Le Jardin de Minuit (Edith)

Edith © Soleil Productions – 2015
Edith © Soleil Productions – 2015

Tom doit partir une quinzaine de jours chez son oncle et sa tante. En effet, son frère Peter a la rougeole et pour ne pas que Tom contracte le virus à son tour, la décision a été prise de mettre Tom en quarantaine dans la famille. La souffrance liée au fait qu’il va être séparé de son frère doublée à la perspective d’aller chez cet oncle taciturne font que Tom vit cela comme une double peine.

Dès son arrivée dans leur maison, Tom remarque l’horloge qui trône dans l’entrée. Une vieille horloge imposante qui appartient à la vieille Madame Bartholomée qui vit dans un des appartements de l’étage. On la lui présente comme quelqu’un d’extrêmement maniaque et qui insupporte les enfants. Outre le fait que Tom n’a pas le droit de toucher à cette pendule, il apprend aussi qu’il n’aura donc pas le droit de déambuler dans les communs de la maison au moment où Madame Bartholomée remonte son horloge. Un rituel qu’elle effectue chaque matin. Mais ce qui intrigue l’enfant, c’est d’apprendre que si l’horloge « indique l’heure juste, mais ne sonne jamais la bonne heure ».

Les jours passent. Tom s’ennuie. Il tue la solitude et l’inactivité en écrivant de longues lettres à son frère. Une nuit pourtant, alors qu’il n’arrive pas à dormir, il entend les coups d’horloge raisonner dans la maison.

« Dix. Onze. Douze/ Minuit, et je ne dors touj… Treize ?! Peter, je me suis demandé quelle heure pouvait indiquer une horloge quand elle sonne treize fois… J’ai décidé d’aller voir ».

Dès, lors, chaque nuit, Tom descendra à l’appel des treize coups de minuit. Et chaque nuit, un autre monde s’ouvre à lui. Dans ce monde, il rejoint Hatty, une fillette avec qui il lie amitié.

Le Jardin de Minuit – Edith © Soleil Productions – 2015
Le Jardin de Minuit – Edith © Soleil Productions – 2015

En postface, Frédéric Bézian partage quelques mots avec ses lecteurs. Il témoigne notamment de sa rencontre en août 2000 avec Philippa Pearce, auteure de « Tom’s Midnight Garden » (traduit en 1969 : « Tom et le jardin de minuit ») dont « Le Jardin de Minuit » est l’adaptation. « J’avais relu le livre une fois par an depuis mes onze ans, et les détails m’en sont devenus familiers pour toujours » et donne quelques pistes de réflexion supplémentaires.

Cette fiction nous plonge dans deux univers distincts. Tom, le personnage principal, est confronté à deux réalités différentes. Dans l’une, il s’agit de son quotidien, celui d’un enfant qui grandit au milieu du XXème siècle dans une Angleterre d’après-guerre. La seconde lui permet de rencontrer une jeune fille de son âge à une période qui se situe approximativement à la fin du règne de la reine Victoria. Un peu moins d’un siècle séparent leurs enfances respectives mais une amitié solide va peu à peu les unir. Très rapidement, Tom ressent de l’impatience. Chaque nuit promet une nouvelle rencontre avec Hatty avec qui il vit des aventures imaginaires, des jeux de cache-cache, des cabanes dans les arbres…

Edith propose ainsi deux ambiances graphiques différentes sur un dessin assez sombre. On remarque notamment ce choix d’apposer des couleurs chatoyantes au monde imaginaire tandis que le quotidien s’affiche dans des tons plus sombres, légèrement fades. A mesure que Tom enrichit sa connaissance de l’univers parallèle qu’il découvre chaque nuit, sa réalité s’égaye. La narration suit ce rythme coloré et les temps que Tom passe à écrire les lettres à son frère – lettres dans lesquelles il relate la richesse de ce monde intérieur, sont peu à peu baignés de couleur. Edith a su trouver l’équilibre adéquat pour retranscrire ces deux espaces temporels distincts.

Habituée des séries jeunesse (« Basil & Victoria », « Le Trio Bonaventure »…), l’auteure signe de nouveau une belle épopée aux confins de l’imaginaire. Elle ose franchir le passage entre passé et présent sans jamais créer de confusion et incite le lecteur à entreprendre une douce réflexion sur les questions de la mémoire, la fonction des rêves et des souvenirs.

« Dans le Jardin de Hatty et Tom, les fantômes sont des souvenirs – pas des rêves ! – qui se croisent. Ils s’y perdent un peu : « Tu es morte ! Tu es un fantôme ! » dit Tom à Hatty qui lui répond : « Non ! C’est toi le fantôme ! C’est toi qui es mort ! » Nous sommes tous le fantôme de quelqu’un, du moment que ce quelqu’un se souvient de nous » (propos de Frédéric Bézian en postface).

PictoOKUn album agréable cependant, malgré le plaisir à plonger dans cet univers, j’ai ressenti de la lassitude durant cette lecture. Je trouve que le récit s’essouffle sur la fin, traîne en longueur et surtout, ce que j’ai le plus regretté, c’est que le dénouement est trop prévisible.

Une lecture commune avec Jérôme et Noukette.

Sans compter les chroniques de Little Daisy, de Faelys et cette courte interview de l’auteure.

C’est une « BD de la semaine » qui est aujourd’hui chez Noukette.

Le jardin de Minuit

One shot

Editeur : Soleil

Collection : Noctambule

Dessinateur / Scénariste : EDITH

Dépôt légal : avril 2015

ISBN : 978-2-302-04505-7

Bulles bulles bulles…

 

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Le Jardin de Minuit – Edith © Soleil Productions – 2015

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26 commentaires sur « Le Jardin de Minuit (Edith) »

  1. je comprends ton sentiment de lassitude. ça ne m’avait pas trop gêné mais on pourrait imaginer un macaron sur la couv. « lecteur, arrête ta montre et entraîne toi à l’ennui doux pour lire cet album, parce que le temps va s’étirer pour toi aussi » 😉

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    1. Oui. Je ne l’avais pas lu de cette manière mais avec le recul, j’aurais du y voir la mise en garde ^^
      De mon côté, je crois tout de même que c’est le décalage qui va croissant entre Tom et Hatty. Ce rapport au temps qui s’échappe, leurs centres d’intérêts qui diffèrent… il y a là quelque chose qui s’est englué dans le scénario, virant un peu vers quelque chose qui devient un peu pathétique

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  2. Lassitude et essoufflement, nos ressentis sont identiques mais je pense que le souci vient du roman et non de son adaptation. En tout cas j’ai été ravi de retrouver Edith en solo et j’aime toujours autant son dessin.

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    1. Je ne parviens pas à me rappeler si j’ai lu le roman. J’ai eu beau regarder les couvertures, elles ne me disaient rien. Et là j’avoue que cette lecture ne m’a pas tellement donné envie de plonger dans l’œuvre de P. Pearce ^^
      Par contre, j’ai souri en lisant ta chronique car cette lecture m’a réellement donné envie de replonger dans « Basil & Victoria »
      Merci pour les échanges 😉

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    1. J’ai apprécié le rythme de l’album. Il est marqué par ce contraste entre ces journées qui s’étirent à force d’attendre et de ne rien faire et ces nuits d’une richesse incroyable. Après, peut-être n’ai-je pas suffisamment fait attention aux répétitions ? J’ai focalisé sur la relation d’amitié entre le duo de personnages principaux

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  3. Disons qu’il faut aimer se laisser envahir par une douce torpeur, à la longue, c’est sûr, ça en devient tout de même lassant… Quoiqu’il en soit, j’ai beaucoup aimé l’ambiance qu’elle a réussi à installer, le dessin colle parfaitement.

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    1. Je te comprends tout à fait. J’avais vu quelques planches avant de le lire et il me tardait vraiment de découvrir cet ouvrage. Je te souhaite une agréable lecture 😉

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    1. J’avoue ne pas être tellement tentée par le voyage dans le roman. A tort, certainement… ou alors en laissant un peu d’eau couler sous les ponts ! 😀

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    1. L’album m’a déstabilisé. Je garde en tête le souvenir d’une lenteur narrative et d’une lassitude ressentie durant la lecture

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