Eclats (De Graaf)

De Graaf © La Pastèque – 2014
De Graaf © La Pastèque – 2014

Nous sommes en 1946 non loin de Rotterdam. Victor se rend sur la tombe d’un ami. Alors qu’il quitte le cimetière, il croise Esther avec qui il avait une relation amoureuse jusqu’à ce que la guerre les sépare.

Cela faisait six ans qu’Esther et Victor ne s’étaient pas revus. La jeune femme va demander à son ancien amant de lui raconter tout ce qui s’est passé ces dernières années. Elle souhaite également savoir comment Christiaan est mort. Victor va donc revenir sur les derniers mois de la vie de Christiaan et raconter les événements qui ont eu lieu au printemps 1940 jusqu’à ce 25 mai 1940 fatidique.

Dans une interview consacrée au site ActuaBD, Erik De Graaf présente Eclats comme « une histoire d’amour sur fond de Deuxième Guerre mondiale en Hollande, partiellement basée sur l’histoire de [son] oncle. Une relation amoureuse entre un soldat et une jeune fille juive qui se perdent de vue au début de la guerre et qui se retrouvent après celle-ci ». Cela semble simple… ça ne l’est pas. Concrètement, avant de pouvoir accéder à l’histoire en tant que telle, le lecteur doit venir à bout d’une très longue introduction d’une quarantaine de pages. La raison est que le personnage principal tourne autour du sujet et cherche à l’éviter. De mon côté, il m’aura fallu attendre la soixante-neuvième page pour enfin avoir le sentiment de comprendre à minima les tenants et les aboutissants et me situer dans la chronologie. Heureusement, cette histoire individuelle est balisée par des événements qui ont fait date et permettent un tant soit peu d’avoir une idée du contexte et des rapports de force en présence. Ainsi, on traverse le 14 mai 1940 (date du bombardement de Rotterdam par les Allemands) et l’attaque – puis l’invasion – des Pays-Bas par les troupes d’Hitler.

Malheureusement, les scènes de 1940 sont présentées de manière anarchique, on fait de légers allers-retours dans le temps (entre mi-avril et fin mai 1940) ce qui complique la lecture. Il y a là un sérieux manque de structuration du récit, sans compter que l’ensemble est verbeux, que les dialogues sont plats et que les intonations (dues au choix de ponctuation) sonnent faux. Il arrive parfois que l’on regrette l’absence de voix-off pour donner un peu de profondeur à une histoire, soulager les échanges… c’est le cas pour cet album.

Mais avant toute chose, nous remarquons le dessin épuré de Erik De Graaf, dans un style s’apparentant à la ligne claire. Le trait est épais, les contours sont lisses et l’ensemble est très typé des années 1950. Deux atmosphères se côtoient ; elles sont orchestrées par le choix de couleurs qui leur est attribué. Ainsi le présent (cette journée de mai 1946) dispose d’une palette de couleurs plus larges que le passé (la période allant de mai 1940 à la scène du cimetière) où s’imposent différents dégradés de brun. Un choix très classique qui permet à l’auteur de s’affranchir de toute transition narrative lorsqu’il passe d’une période à l’autre. Une troisième scène (juin 1939) s’intercale ponctuellement aux deux premières ; ses passages sont succincts et l’auteur a opté pour un noir et blanc basique (ce qui jure dans les couleurs). Cette ambiance graphique est trop épurée pour porter correctement les émotions, le dessin est figé (du moins en apparence mais avec un peu de bonne volonté, on pourra voir les personnages s’animer). Et puis quel dommage que, sur ces sobres dessins, les phylactères soient travaillés à l’ordinateur ! De fait, on a l’impression qu’une superposition maladroite de l’écrit sur les illustrations a été réalisée. Le rendu est inesthétique, les gestuelles et expressions de visages sont désincarnées et manquent de naturel. Il y a un vrai décalage entre ce que disent les dessins et ce qui est ponctué dans les échanges. On a l’impression que c’est sur-joué. Je déconseille de feuilleter l’album avant lecture, mieux vaut encore s’appuyer sur le scénario que sur son habillage.

pictobofpictobofL’ouvrage se referme sur un « à suivre » mystérieux. En effet, l’histoire semblait terminée. Je n’ai aucune information sur un éventuel second tome si ce n’est que le blog de l’auteur propose des planches inédites. Mais vous l’aurez compris, je ne ferais pas partie de la cohorte de lecteurs qui se rueront sur cette suite

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Musique : éclats [de voix]

PetitBac2015

Eclats

One shot

Editeur : La Pastèque

Dessinateur / Scénariste : Erik DE GRAAF

Traducteur : (du néerlandais) Arlette OUNANIAN

Dépôt légal : janvier 2014

ISBN : 978-2-923841-17-5

Bulles bulles bulles…

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Eclats – De Graaf © La Pastèque – 2014

7 commentaires sur « Eclats (De Graaf) »

  1. Deux pouces baissés, c’est rare ! Et puis je n’aime pas du tout le dessin, même s’il s’apparente à la ligne claire. N’est pas Chaland qui veut !

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    1. Et non… malheureusement. Je ne regrette pas cette lecture pour autant. J’aime assez de découvrir des albums assez différents et c’est rare quand un ouvrage m’exaspère autant ^^

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    1. Tu sais Moka, si j’avais lu cet article sur un blog (le tien, celui de Kikine, Jérôme…), je pense que j’aurais eu exactement la même réaction que la tienne 🙂 C’est la première fois que je reste aussi extérieure à un album de La Pastèque

      Aimé par 1 personne

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