Valse avec Bachir (Polonsky & Folman)

Valse avec Bachir
Folman – Polonsky © Casterman – 2009

« En 1982, jeune appelé, Folman est envoyé à Beyrouth alors que la guerre du Liban fait rage. Comme bien d’autres soldats du contingent israélien, il sera le témoin impuissant des massacres de Sabra et Chatila. Alors que les milices chrétiennes libanaises exécutent froidement des centaines de réfugiés civils palestiniens en représailles à l’assassinat de leur leader Bachir Gemayel, le haut commandement de Tsahal, parfaitement informé des événements, ne s’interpose pas. De retour au pays, traumatisé, Folman laisse son inconscient jeter un voile d’oubli sur ce qu’il a vu et vécu.

Valse avec Bachir relate, un quart de siècle plus tard, sa quête des souvenirs enfouis, portés par le besoin obstiné de recomposer sa mémoire fragmentée » (synopsis éditeur).

Cet ouvrage est une adaptation du film éponyme sorti sur les écrans 7 mois avant sa publication. La démarche d’adaptation est expliquée par David Polonsky dans un entretien inséré dans les bonus de l’album :

il faut créditer de ce projet Riva Hocherman de Metropolitan Books, l’éditrice de ce livre. C’est elle qui nous en a soufflé l’idée, à Ari (Folman) et moi, après avoir entendu parler du film, un an avant qu’il ne soit terminé. Elle n’a pas eu beaucoup à insister : raconter cette histoire en utilisant un autre médium semblait tout à la fois naturel et intéressant.

… et d’expliquer également les difficultés qu’ils ont rencontrées lors de l’élaboration de la bande dessinée :

La dimension du temps est consubstantielle à l’animation, alors que dans la bande dessinée, la temporalité est artificielle et flexible, elle est fondée sur la logique. Cela signifie que les outils narratifs sont complètement différents. En outre, l’absence de son dans la bande dessinée vous prive d’un grand nombre d’informations nécessaires et d’émotions, qu’il faut s’efforcer de transmettre par d’autres moyens, ou tout simplement se résoudre à perdre. J’ai donc décidé de ne pas dupliquer les images du film, mais de m’appuyer essentiellement sur les dessins préparatoires originaux qui avaient servi de base au processus d’animation – cela afin d’éviter l’impression d’une transposition figée de la version cinématographique. De plus, ces dessins préparatoires offraient une plus grande richesse de composition et de détails que la version animée, fruit d’inévitables compromis. (…) Notre principale préoccupation a toujours été, avant tout, de rendre l’histoire accessible, l’esthétique ne venant qu’en second. (…) Et certains textes se devaient d’être plus explicites qu’ils ne l’étaient dans le film. Un film, lorsqu’il est projeté, court sur son élan, même si un détail échappe au spectateur – ce qui est en général compensé par l’expérience des sens propre au cinéma. Vous n’avez pas ce privilège dans un livre. Vous êtes entre les mains du lecteur, à l’exclusion de tout le reste, et vous n’avez pas le droit de le perdre, ne serait-ce qu’un court instant. Vous vous devez donc d’être clair aussi souvent que possible.

Un album intéressant tant sur le fond que sur la forme. Nous revenons sur le conflit israélo-palestinien par le biais de l’expérience d’un israélien et une (nouvelle) occasion de constater les aberrations d’un conflit qui se nourrit de la haine, de la peur et de la désinformation des populations. Le scénario se construit sur des flash-back qui sollicitent progressivement des souvenirs plus anciens du narrateur. Cet « appel à souvenirs » est provoqué, en début d’album, par les confidences d’un ami d’Ari Folman, Boaz :

« Cette nuit-là, pour la première fois depuis 20 ans, j’ai eu un terrible flash-back de la guerre du Liban. Et pas simplement du Liban, mais de Beyrouth-Ouest. Et pas simplement de Beyrouth-Ouest, mais de la nuit du massacre dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila ».

Ce point d’ancrage va nous permettre, durant tout l’album, de voir comment l’auteur a fouillé dans ses souvenirs pour réactiver sa mémoire. Un travail de longue haleine, visiblement douloureux. Pour cela, il sollicite quelques personnages secondaires à qui il demande de l’aide pour le guider dans son travail. Les récits des personnages secondaires vont lui servirent de repères, peu à peu il parvient à se remémorer les faits et reconstruit sa propre mémoire. Le récit est fluide, il s’appuie fortement sur une succession de différentes ambiances graphiques (période passée/présente du personnage principal, période passée/présente des personnages secondaires). C’est étonnant d’observer le choix graphique qui a été fait par David Polonsky. On a à faire à un personnage qui tente de lever le brouillard sur son passé et pourtant, les visuels choisis pour illustrer l’album sont d’une précision incroyable. Cela crée une atmosphère atypique et une lecture assez interactive au final.

Une lecture qui m’avait été conseillée par Oliv’ en mai dernier !! Elle intègre le Challenge PAL Sèches du Bar

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

Mango

PictoOKUn récit fort et marquant qui m’a donné envie de voir le film. A n’en pas douter, ce contexte social est un traumatisme tant pour le peuple palestinien que pour le peuple israélien.

La chronique d’Auracan et de Nelfe.

Autres albums traitant du conflit israélo-palestinien : suivre le Tag PALESTINE sur ce blog.

Extraits :

« La nuit où Boaz m’appela fut la pire de l’hiver. C’était en janvier 2006. Rien en trente années d’amitié ne m’avait préparé à l’histoire qu’il s’apprêtait à me raconter » (Valse avec Bachir).

« A vrai dire, c’était très important pour moi pour une raison prosaïque. J’avais l’impression que tous les mecs autour de moi baisaient comme des lapins et que j’étais l’intello de service qui gagnait les tournois d’échecs. Je pensais être le seul à avoir des problèmes avec ma virilité. Il fallait que je prouve que j’étais un grand combattant, un vrai héros » (Valse avec Bachir).

Valse avec Bachir

One Shot

Éditeur : Casterman / Arte Editions

Collection : Univers d’auteurs

Dessinateur : David POLONSKY

Scénariste : Ari FOLMAN

Dépôt légal : janvier 2009

ISBN : 2203020261

Bulles bulles bulles…

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Valse avec Bachir – Folman & Polonsky © Casterman & Arte Editions – 2009

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28 commentaires sur « Valse avec Bachir (Polonsky & Folman) »

  1. N’étant pas cinéphile pour deux ronds, voila l’occasion pour moi de découvrir Valse avec Bachir sur un autre média. Je note, une fois de plus…

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    1. le jour où je devais voir ce film, mon Golgoth a préféré quelque chose de plus ludique. Nous nous sommes donc retrouvés devant Hancock (avec Will Smith). Le premier quart d’heure était génial, le reste fort ennuyeux. Je lui en veux toujours pour le choix de ce navet ^^

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  2. Cela fait plusieurs fois que je vois cet album à la biblio et que je n’ose pas l’emprunter vu que je ne connais pas grand chose au sujet et qu’en plus, il aurait tendance à ne pas trop m’intéresser ! Mais je trouve le graphisme plutôt agréable et tu en parles très bien, alors je vais peut-être me laisser tenter 🙂

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    1. Je ne connais pas grand chose au sujet et je ne pense pas qu’il soit nécessaire de connaitre les tenants et les aboutissants de ce conflit pour apprécier la qualité de cet album. C’est un moyen de s’informer par un prime particulier : celui de l’expérience de cet homme et des hommes qu’il a côtoyé pendant la guerre. A voir en tout cas, le peu de connaissances que j’ai du sujet ne m’a pas pénalisé

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    1. oui, et la manière dont David Polonsky parle de son travail en interview a renforcé l’envie que j’ai de voir ce film. La BD est très bien faite en tout cas

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    1. je blogouille en ce moment ^^ Je me connecte à dose homéopathique pour ne pas revenir au même point que ces dernières semaines. Je ne veux pas laisser le blog, c’est déjà une certitude.

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    1. Je fais la démarche inverse à la tienne ^^ J’ai l’impression que pour l’une comme pour l’autre, il n’y aura pas de déception à découvrir une autre version de ce témoignage

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  3. Les dessins sont très beaux mais le sujet ne m’interresse pas du tout…Cela dit, un miracle pouvant se produire, je la note : on ne sait jamais, je pourrai avoir une révélation !

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    1. Va plutôt vers le film dans ce cas ^^ Quant à moi, le thème de la guerre n’est pas mon « dada ». Mais je préfère de loin les récits autobiographiques aux fictions sanguinolentes qui ne nous apprennent rien ! ^^

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  4. J’ai entendu parler du film. Cela dit, film ou BD, je ne pense pas que le sujet soit pour moi… La géopolitique, les conflits, très peu pour moi, même si ici on suit une homme en quête de souvenirs…

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    1. il n’est pas ici question de stratégies de guerre. C’est implicite, ce qui est logique sur cette base de sujet, mais ce n’est pas ce que je retiens de l’album. Je pense qu’on est face à des témoignages nécessaires, au même titre que Persépolis d’ailleurs ! Le conflit iranien en est-il pas à l’origine ?

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    1. ah ! je n’ai pas croisé ton avis quand je cherchais les liens à insérer vers d’autres chroniques. Je m’en vais fouiller tes archives 😉

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  5. oh oui, une vrai belle oeuvre ^^
    le film est passé sur ARTE fin novembre 2010 …
    j’ai autant aimé voir ce film … que lire cette BD ! Un exercice de plus sur la mémoire …. 😉
    belle chronique et belles planches, comme d’hab m’dame ! biz

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    1. ah, ben si je l’avais su avant j’aurais peut être fait une entorse au règlement et allumé ma TV… pour une fois 😉 Je pense qu’on va acheter le film un de ces quatre
      Bonne journée M’sieur et des papouilles à la boule de poils ^^

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