Les idées fixes (Piquet)

Piquet © Futuropolis – 2014
Piquet © Futuropolis – 2014

Adrien est fou, la guerre l’a rendu fou il y a de cela 20 ans. Il soliloque à longueur de journées et arpente les rues dans l’espoir d’y débusquer le diable et de le chasser. Mais ce n’est pas tout. Il voit et il entend des fantômes, âmes errantes des naufragés qui ne parviennent pas à trouver le repos. Les gens disent qu’il est dérangé, les enfants se moquent de lui… mais Adrien est heureux. Un jour, alors qu’il vaque à ses occupations habituelles, il s’assoit aux côtés d’un enfant. Ce dernier, assis au bord de la jetée, attend sagement que ses parents reviennent de leur croisière.

Achille quant à lui est un ancien marin. Il ne navigue plus, cela fait 20 ans qu’il n’a pas remis les pieds sur un bateau. Cela tient au fait qu’il avait loué son bateau à des vacanciers, chose qu’il ne faisait pas d’ordinaire mais là, il y avait eu une réelle rencontre avec l’homme qui lui avait demandé ce service. « Tu sais comme je suis, moi je les fuis, les vacanciers. Mais lui, je ne sais pas… après le premier verre, il était mon ami. Avec les siens, j’étais comme en famille » dit-il. Alors Achille a laissé partir son bateau avec de nouveaux passagers à son bord. Mais ils ne sont pas rentrés et cela fait 20 ans qu’il les attend, 20 années à vivre dans le remords. Depuis son retour, son frère cadet – Adrien – tente de le réconforter mais en vain.

Nous faisons la connaissance d’un couple de frères atypique dont l’un a visiblement été traumatisé par ce qu’il a vécu à la guerre et l’autre s’enlise dans une attente désespérée. Fragiles, ces deux hommes se sont enfermés dans leurs propres chimères. Une manière de fuir la réalité cependant, si l’on comprend l’effroi dans lequel la guerre a plongé d’Adrien, il est beaucoup plus difficile d’expliquer pourquoi la disparition de cette famille de vacanciers a mis Achille dans cet état d’apathie.

Les idées fixes propose une réflexion sur la folie. Gabrielle Piquet montre comment un individu peut s’aliéner à des convictions qui annihilent totalement sa pensée et son libre arbitre. Le soutien que ces deux frères s’apportent est totalement stérile. Leur présence respective semble les rassurer l’un l’autre mais sans explication précise. A vrai dire, il est difficile de comprendre les intentions de l’auteure et même si la lecture se fait sans à-coups, le lecteur avance à l’aveugle dans la découverte de l’ouvrage. Il est face à des petits croquis déposés pêle-mêle sur les pages et dessinés à l’aide d’un trait fin que je trouve assez masculin. Ça manque d’une structuration, d’un liant que quelques transitions supplémentaires auraient peut-être apporté. Pour dire vrai, je trouve ces frères pathétiques.

Les pages sont dépourvues de cases et les dessins se superposent les uns aux autres. Pourtant, la lecture reste fluide, l’œil ne se trompe jamais dans le chemin à emprunter. Mais l’absence de couleurs donne un faux-air austère à l’ensemble, renforçant l’impression que les personnages sont désincarnés. La présence d’un enfant aux côtés d’Adrien offre une respiration même si là aussi, je regrette le fait que l’attitude de ce gamin soit un peu convenue et que l’on comprend rapidement quelle est sa réelle identité… le dénouement ne fait que nous confirmer ce que l’on pressentait depuis le début, une déception de ce côté-là alors que j’attendais de l’intrigue qu’elle puisse me surprendre.

La poésie contenue dans le scénario invite le lecteur à se laisser bercer par les pensées d’Adrien. Ses propos sont mélodieux, ses réflexions sont profondes mais l’excès d’existentialisme gomme les efforts de l’auteure… difficile d’investir ses personnages tant ils nous échappent ; leur mode de pensée est hermétique.

PictomouiIl s’agit pour moi de ma première rencontre avec l’univers de Gabrielle Piquet. Je reste dans l’expectative quant à ce que viens de lire. Certains passages surgissent de manière abrupte dans le discours et je cherche encore ce qui pourrait donner un peu plus de relief à l’ensemble.

Les chroniques de Cathia et de Laurent Proudhon.

Extraits :

« Ici on se cogne à longueur de vie au même horizon » (Les idées fixes).

« – Quelqu’un qui est convaincu d’une idée ne peut pas comprendre qu’on s’acharne à vouloir qu’il en change.
– Mais ! C’est terrible d’être le jouet de ses illusions !
– Tu crois ? Et si c’était pire de ne pas l’être ? L’erreur est énorme de faire résider le bonheur dans les réalités… Il dépend de l’opinion qu’on a d’elles ! » (Les Idées fixes).

« Et puis comme disait l’autre, le voyage est bon pour les esprits sans imagination, la mienne est saturée, pas la peine d’en rajouter. L’ennui, c’est que partout on s’emmène avec soi. Si ce n’était que ça ! Moi, en plus, où que j’aille, c’est jamais sans mes voix » (Les Idées fixes).

Les idées fixes

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Gabrielle PIQUET

Dépôt légal : mars 2014

ISBN : 978-2-7548-0979-5

Bulles bulles bulles…

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Les idées fixes – Piquet © Futuropolis – 2014

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