La Terre des Fils (Gipi)

Gipi © Futuropolis – 2017

Sur les causes et les motifs qui menèrent à la fin,
on aurait pu écrire des chapitres entiers dans les livres d’histoire.
Mais après la fin, aucun livre ne fut plus écrit

Le livre s’ouvre sur ces mots. Puis plus rien, si ce n’est ce paysage déserté de toute vie et au beau milieu duquel, un garçon, torse nu, un pantalon qui part en lambeau, tenant un bâton à la main. Il est comme désœuvré, comprend-il ce qui se passe. Il appelle mais personne ne lui répond. Des champs à perte de vue. Rien, pas âme qui vive, pas même d’écho pour répondre à son appel. Puis, à l’horizon, des oiseaux qui volent en cercle. Il s’approche, observe une scène de combat entre un homme et un chien errant. L’homme l’emportera. Cet homme, c’est son frère. Il vient de gagner leur prochain repas.

Dessin fragile, comme esquissé. Comme un brouillon épuré de toute fantaisie, ne s’arrêtant que sur les détails essentiels. Les touffes d’herbe racontent le vent. Le paysage narre le dépouillement. Les têtes de ces garçons disent tout de leur simplicité de leurs besoins vitaux réduits au minimum vital.

Ils se mettent en marche. Ils rentrent. Ils retrouvent « Lui ». « Lui » qui dicte, organise, dit ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Ce qu’il aime et ce qu’il ne veut pas. Les garçons suivent. Le respect est de mise.

Lui c’est ce père. Cet homme abrupt. Froid. Incapable de féliciter. De sa bouche ne sorte que des reproches. Des injonctions.

Des émotions bouillonnent dans les veines des deux frères. Mais ils ne savent pas que faire de cet amalgame de ressentis, ils n’ont pas les mots. Colère, frustration, cri, faim, froid. Tout cela ils l’abordent de façon assez primaire, primale, brutale. Les mots sont limités. Ils ne sont pas faits pour philosopher mais pour s’organiser et survivre.

Le dessin est croqué, comme un premier jet que l’auteur n’aurait pas retouché. Un dessin en jachère pour montrer finalement l’âpreté de ce monde. Pour montrer sa crasse. Pour dire aussi le peu de sentiments que ces individus sont capables d’avoir. Tout ce qui est fait doit permettre de répondre à deux besoins vitaux : manger et dormir.

Gipi nous ancre dans ce monde silencieux. Le paysage n’est que désolation. Le lecteur cherche quelle catastrophe a bien pu donner naissance à ce monde cruel. Les réponses arrivent au compte-goutte, nous laissant tout le temps de savourer l’étrange ambiance de ce récit.

Un récit glaçant qu’on lit avec beaucoup d’appétit.

La chronique de Fanny et celle d’Yvan.

 

La Terre des fils

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur / Scénariste : GIPI
Traduction : Hélène DAUNIOL-REMAUD
Dépôt légal : mars 2017
288 pages, 23 euros, ISBN : 978-2-7548-2252-7

Bulles bulles bulles…

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La Terre des fils – Gipi © Futuropolis – 2017

12 commentaires sur « La Terre des Fils (Gipi) »

  1. Aime bcp le dessin mais on rentre dans l’hiver hein je voudrais du doux, du chaud et du tendre ! Alors je vais attendre un peu avant de m’y plonger !
    Des bisous ma copine ❤

    Aimé par 1 personne

    1. Très. Gipi tente, Gipi ose… mais je dois dire que le minimalisme qu’il a retenu pour illustrer ce récit fonctionne à merveille avec ce scénario-là

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  2. C’est tout ou rien en ce qui me concerne avec Gipi, j’ai du mal parfois. Mais là on reste dans l’ambiance morose et déprimante de mes lectures actuelles alors ça devrait le faire 🙂

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    1. 😀
      Pareil pour moi, avec Gipi, ça passe ou ça casse. Je ne sors jamais d’un de ses albums en étant mi-figue mi-raisin. Mais même lorsque que je n’ai pas apprécié, il y a quelque chose dans ses albums qui se prolonge au-delà de la lecture en elle-même. C’est sûrement pour cette raison que je reviens régulièrement vers ses oeuvres

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    1. Alors Gipi oui, particulier je trouve cet auteur. Tellement d’univers différents que c’est difficile de classer définitivement dans le « je n’aime pas » … je trouve qu’il intrigue, se remet en question et force le lecteur à sortir de sa zone de confort en permanence

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