Les Louves (Balthazar)

Balthazar © Dupuis – 2018

« L’homme est un loup pour l’homme » … on peut malheureusement constater la véracité de cette expression tous les jours. Des petites vengeances quotidiennes aux grands drames humains, l’homme a de tout temps été un prédateur pour les autres membres de son espère.

Seconde Guerre Mondiale. Les Allemands sont aveuglés par la perspective d’étendre leur territoire. Leur race est pure, du moins le croient-ils. Les Aryens rêvent de fertiliser tous les territoires jusqu’aux contrées les plus éloignées.

Sur leur chemin se trouve la Belgique qu’ils envahissent sans ménagement.

Sur leur chemin, La Louvière. C’est dans cette ville belge que vit la famille de Marcelle. Marcelle a quinze ans lorsque la Guerre éclate. Pour elle, la guerre devient réalité l’année suivante, quand les hommes sont mobilisés et que son père part rejoindre les troupes belges.

Marcelle reste à La Louvière avec sa mère et ses autres frères et sœurs (Jacques, Yvette, André et René). Les hommes ayant quitté les foyers, la vie se réorganise tant bien que mal.

C’est un récit factuel de cette période particulière dans la vie d’une communauté. On a un aperçu assez complet de ce que la guerre implique : entre ceux qui tentent de tirer la couverture à eux, ceux qui cherchent à se faire bien voir des Allemands, ceux qui conservent leurs habitudes avec dignité, ceux qui prennent des risques et mènent des actions clandestines… Il est autant de réactions humaines pour faire face à la peur provoquée par la guerre. Et puis il est des façons différentes d’aborder la situation comme par exemple la grand-mère de la narratrice qui a davantage de recul ; elle a déjà vécu en temps de guerre et ne cherche pas à se rassurer (oui les hommes vont être mobilisés, oui les femmes vont devoir aller travailler, oui les civils vont être rationnés…).

Flore Balthazar s’inspire des souvenirs de sa famille et les mélange à un récit fictionnel. Elle explique en début d’album qu’elle a conservé certains prénoms et maquillé d’autres, qu’elle a parfois fusionné plusieurs personnes en un même personnage pour éviter les redites ou la profusion de protagonistes. Le scénario est fluide et on voit très bien comment, à l’arrière des lignes, les femmes ont pris les choses en main pendant que leurs hommes étaient au combat. L’autrice parle également des privations, de la presse clandestine, de la résistance, des diffusions de la BBC, de la délation, de la vie dans les camps de prisonniers… De l’angoisse et du temps qui s’étire pendant cette période d’attente : attendre qu’un être cher reviennent du front, attendre la libération, attendre…

Ces jours-ci, j’ai compris à quel point le temps est une notion relative ; objet étrange, qui passe en un éclair ou se dilate à l’infini…

Les événements sont rapportés de façon chronologique. Des marqueurs de temps apparaissent régulièrement dans le récit et nous permettent de nous repérer dans les grandes dates de cette guerre. Le temps passe de façon linéaire et excepté quelques soubresauts dans la narration, les jours succèdent aux jours sans trop de changements. Je me suis un peu ennuyée à certains moments mais la bonne humeur reste très vivace dans cette famille et cela donne du charme au témoignage. Cela donne aussi envie de continuer la lecture et de savoir si cette famille est sortie indemne de la guerre. L’ouvrage rend enfin un hommage vibrant à Marguerite Bervoets, résistance exécutée en 1944 par les Allemands.

Un témoignage intéressant et enrichit d’une partie documentaire intégrée en fin d’album. Pendant la lecture, je n’ai pu m’empêcher de pense à Collaboration horizontale.

La chronique d’Aurore.

Les Louves

– Femmes en résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale –
One shot
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur / Scénariste : Flore BALTHAZAR
Dépôt légal : février 2018
200 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-8001-6778-7

Bulles bulles bulles…

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Les Louves – Balthazar © Dupuis – 2018

12 commentaires sur « Les Louves (Balthazar) »

  1. J’habite à La Louvière 😉 et Flore Balthazar est une ancienne camarade d’école de mon frère ( j’arrête avec la minute people 😁).

    J’ai acheté cette bande dessinée à la foire du livre de Bruxelles ( l’autrice était en dédicace) et j’attends un peu pour la lire.
    J’espère ne pas sentir trop d’ennui..

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    1. Je pense que le sentiment d’ennui fait partie de l’histoire. Car il y a cette attente perpétuelle (celle relative à la fin de la guerre, à la fin des privations, au retour du père…). Seulement, je ne pensais pas la ressentir de la sorte (j’aurais aimé que le récit soit un peu plus dynamique je crois 😉 )

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    1. Bien envie de savoir ce que tu en as pensé (d’ailleurs, je vais regarder si tu l’as chroniqué… j’ai loupé des articles ces derniers jours, peu de temps pour me balader sur la toile en ce moment 😉 )

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      1. ma chronique sera dispo la semaine prochaine, une lecture agréable et intéressante notamment concernant la résistante Marguerite, mais je suis ressortie globalement un peu déçue, j’en attendais plus, tu évoques l’ennui et je l’ai ressenti également

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  2. Moi qui m’interrogeait sur le besoin de raconter l’histoire de mon grand-père ou l’enfance de mon père dans cette période… Et c’est certainement bien mieux ici que je ne ferai jamais

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    1. Mais tentes ! Un album, c’est un rythme, une voix, une manière de témoigner. Ce n’est pas parce qu’un lecteur reste un peu en retrait pendant la lecture d’un album sur un sujet proche qu’il aura le même positionnement sur tous les albums de ce registre 😉

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  3. Je viens de la lire, et j’ai beaucoup aimé. Je n’ai pas ressenti le sentiment d’ennui dont tu parles, et j’ai trouvé très intéressant de découvrir la guerre du côté belge, moi qui suis une petite française, on n’a pas vraiment abordé ce sujet en cours…

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    1. C’est vrai que c’est un autre regard sur le conflit dont on ne nous parle pas en cours.
      Je crois que j’attendais un peu trop de cet album… et je suis ravie qu’il trouve son lectorat. Il mérite grandement !

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