Essence (Bernard & Flao)

Bernard – Flao © Futuropolis – 2018

Achille a un dernier travail à accomplir dans cet étrange lieu dont il ne sait rien… pas même les événements qui l’y ont amené. Une sorte d’antichambre où il a atterri sans savoir comment. A ses côtés, pour le guider sur les routes de cette surprenante contrée, il y a Mademoiselle. Elle lui explique qu’il a une dernière chose à faire avant d’atteindre sa destination finale. Elle lui explique qu’il est au purgatoire, ce qui fait beaucoup rire (jaune) Achille. Mademoiselle est aussi belle que mystérieuse. Mademoiselle est comme une thérapeute… une confidente… voire un ange gardien puisqu’elle aime à se décrire comme tel.

Achille aurait préféré pouvoir la considérer comme une amie… voire plus si affinités… mais Mademoiselle s’y oppose avec fermeté.

Achille est donc là pour faire le point. Prendre le recul nécessaire par rapport à ce qui s’est passé ces dernières années. Prendre du recul par rapport à sa vie… sonder ses souvenirs et forcer sa mémoire capricieuse.

Achille va vivre une étrange expérience. Les situations qu’il va traverser sont pour le moins saugrenues et il du temps pour comprendre et accepter la teneur de ce « voyage improvisé » … et parvenir à faire les derniers liens qui lui avaient manqué jusque-là.

« Essence » est une plongée dans l’univers loufoque de Fred Bernard. Un univers onirique bourré de succulentes métaphores. Un lieu rempli d’absurdes incohérences et saturé de réalistes constats. Un monde sans concessions. L’écriture de Fred Bernard est vivante, chaude, dynamique. Le scénariste s’en donne à cœur joie, salue d’autres univers imaginaires : Fred et ses histoires absurdes (« Histoire du conteur électrique » , « Histoire du Corbac aux baskets » , « Philémon » …), Hergé et son inépuisable Tintin, Miyazaki et ses voyages magnifiques, Moebius et ses mondes futuristes… Tout un fatras de références passe sous nos yeux, se bousculent sans nous heurter, nous régalent. L’auteur puisent également dans des références littéraires mais il emprunte également quelques repères de la culture populaire au cinéma et à la peinture. C’est aussi avec un plaisir non dissimulé qu’on retrouve la gouaille et la répartie des personnages qu’il a créé dans sa saga « Jeanne Picquigny » , recréant pour l’occasion des personnages frondeurs, tempétueux, entêté mais ô combien attachants et n’hésitant pas à se remettre en question, à l’instar d’Achille – personnage principal de ce récit – qui s’obstine à refuser de voir la situation en face et à comprendre ce qui est en train de lui arriver.

Grosse performance de Benjamin Flao au dessin avec un travail à l’aquarelle est encore plus poussé que sur « Kililana song ». Il crée une ambiance à la fois poétique et psychédélique où se côtoient douceur, nostalgie et un brin de folie pure. Une pléiade de couleurs s’invite sur les planches. Le travail de mise en image de cette épopée introspective est tout bonnement magnifique. Benjamin Flao a un vrai don pour illustrer parfaitement un mot, une image, une pensée. Epoustouflant. Il finit l’album en apothéose avec une scène d’action muette qui s’étale sur une trentaine de pages. Je dis « Chapeau l’artiste ! » .

Un régal cet album qui n’a pas été sans me rappeler « Le Commun des mortels » d’Alain Kokor.

La chronique d’Yvan pour finir de vous convaincre.

 Essence
One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : Benjamin FLAO
Scénariste : Fred BERNARD
Dépôt légal : janvier 2018 / 185 pages / 27 euros
ISBN : 978-27548-1179-8

Bolchoi Arena, tome 1 (Boulet & Aseyn)

Marje est une étudiante en astrophysique. Passionnée par son domaine d’études, elle rêve de parcourir la galaxie et d’observer les planètes au plus près. Elle finit par céder à la proposition de son amie Dana de tester le Bolchoi, l’immense réseau de l’univers virtuel d’un jeu où tout est possible. Maintenant qu’elle a fait le pas de se connecter, Marje est fébrile à l’idée de découvrir le système solaire, à commencer par Titan, le plus gros satellite naturel de Saturne.

Hyper motivée à l’idée de faire ses explorations scientifiques de la galaxie, Marje fait ses premiers pas dans le Bolchoi. Et cette expérience va être bien plus accrocheuse que ce que Marje avait imaginer. Elle voue pour ce monde virtuel une réelle fascination… sans compter que la jeune étudiante se découvre des talents qu’elle ne connaissait pas. Elle pilote avec brio et son audace doublée de son inexpérience s’avèrent être de précieux alliés dans les combats spatiaux. Marje se fait ainsi remarquer par des joueurs professionnels et sa quête prend un chemin inattendu.

J’étais curieuse de lire Boulet (célèbre pour ses Notes et la série Raghnarok notamment) se frotter à un univers mi-réaliste mi-geek. Pour le coup, il livre un scénario qui nous plonge des planches durant dans un univers virtuel de science-fiction. L’auteur prend le temps d’installer son personnage principal. Ce dernier peut s’appuyer sur une bonne équipe de personnages secondaires, ce qui permet au lecteur de profiter d’un récit dynamique et assez entraînant. Le temps pour nous de trouver nos repères dans ce monde de gamers et on se pique au jeu de suivre Marje dans ses sessions virtuelles. La lecture est fluide et l’album se lit plutôt de façon ludique même si quelques passages ne parviennent pas à éviter certains lieux communs.

Avec ses couleurs délavées, la nervosité et la finesse du trait d’Aseyn m’ont immédiatement fait penser à l’ambiance graphique de l’Incal (Jodorowsky & Moebius, aux éditions des Humanoïdes Associés). Une impression renforcée par la petite pointe d’humour présente au début de l’album, lorsque le personnage principal enfile pour la première fois la combinaison de vol utilisée dans le Bolchoi :

« – C’est drôle. Ces combis… ça fait vieille science-fiction.

– Tu sais. Je me suis toujours dis que ça devait être un peu voulu ! »

Pour les lecteurs fouineurs et curieux, il existe des bonus en réalité augmentée. Je n’ai pas testé l’application, par manque de temps et de place sur mon téléphone.

Bolchoi Arena a fait partie de la sélection officielle du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. C’est à ce titre que Rakuten l’a proposé dans son événement annuel « La BD fait son festival » … En cliquant sur ce lien, vous accéderez à la fiche de l’album sur le site de l’organisateur.

Un bon tome de lancement – également chroniqué par Jérôme – qui donne envie de découvrir la suite de cette série !

Bolchoi Arena
Tome 1 : Caelum Incognito / Série en cours
Série en cours
Editions Delcourt
Dessinateur : ASEYN
Scénariste : BOULET
Dépôt légal : septembre 2018, 162 pages, 23.95 euros
ISBN : 978-2-7560-8074-1

L’Âge d’Or, volume 1 (Pedrosa & Moreil)

Dehors, la chasse bat son plein dans cette grande forêt. On est en plein Moyen-Age et trois gaillards ont trouvé un petit coin pour se poser. Ils racontent des anecdotes comme celle de Mathurin qui s’est fait couper le nez après avoir braconné sur les terres du seigneur. Ils racontent la faim qui tenaille leurs corps. Ils racontent les conditions de leurs vies miséreuses. Ils racontent leurs vies qui ne leur appartient pas et sur lesquelles les nobles ont tous pouvoirs. Ils racontent la vie comme un fardeau, une fatalité. Il ne leur viendrait pas à l’esprit de se rebeller. Le seul luxe qu’ils s’octroient, c’est de rêver à un monde meilleur, un Eldorado imaginaire… un âge d’or depuis longtemps disparu.

Le cœur de cette contrée est le Château du Bois d’Armand. En son sein, le roi est mort et Tilda, sa fille aînée, s’apprête à lui succéder. Tankred et Bertil sont venus l’épauler dans ce moment douloureux.

La veille du sacre de la princesse, elle est victime d’un coup d’état fomenté par un des ennemis de feu son père. Cette prise de pouvoir par la force vise à placer sur le trône son jeune frère cadet. Privée de liberté, elle est contrainte d’assister impuissante à son exil sur une île du royaume. Durant son transfert, ses amis Tankred et Bertil vont l’aider à s’échapper.

Personne ne se doute de rien mais les premiers remous du changement se font sentir.

Le changement de ton progressif de ses albums ne m’avait pas préparée à un tel virage artistique lorsque j’ai découvert « Sérum » . Sorti en 2017, cet album m’avait profondément surprise. Il amenait Pedrosa à se risquer dans un registre narratif que je ne lui connaissais pas : celui de l’anticipation politique. Un changement de cap parfaitement réussi mais je pensais le voir revenir à des récits plus intimistes. Et voilà « L’Âge d’or » qui fait son apparition. Pour l‘occasion, Cyril Pedrosa collabore avec Roxanne Moreil avec qui il a co-fondé les éditions La Vie moderne et mené à terme plusieurs projets artistiques.

« L’Âge d’Or » est l’occasion de disséquer une nouvelle fois les arcanes du pouvoir et d’en observer les mouvements sous un angle différent de celui pris pour « Sérum » . Il y est aussi question de lutte des classes, d’inégalités sociales, d’autoritarisme, de pouvoir, de censure et… d’idéal social. On reste aussi dans le registre de l’utopie mais cette fois, c’est la trame de la quête – ou de la prophétie – qui va donner le rythme au récit. Rien qu’à voir l’illustration en couverture, on rêve déjà à tout le potentiel de l’héroïne.

Le décor est très vite planté et on a vite fait de repérer qui des « gentils » et qui des « méchants » sans que jamais le scénario ne tourne à quelque chose de convenu. Ce tome annonce un diptyque plus que prometteur !

L’Âge d’Or
Volume 1/2
Edité chez Dupuis dans la Collection Aire Libre
Scénaristes : Cyril PEDROSA & Roxanne MOREIL
Dessinateur : Cyril PEDROSA
Dépôt légal : septembre 2018, 232 pages, 32 euros
ISBN : 979-1-0347-3035-3

La Croisade des Innocents (Cruchaudet)

Entrer dans un livre.
Reprendre doucement le goût de la lecture. Espérer retrouver également celui du partage.
Ne rien attendre d’autre que le plaisir d’écrire. Caresser l’espoir de donner l’envie à d’autres de se lancer dans ce moment sucré-salé écrit et dessiné par Chloé Cruchaudet (Groenland Manhattan, Mauvais Genre, La Poudre d’Escampette, Ida…).

Je m’appelle Colas et je ne suis pas bien grand. Mes guenilles sont bien ajustées et la faim a fait depuis longtemps son nid dans le creux de mon ventre. J’ai grandi dans une cahute qui nous protégeait à peine du froid. Je croupissais dans une enfance qui n’en était pas une, entre un père qui cherchait à me dresser et une mère qui ne savait pas me prendre dans ses bras. De temps en temps, une étincelle d’enfance venait me sortir de ce monde brut et miséreux… j’étais très vite rappelé à l’ordre. J’ai fugué. Mais après plusieurs jours, ne tenant plus, j’ai frappé à la première porte qui se présentait à moi. On m’a donné du travail. En échange, j’avais de quoi manger chaque jour. Et puis un jour, le Christ est apparu devant moi. Je l’ai vu comme je vous vois.
J’ai raconté mon histoire aux autres enfants. Mon ami Camille y a ajouté quelques menus détails. Cela nous a permis de trouver l’élan de partir. Nous étions désormais les élus de Dieu, des innocents choisis pour délivrer le tombeau de Jésus. Peu de temps après, on a pris la route en direction de Jérusalem.

« Notre seule arme sera la parole. Seulement des discours et des prières. »

Chloé Cruchaudet s’est inspirée des rares écrits qui existent sur ce fait historique du XIIIème siècle (il a eu lieu en 1212, entre la quatrième et la cinquième croisade). Ce récit peu connu relate la croisade improvisée d’une troupe d’enfants partis vers Jérusalem pour libérer le tombeau du Christ des Arabes. Au début de cette expédition, le groupe était famélique mais en chemin d’autres enfants s’y sont greffés. L’autrice s’en est nourrit pour écrire cette fiction.

Malgré leur morve au nez et leurs cheveux ébouriffés et malgré la crasse qui les recouvre de haut en bas, on emboîte très vite le pas de ces petits héros en culottes courtes. On sait bien que la tâche est démesurée, on sait bien qu’il y a peu de chances qu’ils en ressortent vivants mais pourquoi ne pas croire à leur rêve ? Pourquoi ne pas se laisser porter par l’espoir qui les anime ?

Et ça marche. La ferveur qui les porte nous fait croire en la réussite de leur quête. Qu’ont-ils à perdre dans ce combat ? Certainement pas la chaleur d’un foyer car ils n’y étaient pas dorlotés. Peut-être la promesse d’un avenir meilleur car ne s’offrait à eux qu’une vie miséreuse. C’est sans doute-là leur unique chance de vivre libres et de croire, quelque temps du moins, que la vie pourrait enfin leur sourire. Et tout cela donne à ce voyage en Terre sainte un aspect poétique.

Ce récit d’apprentissage est superbement illustré par Chloé Cruchaudet. Son ambiance graphique aux tons délavés nous plonge dans un univers moyenâgeux, pauvre et austère mais l’optimisme de ces enfants fait un superbe pied de nez à la violence de ce monde. Les personnages aux traits doux pour les uns, farouches pour les autres, sont expressifs à souhait. Les visages sont mangés par de grands yeux ronds comme des billes, de francs sourires ou des moues boudeuses… on ressent vite de l’empathie pour les jeunes personnages de l’histoire.

Au cœur de cet album bat une belle histoire d’amitié. Il est aussi questions de croyance, de convictions et d’espoir. Le voyage m’a beaucoup plu.

La Croisade des Innocents
Récit complet publié chez Soleil, Collection Noctambule.
Scénariste / Dessinatrice : Chloé CRUCHAUDET
Dépôt légal : octobre 2018, 176 pages, 19.99 euros
ISBN : 978-2-302-07127-8

Florida (Dytar)

Dytar © Guy Delcourt Productions – 2018

Londres.
Dix ans après le massacre de la Saint-Barthélemy, Walter Raleigh sollicite Jacques Le Moyne, un ancien cartographe, pour qu’il témoigne de son expérience en Floride. Lorsqu’il était plus jeune, Jacques a fait partie d’une expédition française conduite par les commandants Jean Ribault et René Goulaine de Laudonnière. Le but était de fonder une nouvelle colonie en Amérique.
Jacques refuse et fuira longtemps les sollicitations qui lui sont faites de transmettre son témoignage. Sa femme, Eléonore, ne comprend pas l’attitude de son mari jusqu’au soir où, vingt ans après les faits, Jacques Le Moyne de Morgues s’ouvre enfin et lui fait le récit dans les moindres détails de ces deux années éprouvantes.

Un important travail de recherche a été mené par Jean Dytar pour parvenir à réaliser cet album ; plusieurs articles de son site en témoignent (comme ici par exemple).

Avant de se pencher sur l’épisode de l’expédition huguenote au « Nouveau Monde » la traversée de l’Atlantique et Jean Dytar s’intéresse en premier lieu au couple de Jacques Le Moyne. A sa femme tout d’abord ; elle se heurte à l’incompréhension, elle tente d’identifier la raison qui explique le silence de son homme. Pourquoi a-t-il toujours refusé de parler de son expérience en Floride ? Pourquoi, depuis son retour, refuse-t-il de réaliser des cartes topographiques ? Pourquoi passe-t-il son temps à dessiner minutieusement des fleurs (que les dames de la cour utiliseront pour faire leurs broderies) et refuse-t-il obstinément toutes autres formes de sollicitations professionnelles ?

Car c’est elle, Eléonore Le Moyne qui est notre guide dans cette histoire. C’est elle qui prend la parole le plus souvent. C’est elle qui tente de maintenir son homme à flots et qui se bat chaque jour pour qu’il retrouve la force de vivre, de se battre, de ne plus être un fantôme au sein de sa propre famille. Elle ne sait rien de ce qui s’est passé en Floride ; son époux a toujours refusé d’en parler. Elle sait juste qu’elle a réussi à la convaincre d’accepter de partir, arguant qu’une telle opportunité ne se présente qu’une fois dans une vie et qu’elle, en tant que femme, n’aura jamais une telle occasion.

Ecoute Jacques. Si tu n’y vas pas pour toi, vas-y pour moi ! Sois mes yeux et mes sens. (…) C’est peut-être dur à comprendre, mais… je veux rêver à travers toi. Pars ! Et à ton retour, épouse-moi ! Je promets de t’attendre et tu me raconteras ce qu’il y a de l’autre côté.

Elle ne sait que penser de l’expérience qu’a vécue son époux excepté, elle ne peut qu’imaginer le pire… elle ne peut que rêver à ces terres lointaines. Elle l’a vu partir inquiet à l’idée de cette expédition à laquelle il avait accepté de participer. Elle l’a vu revenir changé, amaigri et plus taciturne que jamais.

Jean Dytar nous explique, à l’aide des souvenirs d’Eléonore, les événements qui ont précédés ce grand voyage. Durant tout l’album, deux ambiances graphiques se relaient : des tons sépia pour le « présent » des personnages et de magnifiques aquarelles généreusement pourvues de bleus pastels et de verts d’eau pour le passé. Grâce à Eléonore, on commence à comprendre. L’auteur nous montre comment pendant des années, elle a tenté de faire parler son mari ; pour assouvir sa propre curiosité d’abord mais très vite, pour pouvoir lui venir en aide. Jean Dytar nous cuisine un peu car il faudra attendre avant que son personnage de Jacques Le Moyne de Morgues se mette à table. De la difficile traversée de l’Atlantique, des premiers pas balbutiants de l’expédition en Amérique et de la tournure prise ensuite par les événements, le lecteur finira par tout savoir. Je pourrais vous expliquer les temps forts du récit par le menu que je ne spoilerais rien, l’histoire de cette expédition (dont je ne connaissais rien avant de lire cet album) est écrite partout (dans les livres, sur la toile…).

Un album qui, assez logiquement je crois, m’a fait penser à Terra Australis. Que ce soit sur la forme ou sur le fond, la qualité est au rendez-vous.

Le rendez-vous hebdomadaire des bulleurs est à retrouver aujourd’hui chez Stephie.

Florida

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Mirages
Dessinateur / Scénariste : Jean DYTAR
Dépôt légal : mai 2018
264 pages, 29.95 euros, ISBN : 978-2-413-00978-8

Bulles bulles bulles…

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Florida – Dytar © Guy Delcourt Productions – 2018

Opération Copperhead (Harambat)

Harambat © Dargaud – 2017

Silence !

Moteur !

On tourne !

Egypte.
C’est la fin des années 70. Sur les rives du Nil, une équipe de tournage film les scènes de l’adaptation du célèbre roman d’Agatha Cristie « Mort sur le Nil » . David Niven, incarnant le Colonel Race, donne la réplique à Peter Ustinov qui s’est glissé dans la peau d’Hercule Poirot. Tous deux savourent cette opportunité de se retrouver. Lorsqu’ils ne travaillent pas, les deux amis prennent plaisir à savourer ensemble un bon thé et à se rappeler quelques souvenirs… en particulier ceux qui les ramènent à Londres en 1943.

A cette époque, la guerre bat son plein. L’espion insaisissable Karlinski échappe aux forces de l’ordre, la belle Véra brise les cœurs, les alertes récurrentes invitent la population à se réfugier dans les abris et Churchill, en fin stratège, veille comme un vieux lion rusé et bienveillant sur son pays. Afin de tromper Hitler, il donne le feu vert à l’ « opération Copperhead » et charge Dudley Clarke (qui a eu l’idée de ce stratège) de coordonner la mission. Dudley contacte David Niven et lui demande d’organiser le tournage d’un film de propagande qui servira de couverture à l’Opération.

L’idée est venue au colonel Dudley Clarke – en visionnant le film de Billy Wilder – qu’un sosie pourrait incarner le général Montgomery pour tromper les nazis. Il en avait alors fait la proposition à Churchill. Le général Montgomery avait un visage bien caractéristique. Il était devenu immanquablement identifiable lorsqu’il avait été nommé à la tête de l’armée alliée. L’armée lui donnait même un petit nom : « Monty ». L’objet de l’opération était de sauver des vies en mobilisant les nazis loin du véritable débarquement. A cette fin, il nous fallait trouver, recruter et former un acteur capable d’être une doublure convenable du général Montgomery et promener cette doublure en Afrique du Nord.

Le dessin est un peu mordant et nerveux, son aspect anguleux et sec me fait un peu penser aux dessins satiriques. Deux scènes se déroulant dans les années soixante-dix bordent comme une parenthèse le récit de ce souvenir vécu par Niven et Ustinov ; l’une introduit le récit et l’autre vient la conclure avec nostalgie et optimisme. Les faits historiques réels sont le ciment du scénario de Jean Harambat qui se plait ensuite à se mettre dans la peau des protagonistes pour revivre les événements.

C’est comme si on y était, comme si le film se déroulait sous nos yeux et que les deux témoins sont devenus des personnages superbement bien interprété par des acteurs de talents. Le film se tourne en permanence. L’histoire est racontée à la manière d’un film (par scène, par bribe) mais toujours de façon chronologique.

On passe d’une scène choisie à une autre, les décors changent et le plateau de tournage est la ville de Londres dans son ensemble. Les scènes sont plus ou moins longues (une demi-douzaine de planches tout au plus) et la complicité entre Niven et Ustinov fait plaisir à lire. Ces deux gentlemen anglais rendent l’atmosphère joyeuse et détendue. Et l’on chemine ainsi de leur rencontre en 1943 au débarquement de Normandie en juin 1944.

Et puis il y a ce côté grandiloquent qu’apporte la présence constante de l’industrie du cinéma de cette période. On entend les radios et les gramophones grésiller, on respire l’air encombré de fumée et de vapeur d’alcool des cabarets.

L’album dispose d’une très belle ambiance graphique pour illustrer ce récit d’espionnage divertissant.

C’est le Prix René Goscinny 2018 (remis lors du Festival International de la BD d’Angoulême) que j’ai eu le plaisir de lire grâce à Price Minister et Rakuten dans le cadre de « La BD fait son Festival » :

Il est demandé d’attribuer une note, alors j’attribue un 15/20 à cet album.

Opération Copperhead

One shot
Editeur : Dargaud
Dessinateur / Scénariste : Jean HARAMBAT
Dépôt légal : septembre 2017
170 pages, 22.50 euros, ISBN : 978-2205-07484-0

Bulles bulles bulles…

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Opération Copperhead – Harambat © Dargaud – 2017