Saveur Coco (Dillies)

Dillies © Dargaud – 2013
Dillies © Dargaud – 2013

« Il était une fois dans un pays fort proche du soleil, une bien modeste construction sans toit. Et dessus, Jiři et Pôlka contemplant, de leurs quatre yeux grands ouverts, l’immense et aride désert de sable à l’horizon vaporeux… »

Jiři et Pôlka sont des amis inséparables. Installés au beau milieu du désert et las d’attendre en vain une dépression climatique qui ne vient pas, les amis décident de partir en quête d’un nuage. « Allons droit devant ! » décide Pôlka. Et les voilà tous deux partis dans le grand désert, bien décidés à trouver un endroit où il fait bon vivre… et où il pleut !

Durant leur voyage, ils rencontreront entre autre un poisson volant, une noix de coco, une porte à laquelle frappe un livreur, un escargot, un pirate en montgolfière, un cirque… et qu’en plus de vouloir trouver de l’eau, nos amis caressent l’espoir de trouver un marteau…

Le papa d’Abélard (de la série éponyme), de Charlie (Bulles & nacelle) et de Rice (Betty blues) revient pour notre plus grand bonheur. Notre plus grand bonheur ? Oui, car hormis la difficulté faire un résumé de cet album, il est rare de trouver des histoires qui proposent autant de poésie.

Une nouvelle fois, Renaud Dillies nous fait découvrir un monde anthropomorphe grâce à un duo original composé d’une cigogne (Jiři) et d’un renard (Pôlka). Les deux compères font si bien la paire qu’au départ, il est difficile de les dissocier. Et peu à peu, la magie opère. Je les ai trouvé touchants ; il faut dire que leurs bouilles peut difficilement laisser de marbre. Je les ai trouvé drôles à s’accrocher à cette quête improbable… il faut dire que je les imaginais en train d’essayer d’attraper un nuage pour le ramener au-dessus de leur maison. Leurs traits de caractères aussi, très marqués, se complètent à merveille. D’un côté, Pôlka semble avoir la tête bien vissée sur les épaules tandis que de l’autre, Jiři est un rêveur qui compose de douces mélopées sur sa cithare pour se remettre d’un coup dur. A chaque passage où la musique envahissait l’espace, j’ai eu une douce pensée pour les autres personnages de Dillies que j’ai tant aimé car eux aussi utilisaient la musique pour faire passer les moments de déprime.

En tout cas, c’est ainsi qu’ils se présentent au début de leur quête. Et vu qu’il n’est pas facile de trouver de l’eau en plein désert, leur voyage va les emmener loin de chez eux sur une route parsemée de rebondissements. Grâce à cela nous (lecteurs) aurons maintes occasions d’être surpris par ces personnages touchants et la manière dont ils vont se sortir de chaque situation. De quoi inciter Pôlka à relativiser un peu… et Jiři à être moins tête en l’air.

Saveur Coco m’a plusieurs fois fait penser à Philémon (une série de Fred). En effet, d’un côté comme de l’autre, le récit nous plonge au cœur d’un univers absurde et décalé, où l’auteur joue en permanence avec les mots et s’amuse des quiproquos ainsi créés. Deux univers où la poésie remplit chaque particule d’oxygène et chaque recoin de case.

Les couleurs pétillent et nous emportent facilement dans ce monde imaginaire qui m’a fait penser au Mexique et, par association d’idées, à sa chaleur, au désert et à quelques clichés ancrés dans ma mémoire. Difficile pour moi de passer outre cette référence, ne serait-ce parce que Jiři est en permanence coiffé d’un énorme sombrero et vêtu d’un pancho. Chaque page nous laisse la possibilité de profiter d’une nouvelle trouvaille graphique, que ce soit dans la disposition des cases, la décoration des banderoles qui contiennent la voix-off ou les gros plans façon portrait sur l’un ou l’autre de nos deux héros. Renaud Dillies a été attentif au moindre détail visuel, un vrai travail d’orfèvre !

PictoOKTout ici est beau, magique, poétique, touchant, troublant. On se questionne, on s’amuse, on contemple.

Oui mais voilà… je n’ai rien compris à la morale de cette histoire ce qui m’a laissé la désagréable impression d’avoir parcouru une aventure sans queue ni tête. Je sors malgré tout satisfaite de cette lecture avec laquelle j’ai passé un bon moment… allez comprendre !

Les chroniques de Moka, Jérôme, Marion, Noukette, Livresse, Yvan et PaKa.

Une lecture que je partage avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

Logo BD Mango Noir

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Aliment : coco

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Saveur Coco

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : Renaud DILLIES

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-5050-1791-2

Bulles bulles bulles…

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Saveur Coco – Dillies © Dargaud – 2013

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

43 réflexions sur « Saveur Coco (Dillies) »

    1. C’est superbe oui. J’ai vraiment savouré le voyage graphique. Après, même si je suis dubitative sur l’histoire en elle-même, je pense que cette lecture me marquera. Il faut voir avec le temps si le ressenti évolue

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  1. On s’en fiche de ne pas tout comprendre puisque c’est de l’absurde^^ Il suffit de se laisser prendre par la main, mener par le bout du nez et apprécier cet univers graphique unique. Tu as raison de faire le rapport avec Philémon où l’on ne comprend pas non plus toujours où Fred veut nous emmener (et tu me rappelles par la même occasion que je dois un jour ou l’autre faire un billet sur cette série redécouverte grâce à toi).

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    1. Et bien non on ne s’en fiche pas. Et puisque tu parles de Philémon, je reviens sur la question puisque je n’ai pas du tout eu ce sentiment d’inachevé avec Philémon. Il y a toujours un début et une fin avec sa morale que l’on s’approprie certainement différemment d’un lecteur à l’autre. Entre les deux, le voyage est semé d’embuches, on croise beaucoup de choses absurdes, mais on avance et je me suis mieux approprié l’univers. Ici, j’ai savouré la beauté des dessins, rit à de nombreux passages mais au final j’ai envie de dire : « tout ça pour ça ???!!Et ils deviennent quoi ??????!!  » 🙂

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  2. Oh, le découpage à l’air d’aller en s’améliorant chez Dillies. C’est bien ! (il avait déjà abandonné un peu le gaufrier sur Abélard, mais là il y a une réelle volonté de s’essayer à autre chose d’après les images que tu montres).

    Du point de vue de l’histoire il semble toujours y avoir cette volonté de « duo » et de « quête vers un monde meilleur », « d’amitié » aussi. Le thème est plutôt récurrent.

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    1. Le découpage est très opérant et réellement agréable. J’ai été surprise et j’ai vraiment savouré d’un bout à l’autre. Une composition très ludique et originale. Comme tu le vois, je n’ai pas envie d’être avare sur le travail graphique.
      Et effectivement, il y a un fil conducteur d’un album à l’autre : le duo auquel tu fais référence, la musique également et la poésie (incontournable)

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  3. Mouais… Bon je n’ai pas lu alors je ne peux pas en dire grand chose sauf que j’ai encore la désagréable impression que Renaud Dillies a du mal à se renouveler. Franchement, le voyage, la musique, la déprime, le naïf qui part à l’aventure, l’amitié ce sont les thèmes de TOUS ses albums.
    J’ai beaucoup aimé Betty Blues et Mélodie au crépuscule en leur temps mais depuis, j’avoue que relire plus ou moins la même histoire, ça me fatigue un peu. Et j’inclue Abélard dedans.

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    1. On s’en moque, c’est beauuuuu !! Vraiment, la lecture fait voyager ! ^^
      (bon, me demande pourquoi quand tu commentes, 2 fois sur 3 ça part dans les indésirables :evil:)

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    2. Yep David, c’est ce que je remarquais en substance dans mon précédent message. C’est toujours le même thème.
      La seule nuance dans la bibliographie de Dillies était « Bulle & nacelles », qui parlait du manque d’inspiration, c’est dire…

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        1. Moi pas encore. Mais je me laisserai bien tenter éventuellement.
          Surtout parce que c’est toujours aussi beau et puis parce que le découpage me semble franchement plus travaillé que sur ses précédents albums.
          Après, en effet, j’ai cette impression qu’on tourne toujours autour des mêmes sujets avec Renaud Dillies.

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          1. Mmh… je sais pas. Je ne ressens pas ça comme ça ^^ Pas l’impression qu’il tourne en rond. Abélard est différent de Betty blues. Saveur coco apporte encore autre chose. Même si musique, amis, quete, poésie toussa… ça me plait pour le moment ^^

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        2. Non, comme je l’ai dit plus haut, je ne l’ai pas lu. Donc je m’abstiens de faire un commentaire sur l’œuvre même. Je dresse juste un constat sur les albums que j’ai lues de cet auteur. Franchement, je trouve son graphisme très beau mais vraiment, il tourne en rond en matière de scénario.

          En même temps, je me souviens d’une fois où, dans un de nos fameux débats, tu m’avais dit que les auteurs qui se répétaient tout le temps, ça te fatiguait… Je ne sais plus quel auteur c’était ni quel album
          Ok maintenant on comprend pourquoi je suis dans les indésirables 🙂

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          1. Oui oui, bien compris que tu ne l’avais pas lu ^^ En fait, en vous demandant si vous l’aviez acheté, ça me permettait de savoir si vous alliez bientôt lire l’album. Voilà voilà 🙄
            Et je me rappelle bien d’un débat comme ça mais, je me verrais plutôt tenir ce genre de propos pour un Delisle ou pour… voyons si j’ose… un Arleston ?? 😀 non parce que là, la trame narrative et la manière de dérouler les choses est un peu tout le temps la même. Ici, je n’ai pas eu la même impression. Qu’il y ait des thèmes récurrents : oui. Mais c’est un beau voyage parsemé de jolies trouvailles graphiques. Je ne vais pas défendre l’album bec et ongle (je rappelle que je reste un peu sur ma faim [fin^^]) mais voilà, j’ai eu plaisir à retrouver des choss que j’aime : les notes qui s’envolent, des bouilles à croquer, un humour tout en finesse… 😉

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            1. Je sens que je vais devoir me fendre d’une chronique humeur sur le pourquoi je trouve que Dillies se répète 🙂
              Et non, non, ce n’était pas pour ce genre d’album. C’était un truc que j’avais aimé donc ça m’étonnerait que ce soit un Arleston (sauf Lanfeust de Troy…). Ne détourne pas la conversation quand je te mets face à tes paradoxes stp 😉

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            2. 😆
              Laisses-donc mes paradoxes tranquilles ^^
              bon alors, pour faire constructif, je dirais Rabagliati et ses Paul (Zzzz Rrrr… ronfle ronfle ^^) mais il y avait aussi sur des Squarzo. Je ne vois rien d’autre pour le moment, je crois en plus qu’on était assez d’accord sur Squarzoni (notamment par rapport à son utilisation de l’imagerie collective). Je vais tenter de réfléchir à tout cela aussi ^^ Je viens de terminer un album de Nadja dans lequel j’ai trouvé tout ce que je venais y chercher… alors ça me complique la réflexion quant à la question de la répétition ^^

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            3. Bah, ce n’est pas possible pour les Paul. Tu n’en a lu qu’un seul… et je reste dans l’idée que tu passes à côté de quelque chose sur la série des Paul. Mais bon, avant que je réussisse à te convaincre, j’aurais des arrières petits enfants ^^
              Raaaah, c’est agaçant ça de ne plus se souvenir 🙂

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            4. Pas faux pour les Paul. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot sur cette série. Je compte bien y revenir… je laisse juste un peu d’eau couler sous les ponts ^^

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            5. Bon voilà, je l’ai acheté donc je te donnerai mon avis.
              En tout cas c’est très beau et avec un découpage très intéressant.

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  4. C’est amusant, tu as aimé alors qu’au final, tu n’as pas compris grand chose. C’est vrai que ça arrive, on ne comprend rien mais c’est aussi ce qui est beau dans le magique et le poétique. C’est fait pour toucher, et l’intellect passe au second plan. Ce que tu dis me parle en tout cas, j’ai envie de tenter 🙂

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    1. Oui mais je n’ai pas mâché mon plaisir à lire cet album ^^ Il y a quelques « flops » sur certains passages mais rien de bien méchants.
      Par contre, même si j’aime quand les fins sont ouvertes… Pour le coup, la fin de Saveur Coco est trop ouverte à mon gout. On est arrêté net, pourquoi là et pas avant ? Pourquoi ne rien expliquer du tout. J’ai du mal à comprendre ça. Et ce qui m’énerve, c’est que je sais que c’est un one shot mais je ne peux pas m’empecher de penser qu’il y aura forcément un tome 2 dans 5 ou 10 ans ^^
      Enfin voilà… la fin ne me plait pas du tout 🙂

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    1. Un bémol au milieu de beaucoup de satisfaction. Assez étrange je l’avoue.
      J’avais découvert l’auteur avec « Abélard »… un diptyque qui reste un must – pour moi – dans ce qu’il a produit jusqu’à présent.

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  5. C’est marrant, je t’avoue que je n’ai pas cherché une seule seconde à savoir s’il y avait une morale à cette histoire, pourquoi devrait-il y en avoir une d’ailleurs…? Je me suis contentée d’admirer, j’ai énormément souri et véritablement jubilé devant certaines répliques ! Ça m’a suffit ! 😉

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    1. 😆
      Vous avez peut-être raison Jérôme et toi. Mais… j’ai du mal à me résoudre à l’idée qu’il n’y ait rien à tirer de cette aventure (une petite morale, une petite chute qui permet de boucler la boucle… quelque chose dans le genre :D))
      Mais j’ai aimé ! 😛

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  6. Tant d’intéressantes discussions semblent me prouver encore davantage la vitalité de l’œuvre et donc me pousser à la lire, même si pour ma part les fins ouvertes me déçoivent toujours.

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  7. Je comprends ton sentiment vis à vis de l’histoire. Mais pour moi ça a fait son petit effet, toute cette débauche d’absurdité. Ravie, que tu aimes quand même 🙂

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