Spirou et Fantasio par… – Tome 17 : Le Spirou de Christian Durieux – Pacific Palace (Durieux)

Durieux © Dupuis – 2021

C’est un rêve prémonitoire qui ouvre l’aventure. Fantasio s’y débat dans une pièce immergée, évitant le mobilier flottant et tentant vainement de rejoindre le bal des sirènes magnifiques qui nagent devant lui. Présage d’un naufrage ? Spirou ne doit pas être loin. Réveillé par le directeur du palace où il travaille en tant que groom depuis qu’il a été viré de son poste de journaliste au Moustique, Fantasio ne rate pas une occasion d’agacer son supérieur de façon épidermique.

Spirou quant à lui pensait avoir trouvé le lieu idéal pour se poser un temps. Le cadre idyllique de l’hôtel, entre lac et montagnes, est un endroit de quiétude. S’il regrette un peu d’avoir pris son ami dans ses bagages, car le travail de groom n’est pas fait pour ce dernier, il savoure le lieu, l’ambiance intemporelle qui semble installée là depuis toujours.

L’atmosphère change du tout au tout lorsqu’arrive un imposant voyageur. « Mais trop tard pour faire machine arrière : un véritable huis clos est décrété et l’hôtel se retrouve sans clientèle et avec un personnel réduit pour accueillir discrètement Iliex Korda, dictateur déchu du Karajan, petit pays des Balkans. Dans ses bagages, d’imposants gardes du corps mais aussi Elena, fille du « Grand Guide » au regard envoûtant, dont Spirou tombe instantanément amoureux. » (synopsis éditeur).

Christian Durieux. Je ne compte pas ses albums qui m’ont fait craquer, ses coups de crayons chaque fois si différents mais toujours délicieux. Si je ne devais en nommer qu’un ce serait sans hésitation « Les Gens honnêtes » où le personnage de Philippe et sa façon d’aborder la vie m’ont conquises. Le temps a passé depuis cette lecture mais je ne crois pas avoir égaré une miette des émotions que j’ai ressenties durant cette lecture.

Cette fois, c’est un peu différent. J’étais curieuse de voir l’auteur visiter l’univers de Spirou et Fantasio. Curieuse de découvrir sa patte sur ce classique du Neuvième Art alors que je ne mets plus le nez dans les classiques depuis belle lurette. Mais voilà, il y a peu de temps, Zidrou et Frank Pé m’ont fait revenir sur mes aprioris avec leur travail sur « La Bête » . Alors, l’idée de voir un « Spirou et Fantasio » dépoussiéré et rafraichi m’a séduite. D’autant qu’avec Christian Durieux comme guide, l’aventure vaut toujours le coup d’œil.

L’auteur nous installe au Pacific Palace, un hôtel luxueux situé dans un cadre non moins luxueux (paysages montagneux à perte de vue, hall d’entrée rutilant dans lequel on pourrait certainement installer un orchestre symphonique, longs dédales de couloirs ouatés et chambres immenses… on est dans le grand luxe !). Pour changer de notre contexte actuel de lecteurs… on se retrouve donc confinés avec une palette de personnages réduite au maximum. Christian Durieux nous plonge dans une aventure qui se cantonne à un espace géographique assez restreint mais jamais on ne se heurtera aux murs qui le contiennent. Cet enclos scénique vient titiller l’ambiance et la travailler au corps, jeter quelques gouttes d’huile sur le feu. La tension monte doucement, de façon imperceptible… le suspense est palpable. Jusqu’à la scène finale où tous les codes narratifs mis en place éclatent, volent, se bousculent et s’agitent. L’auteur propose un dénouement de haute voltige, ciselé, cohérent et assez grinçant ! Amateurs de happy-end radieux, passez votre chemin.

Romance secrète, intrigue politique, huis-clos et humour cohabitent à merveille et nous offrent une intrigue captivante. Le scénario repose sur les épaules de Spirou jeune homme beau, intègre et assez mature pour son âge ; il borde l’excentricité et la fougue d’un Fantasio téméraire à l’excès, écervelé et opportuniste. Le traitement graphique de ce thriller politique est superbe. La palette de pastels, l’utilisation de la couleur directe et la mise en image (qui n’est pas sans rappeler la ligne claire) créent une atmosphère intemporelle.

Dix-septième tome de la sage « Spirou et Fantasio par… », cet album vient se ranger aux côtés d’autres participations telles celles d’Emile Bravo, de Lewis Trondheim ou encore de Fabien Vehlmann. Je ne m’étais pas ruée jusqu’à présent sur ces incursions dans la série de Franquin – je ne saurais expliquer ma douce aversion pour des « vieilles » séries qui m’ont pourtant fait voyager des heures durant pendant mon enfance – mais voilà un ouvrage qui a le mérite de me faire réviser mon jugement. Il y a quelques années, Jérôme m’avait offert « Le Journal d’un ingénu » que je n’ai toujours pas pris le temps de lire… Voilà ma curiosité piquée à vif et l’envie furieuse de le découvrir à son tour.

Spirou et Fantasio par…

Tome 17 : Le Spirou de Christian Durieux – Pacific Palace

Editeur : Dupuis / Collection : Dupuis « Grand public »

Dessinateur & Scénariste : Christian DURIEUX

Dépôt légal : janvier 2021 / 80 pages / 16,50 euros

ISBN : 9791034732692

Le Jardin, Paris (Geniller)

Geniller © Guy Delcourt Productions – 2021

Chaque soir, Le Jardin ouvre ses portes. La clientèle du cabaret est calme et parmi elle, quelques habitués qui viennent se régaler des spectacles donnés par les danseuses.

Les danseuses, ce sont des fleurs. Muguet gère l’établissement avec professionnalisme et bienveillance. Tournesol, Marguerite, Hyacinthe, Violette et les autres se relayent sur scène pour proposer chaque soir des numéros d’effeuillage époustouflants.

Rose est la plus jeune des fleurs. Ce soir, Rose monte sur scène pour la première fois. Un moment tant attendu. Un moment de révélation, troublant, terrifiant de trac mais le public est émerveillé. Emerveillé par cette déferlante d’émotions que Rose communique lors de sa prestation scénique.

L’engouement est unanime. Très vite, Rose compte des fidèles parmi les spectateurs. Aimé est présent à chaque fois que Rose doit monter sur scène. Comme d’autres, il est sous le charme de cette surprenante personne… car Rose est un jeune garçon, une de ces délicieuses fleurs qui illumine désormais les nuits parisiennes.

« Je me considère comme un homme, mais un homme qui aime tellement les femmes qu’il a envie de faire comme elles. »

Rose, personnage androgyne dont on ne connaît que « le nom de scène » est une fille manquée. Un jeune homme passionné, passionnant, touchant. Fragile et courageux, spontané et pudique, Rose est un personnage double…. un jeune homme pour qui la danse est une respiration ; il forge sa vie autour de ce mode d’expression. Un garçon doté d’une joie de vivre communicative. Rose est solaire.

Initialement, cette histoire était un projet de court-métrage. De fil en aiguille, les pages se sont certainement noircies, les recherches et le travail de construction des personnages a certainement pris tellement d’ampleur que, face au résultat, il devenait évident qu’un court-métrage ne suffirait pas à développer cet univers. C’est du moins une supposition que je fais. Une écriture qui foisonne d’idées et d’éléments nouveaux au point de conduire Gaëlle Geniller à prendre la décision de construire un album autour du personnage de Rose. Grand bien lui en a pris car on régale d’un bout à l’autre de la lecture.

Gaëlle Geniller nous livre ici son second titre. Le premier – « Les Fleurs de grand frère » – était une petite douceur. Un album jeunesse qui abordait déjà la question de la différence, la nécessité d’accepter l’autre tel qu’il est et non tel qu’on voudrait qu’il soit. Le besoin de s’accepter pour pouvoir s’épanouir. L’autrice a le chic pour nous présenter des personnages atypiques, pour nous les faire aimer et nous faire entendre que chacun détient la clé de son propre bonheur. Le credo de ce récit s’ancre dans ce proverbe : « charité bien ordonnée commence par soi-même. »

Il n’y a pas d’action, pas de suspense. Jusque un doux plaisir de profiter de chaque instant et une joie de vivre incroyable. On rencontre le personnage à un moment-charnière de sa vie, alors que celle-ci effectue un virage important. C’est, pour lui, une étape capitale, une nouvelle direction à négocier habillement. A cela, s’ajoute l’ambition qu’il nourrit de pouvoir s’adonner à sa passion aussi longtemps que possible. Pourtant, cette étape tant attendue fait vaciller ses certitudes, au point de le priver de respiration… de le figer sur place. Assailli par le manque de confiance en lui, Rose en perd le Nord et l’oblige à prendre du recul. La manière de traiter la réflexion menée par le personnage principal est fine et pertinente. Quant au style graphique, il s’imprègne à merveille du style Art nouveau. Les décors, vêtements et coiffures des personnages épousent parfaitement les courbes arabesque de ce mouvement artistique. Les corps élancés des personnages ainsi que les couleurs fraiches et dynamiques nous enveloppent. L’ensemble dégage une ambiance chaleureuse et pleine d’optimisme.

C’est vraiment un très bel album que je vous invite à découvrir si le cœur vous en dit. Je pense que sa douceur et son charme vous plairont.

Le Jardin, Paris (one shot)

Editeur : Delcourt / Collection : Mirages

Dessinateur & Scénariste : Gaëlle GENILLER

Dépôt légal : janvier 2021 / 224 pages / 25,50 euros

ISBN : 9782413022534

Les Mystères de Hobtown, tome 2 (Bertin & Forbes)

« L’Affaire des Hommes disparus » est le premier tome de l’univers des « Mystères de Hobtown ». Dans le premier tome, l’intrigue portait sur une succession de disparitions dans la petite ville et l’ouverture d’une enquête. Dana Vance dirige une équipe de cinq enquêteurs dont fait notamment partie Sam Fich, le fils d’un des disparus. Un petit rappel des faits nous accueil dans ce second tome.

Bertin – Forbes © Pow Pow – 2020

Nous nous trouvons à Hobtown, une petite bourgade fictive de Nouvelle-Ecosse. Les fêtes de Noël approchent et le vieil ermite du village a été terrassé par une violente crise de panique. Dans la myriade de témoins présents lors du drame, un petit groupe de cinq amis. Ensemble, ils avaient enquêté sur une affaire de disparitions inquiétantes. L’attitude étrange de l’ermite leur met la puce à l’oreille… est-ce un avant-goût de nouveaux événements tragiques à Hobtown ? Ce n’est qu’une intuition et rien, pour le moment, ne leur permet de savoir par où orienter leurs recherches.

Pour l’heure, les vacances de Noël commencent. Dana, Sam, Pauline, Brennan et Dennis ont des projets. Tandis que Dana doit partir en vacances avec son père, Pauline et Brennan sont quant à eux attendus au camp d’hiver de Knotty Pines, une vieille école dont la renommée n’est plus à faire. Il n’en reste pas moins que Knotty Pines est un lieu sordide et mystérieux. Et si Brennan l’accueil qui leur est réservé conforte Brennan dans son exaltation, Pauline observe des choses pour le moins inquiétantes.

Dans l’univers d’Hobtown, une autre affaire s’ouvre avec ce second opus. Quelques références en littérature jeunesse servent à asseoir les bases de cet univers mais la manière dont l’intrigue se déplie est tout à fait originale… atypique… déroutante.

J’ai tout compris, je n’ai rien maîtrisé. Partagée entre la curiosité de savoir ce que nous réserve la page suivante et un désintérêt manifeste pour l’intrigue… et l’envie de refermer l’album régulièrement. On est tenu par des éléments qui nous échappent, une histoire qui échappe à notre compréhension. Le lecteur est balloté pendant la quasi-totalité de l’histoire par les événements et les multiples rebondissements qui ont lieu. Evidemment, le dénouement nous apporte les réponses que nous attendions. Evidemment, sur la fin, les zones obscures sortent de l’ombre et on peut enfin constater la cohérence de cet immense puzzle angoissant. Je reconnais que le scénario de Kris Bertin nous tient en haleine. Le scénariste ménage le suspense avec brio, mêle aux éléments d’une enquête un peu naïve des éléments surnaturels qui épicent le récit. Le dessin d’Alexander Forbes en revanche me plait moins car je l’ai souvent trouvé grossier. L’ensemble quant à lui se tient ; pour une raison que je n’explique pas (ou peut-être est-ce parce que l’histoire pique notre curiosité), je suis parvenue à lire ce récit de la première lettre à son point final. Pourtant, l’envie d’abandonner la lecture a été omniprésente. Etrange contradiction, étrange ambiance de lecture.

Si j’ai pris un petit moment pour écrire ces propos, ma démarche était avant tout une vaine tentative pour border mes impressions de lecture et tenter de comprendre ce qui m’a gênée dans ce titre, au point de n’avoir eu aucun plaisir à sa lecture. L’envie tenace d’avoir des retours d’autres lecteurs qui auraient lus cet ouvrage est également une des raisons qui m’a conduite à publier cette chronique.

Les Mystères de Hobtown / Tome 2 : L’Ermite maudit

Editeur : Pow Pow

Dessinateur : Alexander FORBES / Scénariste : Kris BERTIN

Traduction : Alexandre FONTAINE ROUSSEAU

Dépôt légal : décembre 2020 / 192 pages / 19 euros

ISBN : 9782924049815

La Baie de l’Aquicorne (O’Neill)

O’Neill © Bliss Comics – 2020

Katie O’Neill est une autrice néo-zélandaise primée par les Eisner Awards en 2018 pour son album « Le Cercle du Dragon-thé » ; Bliss Comics l’a traduit en début d’année. Dans la foulée, l’éditeur traduit « Princesse Princesse » qui a fait partie des titres mis en avant à l’occasion du FCBD 2020. Dans la foulée, voilà « La Baie de L’Aquicorne » qui vient enrichir le catalogue jeunesse de Bliss Comics… l’occasion de découvrir l’univers de cette autrice.

« Quand Lana et son père retournent dans leur village natal pour aider à nettoyer les débris d’une grosse tempête, Lana se rend compte à quel point l’océan – et la présence rassurante de sa tante – lui ont manqué.

Alors qu’elle explore la plage, elle découvre quelque chose d’incroyable : une petite créature semblable à un hippocampe. Lana va le secourir et le soigner avec l’aide de sa tante Mae.

Quand une seconde tempête menace le village, Lana va devoir remettre en question le mode de vie des villageois pour protéger le récif corallien et défendre les aquicornes… » (synopsis éditeur).

C’est un dessin tout rond, à l’instar des mangas animés des années 80’s, qui nous accueille. Les teintes douces et colorées donnent un faux-air d’édulcoré à l’ensemble. On fait la connaissance de Lana, petite héroïne en herbe qui s’avère être très altruiste et foncièrement bienveillante avec ceux qui l’entoure. Sa joie de vivre est communicative. En avançant dans la lecture, on est plus sensible aux teintes qui portent une forme de mélancolie. On comprend qu’en revenant sur son île natale, la joie extérieure de Lana cache en réalité une profonde tristesse. La petite fille que l’on se représentait entourée d’amis est en fait un petit être assez solitaire, assez introverti.  

« Parfois, j’ai juste envie d’aller dormir et de me réveiller quand je me sentirai plus forte ou quand les choses seront différentes. »

Katie O’Neill touche plusieurs thèmes de façon délicate. Le deuil, la séparation, les sentiments. De plus, en plaçant au cœur de son récit un animal imaginaire… imaginaire jusqu’à son nom d’aquicorne… l’autrice trouve-là le moyen de parler d’environnement avec les jeunes lecteurs. Elle résume clairement ce qu’est la biodiversité, ce que les activités (commerciales) de l’homme ont comme impacts sur la nature. Katie O’Neill développe un discours clair et qui laisse peu de place au doute : en adaptant ses pratiques et en sortant des logiques mercantiles qui nous imposent leur dogme, il est possible de trouver des solutions qui tiennent compte des besoins nourriciers de l’Homme sans que ces activités ne dégradent outrageusement la nature. Loin d’être moralisateur, le propos se veut avant tout optimiste, philanthrope.

A partir de 10 ans.

La Baie de L’Aquicorne (Récit complet)

Editeur : Bliss Comics / Collection : Jeunesse

Dessinateur & Scénariste : Katie O’NEILL

Traduction : Célia JOSEPH

Dépôt légal : novembre 2020 / 96 pages / 15 euros

ISBN : 9782375782194

Tous nos corps (Gospodinov)

« Peu importe, j’ai été bavard, mais c’est le texte le plus long de ce livre. Je veux dire qu’à une époque comme la nôtre, où l’on parle beaucoup et au hasard, comme au bistro, la bonne histoire courte vient nous donner la mesure de chaque mot. Et de chaque minute. J’ai envie qu’il en soit ainsi. »

Gospodinov © Intervalles – 2020

Ce sont ces mots de l’auteur, en postface, sur lesquels on reste avant de refermer ce livre une fois la lecture achevée. Un recueil de nouvelles – très courtes -, surprenant, car Guéorgui Gospodinov n’est jamais avare de mots pour dire les maux, les pensées, les émotions, les émois, les doutes… Certes, l’exercice n’est pas nouveau pour lui puisque « L’Alphabet des femmes » prenait déjà cette forme.

La mélodie de nos corps renferme une partie de notre mémoire intime.

Tous nos corps – Gospodinov © Intervalles – 2020

Mémoire cutanée, souvenirs de la peau qui frôle, touche, percute mais aussi frissonne, tressaute, s’électrise.

Une peau… notre peau qui réagit au chaud, au froid, à la peur, à un son, une vibration, un cri. La peau qui – quand on l’exhibe – fait que l’on se montre nus. Cette peau qui nous habille tout entier et nous permet d’entendre, à sa manière, notre environnement. Notre peau interagit, avec son langage, et nous amène à prendre instinctivement certaines décisions. Cette peau qui embelli nos gestes, qui contient nos innés et nos acquis. Peau carapace, peau douce, peau rempart… peau blanche, hâlée, rougie, moite, transpirante, sensuelle… Contact.

« Nous sommes constamment dans l’enfance de quelqu’un, d’abord dans la nôtre, puis dans celle de nos enfants. Dans notre vieillesse, nous y sommes de nouveau et pour la dernière fois encore dans la nôtre. Notre corps se révèle être charitable par nature. Un peu d’amnésie en guise d’anesthésie à la fin. La mémoire, qui nous quitte, nous laisse jouer pour la dernière fois dans les champs éternels de l’enfance. Quelques minutes quémandées, allez, encore cinq, comme naguère, devant la maison. Avant qu’on ne nous appelle pour la dernière fois. »

Entre souvenirs, écrits poétiques, anecdotes absurdes et réflexions métaphysiques, Guéorgui Gospodinov nous balade d’une nouvelle à l’autre, entre une vie et une autre ; tantôt la sienne, celle d’un proche ou d’un badaud. Le fil de l’émotion corporelle est le fil conducteur de l’ouvrage. On le retrouve dans la majeure partie des textes mais il est parfois absent de certains.

« Avec le temps, tu comprends que la seule chose que tu puisses faire est de consoler. Avant que ma grand-mère nous quitte, déjà toute fondue, elle enserrait ma main et disait, incroyable, j’ai encore envie de vivre, demain je vais traire la chèvre pour boire un peu de lait. La chèvre était morte depuis vingt ans et cela faisait six mois que ma grand-mère ne s’était pas levée… Lorsque j’étais petit et que j’avais peur de m’endormir dans le noir, je tendais le bras de mon lit, elle tendait le bras du sien, la chambre étant étroite et ce pont chassait ma peur. C’était comme si nous nous raccompagnions jusqu’à un certain endroit, main dans la main, jusqu’à ce que l’on dépasse ce qui était effrayant, ensuite elle me lâchait dans le sommeil. Maintenant, je ne pouvais que lui rendre ce geste. Dans le sommeil et dans la mort, chacun entre seul, mais jusqu’à la porte, il est bon d’être avec quelqu’un. »

Scènes de vie du quotidien, tranches de solitudes, de joies, de peines… de moments-charnières qui nous font prendre notre envol… sortes de virages dans nos vies qui nous mènent parfois vers de grandes artères dégagées, parfois dans des impasses. Instants de lâcher-prise, de contemplation pure ou d’effroyables prises de conscience. Les mots du romancier, merveilleusement traduits par Marie Vrinat-Nikolov, nous régalent de métaphores nouvelles et originales. Je ne suis pas loin d’avoir un engouement similaire à celui que j’avais eu, par le passé, pour « L’Alphabet des Femmes ».

Absurdes, concrets, loufoques, réfléchis, banals… « Tous nos corps » regroupent ces instants attrapés au vol et couchés sur papier. Ces pensées que l’on découvre là sur papier blanc se seraient certainement perdues dans les méandres de la mémoire si Guéorgui Gospodinov n’avait pris le temps de les consigner.

Autres romans de Guéorgui Gospodinov présents sur ce site : L’Alphabet des Femmes, Physique de la Mélancolie, Un Roman naturel.

Tous nos corps (Roman)

Editeur : Intervalles

Auteur : Guéorgui GOSPODINOV

Traduction : Marie VRINAT-NIKOLOV

Dépôt légal : novembre 2020 / 152 pages / 14 euros

ISBN : 978-2-36956-096-8

Kingdom of Knowledge, tome 2 (Oda)

Oda © Kana – 2020

Le tome 2 débute directement sur la bataille sanglante qui allait avoir lieu a la fin du tome 1, c’est-à-dire entre East Garden et Le Saint-Empire Ténéfania (East Garden étant le lieu où Fei a trouvé refuge et Le Saint-Empire Ténéfania est le lieu d’où Fei s’est enfui et où ses amis et sa famille sont morts).

La bataille commence par l’attaque des Gobelins, suivie de celles des soldats du Saint-Empire. Il y a beaucoup d’événements importants durant la bataille et plus généralement, tout au long de ce tome. Un important retournement de situation va avoir lieu.

Le début de ce tome est vraiment dans la continuité du tome 1. Je trouve que c’est un bon second tome bourré d’action. Dans l’album, il y a une alternance entre le calme et l’action. Par contre, évitez de le mettre entre les mains d’un enfant ou de quelqu’un qui n’a pas l’habitude des scènes violentes.

Dans ce tome de nombreux personnages secondaires sont mis en place. La lecture est agréable, on voit de nouveaux décors (nouvelles régions) et de nouveaux peuples. Ça nous permet de mieux connaître le monde dans lequel l’histoire se déroule.

Ce tome donne vraiment envie de lire à suite. Quasiment tous les détails inconnus (juste abordés rapidement) vus dans le tome 1 ont été élucidé ; certains restent flous et d’autres viennent s’ajouter, cela met un peu de suspense. La fin brutale de ce tome m’a donné envie de lire la suite !

Auteur et dessinateur : Serina Oda

Éditeur : Kana

Dépôt légal : 27 novembre 2020

ISBN : 9782505085171

Prix : 7,45 / 226 pages