Minuscule, tome 1 (Kashiki)

Kashiki © Komikku – 2015
Kashiki © Komikku – 2015

Hakumei et Mikochi ne mesurent que 9 centimètres mais elles sont débrouillardes. Elles vivent dans la forêt, s’entraident, entretiennent la maison, vont au marché… Elles vivent ensemble et se complètent à merveille. Mikochi est travailleuse, réfléchie, réservée, c’est une parfaite femme d’intérieur. Quant à Hakumei, elle est rêveuse, capricieuse, éternellement optimiste, bricoleuse, joyeuse et expansive. Que dire d’autre si ce n’est qu’elles habitent dans une minuscule maison nichée dans le tronc d’un arbre et qu’elles vivent des aventures extravagantes.

Une nouveauté ! Chouette ! Cela faisait longtemps !! Sauf que celle-ci n’était pas prévue au bataillon et pour cause… je m’informe peu ou prou de l’actualité manga. Cependant, cet album-là a la particularité d’avoir fleuri dans ma boîte aux lettres sans que j’en sois préalablement informée… le genre d’initiative spontanée de la part de certains professionnels du livre qui m’exaspèrent bien que cela puisse être une occasion de découvrir un titre auquel on n’aurait pas prêté attention en temps normal. Ça passe ou ça casse et, en l’occurrence, ça casse.

Présenté comme un seinen qui plaira à toute la famille, je vais déjà commencer par remettre les choses à leur place et dire que cela peut éventuellement intéresser un jeune lectorat. De là à dire que ces aventures naïves sont susceptibles de plaire à un large public adulte, il y a leurre sur la marchandise. « L’événement manga 2015 » ? N’abusons pas.

Admettons tout de même que l’entrée en matière est bien faite. Sur les premières pages, les angles de vues et perspectives employés sont tels qu’on ne remarque pas de suite que nous sommes en présence de lilliputiennes. C’est lorsqu’une sauterelle livreuse de journaux fait son apparition que le lecteur perçoit que ces personnages sont minuscules.

Le point fort de cet album tient certainement à son graphisme. Le trait est d’une finesse incroyable. Tout est précis, minutieux et détaillé. Il y a là quelque chose d’une préciosité fragile qui nous permet de mesurer à chaque instant que, compte tenu de leur taille, ces êtres sont à la merci du moindre coup de vent. Ce petit duo évolue dans un environnement à la hauteur de leur taille et si leur maison est isolée de tout, il semble que la première ville soit accessible assez facilement. Elles y feront leur marché et retrouveront leurs nombreux amis. L’univers est agréable, teint de magie, de féérie et d’une solidarité excessive entre les individus. De fait, la naïveté des personnages est relative car tous semblent ici mus par de bons sentiments et on ne perçoit pas ce qui pourrait venir mettre un grain de sable dans cette communauté où chacun vit en harmonie avec son environnement. Qui plus est, on est en présence d’une jolie fable écolo. Rien ici ne vient polluer ou détruire la nature et même les divinités s’invitent à la fête du village lorsqu’elles entendent les voix enchanteresses des participantes au grand concours annuel de chant. Une question me taraude pourtant : comment expliquer que la gente masculine soit aussi peu représentée ?

Le scénario de Takuto Kashiki construit donc un univers enchanteur, riche en mythes et légendes. Nos deux héroïnes sont attachantes à souhait bien que leurs traits de caractères soient poussés à l’extrême (tout est blanc ou noir mais il ne semble pas y avoir tellement de phases intermédiaires possibles). De même, on n’a rarement vus personnages aussi différents tant au niveau de leurs caractères respectifs que de leurs compétences. L’humour est potache et ces deux lilliputiennes un peu potiches (mais pas que sur les bords). On se demande par quelle coup du sort elles ont été amenées à se rencontrer.

L’album en lui-même se découpe en 8 chapitres qui développent tour à tour différentes anecdotes. Rien ne semble relier ces bouts d’existence entre eux si ce n’est la présence de nos amies Hakumei et Mikochi. L’ouvrage s’apparenterait donc plus à un recueil de nouvelles cependant, pointons du fait que nous sommes en présence d’un tome 1 et qu’il n’y a là rien de figé dans ce que je peux dire. Le tome 2 pourrait parfaitement proposer une histoire complète vu la cohérence de l’univers développé. Le scénariste a une réelle aisance à intégrer de nouveaux éléments, à s’approprier un rebondissement et à continuer, l’air de rien, à raconter les aventures de ces minuscules petits bouts de femmes

Mais le beau dessin et l’imagination sans borne de son auteur ne suffisent pas à accrocher le lecteur qui bute à la fois sur la lecture de certaines illustrations (on perçoit mal comment, au vu de la case précédente, notre personnage s’est retrouvé dans telle ou telle posture) et on regrette le manque criant de transitions narratives. Les récits passent parfois du coq à l’âne en l’espace d’une case. On ne fait pas le lien entre les tenants et les aboutissants et on regrette amèrement de ne pas profiter de l’humour latent que l’on perçoit pourtant dans le propos. La mayonnaise prend ponctuellement mais l’effet de surprise et/ou d’engouement retombe comme un soufflé.

pictobofJe regrette donc que la succession que tous ces petits tableaux – vivants et sublimes – nous laisse en permanence au seuil de ce monde. Le lecteur se retrouve en position de simple spectateur passif d’aventurettes qui se succèdent les unes aux autres sans que rien ne soit à y attraper, sans que l’on ait rien à en retenir, sans même nous donner l’envie de réfléchir à la place des superstitions, des rituels, de l’amitié, du travail… dans notre quotidien de lecteur.

Manque de fluidité dans le scénario, manque de lisibilité dans le dessin. Manque d’intérêt du lecteur. C’était Mo’ pour la chronique du lundi. Je rends le micro. A vous les studios…

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Taille : minuscule

PetitBac2015

Minuscule

Tome 1

Série en cours

Editeur : Komikku

Dessinateur / Scénariste : Takuto KASHIKI

Dépôt légal : février 2015

ISBN : 978-2-372-87004-7

Bulles bulles bulles…

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Minuscule, tome 1 – Kashiki © Komikku – 2015

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7 commentaires sur « Minuscule, tome 1 (Kashiki) »

  1. Il m’intriguait. Je l’ai feuilleté la semaine dernière et le manque de lisibilité du dessin m’a sauté au yeux. Du coup je l’ai reposé 😉

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    1. Je ne le conseille pas en tout cas. J’essaye d’y mettre mon fils (l’aîné) ; je voudrais le lire avec lui, du moins le début, pour avoir une meilleure idée de la manière dont un enfant peut s’en saisir mais… n’ayant pas très envie de le relire, je n’insiste pas plus que ça ^^

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  2. vu le graphisme et le pitch, j’étais persuadé que c’était un kodomo ou au pire du shonen…
    Le titre ne m’a à priori pas attiré, je trouve le dessin mignon mais trop chargé et l’histoire ne me faisait pas envie. Au vue de ta chronique je me dis que j’ai bien fait de passer à côté. Au même temps… ça m’intrigue 🙂

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    1. Il y a des choses qui sont bien trouvées. Ensuite, ça ne m’a pas réellement convaincue. Il faut dire que si les chapitres étaient reliés entre eux par autre chose que la simple présence des deux héroïnes, donnant un semblant de continuité, je pense que j’aurais plus accroché. Mais là, on ne sait pas si ce qu’on lit a lieu avant ou après (dans le temps s’entend 😛 ) le chapitre qu’on a précédemment lu. Bref… 😀

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