Adieu Midori (Q-Ta)

Adieu Midori
Q-ta © Casterman – 2006

Yuko est une jeune japonaise de 20 ans. Elle travaille dans une fabrique de jouets et ses maigres revenus lui permettent tout juste de se payer un logement. De temps en temps, Yutaka se glisse dans son lit le temps d’une nuit ou de deux jours. Deux amants qui n’osent rien se promettre, Yuko ne sait d’ailleurs pas se positionner face à leur relation. Elle aimerait pourtant trouver un compagnon stable.

« Ce que t’es pauvre ! (…) Tu pourrais être hôtesse ou entraineuse pour gagner du fric. C’est plus facile pour vous, les femmes, de se faire du fric »

Les paroles de Yutaka ne la ménagent pas. Il parvient cependant à lui faire accepter l’idée de prendre un poste d’hôtesse de bar, un travail de nuit qui complèterait ainsi son salaire. Yuko se braque puis accepte. C’est le début d’une double vie, entre son travail diurne et son activité nocturne. Un rythme épuisant sur lequel s’ajoute l’ambiguïté de ses sentiments à l’égard du jeune homme.

En un an, j’ai découvert Kiriko Nananan (j’ai essayé de parler ici de Blue et d’Everyday, je ne suis pas parvenue à le faire pour Amours blessantes que je n’avais pas aimé) et Kyôko Okasaki (Pink). Dans cette lignée de femmes mangakas, quelques noms d’auteurs ne me sont pas encore familiers. Jusqu’à présent, c’était le cas pour Minami Q-Ta.

La petite culture manga dont je dispose me fait naïvement faire le parallèle entre Pink, Everyday et Adieu Midori pour des raisons simples : les récits sont centrés sur des héroïnes qui font commerce de leurs corps pour augmenter leur train de vie. Quand Yuko (Adieu Modori) y trouve peu de plaisir et de bénéfices directs, trop chahutée par sa grande timidité et son manque de confiance en elle, Yumi (Pink) est totalement aux antipodes : plaisir non dissimulé vis-à-vis de ce choix de vie (cette activité lui permet de satisfaire sa coquetterie et ses caprices vestimentaires, culinaires…), absence de tabous (se dévetir et assouvir les fantasmes de ses clients n’est pas une chose honteuse en soi). Entre les deux, il y a Tsuchida (Everyday) qui partage une sorte de culpabilité à recourir à ce type de gagne-pain tout en y trouvant plaisir (qu’elle n’avouera pas) à mettre son corps en valeur. Ce qui est intéressant, au final, c’est d’avoir eu accès à ces trois récits, trois regards croisés sur une même réalité sociale japonaise. Ces regards se complètent et permettent de voir comment ces femmes « gèrent » le recours à la prostitution chic (car aucune ne fait le trottoir, ce n’est pas un travail alimentaire mais un travail « de confort », les hôtels qu’elles fréquentent sont généralement luxueux et leurs clients ont des portefeuilles bien garnis) ainsi que les bénéfices qu’elles en tirent (vestimentaires etc).

Trois récits qui donnent également au compagnon une place différente, partagés entre l’envie de se faire entretenir et la culpabilité de profiter de cette situation. Tous n’ont pas la même difficulté/facilité de « partager » sa compagne.

Le trait de Q-ta sera peut être moins précis, moins léché que ne l’est celui de Kiriko Nananan, moins expressif que celui de Kyôko Okasaki pourtant, il accentue la fragilité de ses personnages, les rend plus accessibles même si j’ai eu du mal me sentir concernée et ressentir de l’empathie.

La manière dont ce récit nous accueille nous intrigue. On chasse vite du revers de la main le côté imbu du jeune homme, on observe l’héroïne blessée dans son amour propre, elle nous touche. Tous deux se sont mis à l’abri des sentiments, pas par peur d’aimer mais par peur de souffrir si la relation doit s’achever. Ils s’aiment à leur manière, ce qui ne satisfait pas le vide affectif qu’ils tentent combler l’un et l’autre.

Le scénario est, je trouve, habilement mené. Bien qu’il soit lent, il ne m’a pas déplu. L’ambiance est un peu cotonneuse, on oscille autant que les personnages entre le confort et l’inconfort. Avec finesse et pudeur, l’auteure campe ici une atmosphère qui sera en permanence sur le fil, entre la mélancolie de Kiriko Nananan et la fougue de Kyôko Okasaki.

PictoOKJ’ai aimé. Ce n’est pas non plus la grande allégresse quant à cette lecture mais je garderais un souvenir agréable de ce joseï. Sa lecture est tombée à une période propice pour le découvrir.

Les avis : Manga news, JB, BDGest.

Adieu Midori

One Shot

Éditeur : Casterman

Collection : Sakka

Dessinateur / Scénariste : Minami Q-TA

Dépôt légal : avril 2006

ISBN : 2-203-37344-X

Bulles bulles bulles…

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Adieu Midori – Q-Ta © Casterman – 2006

5 commentaires sur « Adieu Midori (Q-Ta) »

    1. Je découvre aussi tout doucement ^^ Mais cela me convient plus que les shojo et shonen
      Étrange cette banalisation de la prostitution en tout cas

      J'aime

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