L’Emouvantail, tome 2 (Dillies)

Dans les rares chroniques que j’ai partagées avec vous cette année, il y eu celle sur « L’Emouvantail » au mois de janvier dernier. J’avais eu un coup de cœur très fort pour ce personnage de Renaud Dillies et j’ai plusieurs fois saisi l’occasion de relire l’album depuis.

L’Emouvantail est un épouvantail qui, pour une raison inconnue, a pris vie. On peut supposer que c’est parce que le fermier qui l’a assemblé a mis tellement de cœur à l’ouvrage qu’il a insufflé un peu de vie à son mannequin… mais ce n’est qu’une supposition parmi d’autres.

La première fois qu’on pose les yeux sur l’Emouvantail, on le découvre planté dans un champ et l’âme en peine car il est bien incapable de faire ce à quoi il est destiné : effrayer les oiseaux. Il les aime tant et tant qu’il ne parvient pas une seconde à les éloigner du champ du fermier. L’Emouvantail se contente donc de les observer avec ravissement tout en se lamentant de voir les graines de son fermier englouties… et les promesses belles récoltes fondre comme neige au soleil. Cela met l’Emouvantail dans un affreux dilemme qui fait toute l’histoire du premier tome.

Pour tout dire, je ne m’attendais pas à avoir en mains un second tome de l’Emouvantail. Alors c’est avec beaucoup de curiosité et d’excitation que j’ai commencé cette lecture.

L’Emouvantail, tome 2 – Dillies © Editions de La Gouttière – 2019

A l’instar du premier tome, l’histoire commence au milieu d’un champ. Mais cette fois-ci, l’Emouvantail n’est pas captivé par les couleurs chamarrées des oiseaux mais envoûté par la beauté d’une femme épouvantail. Malheureusement, elle n’est pas (comme lui) animée d’une flamme de vie. Elle est immobile, sa beauté est suspendue dans sa gracieuse posture et dans son si beau sourire. Elle est plantée là, au beau milieu d’un champ, incapable elle aussi d’effrayer les oiseaux. Au premier coup d’œil, l’Emouvantail tombe amoureux. Il va tenter de trouver le moyen de réveiller cette magnifique femme-épouvantail.

Une nouvelle fois, Renaud Dillies emprunte à la métaphore ses plus belles notes pour composer un album délicat. Dans ce monde imaginaire, la violence n’existe pas. Le trouble, l’émoi et la joie ont tout loisir de s’exprimer pleinement. Aux côtés de l’Emouvantail, on prend le temps de vivre, de contempler, d’écouter… et cela fait un bien fou de quitter la ville et toute son agitation pour se poser là, au creux de l’album, au cœur de cet objet tout en papier et carton vêtu pour profiter d’une douceur bénéfique car inespérée. On savoure aussi tout le charivari des couleurs de la faune et de la flore qui peuplent ce monde onirique. Rien ici ne vient nous heurter.

C’est surtout un régal de côtoyer cet émouvant personnage, si sensible, si candide et tellement empathique. Comment rêver meilleur guide pour permettre à Renaud Dillies d’explorer le sentiment amoureux. Car avec l’Emouvantail, l’art de la séduction est un tâtonnement rendu difficile du fait de son inexpérience. Il se fie à son instinct, à ces frissons qui parcourent son échine quand il repense à sa belle. L’amour est un voyage délicat qui nous emmène à la rencontre d’un autre individu et de l’accueillir dans sa vie comme il se doit.

Un délicieux album que je vous recommande chaudement.

A partir de 5 ans.

Le premier tome est également sur le blog. Cliquez ici pour lire la chronique.

 L’Emouvantail
Tome 2 : Cache-cache
Editeur : Editions de La Gouttière
Dessinateur / Scénariste : Renaud DILLIES
Dépôt légal : mai 2019 / 32 pages / 10.70 euros
ISBN : 978-2-35796-010-7

Les enquêtes polar de Philippine Lomar, tome 3 (Zay & Blondin)

Philippine est régulièrement contactée pour enquêter sur des affaires qui touchent aussi bien au harcèlement qu’à la corruption. La jeune fille a 13 ans mais elle a déjà fait ses preuves en tant que détective privé émérite. On a déjà eu deux fois l’occasion de côtoyer Philippine, on sait qu’elle est futée et aussi butée qu’un âne quand elle a une idée en tête ou un os à ronger.

Cette fois, Philippine est contactée par Maxime dont le cousin est en prison. Ce dernier aurait été injustement accusé de l’agression d’un épicier. Maxime pense qu’il s’agit d’une stratégie d’un groupe de malfrats que son cousin avait pris en flagrant délit, ces derniers auraient donc trouvé le moyen de mettre son cousin hors-circuit le temps de la procédure judiciaire.

Maxime charge donc Philippine de réunir des preuves de leurs actes délictueux afin que les véritables coupables soient arrêtés. La détective en herbe se met rapidement au travail mais elle constate tout aussi vite qu’elle a affaire à de vraies racailles. En tout cas, leurs méthodes d’intimidations ne laissent aucun doute sur leurs facultés à employer des méthodes très expéditives…

Chaque enquête de Philippine Lomar est l’occasion pour Dominique Zay d’aborder un sujet d’actualité… le genre de sujets dont on ne parle pas de prime abord avec de jeunes lecteurs. Certaines problématiques traitées peuvent faire partie de leur quotidien (la question du harcèlement par exemple) mais le scénariste pioche aussi dans d’autres registres comme le racket en bande organisée ou la pollution volontaire des rivières. Ces sujets font en partie l’originalité de la série. Ils servent à « camper le décor » et à installer les personnages secondaires amenés à intervenir durant l’intrigue. Des personnages dont les caractères et comportements sont loin d’être cousus de fil blanc. Les rebondissements multiples donnent au récit et à l’enquête un rythme vraiment plaisant. On tourne les pages avec gourmandise et on ne peut s’empêcher d’apprécier le sang-froid et l’humour dont fait preuve l’héroïne.

Outre l’originalité scénaristique de cette série, on évolue dans une ambiance graphique qui s’inspire des mangas : les expressions des personnages sont exagérées par moment et cela permet de décaler la tension grâce au comique de situation, évitant ainsi de dramatiser inutilement les moments où surviennent des événements qui conditionnent la suite de l’histoire.

On continue ici à apprécier cette série haute en couleurs. Un univers jeunesse qui va très prochainement être enrichi d’un nouveau tome.

Les deux tomes précédents sont également sur le blogs (aidez-vous des index si vous voulez accéder à ces chroniques)

Les Enquêtes polar de Philippine Lomar
Tome 3 : Poison dans l'eau
Série en cours
Editeur : Editions de La Gouttière
Dessinateur : Greg BLONDIN
Scénariste : Dominique ZAY
Dépôt légal : juin 2018 / 48 pages / 14.70 euros
ISBN : 979-10-92111-76-7

Ecorces vives (Lenot)

Lenot © Actes Sud – 2019

Cette histoire est comme une gifle. Elle secoue sévère. C’est une histoire sombre sombre. Genre plus noire tu meurs ! Le drame est déjà inscrit dans les premiers mots :

« Il aurait voulu avoir de la dynamite. Il n’avait que de l’alcool, dans lequel il tentait de se noyer tout entier. Il avait pris un bus, puis un train, puis un autre train, puis un car, puis il avait volé un vélo qui avait déraillé puis il avait marché ; Il s’était éloigné sans même y penser, mû par le simple refus de l’immobilité. Il avait balancé son téléphone par la fenêtre, quelque part après Moulins. […] Seul avec ses épaules voutées, sa barbe blanchissante, à l’heure de poser sa hache, de s’assoir enfin. Seul accroupi dans la terre humide et les odeurs d’humus. Seul avec tout ce qu’il portait : la mémoire de ses combats, les douleurs de ses défaites, les cicatrices de leurs rêves. »

Je suis assez d’accord avec le qualificatif de « western rural » pour définir ce roman. Un western rude, âpre, à la limite du supportable (mais je suis une fille facilement impressionnable !). Un très beau texte aussi. Maitrisé. Il se déroule sur un territoire vide de sa substance. Vide de ses habitants. Un territoire abandonné. Ces terres du Nord du Cantal que tout le monde, depuis plusieurs générations, fuit.

Dans ces lieux, il y a tout de même des personnages qui luttent pour survivre : Eli, Louise, Laurentin. Ils sont des marécages humains. Ils sont des champs de bataille. Ils sont les écorchés. Les écorces vives. Pour être, tout trois arpentent la montagne et les bois. Sans cesse. Pour faire rentrer la lumière en eux. Des étincelles de vie.

Il y a d’autres personnages qui peuplent ces contrées sauvages et désertiques. Il y a Lison et ses enfants. Il y a le vieux couple d’américains qui tiennent la ferme de Cézerat. Il y a les cousins Couble un peu cabossés, un peu siphonnés. Et puis, il y a les autres. Les habitants tout autour. Des sauvages. Des brutes parfois. Des tendres aussi. Mais pas très souvent apparemment.

Ce n’est pas un texte qui épargne, on va pas se mentir. Mais c’est superbe. Et puis, il a une portée sociale et toutafé politique. Un vent de révolte souffle dans ce roman et ce n’est pas pour me déplaire ! Et les personnages de femmes ne sont pas là pour rigoler et ça aussi ça me plait…. Louise surtout. Ainsi :

« Elle a la main parcourue de petits picotements. On dirait une arme qui veut réciter sa malédiction aux vents, qui veut qu’on l’use, qui chante le goût du sang, l’envie d’entrer dans les chairs et de marquer les âmes. Frapper, c’est mettre sa main dans un trou noir et profond, un trou de mort, et l’en fait ressortir plus vivante que jamais. Frapper, c’est palpiter. Frapper un homme, c’est rejeter le sortilège de sa naissance, réclamer sa part de l’histoire. C’est peser, c’est faire son poids. Frapper une fois, c’est faire naître le désir de continuer. »

A lire en écoutant la divine Roberta Flack et sa chanson recommandée par Alexandre Lenot et son personnage de fille superbe qu’est Louise : https://www.youtube.com/watch?v=VqW-eO3jTVU (ou celle-là aussi qu’elle est belle : https://www.youtube.com/watch?v=kgl-VRdXr7I)

Extraits

« Peut-être qu’il a raison, peut-être qu’il faudrait nager jusqu’au Mozambique. Peut-être qu’il faudrait nager dans les courants, se jeter dans les rapides, fermer les yeux et crier très fort en arrivant aux chutes. Peut-être il faudrait se réinventer un petit dieu, le faire à notre main, lui imaginer des chants païens, comme l’ont fait nos parents. Peut-être qu’il nous faut de nouveaux rites pour en finir avec nos peurs, de nouvelles forêts pour nous abriter du regard du ciel, de nouveaux faisceaux pour éclairer nos nuits, de nouvelles phalanges pour nous garder de nos ennemis. De nouvelles pluies pour nous faire reverdir enfin. »

« Il leur avait dit, « vous serez mon voyage ». Jusque-là il avait rêvé des minarets de Samarcande, d’immenses glaciers aux confins de l’Himalaya et la Chine, de pêche en Alaska, de dormir dans le Sahara, de bûcheronnage au Québec, des narvals du Saint-Laurent. Il avait dans la poche de sa veste, à hauteur du cœur mais côté opposé, une carte postale de l’ile de Santo Antão envoyée par un ami d’enfance qui s’était fait marin, brèches montagneuses abruptes sur fond d’océan opaque. Il n’était jamais allé nulle part, il était resté là, il avait dit à sa femme et à ses fils « vous serez mon voyage », et maintenant il repose au cimetière d’Auriac-l’Eglise, dans le caveau familial, cinquième héritier en ligne droite à n’avoir jamais dépassé les monts d’Auvergne. »

Encore une formidable découverte des 68 premières fois, à découvrir par ici : https://68premieresfois.wordpress.com/

Alexandre LENOT, Ecorces vives, Actes Sud, 2019

Salon Dolorès & Gérard (Cabot)

A 19 ans, Michel est toujours puceau et ce « statut » commence à devenir légèrement encombrant. Avec ses amis, il n’est plus question que de ça et le fait de l’avoir fait ou pas vous place dans le camp des mecs cools ou dans celui des losers… Michel a beau scruter l’horizon, il ne voit pas le soupçon d’une chance d’avoir l’occasion de rouler un patin à une fille dans avenir proche. Alors en ce qui concerne la possibilité d’avoir un rapport sexuel, ça relève du registre de la science-fiction. Son meilleur ami est dans la même situation que lui ; ils tentent de s’échanger « les bons plans » et des tuyaux sans trop y croire.

Après plusieurs redoublements, Michel s’oriente enfin dans une formation qualifiante qui semble lui plaire. Pour son apprentissage, il a trouvé un contrat avec le salon de coiffure « Dolorès & Gérard » où il va apprendre son futur métier. C’est là qu’il tombe sur Carole.

Carole est le maître de stage de Michel mais c’est aussi une séduisante blonde de 27 ans qui a une vie en perpétuel renouvellement. Elle parle sans complexe et sans retenue de ses rencontres affectives. Michel est impressionné par cette jeune femme solaire au caractère bien trempé. Il tombe vite amoureux de son maître de stage, ce qui le perturbe un peu dans ses apprentissages…

… Pourtant, c’est en présence de Carole qu’il ose poser à voix haute les questions qu’il ne pensait pas énoncer un jour à voix haute. Avec Carole, il découvre tout un tas de choses sur les femmes et la psychologie féminine. Michel gagne un peu en confiance mais ses complexes sur son physique ont la peau dure. Sans compter que l’idée de devoir faire le premier pas le tétanise encore énormément.

Dans quel sens doit-on tourner la langue quand on embrasse ?

En compagnie de son touchant personnage, Sylvain Cabot se risque sur le sentier hasardeux des premières expériences amoureuses et il parvient à le visiter avec brio. L’auteur s’amuse avec un personnage principal dont on apprend la virginité avant même de connaître son prénom ou son âge ! Etape après étape, Sylvain Cabot déflore lentement les autres facettes de la personnalité du narrateur… chacune de ces strates sera l’occasion de s’attacher davantage à ce tout jeune adulte introverti, inhibé et complexé.

Avec humour et naturel, le scénariste aborde cette période délicate où les premières expériences affectives sont un mélange de pur hasard et de haute voltige,

où la libido fait ses premiers balbutiements,

où chaque rencontre balaye autant de questions qu’elle n’en soulève.

On sourit, amusé par la naïveté et l’inexpérience de Michel qui n’a de cesse de nous rappeler qu’on a été un jour dans la même situation que lui… et que l’on a été tout aussi encombré que lui avec des questions pratico-pratiques pourtant totalement inutiles (mais ça, on le comprend que beaucoup plus tard).

J’ai aimé ce jeune homme pataud qui hésite, doute et se construit à partir de ses erreurs. J’ai aimé la manière dont il aborde de front le sujet de l’affect. Il tâtonne, questionne, n’hésite pas à se jeter à l’eau. Il se prend un, deux, trois vents. Se relève et essaie autrement. Il est franc. Intègre. Il n’y a rien de malsain dans la manière dont l’intrigue est menée. Dans les dessins – cerise sur le gâteau – il y a même ce petit côté intemporel qui montre que cette histoire n’est qu’un éternel recommencement ; elle touche tous les jeunes et les questions qui se posaient il y a des décennies se posent encore aujourd’hui, à l’identique.

 

« Carole me dit toujours « aie confiance en toi » , comme si c’était aussi mécanique que se tenir droit. Mais en fait, avoir confiance en soi, je sais même pas ce que ça vaut dire. Ça ressemble à quoi, un gars qui a confiance en lui ? »

La maladresse du narrateur fait son charme. Il est drôle malgré lui car sa timidité n’est pas de taille à lutter contre son intarissable curiosité. Il ose, tente et se risque en terrain hasardeux. Et bien que les premiers essais soient un peu désastreux, il gagne doucement en assurance.

Cette découverte des codes amoureux est accompagnée de beaucoup d’humour. L’ensemble est frais et la bonne humeur de cet univers est agréable. Un moment de lecture relaxant et plaisant que je voulais partager avec vous.

Salon Dolorès & Gérard
One shot

Dessinateur / Scénariste : Sylvain CABOT
Editeur : Michel Lafon
Dépôt légal : avril 2019 / 128 pages / 20 euros
ISBN : 978-2-7499-3606-2

Bolchoi Arena, tome 1 (Boulet & Aseyn)

Marje est une étudiante en astrophysique. Passionnée par son domaine d’études, elle rêve de parcourir la galaxie et d’observer les planètes au plus près. Elle finit par céder à la proposition de son amie Dana de tester le Bolchoi, l’immense réseau de l’univers virtuel d’un jeu où tout est possible. Maintenant qu’elle a fait le pas de se connecter, Marje est fébrile à l’idée de découvrir le système solaire, à commencer par Titan, le plus gros satellite naturel de Saturne.

Hyper motivée à l’idée de faire ses explorations scientifiques de la galaxie, Marje fait ses premiers pas dans le Bolchoi. Et cette expérience va être bien plus accrocheuse que ce que Marje avait imaginer. Elle voue pour ce monde virtuel une réelle fascination… sans compter que la jeune étudiante se découvre des talents qu’elle ne connaissait pas. Elle pilote avec brio et son audace doublée de son inexpérience s’avèrent être de précieux alliés dans les combats spatiaux. Marje se fait ainsi remarquer par des joueurs professionnels et sa quête prend un chemin inattendu.

J’étais curieuse de lire Boulet (célèbre pour ses Notes et la série Raghnarok notamment) se frotter à un univers mi-réaliste mi-geek. Pour le coup, il livre un scénario qui nous plonge des planches durant dans un univers virtuel de science-fiction. L’auteur prend le temps d’installer son personnage principal. Ce dernier peut s’appuyer sur une bonne équipe de personnages secondaires, ce qui permet au lecteur de profiter d’un récit dynamique et assez entraînant. Le temps pour nous de trouver nos repères dans ce monde de gamers et on se pique au jeu de suivre Marje dans ses sessions virtuelles. La lecture est fluide et l’album se lit plutôt de façon ludique même si quelques passages ne parviennent pas à éviter certains lieux communs.

Avec ses couleurs délavées, la nervosité et la finesse du trait d’Aseyn m’ont immédiatement fait penser à l’ambiance graphique de l’Incal (Jodorowsky & Moebius, aux éditions des Humanoïdes Associés). Une impression renforcée par la petite pointe d’humour présente au début de l’album, lorsque le personnage principal enfile pour la première fois la combinaison de vol utilisée dans le Bolchoi :

« – C’est drôle. Ces combis… ça fait vieille science-fiction.

– Tu sais. Je me suis toujours dis que ça devait être un peu voulu ! »

Pour les lecteurs fouineurs et curieux, il existe des bonus en réalité augmentée. Je n’ai pas testé l’application, par manque de temps et de place sur mon téléphone.

Bolchoi Arena a fait partie de la sélection officielle du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. C’est à ce titre que Rakuten l’a proposé dans son événement annuel « La BD fait son festival » … En cliquant sur ce lien, vous accéderez à la fiche de l’album sur le site de l’organisateur.

Un bon tome de lancement – également chroniqué par Jérôme – qui donne envie de découvrir la suite de cette série !

Bolchoi Arena
Tome 1 : Caelum Incognito / Série en cours
Série en cours
Editions Delcourt
Dessinateur : ASEYN
Scénariste : BOULET
Dépôt légal : septembre 2018, 162 pages, 23.95 euros
ISBN : 978-2-7560-8074-1

Saltimbanques (Pieretti)

Pieretti © Viviane Hamy – 2019

« Gabriel n’a pas toujours été l’inconnu qu’il est devenu par la force des choses. Je me souviens d’un garçon vif, doué de ses mains, mais que d’incessantes querelles entre mon père et moi ont terni, au fil des années. Vers ses dix ans, lorsque j’ai quitté le domicile familial à la suite d’une énième empoignade, il était déjà devenu l’enfant froid et distant dont j’ai gardé le souvenir. Un exemple d’enfance gâchée. »

C’est l’histoire de Nathan qui cherche son frère. Son fantôme plutôt. Car Gabriel est mort. Gabriel est un cadavre ivre mort sur le bord d’un fossé. C’est l’histoire d’un frère ainé qui revient parmi les siens, dans cette famille endeuillée, terrassée par un chagrin infini. Gabriel avait 18 ans.

« Bientôt, il faudrait répondre aux questions en y incluant : J’avais un frère, mais il est mort. » 

Gabriel et Nathan ne se parlaient plus. Ne se voyaient plus. Du fait du père ou disons à cause d’un profond malaise familial. Gabriel était la victime collatérale d’une haine qui ne le concernait pas, d’une colère immense et partagée entre un père et son frère ainé. Faite d’empoignades, d’échauffourées, de discordes. Jusqu’à la rupture. Et le silence.

A la mort de Gabriel, il faut pourtant revenir à la famille. Comment fait-on le deuil d’un frère inconnu ? Nathan se met à  fréquenter son groupe de copains. Des jeunes, des adolescents encore, entre dix-sept et vingt ans, pas beaucoup plus. Un groupe étrange, cinq ou six filles et moins de dix garçons. Des saltimbanques. Parmi eux il y a Bastien qui deviendra l’ami. Parmi eux, il y a Appoline. Qui deviendra ….

Mais connait-on vraiment quelqu’un par les autres ? Construit-on sa vie dans les pas d’un autre ?

« Tôt ou tard, il allait falloir que je m’en aille, que je les abandonne et que j’aille tenter de vivre ailleurs. Tout le monde le savait, et, avec les jours qui défilaient, je commençais à comprendre que je n’arriverais jamais à retrouver mon frère, qu’il avait disparu en emportant ses manies et ses habitudes. Trainer avec ses anciens amis ne me rapprocherait pas plus de lui. Ils buvaient, jonglaient, couchaient ensemble. Qui se souviendrait de nous, dans vingt ans ? Je ne pouvais que les regarder et essayer de le faire vivre parmi eux, mais il n’y avait jamais personne là où je posais les yeux et je savais qu’en reprenant ma voiture je disparaitrais, moi aussi. »

Tôt ou tard, Nathan quittera les saltimbanques pour un ailleurs. Il n’a aucun programme, aucune ambition, aucun désir.  « En se préparant assez, on pouvait vivre ce genre de vie quelques mois à peine, mais les contraintes économiques avaient une fâcheuse tendance à raisonner les rêveurs. »

Au bord de la route, Nathan se trouvera un compagnon, le chien qui n’a pas de nom. Et au bout du chemin et de l’errance, Nathan fera peut-être la rencontre qui bouleverse et qui ancre…  Et le roman aura alors un autre souffle et nous embarquera autre part, autrement, près de l’océan, dans les remous du cœur et au plus près de la vie, malgré tout. Et c’est ce dernier bout d’histoire qui a fait l’étincelle. C’est à cet endroit que tout a commencé vraiment et que j’ai aimé ce roman totalement !

A lire donc cette histoire sombre, profonde, mélancolique et belle. Une histoire de vie et de cœur serré…

EXTRAITS

« […] ses yeux guettaient de ma part une approbation qu’il m’était impossible de lui donner. C’était pourtant le chemin exact de l’âge adulte. Il n’y avait pas de décision, juste des situations qu’on affrontait et qui propulsaient vers de nouvelles responsabilités. On se débrouillait. »

« Je n’attendais aucun grand discours, c’était quelque chose que je tenais de lui. A la porte, mon père a levé son regard vers moi et, dans ses grands yeux d’animal blessé, j’ai lu qu’il était absolument incapable d’encaisser le choc qu’il venait de subir. J’y ai lu aussi de l’amour et beaucoup de regrets. Je n’arrivais pas à pardonner à mon père ses silences, les brusqueries qu’il tenait d’une autre époque et lui m’aimait sans rien dire, stupidement, comme on aime un chat ou un tableau. Je lui ai dit que j’étais toujours son fils. Lorsque j’ai passé la porte, son menton était agité de tremblements incontrôlables, nos deux cœurs retournés. »

Un premier roman découvert grâce aux 68 premières fois (la sélection du premier cru 2019 est à découvrir ici) :

 

Saltimbanques, François Pieretti, Viviane Hamy, 2019