui rêve d’une société absurde telle que nous la connaissons, perdue entre consumérisme et débats politiques stériles ? Est-ce cet auteur happé par son inspiration et qui s’identifie à ce cowboy décalé qui « se tape sur la fesse plus fort que nous » ? Qui parodie qui dans ces scénettes qui s’enchaînent au point de nous faire perdre la tête ?

-20% sur l’esprit de la forêt - Fabcaro © 6 Pieds sous terre - 2016
-20% sur l’esprit de la forêt – Fabcaro © 6 Pieds sous terre – 2016

Un album drôle mais décousu. Une succession de gags qui ont du potentiel mais qui s’arrêtent vite, trop vite… la plupart font irruption de façon saugrenue. Un album drôle mais que je n’ai pas été en mesure de lire d’une traite. Quarante-six petites pages qui font réfléchir mais que l’on prend, que l’on repose, que l’on reprend… difficile d’en voir le bout. Un ouvrage où imaginaire et réel se mélangent. Des allers-retours incessants entre un western loufoque et un univers réaliste ubuesque. Un truc où la fiction s’emmêle les pinceaux avec la vie de l’auteur. Qui raconte quoi ? Impossible d’en avoir la certitude mais comme à son habitude, Fabcaro se moque, critique et tire à vue sur les idées préconçues et les grandes aberrations de notre société.

PictomouiÇa pique et ça gratte à souhait, ça jette de l’huile sur le feu et pourtant, je sors déçue de cette lecture.

 

Chaize © Editions 2024 - 2016
Chaize © Editions 2024 – 2016

« Un soir lointain, le soleil fige sa course et se pose sur l’horizon. Plongé dans un crépuscule sans fin, le Royaume décline et désespère.

Un jour, un voyageur se présente à la Cour ; il persuade le Roi d’aller jusqu’au Soleil pour le prier de reprendre son cycle. Alors, le Roi se met en route, à la tête d’une longue procession. Page après page, ils se heurtent à des obstacles qui réduisent le nombre des pénitents, et seuls sept d’entre eux atteindront finalement le sommet où repose Helios… » (synopsis éditeur).

Je ne connaissais pas le travail de cet artiste jusqu’à ce que le festival BD de Colomiers ne lui consacre (cette année) une exposition.

Bijou. Voyage silencieux dans cet album où tout se devine, tout se comprend grâce à l’observation. Monde merveilleux, nouveau, magique, triste, captivant, inquiétant. La première lecture est semblable à une exploration. On scrute davantage les personnages avant de remarquer les détails des paysages qu’ils traversent. Faune et flore sont gigantesques comparés à eux. Puis, en fin d’album, l’auteur fait les présentations. Chacun de ses petits personnages a un nom voire une fonction. Alors fort de cette connaissance, on reprend la lecture… on repart une nouvelle fois.

Hélios - Chaize © Editions 2024 - 2016
Hélios – Chaize © Editions 2024 – 2016

En double page, les illustrations d’Etienne Chaize qu’on ne se lasse pas de regarder, de scruter. On y revient sans cesse. On cherche le personnage que l’on avait aperçu précédemment : où est-il ? que fait-il ? qu’est-il devenu ? L’album est court mais le dépaysement est grand.

PictoOKJe vous recommande cet ouvrage.

 

Torseter © La Joie de Lire - 2016
Torseter © La Joie de Lire – 2016

Tête de mule est le septième et dernier fils d’un roi. Ce roi refuse de vivre seul, il est incapable de se séparer de tous ses fils en même temps, « l’un d’entre eux devait toujours rester avec lui ». Mais un jour, les six frères de Tête de mule sont partis ensemble ; ils espéraient chacun trouver une épouse. Tête de mule quant à lui devait rester au château pour tenir compagnie à son père. Ce dernier demanda également à ses aînés de trouver une femme à leur plus jeune frère.

Les frères finirent par trouver un château où vivaient six princesses. Ils les demandèrent en mariage. Sur le chemin du retour, les six couples croisèrent un troll qui les changea en pierre. Apprenant cela, Tête de mule supplia son père de le laisser partir. A contrecœur, le roi accepta et Tête de mule partit secourir ses frères.

« Tête de mule » est un conte. Il en reprend les rouages, les codes, la poésie, la magie. Tête de mule est un héros… mais il a ceci de particulier qu’il est le parfait portrait de l’anti-héros : il n’a pas la force pour déplacer une montagne, sa monture est un vieux canasson qui fait la moue quand on lui parle d’aventure, il ne part pas combattre de dragon mais le hasard placera pourtant sur sa route une princesse à délivrer.

Øyvind Torseter, auteur norvégien, s’amuse et fait de drôles de farces à son personnage. Il le malmène et l’oblige à faire appel à la ruse pour déjouer les pièges.

Ouvrage original face auquel je suis pourtant restée spectatrice. Lu d’une traite sans pour autant ressentir la moindre inquiétude pour le personnage. Conte moderne qui m’a dérangée par son rythme et ses rebondissements. Graphisme qui m’a gênée : pourquoi les femmes sont-elles représentées avec tous les attributs de la féminité (sans aucune vulgarité) et les hommes sont-ils des personnages anthropomorphes ? Le trait enfantin nous trompe, nous dupe. Je crois qu’il me faudra prendre un peu de recul avant d’en comprendre les finesses…

J’avais repéré ce titre chez Noukette et puis… Noukette s’est transformée en mère Nawel et m’a offert cet OVNI. Lisez sa chronique !

Pour les curieux, la fiche de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Jeunesse

 

Tallec © Actes Sud Junior - 2016
Tallec © Actes Sud Junior – 2016

Grandir. Apprendre. Qu’est-ce que la vie au final et qu’est-ce qui fait son sel ? Qu’est-ce qui fait que l’on est unique ? Pourquoi les autres sont fiers de nous alors que l’on a l’impression de faire des choses si banales ?

Olivier Tallec pose un regard tendre et amusé sur l’enfant et son environnement. L’enfant, ce petit-être innocent et souvent naïf qui perçoit la réalité à sa façon… Petit humain qui apprend chaque jour et nous montre avec franchise que le monde des adultes est trop souvent alambiqué. Petit bout d’homme que l’on tire généralement de son monde imaginaire pour lui demander de ranger, d’écouter, de partager…

PictoOKL’enfant est ce petit-héros. Ce qui nous apparaît être un petit progrès est généralement une grande étape pour lui. Un livre pour faire rire les petits et titiller les grands qui ont malheureusement oubliés leur part d’enfance. Un album jeunesse découvert grâce à Noukette.

La fiche de l’album sur le site d’Actes Sud Junior.

 

Romans

 

Prudhomme © Gallimard - 2016
Prudhomme © Gallimard – 2016

« Guinée-Bissau, 2012. Guitariste d’un groupe fameux de la fin des années 1970, Couto vit désormais d’expédients. Alors qu’un coup d’État se prépare, il apprend la mort de Dulce, la chanteuse du groupe, qui fut aussi son premier amour. Le soir tombe sur la capitale, les rues bruissent, Couto marche, va de bar en terrasse, d’un ami à l’autre. Dans ses pensées trente ans défilent, souvenirs d’une femme aimée, de la guérilla contre les Portugais, mais aussi des années fastes d’un groupe qui joua aux quatre coins du monde une musique neuve, portée par l’élan et la fierté d’un pays. Au cœur de la ville où hommes et femmes continuent de s’affairer, indifférents aux premiers coups de feu qui éclatent, Couto et d’autres anciens du groupe ont rendez-vous : c’est soir de concert au Chiringuitó. » (synopsis éditeur).

Couto est un personnage inventé. C’est avec lui que le lecteur va découvrir le parcours d’un groupe de musiciens qui a bel et bien existé (Le Mama Djombo) et les événements qu’a traversés la Guinée-Bissau depuis les années 1970 (dictature, coup d’état, nouvelle dictature, soulèvement de la jeunesse bissau-guinéenne…). Toute une histoire, tout un récit. Enrichissant.

Mais la découverte tient avant tout de ce premier contact avec une plume, celle de Sylvain Prudhomme. Atypique. Une écriture qui claque, qui vibre, qui ne lâche rien puis, dans une même phrase, une écriture qui s’adoucit, caresse, réconforte. Une écriture tonique que l’on entendrait presque respirer. Une écriture qui colle à la semelle de son personnage, Couto, un homme d’âge mûr qui a déjà bien roulé sa bosse. Avec lui, on observe le cœur des événements : le passé d’une nation qui a conduit nombre d’hommes à fuir le pays, le bouillonnement qu’elle vit dans les années 2010. Il est aussi question de musique, de passion, d’un groupe qui rencontre son public, d’un groupe qui se laisse porter par le succès, éternelle surprise d’entendre une salle pleine à craquer scander le nom de chaque musicien. Et puis la gloire s’en est allée comme elle est venue ; elle n’a laissé aucune amertume. Ce qui a été vécu l’a été pleinement, sans regrets… ils ont engrangés les souvenirs pour des décennies. « Les Grands », c’est ainsi que la nouvelle vague de musiciens locaux appellent respectueusement cette génération d’artistes qui a prouvé que tout était possible, que la musique de Guinée-Bissau n’a pas de frontières.

PictoOKTrès belle découverte que je dois à Framboise !! ❤

 

Benameur © Actes Sud - 2015
Benameur © Actes Sud – 2015

« Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l’amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu’elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l’aime immédiatement, c’est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu’il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde.
Bref et intense, ce récit est celui d’une métamorphose : portée par l’amour qu’elle donne et reçoit, Judith se découvre un corps, une voix, des opinions, des rêves. L’entrée dans le monde de la littérature, de la pensée, de l’action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu’où ? » (synopsis éditeur).

Jeanne Benameur peint une nouvelle fois le portrait d’un personnage égaré, en proie au doute. Au centre du récit, une jeune femme raconte la période qui marqua un tournant dans sa vie, celle où des décisions importantes doivent être prises. La romancière nous la présente comme un personnage solitaire qui progressivement, va s’ouvrir aux autres et apprendre à leur faire confiance. Elle se découvre, elle lâche doucement la main de l’enfant et devient une femme capable d’accepter ses forces comme ses points faibles.

PictoOKLa plume de Jeanne Benameur nous emporte dans un tourbillon de vie. Le combat entreprit par son héroïne, les doutes qui l’assaillent et la force qu’elle tire de sa propre expérience donnent du rythme à ce récit. L’ouvrage se lit vite (96 pages) pourtant, on a le temps d’investir cette héroïne des temps modernes. En toile de fond, le mouvement étudiant post-68 sert de décor à ce récit.

La chronique de Noukette.

 

Malte © Editions Zulma - 2016
Malte © Editions Zulma – 2016

Il vient de nulle part, d’une cabane dans la forêt où il a vécu durant son enfance avec sa mère. Enfant presque sauvage, enfant qui a grandi dans le silence, enfant à qui sa mère n’a rien appris si ce n’est à survivre dans la nature. Lorsqu’elle meurt, le garçon quitte le nid et part découvrir le monde.

Son chemin est fait de haltes. La première, il la passera dans un hameau de quelques âmes. Garçon de ferme, c’est l’étranger que l’on a fini par accepter. Il sortait à peine de l’enfance. Lorsqu’il quittera ce lieu, il aura appris à travailler la terre, il se sera familiariser avec le langage, avec la pensée, avec la religion et les traditions. Pourtant, toute sa vie il restera quasi mutique. Lorsqu’il quitte le hameau, il est adolescent. Puis il rencontrera Brabeck « l’ogre des Carpates ». Cet homme le prendra à son tour sous son aile et se chargera d’une autre partie de son éducation. Puis, nouvelle séparation, nouvelle perte… nouveau deuil et le Garçon reprend sa route, au hasard des croisements de sentiers, au hasard des caprices de la vie. Au détour d’un virage, c’est la vie d’Emma qu’il heurte. Celle-ci le recueillera inconscient, le soignera puis en fera son frère, son confident… son amant. La Première Guerre Mondiale obligera ces deux âmes sœurs à se séparer, du moins physiquement. Autre ambiance, autres rapports, autres enjeux. Le Garçon est jeté malgré lui dans l’horreur, retour à la vie sauvage. Son allié est son instinct.

Un récit bouleversant, prenant, fascinant. Le Garçon, être fictif et mutique qui se nourrit d’air, d’amour, de musique. Enfant parmi les adultes, il semble être à la merci du moindre souffle de vent qui passe, tributaire des autres pour survivre, il passe sa vie à s’adapter. Il s’adapte à la vie sauvage, à la vie des tranchées, à la vie de bohème, à la vie des salons parisiens… Caméléon parmi les hommes, il scrute et observe. Son silence est une énigme, à la fois carapace et prison, c’est à la fois son identité, sa force et ce qui le conduit à sa propre perte.

Le Garçon, c’est un concentré d’émotions à l’état brut. Le Garçon c’est celui qui, sans le demander, invite ceux qui le côtoient à se montrer tels qu’ils sont, sans artifices, sans mensonges. Le Garçon, c’est cet être nu qui demande à ce qu’on l’aide à grandir, c’est celui qui reçoit, qui progresse mais qui a besoin du regard de l’autre pour utiliser à bon escient son expérience. Le Garçon, c’est l’enfant permanent, l’innocence, la beauté, la force.

PictoOKPictoOKCe roman de Marcus Malte, c’est une expérience à faire. C’est un récit intemporel. C’est l’histoire de l’homme, de la Guerre, de l’Amour, de la Littérature, de l’Amitié… C’est un livre que l’on a envie d’engouffrer pour en connaître le dénouement… c’est un livre que l’on ne veut pas terminer parce qu’on s’y sent bien. C’est un livre que l’on referme à des heures tardives… C’est un roman incroyable. C’est un coup de cœur.

Buck – La nuit des trolls (Demont)

Demont © Soleil Productions – 2016
Demont © Soleil Productions – 2016

« Voici venue la longue nuit… La nuit des trolls ! »

Dans cette contrée du nord de la Norvège, la nuit polaire arrive. La pénombre va recouvrir la région. C’est dans cette nuit permanente que les trolls vont pouvoir sortir, aucune lumière pourra les blesser, le soleil n’est plus un danger. Les humains terrorisés se replient dans leurs maisons.

Les mères des enfants qui n’ont pas encore été baptisés craignent pour leurs progénitures. D’ailleurs, une mère est en pleurs. Son nourrisson a été remplacé par un bébé troll alors même que l’hiver s’installe en Norvège. Buck, un chien errant qui passe par-là, va être chargé de ramener le rejeton troll aux siens et de revenir avec le bébé humain. Pour Buck, les heures sont comptées…

Le temps presse. Si la petite humaine finit son sevrage aux mamelles d’une trolle, elle deviendra des leurs

Il y avait eu l’excellent « Feu de paille » en 2015 qui m’avait vraiment impressionnée… de fait, je ne me voyais pas faire l’impasse sur cet album (hommage à Theodor Kittelsen ; on peut voir certaines œuvres du peintre norvégien sur ce site : http://kittelsen.se/ tout comme sur la page Wikipedia qui lui est dédiée).

Le travail d’illustration d’Adrien Demont est remarquable. Des personnages expressifs, quelques effets de style viennent renforcer les sentiments et les émotions qui animent les personnages. Les couleurs sépias donnent un côté intemporel et surréaliste à cette fable. Les trolls sont gigantesques, puissants et hideux à souhait. Le trait charbonneux, les jeux d’ombre, la présence omniprésente de la pénombre créent le décor. On sent le froid humide, celui qui entre entre dans chaque pore de la peau, on sent que les choses ne tiennent qu’à un fil et qu’il en faut peu pour avoir la trouille.

Le scénario nous fait découvrir le folklore norvégien. Les trolls y ont une place importante ; ils sont présents dans de nombreux contes populaires, ils sont la cause de nombreuses peurs et de vieilles superstitions.

C’est aussi l’occasion de retrouver Buck, un chien qui se balade en permanence avec sa niche sur le dos depuis qu’il a été frappé par la foudre. Si Buck ne faisait que quelques apparitions dans « Feu de paille », ramenant sa bonne humeur dans un monde étrange, on le retrouve cette fois comme acteur principal de cette quête en pays troll. Adrien Demont le place au centre de cette quête étrange et s’amuse avec cette créature expressive mais mal foutue. Buck est naturellement sympathique, il a tendance à accorder sa confiance au tout venant et remue la queue à tout bout de champ. Ajouté à cela son air bonhomme, sa gueule joviale et sa drôle de niche vissée sur son dos… tout cela le rend atypique et avenant. Impossible de le voir comme une menace. Il contraste totalement avec le décor sombre et angoissant dans lequel il évolue. Mais…

Buck, La nuit des trolls – Demont © Soleil Productions – 2016
Buck, La nuit des trolls – Demont © Soleil Productions – 2016

Ce compagnon est mystérieux. On ne sait rien de lui. Il arrive dans un endroit sans qu’on sache le pourquoi du comment. Animaux comme humains le laissent aller à sa guise, rares sont ceux qui l’évitent. Pourtant, il est difficile de savoir s’il est réel ou imaginaire. En compagnie des hommes, il se contente de remuer la queue. En compagnie d’autres animaux, il a le même air joyeux : gueule hilare, yeux rieurs mais il se contente d’être présent sans jamais leur répondre. Il semble ne pas penser pourtant il passe à l’action. C’est à se demander ce qu’il attend des autres… c’est à se demander s’il n’incarne pas tout simplement le lecteur : satisfait d’être embarqué dans une histoire prenante mais finalement pas très inquiété par ce qui va se passer (au final, que les trolls attaquent les villageois ou non, qu’a-t-on à craindre lorsqu’on est simplement en train de tenir un bon bouquin ?). Buck est nos yeux et nos oreilles. On est posé sur l’épaule d’un narrateur muet qui serait incapable de jugement. Pourtant, il y a matière à tricoter :

Beaucoup de gens ici ne croient plus en ces êtres que les ermites et les paysans affirment voir dans les montagnes. De leurs bouches, j’entends tant de récits sur les facéties de ces sinistres créatures… Lorsqu’un homme jouit de leurs faveurs et leur accorde sa confiance, elles finissent par se jeter sur lui et le détruisent. L’Église sait cela et c’est pour cette raison qu’elle interdit tout contact avec eux. Seigneur ! Est-ce que tu la vois ? Laide et difforme… et cette odeur de soufre propre à la progéniture obscène du diable. Troll qui est au fond, regarde le signe de croix ! Ne t’approche pas, car je suis une créature de dieu !

J’ai eu du mal à comprendre quelle était l’intention réelle de l’auteur. Il parvient à installer une ambiance oppressante, angoissante mais la présence de Buck la désarme. Et puis il y a la présence de plusieurs personnages secondaires (hommes et animaux) mais pour certains, on se pose la question de leur utilité tant leur apparition est brève. Certes, ils ont tous un point commun : ils sont terrorisés à l’idée qu’un troll fasse irruption. Tous se terrent, tous ont peur, tous sont impuissants face à la puissance dévastatrice d’un troll. Le lecteur devrait être sur le qui-vive mais Buck va à contre-courant. Insouciant ? Courageux ? Il fonce sans hésiter vers le danger mais sa gueule hilare fait brise net toute inquiétude.

Monde fantastique, univers terrifiant ? On est face à un conte nourrit de vieilles croyances. Pendant des siècles, des populations ont tremblé à l’évocation de ces être chimériques et Buck semble être là pour faire un pied-de-nez à ces peurs viscérales et séculaires infondées. On voit la tentative de l’Eglise de tirer profit de ces superstitions et faire en sorte de convertir quelques ouailles égarées en faisant croire que le baptême pouvait protéger les enfants humains de la menace troll.

PictomouiPictoOK« Buck – La nuit des trolls » est à la fois un album jeunesse et un conte pour adulte. Difficile de trouver le rythme narratif adéquat quand on est à un tel croisement. J’ai flotté par moments… Je n’ai pas tellement été entraînée par la lecture mais plutôt intriguée à l’idée de savoir ce qui allait se passer. Buck est si insouciant que sa simple présence simplifie ce qui est complexe et relativise les situations insolubles. De fait, on accueille cet album comme une fable fantaisiste. On s’attend à avoir peur sans jamais être inquiété. C’est comme l’histoire du croquemitaine qui n’impressionne que les enfants.

Les chroniques de Julia (sur Chickon.fr), Cécile Desbrun (CulturellementVotre.fr) et Gabriel Blaise (bd.blogs.sudouest.fr).

Buck

– La nuit des trolls –
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
Dessinateur / Scénariste : Adrien DEMONT
Dépôt légal : avril 2016
78 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-302-05060-0

Bulles bulles bulles…

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Buck – La nuit des trolls – Demont © Soleil Productions – 2016

Chroniks Expresss #28

Des restes de novembre…

Bandes dessinées : Le Problèmes avec les Femmes (J. Fleming ; Ed. Dargaud, 2016), Aliénor Mandragore, tome 2 (S. Gauthier & T. Labourot ; Ed. Rue de Sèvres, 2016), Sweet Tooth, volume 2 (J. Lemire ; Urban Comics, 2016).

Romans : Le nouveau Nom (E. Ferrante ; Ed. Gallimard, 2016), Hors d’atteinte ? (E. Carrère ; Ed. Gallimard, 2012), Au sud de nulle part (C. Bukowski ; Ed. Le Livre de poche, 1982), Garden of love (M. Malte ; Ed. Gallimard, 2015), De nos frères blessés (J. Andras ; Ed. Actes Sud, 2016), Le vieux Saltimbanque (J. Harrison ; Ed. Flammarion, 2016).

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Bandes dessinées

 

Fleming © Dargaud – 2016
Fleming © Dargaud – 2016

Une lecture libre du sexisme et de la domination masculine. Le propos est un peu acide et à prendre au second degré. On revisite l’Histoire en se concentrant sur la place de la femme dans la société au travers des siècles. Puisqu’elle n’a pas eu son mot à dire pendant longtemps, nous voilà donc en mesure d’en tirer des conclusions… l’auteur pioche allègrement des morceaux choisis dans des citations d’hommes célèbres.

Comme disait Ruskin : L’intelligence de la femme n’est ni inventive ni créative… Sa grande fonction est la louange

A force d’obstination, on voit comment les femmes sont parvenues à changer les mentalités et à obtenir de (très) petits acquis, comme celui d’étudier.

De temps à autre, une femme apprenait une langue étrangère, partait étudier à l’étranger et revenait avec un diplôme de médecin, mais tout ça ne prouvait rien excepté que laisser les femmes sortir à leur guise, ça ne fait que des problèmes

Un humour « so british », pince-sans-rire, qui revisite l’histoire de la femme et l’évolution de sa place dans la société. Quelques figures célèbres sont mentionnées à titre d’exemples farfelus : ainsi, l’expérience d’Anne-Marie de Schurman vient corroborer le fait que les études accélèrent la chute des cheveux des femmes. Les références faites à d’illustres figures féminines sont souvent atypiques [tel est le cas d’Eliza Grier (première femme noire qui a obtenu du diplôme de médecin), de la mathématicienne Emmy Noether ou d’Annie Oakley célèbre pour sa précision au tir…] et renforce le ton burlesque du récit. L’auteur y associe un dessin un peu brut, austère et un univers visiblement ancré dans le XVIIIème siècle [vu le « look » des personnages], s’aidant ainsi du côté dépouillé des illustrations pour renforcer le comique de situation. C’est cinglant voire cynique.

En 1896, un homme nommé baron de Coubertin remit les Jeux Olympiques au goût du jour. Vous avez probablement entendu parler de lui à l’école. C’était un génie. Il disait que le spectacle de femmes essayant de jouer à la balle serait abject, mais qu’elles paraissaient plus naturelles si elles applaudissaient.

Jacky Fleming épluche au burin les clichés et se moque des différents arguments qui – pendant plusieurs siècles – ont relégué la femme à un rôle bassement domestique. Réalisé par une femme, cet album prête à sourire. Détente garantie.

La fiche de présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

 

Gauthier – Labourot © Rue de Sèvre – 2016
Gauthier – Labourot © Rue de Sèvre – 2016

« Rien ne va plus à Brocéliande : les grenouilles s’agitent, annonciatrices d’une catastrophe, Merlin est toujours fantôme et ne veut pas revenir à la vie, tandis Aliénor, effrayée, ne cesse de voir l’Ankou… quand revient Viviane, la fée du Lac. Elle délivre à Lancelot et Aliénor une mystérieuse prophétie, qui va les guider sur les traces de l’Ankou, loin de la forêt. » (synopsis éditeur).

Après un petit rappel des faits du tome précédent, on repart de plus belle dans cette aventure loufoque. Séverine Gauthier explore la légende de Merlin l’Enchanteur en y apportant une touche de dingueries. Les personnages ne se prennent pas au sérieux et leurs répliques cinglantes sont pleines d’humour. Aliénor est entièrement consacrée à sa quête (re-redonner vie à Merlin) et embarque tout le monde dans son périple. Ce que Séverine Gauthier a fait de ces personnages mythiques vaut le détour. Lancelot est un enfant peureux, la fée Viviane est une godiche, la fée Morgane est détestablement autoritaire et refuse d’avouer qu’elle a un faible pour l’acariâtre et têtu Merlin.

Le travail de Thomas Labourot nous invite à nous installer dans cet univers ludique. Couleurs lumineuses, trognes expressives, gros plans pour ne pas perdre une miette de l’action.

PictoOKChouette adaptation de la légende du roi Arthur qui d’ailleurs, pour le moment, est le grand absent de cette série jeunesse. L’ouvrage se termine par un petit fascicule de six pages et nommé « L’Echo de Brocéliande » qui contient des billes supplémentaires pour mieux connaître le monde d’Aliénor.

La chronique de Jérôme.

 

Lemire © Urban comics – 2016
Lemire © Urban comics – 2016

« La fin du monde n’était que le début d’un long voyage pour le jeune Gus, désormais conscient que le sang qui coule dans ses veines pourrait bien être la clé d’un futur possible pour l’Humanité. Maintenu en détention par une milice armée et sans pitié, le jeune garçon devra compter sur l’aide d’un Jepperd avide de vengeance. Ce dernier saura-t-il s’associer aux bonnes personnes ? Car une fois libérées, certaines forces peuvent rapidement devenir incontrôlables » (synopsis éditeur).

Alors que le premier volume de la série prenait le temps d’installer intrigue et personnages de cet univers post-apocalyptique et nous laissait incertains quant aux chances de survie des différents protagonistes, ce second volume ose un rebondissement inespéré et relance ainsi l’épopée. Pour rappel : il y a 8 ans, un nouveau virus se propage. Rapidement, aux quatre coins du globe, les gens meurent dans d’atroces souffrances. Consécutivement à cela, les femmes enceintes mettent au monde des enfants mutants, mi-hommes mi-animaux, qui – pour une raison inexpliquée – semblent immunisés contre la maladie. Un homme décide alors de mettre en place un camp qu’il présente comme un lieu où les survivants peuvent vivre en toute sécurité ; sa milice veille à leur sécurité. La réalité est toute autre puisqu’une fois arrivés sur place, les malheureux sont violentés, parqués dans des cages et utilisés comme cobaye pour les recherches du Docteur Singh qui espère ainsi trouver un vaccin contre le fléau qui décime l’humanité. C’est dans ce camp de l’horreur que la femme de Jepperd meurt en même temps que l’enfant qu’elle portait et c’est dans ce même camp que Jepperd livre Gus – l’enfant-cerf – monnaie d’échange qui lui permet de récupérer le corps de sa compagne. Mais pris de remords, Jepperd mettra tous les moyens en œuvre pour sortir Gus de ce tombeau à ciel ouvert.

Jeff Lemire imagine un scénario catastrophe. Ce récit d’anticipation, post-apocalyptique, nous permet de côtoyer des personnages troublants. Leur fragilité est réelle face à un quotidien qui les dépasse. Ils luttent à chaque instant pour leur survie. Ils hésitent, se méfient, doutent puis finalement acceptent de faire confiance à l’inconnu qui leur tend la main, espérant ainsi profiter d’une aubaine, espérant que la chance tourne… enfin.

Le scénariste crée un monde sans pitié, cruel, où toutes les déviances humaines sont à l’œuvre. Des communautés sauvages se constituent et créent leurs propres lois. La terre est devenue une jungle où le danger est partout. L’homme solitaire est une proie, une cible sur laquelle on peut se défouler. Les fanatiques, les hommes peu scrupuleux et avides de pouvoir ont là un terrain de jeu inespéré. Il n’y a plus de limite qui vient contenir leur folie ; ils prennent ainsi le dessus sur les plus faibles, les manipulent, deviennent les rois de micro-territoires sordides.

Dans ce contexte, un groupe hétérogène se forme. En son sein, quatre adultes, une adolescente et trois enfants mutants. Ensemble, ils vont tenter de rejoindre l’Alaska ; le virus aurait été créé là-bas, dans un laboratoire. Sur place, le groupe devrait trouver la solution pour l’éradiquer ainsi que les réponses quant aux origines de Gus. Une promesse à laquelle ils se raccrochent. Ils s’engagent à corps perdue dans cette quête insensée.

PictoOKUn moyen de revisiter l’Histoire de l’Humanité grâce à la métaphore, une manière d’imaginer un scénario catastrophe, une opportunité de réfléchir aux fondements de différentes croyances. La présence de visions et de prémonitions qui viennent saupoudrer le tout d’un soupçon de paranormal. Tout est inventé mais Jeff Lemire exploite si bien les émotions et les peurs de ses personnages que l’on fait cette lecture la peur au ventre, pris dans les mailles du récit. Je vous invite vraiment à découvrir cette série si ce n’est pas déjà fait.

La chronique de José Maniette.

 

Romans

 

Ferrante © Gallimard – 2016
Ferrante © Gallimard – 2016

« Naples, années soixante. Le soir de son mariage, Lila comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qui règnent sur le quartier et qu’elle déteste depuis son plus jeune âge. Pour Lila Cerullo, née pauvre et devenue riche en épousant l’épicier, c’est le début d’une période trouble : elle méprise son époux, refuse qu’il la touche, mais est obligée de céder. Elle travaille désormais dans la nouvelle boutique de sa belle-famille, tandis que Stefano inaugure un magasin de chaussures de la marque Cerullo en partenariat avec les Solara. De son côté, son amie Elena Greco, la narratrice, poursuit ses études au lycée et est éperdument amoureuse de Nino Sarratore, qu’elle connaît depuis l’enfance et qui fréquente à présent l’université. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia avec la mère et la belle-sœur de Lila, car l’air de la mer doit l’aider à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano. La famille Sarratore est également en vacances à Ischia et bientôt Lila et Elena revoient Nino. » (synopsis éditeur)

Suite de « L’Amie prodigieuse » (vous trouverez également la chronique de Framboise ici), ce nouveau roman d’Elena Ferrante continue le récit de vie d’Elena Greco. Si le premier opus s’attardait sur l’enfance du personnage et sur son amitié si particulière et si précieuse avec Lila Cerullo, nous nous arrêtons cette fois sur la période qui couvre la fin de l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte. L’auteur raconte, sur le ton de la confidence et du journal intime, le parcours de vie des deux protagonistes. Depuis le début de la saga, la romancière montre à quel point ces deux destinées sont intimement liées, comme si l’une ne pouvait vivre sans l’autre et réciproquement. Passée la polémique qui, pendant le mois de septembre 2016, a révélé le vrai nom de l’écrivain – puisque « Elena Ferrante » est un nom de plume – je ne peux m’empêcher de penser que cette saga est signée du nom du personnage principal et que va surgir, tôt ou tard, un certain Monsieur Ferrante qui demandera Elena Greco en mariage. J’avais déjà cette idée lorsque j’ai découvert « L’Amie prodigieuse » et l’idée a pris racine.

PictoOKReste que, face à ce récit, on est fasciné, comme aspiré par le tourbillon des événements qui viennent perturber la tranquillité à laquelle les deux femmes aspirent pourtant. Au-delà de ces portraits féminins, c’est aussi un superbe tableau de la société italienne des années 1960. Mafia, corruption, pauvreté, cercles estudiantins, classes sociales… « Celle qui fuit et celle qui reste », le troisième roman de cette saga, devrait paraître chez Gallimard en janvier 2017. J’ai hâte !

 

Hors d’atteinte ? –

Carrère © Gallimard – 2012
Carrère © Gallimard – 2012

L’ouvrage commence par une soirée qui s’annonce d’avance catastrophique. Frédérique, une enseignante, et Jean-Pierre, le père de son fils dont elle est séparée, ont prévu d’aller voir un film. La baby-sitter arrivant en avance, la réservation d’un taxi s’annonçant plus ardue que prévu, la file d’attente interminable devant le cinéma… Frédérique constate avec amertume qu’elle préférerait être n’importe où… mais ailleurs… et pas avec son ex.

Pas moins de cinq chapitres seront nécessaires pour décrire cette looongue soirée entre deux anciens conjoints. J’avoue, j’ai sauté des paragraphes mais je n’ai pas raté l’information nous précisant qu’ils passeront les prochaines vacances de la Toussaint chez la sœur de madame. Quoi qu’il en soit, on repère les éléments à avoir à l’esprit : elle n’a plus de sentiment pour lui voire il l’agace quant à lui, il est chiant mais bienveillant à l’égard de son ex-compagne. Et pour des parents séparés, ils passent tout de même pas mal de temps ensemble.

« Ne vivant plus ensemble, ils n’avaient pas pour autant renoncé à ce qu’ils estimaient être devenu, l’orage de la rupture passé, une satisfaisante et durable amitié amoureuse »… vous m’en direz tant !

Sautons encore quelques insipides chapitres (consacré à la description du quotidien morose et routinier de madame) pour en arriver à ces fameuses vacances d’automne, chez la riche sœur de madame. Cette dernière étant enceinte, Emmanuel Carrère ne nous épargnera ni la sempiternelle discussion sur le choix du prénom de l’enfant à venir ni les clichés sur tel ou tel prénom. Au chapitre 8, on arrive enfin au cœur du sujet : les protagonistes (Frédérique et son ex, la sœur de Frédérique et son mari) se rendent au casino durant une balade. Et là, le démon du jeu attrape cette femme, la réchauffe, l’anime bref… ramène à la vie cette femme sans saveur. Passés ces préliminaires (une soixantaine de pages), le récit commence effectivement. On sent que les présentations sont terminées et l’on se concentre davantage sur cette femme plutôt que sur ce qui l’entoure. Observer, écouter, ressentir, sentir l’adrénaline monter… voilà que la plume du romancier vibre enfin. On sent les émotions, les hésitations, la griserie, la liberté…

Une sorte d’anonymat lui semblait protéger les hôtes du casino, brouiller les procédures familières d’identification et de classement. On n’était plus personne devant le tapis vert, plus qu’un joueur en possession d’un certain nombre de jetons.

On sent l’exaltation et le pouvoir d’attraction de la table de jeu. La roulette et la course fascinante de la boule sur le cylindre. On sent l’obstination à ne pas regarder la réalité en face.

Le brouhaha (…) de la salle de jeu, manquait soudain à Frédérique. Elle se sentait grise, la tête chaude, dans un de ces états d’excitation et de lassitude mêlées dont on serait en peine de décider s’ils sont agréables ou pénibles.

Le jeu et son univers particulier, ses codes, ses manies, son jargon. Le jeu qui envahit progressivement tous les champs de la vie de Frédérique, comme une pensée qui l’obnubile.

La buée de leurs paroles formait devant eux comme des bulles de bande dessinée où se seraient inscrits des souvenirs de parolis retentissants

PictomouiReste la présence de quelques paragraphes intermédiaires nous ramenant brutalement au quotidien, dont on peut déplorer la (relative) longueur et le contenu parfois assez fade. Mais Emmanuel Carrère resserre de plus en plus sur son sujet à mesure que l’on s’approche du dénouement. L’héroïne s’en remet totalement à la chance, se laisse porter. La tête lui tourne. Martingale, Manque, rouge, noir, impaire, Passe… tout ce charivari de stimuli provoqués par le jeu convergent vers un unique fantasme : l’appât du gain. L’observation de l’addiction au jeu est intéressante à observer. La fin en revanche est trop convenue comparée aux frasques et aux déboires décris par l’intrigue.

 

Bukowski © Le Livre de poche – 1982
Bukowski © Le Livre de poche – 1982

Recueil de nouvelles, où l’on découvre notamment un jeune étudiant américain qui défend les idées nazies sans juger bon de s’intéresser un tant soit peu aux idées qu’elle véhicule, une femme qui répond à une annonce matrimoniale placardée sur la porte d’une voiture, des lilliputiens lubriques, une cette idylle entre une occidentale et un cannibale… et ce fil rouge incarné par Henry Chinaski, double & alter-égo voire incarnation même de Charles Bukowski. Chinaski, personnage récurrent des oeuvres de l’auteur, Chinaski qui incarne ses fantasmes, ses doutes, ses faiblesses, sa part d’ombre…

Un roman dans lequel j’ai butiné, au début, parvenant difficilement à me poser dans un récit, le ton adéquat de chaque nouvelle toujours trop bon mais toujours trop court… désagréable sensation que l’on me retire le pain de la bouche. Je sais pourtant parfaitement bien que ce format ne me convient absolument pas, mais s’agissant d’une œuvre de Charles Bukowski, je me refusais d’abandonner. Puis, le déclic, à force d’insister.

On est en tête-à-tête avec Charles Bukowski ou plutôt, avec son double de papier, son jumeau : Henry Chinaski.  Projection de lui-même, alter égo…  La plume incisive et directe de l’auteur, les ambiances qu’il parvient à installer en quelques mots, les maux qu’il instille au cœur des mots, son regard à la fois courroucé et attentif le conduit à construire des personnages désabusés, à vif… des hommes et des femmes désabusés qui tentent de donner un sens à leur vie.

PictoOKOn y retrouve les sujets de prédilections et des affinités que l’auteur utilise pour donner vie à ses personnages. L’alcool, le jeu, la précarité, le sexe, la haine, le nazisme. Le style de Bukowski est direct, son écriture vient des tripes, elle peut être vulgaire. On sent le stupre, les vapeurs d’alcool et les relents de tabac froid mais aussi la peur, la rage, l’abandon. Fort.

Extrait :

« (…) fallait être un gagnant en Amérique, y’avait pas d’autre moyen de s’en sortir, fallait apprendre à se battre pour rien, sans poser de question » (Charles Bukowski dans « Confessions d’un homme assez fou pour vivre avec les bêtes »)

 

Malte © Gallimard – 2015
Malte © Gallimard – 2015

« Il est des jardins vers lesquels, inexorablement, nos pas nous ramènent et dont les allées s’entrecroisent comme autant de possibles destins. À chaque carrefour se dressent des ombres terrifiantes : est-ce l’amour de ce côté ? Est-ce la folie qui nous guette ? Alexandre Astrid, flic sombre terré dans ses souvenirs, voit sa vie basculer lorsqu’il reçoit un manuscrit anonyme dévoilant des secrets qu’il croyait être le seul à connaître. Qui le force à décrocher les ombres pendues aux branches de son passé ? Qui s’est permis de lui tendre ce piège ? Autant de questions qui le poussent en de terrifiants jardins où les roses et les ronces, inextricablement, s’entremêlent et dont le gardien a la beauté du diable… » (synopsis éditeur).

Un roman qui demande un peu de concentration puisque différents récits se chevauchent, tantôt ancrés dans le présent, tantôt ancrés dans le passé. Charge au lecteur de remettre les éléments à la bonne place.

Un roman prenant, où l’on s’engouffre dans l’intrigue et on se laisse prendre à la gorge par le suspense. On suppose, on croit deviner le dénouement… du moins c’est ce que Marcus Malte nous laisse miroiter.

PictoOKMeurtres, fantasmes, amitié, manipulation, folie et deuil… Tout s’imbrique tellement bien, tout se tient, toute est certitude fragile, tout est mis en balance. L’extrait d’un poème de William Blake revient régulièrement dans cette intrigue, laissant planer l’image d’un cimetière, de la mort qui rôde, de l’assassin qui veille sur sa victime et s’assure qu’il la tient entre ses serres de prédateurs.

Je n’en dirai pas plus. Rien de sert de dévoiler l’intrigue si vous n’avez pas lu ce roman.

 

De nos frères blessés –

Andras © Actes Sud – 2016
Andras © Actes Sud – 2016

« Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l’écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l’engin n’explose, n’a tué ni blessé personne, n’est coupable que d’une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale. » (extrait synopsis éditeur).

Un roman très prenant qui revient sur les dernières semaines de vie de Fernand Iveton. Joseph Andras a choisi de donner la parole à Fernand. Deux temps de narration pour ce récit, deux périodes. Au cœur du témoignage, Fernand : le narrateur.

Le personnage parle du présent, de ce qu’il vit depuis l’arrestation : sa garde à vue et les sévices qu’il a subit, la torture pour lui faire avouer son acte, lui extirper les noms de ses collaborateurs, le chantage puis l’incarcération. Une procédure judiciaire qui piétine, qui hésite, qui divise l’opinion publique comme les magistrats. Mais les ordres viennent de très haut. Ils viennent de France. Le verdict tombe le 21 novembre 1956. La peine de mort est demandée. Fernand espère être gracié. René Coty suit le dossier de près.

Le personnage parle du passé. Une vie qui semble commencer avec la rencontre avec Hélène. Coup de foudre. Elle deviendra sa femme.

Deux vies pour un homme : celle de détenu. Certains le traiteront de terroriste. D’autres acclameront le camarade idéal, dévoué à la cause du Parti, intègre, fiable.  L’autre vie, c’est sa vie d’homme, d’ami et de mari.

Joseph Andras alterne ces deux temps, ces deux chronologies. L’une grave l’autre pleine de vie. L’une porteuse d’espoir l’autre limitée à l’espace d’une cellule. Il montre comment Iveton a été utilisé par le pouvoir en place. Son arrestation est tombée en pleine période de troubles (règlements de compte, assassinats, guerre en Algérie, action du FLN…). La tension. Iveton sert d’exemple. Le gouvernement français veut rétablir l’ordre.

Un chapitre dans le présent, la prison et les compagnons de cellule. Un chapitre dans le passé et la relation avec Hélène qui s’installe. Passé, présent. Une alternance. Prison, sentiments. La régularité.

PictoOKOn rage. On rit. On est sidéré. On est emporté. Une alternance. Prison, sentiments. On s’attendrit, on baisse la garde malgré la fin inévitable. Malgré l’inévitable fin. Celle que l’on connait. Il faut forcer un peu pour trouver le bon rythme de lecture, trouver la bonne intonation à mettre sur la voix du narrateur. Une fois qu’on est réglé sur la bonne fréquence, il est difficile de lâcher l’ouvrage.

La chronique de Framboise.

 

Harrison © Flammarion – 2016
Harrison © Flammarion – 2016

« Dans l’avant-propos de ce dernier livre publié début mars 2016 aux états-Unis, moins d’un mois avant sa mort, Jim Harrison explique qu’il a décidé de poursuivre l’écriture de ses mémoires sous la forme d’une fiction à la troisième personne afin d’échapper à l’illusion de réalité propre à l’autobiographie.
Souvenirs d’enfance, mariage, amours et amitiés, pulsions sexuelles et pulsions de vie passées au crible du grand âge, célébration des plaisirs de la table, alcools et paradis artificiels, Jim Harrison, par la voix d’un écrivain en mal d’inspiration, revient sur les épisodes les plus saillants de sa vie. » (synopsis éditeur).

Appâtée par la chronique de Jérôme, il me tardait de lire ce roman-témoignage. Jim Harrison regarde dans le rétroviseur et fait le bilan de sa vie… en quelque sorte. L’écriture à la troisième personne passe à la première sans qu’on s’en aperçoive. Récit d’un grand auteur qui n’a jamais réellement compris son talent, encore moins ce que les gens pouvaient trouver à ses livres. Son lectorat, il l’a trouvé en France, à son grand étonnement.

Il parle de sa vie de tous les jours, de sa femme, de la relation qu’il a avec sa femme, de ses travers, de l’alcool, de son enfance, de ses cochons (il parle plus de ses cochons qu’il ne parle de ses filles). Il parle de son œil aveugle, des vaines tentatives pour le réparer. Il parle de son rapport à l’écriture, à la nature, aux femmes. De son penchant pour l’alcool, la bonne bouffe, le luxe, les excès. Il a écrit ce livre puis pfuuuutttt, il est décédé. Point final. Un mois, tout au plus, sépare ces deux moments. Un témoignage où il se livre sans fard et sans apparats. Un ton direct, un regard lucide, une autocritique cinglante ; il ne rate aucun de ses défauts… lucide… cynique… drôle.

Un livre assez court vu son parcours. Des mémoires. Un livre dévoré… la première moitié du moins. Puis la lassitude. L’intérêt s’est évaporé doucement. J’ai commencé à m’ennuyer un peu… puis plus fermement sur les deux derniers chapitres.

Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art (Supiot)

Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016
Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016

Un mardi matin, au Louvre.

Dans la salle 61 du Musée, le Cheval blanc de Géricault se rebelle. Il en a assez d’être encadré et décide d’aller se dégourdir les jambes. Dans cette « Tête de Cheval blanc », il y a une quête de liberté étourdissante. Un bond suffit à l’équidé pour sortir la tête du tableau qui l’enferme et galoper au beau milieu des collections du Louvre, espérant rallier d’autres compagnons à sa cause. De rencontre en rencontre, le cheval blanc perçoit mieux le monde et surtout, sa propre identité.

Vous connaissiez certainement la collection Musée du Louvre, œuvre commune aux éditions du Louvre et aux éditions Futuropolis (« L’Ile Louvre », « La Traversée du Louvre », « Période glaciaire »…). La voici maintenant à destination des enfants !

Je connais peu le travail d’Olivier Supiot si ce n’est un album que j’avais découvert par hasard lorsque mon grand avait 3 ans ½ ; en 2009, j’avais écrit une chronique toute bancale sur l’un de ses albums : « Tatoo ». Malgré le plaisir que nous avions eu avec ce livre jeunesse, j’ai peu fouillé sa bibliographie passée et récente. On peut toutefois difficilement passez à côté du très remarqué « Pieter et le Lokken ».

L’auteur laisse échapper son imagination. La « Tête de cheval blanc » de Théodore Géricault prend vie et s’indigne de sa simple condition d’œuvre d’art qu’elle perçoit comme avilissante. La créature, emportée par son élan, cherche même à convaincre ses pairs que la vie est dehors… dans un ailleurs qu’il ne connaît pas et compte bien découvrir.

Je n’en pouvais plus d’être enfermé !! Je suis un cheval après tout !!

Tête de cheval blanc de T. Géricault
Tête de cheval blanc de T. Géricault

Olivier Supiot l’imagine en train de galoper dans les galeries du musée où il fera d’étonnantes rencontres. La visite commence par la salle 61 où sont exposées les œuvres de Géricault. Puis, l’escapade commence. En chemin, il passe par la collection égyptienne où il fera la connaissance de la féline Bastet. Chaque rencontre est pour lui un étonnement, chaque conversation l’invite à la remise en question. Il s’obstine, « tête de mule », à reprendre sa course aveugle, cherchant la sortie. Il file comme le vent, au hasard et interpelle essentiellement des représentations picturales d’équidés… mettant ainsi en lumière le lien particulier qui existe entre le Musée du Louvre et le cheval. Un dossier pédagogique [présent en fin d’album] invite d’ailleurs le jeune lecteur à prendre conscience de ce point et lui rappelle qu’avant d’être un musée, le Louvre était un palais royal ; l’un de ses bâtiments abritait les écuries qui logeaient les chevaux du roi et de sa cour.

La profusion d’œuvres représentant des chevaux met aussi en exergue ce lien privilégié entre l’homme et le cheval et n’est pas sans rappeler un album de la collection-adulte du Louvre : « L’Art du chevalement » (Loo Hui Phang & Philippe Dupuy, éditions Futuropolis & Le Louvre).

Bel album dont je salue la démarche. D’ailleurs, il est intéressant de voir comment il pique la curiosité du jeune lecteur et l’invite à laisser libre cours à son imagination. Et que nous dirait la Joconde si elle aussi sortait de son tableau ? Où se rend l’éléphant de Jean-Baptiste-Amédée Couder ? Le cavalier en armure d’Auguste Raffet est-il mort de sa belle mort ou sur un champ de bataille ?… de quoi stimuler l’imagination des plus jeune et les inviter à réfléchir à ce qu’est une œuvre, ce qu’elle représente, ce qu’elle symbolise et éveille chez la personne qui la contemple. Ce qu’est le processus de création également ; ce peut-être une recherche de soi, un entraînement visant à perfectionner son art ou bien encore un témoignage : « quelqu’un t’a créé pour laisser une empreinte pour toujours ».

PictoOKUne visite ludique et interactive du Musée du Louvre. Le cahier pédagogique inséré en fin d’ouvrage permet également à l’enfant de se sensibiliser au parcours de Théodore Géricault, à son œuvre et à son rapport si particulier avec le monde équestre. Un support didactique et ludique intéressant.

la-bd-de-la-semaine-150x150Un album que je partage dans le cadre de la BD de la semaine. Les liens sont aujourd’hui chez Moka.

Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art

One Shot
Editeur : Delcourt et Le Louvre Editions
Collection : Delcourt – Le Louvre
Dessinateur / Scénariste : Olivier SUPIOT
Dépôt légal : novembre 2016
46 pages, 14,50 euros, ISBN : 978-2-7560-7932-5

Bulles bulles bulles…

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Le Cheval qui ne voulait plus être une œuvre d’art – Supiot © Guy Delcourt Productions & Le Louvre Editions – 2016

L’Epouvantable Peur d’Epiphanie Frayeur (Gauthier & Lefèvre)

Gauthier – Lefèvre © Soleil Productions – 2016
Gauthier – Lefèvre © Soleil Productions – 2016

Épiphanie a 8 ans ½ et elle a peur de son ombre. Par je ne sais quel miracle, cette fillette se retrouve toute seule dans une forêt surprenante, peuplée d’êtres aussi mystérieux que bienveillants. Epiphanie se lance dans une quête : celle de parvenir à trouver le moyen de se débarrasser de sa peur qui la hante depuis toujours.

– Aaahhh !!! Vous m’avez fait peur ! Qu’est-ce que c’est que ça ?
– Ma peur justement.
– On dirait votre ombre.
– Oui, j’ai peur de mon ombre.

« Garance », « Cœur de pierre », « Aliénor Mandragore »… les scénarios de Séverine Gauthier m’ont déjà emportés plusieurs fois. Mes enfants aussi ont succombé à ses histoires. Ces dernières les captivent, les font rire, les émeuvent. Des livres qui ne laissent pas indifférents, qui apportent cette satisfaction rare d’avoir vécu un moment de lecture qui laissera une trace. Des livres vers lesquels on revient, que l’on relit et à chaque nouvelle découverte, on savoure… encore et encore.

Séverine Gauthier propose une réflexion sur un sujet qui touche de nombreuses personnages, adultes et enfants confondus : la peur viscérale que l’on nourrît vis-à-vis de quelque chose et dont, souvent, on en ignore la cause réelle. Ce genre de peur qui nous grignote, insidieusement, et finit par envahir totalement l’esprit. La peur qui grandit et devient phobie. La phobie qui fige, qui empêche de vivre les choses, qui frustre, qui paralyse…

La scénariste installe facilement la fillette au cœur de cette fable contemporaine. Les illustrations de Clément Lefèvre campent pourtant l’histoire au beau milieu d’une forêt généreuse, où les hautes cimes se substituent à l’architecture austère des villes. L’ambiance graphique donne vie à ce décor apaisant… en apparence, car Epiphanie est terrorisée. Tout est contraste mais on se sent bien dans ce dédale de sentiers forestiers. On mesure à chaque page toute l’ambiguïté de la phobie d’Epiphanie. Les auteurs jouent avec l’électricité créée par cette rencontre entre la tension intérieure de l’enfant et les vertus apaisantes de la nature. En parallèle, l’héroïne joue elle aussi de ses ambivalences ; elle cherche à la fois à se débarrasser de ce qui la gêne mais elle y est si habituée… qu’elle s’est finalement attachée à cette ombre encombrante. Sa peur fait partie d’elle, de sa personnalité. On perçoit une autre peur sournoise qui la fait hésiter, un doute immense : qui sera-t-elle lorsqu’elle sera « guérie » ?

Par ailleurs, chaque étape de cette épopée nous permet de rencontrer de nouveaux personnages ; certains ont dépassé leurs peurs, d’autres les ont laissé prendre de l’ampleur. L’héroïne, en toute innocence, va leur permettre de témoigner voire de se confier quant à ces peurs inavouées… honteuses. Difficile de ne pas rire en découvrant des phobies totalement loufoques. Difficile de ne pas s’attendrir en observant cette entraide tacite qui se met en place. Les plus forts viennent en aide à ceux qui sont en difficulté et leur montrent les différents choix qui sont à leur portée. Séverine Gauthier ne formule aucun jugement, elle construit son récit à l’aide de métaphores qui laissent au lecteur toute la liberté de s’approprier les choses à sa guise. Avec la présente du docteur Psyché (psychiatre), Séverine Gauthier montre que la parole est libératrice. Au final, l’auteur est parvenu à créer un récit initiatique drôle, magique et surprenant.

Initialement, je n’avais pas envisagé de proposer cet album à mon fils. A 10 ans, je le trouve encore un peu jeune pour ce genre de sujet. Pourtant, j’ai cédé face à ses demandes insistantes. Et si je n’ai pas accompagné sa première lecture, nous en avons parlé dès qu’il a fermé l’album… puis nous l’avons relu ensemble. Cet album peut-être un bon support pour parler des peurs (enfantines) à son enfant ou – car c’est valable dans l’autre sens – pour permettre à son enfant de parler de la peur quelle que soit sa raison. Que ce dernier le lise seul ou en compagnie du parent, il fait rapidement des liens avec son environnement direct ; il fait le parallèle avec des peurs concrètes (la peur d’aller à l’école, la peur du noir…) ou plus cocasses (en cela, la lecture du petit lexique – donnant la définition de phobies loufoques croisées dans l’album – inséré en fin d’album invite à imaginer des peurs imaginaires et, au final, à dédramatiser les choses… au point de rire de ses propres peurs ! Un must !).

PictoOKSuperbe conte moderne, « L’Epouvantable peur d’Epiphanie Frayeur » raconte le combat d’une fillette pour surmonter ses angoisses. Dans son périple, elle sera amenée à rencontrer des personnages éclectiques (du psychiatre au « preux chevalier sans peur »). Des influences de toutes parts enrichissent l’histoire ; créatures légendaires, voyante et gentils monstres peuplent cet univers surprenant et Ôh combien fascinant.

Pour plusieurs raisons (le thème de la peur, le dessin), cet album m’a fait penser au superbe « Cœur de l’ombre » (de Laura Iorio, Marco D’Amico et Roberto Ricci paru chez Dargaud en début d’année). Les deux albums se répondent à merveille.

Tentée par Moka et je vous invite bien évidemment à lire sa chronique.

Extrait :

« Pourquoi tu fais ça ? Tu prends toujours tellement de place. Je n’arrive plus à respirer. Tu ne me laisses jamais respirer. Tu dois t’en aller. Tu dois me laisser. Tu me fais mal » (L’Epouvantable peur d’Epiphanie Frayeur).

L’Epouvantable peur d’Epiphanie Frayeur

One shot

Editeur : Soleil

Collection : Métamorphose

Dessinateur : Clément LEFEVRE

Scénariste : Séverine GAUTHIER

Dépôt légal : octobre 2016

90 pages, 18,95 euros, ISBN : 978-2-3020-5385-4

Bulles bulles bulles…

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L’Epouvantable peur d’Epiphanie Frayeur – Gauthier – Lefèvre © Soleil Productions – 2016