Balles Perdues (Hill & Matz & Jef)

Hill – Matz – Jef © Rue de Sèvres – 2015
Hill – Matz – Jef © Rue de Sèvres – 2015

Suite à sa sortie de prison, Roy Nash découvre sans trop de surprises que le commanditaire de son évasion n’est autre qu’Al Capone. Une question se pose donc rapidement : quelle est la contrepartie sous-tendue par ce « service » rendu ?

Roy fait bien de se poser la question, car effectivement, on le missionne d’un contrat. Pour cet ancien tueur à gage, il s’agit de retrouver trois hommes afin qu’ils respectent l’accord dans lesquels ils s’étaient engagés quelques années plus tôt ; ayant fait appel à Al Capone qu’il garantisse les conditions matérielles d’un casse, ces hommes devaient – en contrepartie – lui reverser une partie du gain du braquage. Après avoir réussi ce dernier, ils ont pourtant fait le choix de se dérober à leurs obligations. Mais ce jeu-là en valait-il la chandelle ?

Roy se met donc sur leur piste. Et comme si le fait de ne plus être redevable ne suffisait pas, Roy apprend que l’un des hommes qu’il recherche entretient son ex-petite amie contre des services en nature. Il n’en faut pas plus à Roy pour mener rapidement à bien le contrat qui vient de lui être confié.

On savait que la BD pouvait adapter des œuvres littéraires… mais il est moins courant de voir arriver en bande dessinée des œuvres initialement produites pour le cinéma. Quoi que… car ce scénario-là traînait depuis un moment dans les tiroirs de Walter Hill et c’est lors de sa rencontre avec Matz, et lorsque ce dernier lui demande s’il n’a pas un scénario qui peut être adapté en BD, que Walter Hill pense immédiatement à Balles perdues.

La suite, c’est l’album que j’ai en mains. Une intrigue qui se situe en 1932. Nous allons de Chicago à Los Angeles. Une chasse à l’homme qui commence avec paysage désertique, dans des tons ocre et étouffés par une lumière tamisée. Le jour se lève. Un bolide s’enfonce à vive allure vers cette immensité sauvage. Sa destination : un hameau perdu qui bénéficie tout de même d’une sorte d’oasis qui permet à la fois aux gens de passage de faire le plein d’essence et de se désaltérer…

Qu’est-ce que je vous sers ?
« Whisky ».

Mais le bolide que le lecteur a suivi jusque-là n’atterrit pas dans ce rade par hasard. A son bord, des hommes sapés comme des milords. On pense derechef à la pègre, qui vient chercher-là la taxe qu’il impose à chaque commerçant, en échange de leur protection. Non… erreur de lecture car en réalité, le chasseur de prime y a localisé sa cible. Les échanges fusent, le ton est donné, sans concession. Aucun des protagonistes ne semble prêt à céder quoi que ce soit. La discussion se conclut dans un bain de sang.

C’est l’un des éléments principaux de cette intrigue, où le nombre de balles tirées n’est pas quantifiable. Régler un désaccord. Intimider un interlocuteur. Faire taire un maître chanteur. Tout se règle l’arme au poing.

En pleine période de la prohibition, les auteurs travaillent en permanence cette ambiance sur le fil, cette ambiance à couper au couteau. Quelques percées de blues viennent rythmer cette guerre des nerfs mais bien que ces mélodies soient sereines et langoureuses, la musique n’adoucira pas les mœurs.

Le casting de personnages est essentiellement masculin ; quelques touches de féminité sont apportées par la présence de deux femmes ballotées par des événements qui les dépassent et dans lesquels elles ne sont que des pions. Du scénario, on remarquera essentiellement le travail réalisé par Matz autour de la construction du personnage principal. Lorsqu’on sort de cette lecture, on sait finalement bien peu de choses sur cet homme mystérieux pourtant, son charisme porte parfaitement l’intrigue. Si on perçoit parfaitement la peur qui se terre derrière sa carapace, il n’en laissera rien paraître. Et la quête personnelle qu’il mène finalement ne peut que surprendre de la part de cet homme incapable de ressentir de l’empathie pour quiconque… à une exception près, ce qui ne manque pas de surprendre et d’accroître le sentiment que cet homme échappe à toute logique.

Une trentaine de pages suffit pour que le lecteur soit totalement ferré par ce récit et le troublant face-à-face qu’il mène avec le personnage principal.

« Balles perdues ». Ce titre vient sonner comme une métaphore, comme une prémonition de ce qui va se passer et donne une portée cynique au dénouement de ce thriller.

Qui manipule qui ? Qui parvient à abattre le plus grand nombre de carte ? Qui tire le mieux son épingle du jeu ? Les rapports de force entre les personnages sont en perpétuelle construction. Pour l’occasion, Jef a réalisé des illustrations où les teintes sépia dominent, créant ainsi un curieux mélange entre peur et nostalgie, violence et affection.

PictoOKLe cynisme est à tous les étages du scénario. Coups bas, attaque frontale, esquive… on avance sur la pointe des pieds pour tenter de démêler le vrai du faux. Les auteurs nous trimballent allègrement dans ce thriller, pour notre plus grand plaisir. Cet ouvrage me fait sortir des sentiers habituels. Touché.

Le bémol vient sur le tard. J’ai trouvé le dénouement assez affligeant. Pour autant, je sors satisfaite de cette lecture qui offre, en prime, le compte-rendu d’un entretien avec Walter Hill.

Les chroniques de Bernard Launois, Jean-Marc Lernould et de Publikart.

Un partage aujourd’hui… parce que Noukette… parce que mercredi… Les autres trouvailles des copains du mercredi en cliquant sur le visuel que voilà :

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Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Objet : balles

PetitBac2015

Extrait :

« – Il est mort de quoi ?
– Causes naturelles. Il devait du fric à Eddie Marz et il payait pas. Quand les hommes de Marz lui ont tiré dessus, naturellement, il est mort » (Balles perdues).

Balles perdues

One Shot

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur : JEF

Scénariste : Walter HILL

Adaptation et traduction : MATZ

Dépôt légal : janvier 2015

ISBN : 978-2-36981-068-1

Bulles bulles bulles…

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Balles Perdues – Hill – Matz – Jef © Rue de Sèvres – 2015

16 commentaires sur « Balles Perdues (Hill & Matz & Jef) »

  1. Pas mon genre de prédilection à priori mais j’ai été curieuse et du coup je devrais m’y plonger prochainement. Tu pense bien que du coup ton avis me réjouit..; et me rassure ! 😉
    Dis, tu participes au nouveau rendez-vous de La BD de la semaine ? Dans le doute, j’ai rajouter ton lien avec ceux des autres participants, c’est moi qui les recense aujourd’hui 😉

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    1. Oui d’ailleurs, j’ai pensé à toi en le lisant. Pensant que peut-être, le lecteur que tu es y trouverait son compte 🙂 Si ça te tente… un petit envoi est possible

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    1. Pour la fin, il y a un positionnement du personnage principal qui m’a réellement surprise. Ce choix semble logique, si on se fie au peu que l’on connaît de lui, mais quand même… ça m’a fait bizarre

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    1. Mon petit bémol attend d’autres avis. J’aimerais réellement savoir comment d’autres lecteurs ont accueillis cette histoire 😉

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    1. Cet album m’a surprise car ce n’est vraiment pas le genre de récit vers lesquels je me tourne habituellement. J’aime bien de temps en temps changer de registre. Ici, le mystère entretenu autour du personnage principal maintient la tension de façon constante. On sent qu’à chaque moment, tout peut déraper. J’ai trouvé ça intéressant.
      En revanche, j’ai du mal à croire au dénouement. Je ne sais pas ce que tu en as pensé

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