Lydie (Zidrou & Lafebre)

Zidrou – Lafebre © Dargaud – 2010
Zidrou – Lafebre © Dargaud – 2010

Marron. Premières pages. Des bonjours dans la rue. Gestes légers, sourires aux coins des lèvres. Il pleut, du moins la route est humide. La rue est presque déserte. Il entre dans une maison, « Impasse du bébé à moustaches ».

Vert. La statuette de la Vierge veille sur les badauds, bienveillante, sans jugements, généreuse.

Rouge, blanc. L’accouchement. Lydie arrive. Camille – sa mère – est épuisée.

Marron. Au bistrot du coin, les langues se délient, les ragots vont bon train. A grands coups de méchanceté et de superstitions, la mère de Lydie est moquée pour sa simplicité d’esprit.

Violet. Lydie est là. Son corps repose dans son berceau pour la première fois… « C… comme elle est jolie ! ».

Jaune. La petite boîte est prête. Prête à emmener Lydie vers sa dernière demeure. Tout le monde accepte de regarder la vérité en face. Aussi cruelle soit-elle. Lydie est un enfant mort-né. Mais sa mère refuse de l’admettre. « C’est incroyable la quantité de larmes qu’il peut y avoir dans une seule personne ».

La couleur. C’est elle qui m’a marqué en entrant dans l’album et elle n’a eu de cesse de m’interpeller pendant toute la lecture. Les pages vont par deux ou trois, elles s’allient à une couleur dominante pour accompagner au mieux un sentiment, une réaction… moments éphémères mais marquants. Le temps d’un instant on se pose, profitant ainsi d’une ambiance, d’un son, d’une respiration… puis on passe au duo (ou au trio) de pages suivant. Les teintes sont soutenues, il n’y a aucune place pour le blanc excepté dans l’interstice qui sépare les cases. Pour autant, l’ambiance graphique reste délicate ; elle n’est ni oppressante ni capiteuse, une compagne parfaite pour le lecteur qui profite ainsi de la particularité de chaque instant, sans avoir à supporter la moindre fausse note.

Le travail d’illustration de Jordi Lafebre porte parfaitement les propos de Zidrou, on plonge. J’ai réellement apprécié la manière dont les émotions sont portées dans cet ouvrage aux nombreux temps forts.

J’ai ressenti de l’empathie pour le personnage de Camille (la jeune maman). Un regard tendre est posé sur son handicap comme sur la manière dont elle exprime sa souffrance. Quant aux interventions des personnages secondaires, elles balayent un large panel des attitudes que l’on peut avoir à l’égard d’un individu handicapé ; on passe ainsi du rejet à la bienveillance, sans oublier la condescendance. Quoi qu’il en soit, le scénario de Zidrou s’aventure hors des sentiers battus et décale un peu les choses dans sa façon d’aborder la question du handicap. Certes, ce dernier est effleuré, n’escomptez pas y trouver de grandes théories en la matière, tout juste un personnage qui semblera fantaisiste et animé d’une douce folie. On est tout de même face à un handicap assez léger… une légère déficience. En cela, j’aurais tendance à rapprocher cet ouvrage d’Exauce-nous de Bihel & Makyo (© Futuropolis, 2008) pour plusieurs raisons : présence d’une grande humanité, approche doucereuse du sujet, élan de générosité induit par la « différence » et enfin, un récit qui s’affranchit de tout discours moralisateur ; on ne colle pas d’étiquettes ici, on ne généralise pas de façon maladroite… on se laisse porter par la magie de l’instant. « On plonge » [vous disais-je plus haut] dans cette fiction au point d’habiter, à notre tour, cette « Impasse du bébé à moustaches » et de croire à l’impossible.

PictoOKPictoOKZidrou ! Enfin je découvre et j’imagine Noukette derrière son écran… souriante (pas vous ?).

Il y a juste à se laisser porter par l’histoire. Aucun effort à faire en somme, juste à profiter de cet instant de lecture.

Le duo d’auteurs s’est reformé l’année dernière et développe en ce moment La Mondaine. Dire que je suis tentée est un doux euphémisme.

La chronique de Stephie.

Extraits :

« – Et moi, je dis que ce n’est pas bien de laisser croire à cette fille que son enfant est vivant.
– On te laisse bien croire que ta conversation est intéressante !…
– Faut pas jouer avec les morts, c’est tout ce que je dis, moi. Sinon ils viennent vous tirer par les pieds !
– Avec ce qu’ils puent, tes pieds, toi, tu risques rien ! » (Lydie).

Lydie

One shot

Editeur : Dargaud

Collection : Long Courrier

Dessinateur : Jordi LAFEBRE

Scénariste : ZIDROU

Dépôt légal : avril 2010

ISBN : 9782505008088

Bulles bulles bulles…

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Lydie – Zidrou – Lafebre © Dargaud – 2010

40 commentaires sur « Lydie (Zidrou & Lafebre) »

  1. Ahhhh … que j’ai pu aimer cette BD ! Ma première rencontre avec Zidrou moi aussi !
    Quel magnifique billet que tu nous ponds là ! Tu ressors tout ce qui fait de cet album une oeuvre admirable 🙂

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    1. L’impression d’être sur un petit nuage pendant la lecture. Je me suis laissée complètement aller. Cela faisait longtemps que je n’avais pas autant profité.
      Il me faut un autre Zidrou maintenant ^^

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    1. Merci ! J’arrive largement après la bataille sur ce titre mais ne sait-on jamais… s’il y a encore une personne qui ne l’a pas lu, j’aimerais bien lui donner envie de découvrir cet album 🙂

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    1. Oui oui. Ce qui est bien, c’est qu’il y a un vaste choix. Ce qui est marrant, c’est que je n’ai noté aucun titre mais que j’en ai un bon nombre en tête. La faute à qui… je me le demande bien 🙂
      Merci en tout cas 😀

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  2. Oserais-je avoué que je suis passé à coté de cet album ? Je n’ai même pas fait de billet. Impossible de croire à cette histoire, tout simplement. C’est malheureux quand j’y pense…

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    1. Je serais muette comme une carpe et n’irais pas dire à Noukette ce que tu viens de dire… J’ai peur qu’elle enclenche des représailles ensuite… 😀

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    2. C’est très intéressant ce que tu dis Jérôme car je n’aurais pas dû croire cette histoire non plus, et pourtant…

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    1. J’ai fait ma fainéante pour la recherche de liens. J’avoue ^^
      Mais comme le tien me tombe tout cru dans le bec… il va glisser juste après celui de la-Noukette-adorée 😀

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  3. C’est ma copine qui me l’avait mis entre les mains, on n’avais pas dû le voir beaucoup sur les blogs alors parce que, bouh, quelle excellente surprise ce fut. Et pour une fois, je trouve que les dessins sont aussi beaux que l’histoire (je dis pour une fois car Chabouté par exemple peut me transporter par ses histoires mais je ne suis pas fan des dessins).

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    1. (moi c’est Davodeau pour qui les dessins ne m’emballent pas toujours mais niveau scénario, j’ai rarement quelque chose à critiquer ;))
      J’avais cette appréhension justement : à force de lire des billets tous plus enjoués les uns que les autres, je craignais d’avoir des attentes démesurées et de sortir déçue de la lecture.
      Satisfaite je suis 😀

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  4. J’hésitais à lire cette BD, mais elle m’a sauté dessus à la médiathèque, j’y ai vu un signe ;-). Je l’ai ouverte ce matin, je le picore en parallèle de mon roman. Je te reviens dès que je l’ai finie.

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    1. J’ai trouvé cet album très touchant. Surprise par le dénouement, je ne pensais pas que les auteurs oseraient conclure de la sorte (j’y avais pensé mais cela me semblait « casse-gueule »). Et puis ils l’ont fait et ils l’ont très bien fait !

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      1. Finie ! J’ai publié mon avis si ça te dit ;-).
        Pareil pour la fin, je me suis demandée si les auteurs iraient jusqu’au bout ! Merci de toutes ces découvertes que je fais grâce à ton blog !!!

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        1. tout le plaisir est pour moi Kidae. Le fait de se faire découvrir mutuellement des ouvrages est vraiment un régal 😉
          Je viens te lire dans la journée 😉

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