Le Retour de la bondrée (De Jongh)

De Jongh © Dargaud – 2016
De Jongh © Dargaud – 2016

« Simon Antonisse est libraire. En ces temps de crise, ses chiffres de ventes désastreux le forcent à fermer boutique. Et pour couronner le tout, le sort a voulu qu’au cours d’un trajet en voiture, il soit témoin d’un suicide. Ce drame fait ressurgir de douloureux souvenirs de sa jeunesse, et peu à peu, la vie de Simon se transforme en cauchemar éveillé. Seule Regina, une jeune fille qu’il a rencontrée par hasard, peut lui apporter le calme et l’amour dont il a besoin » (quatrième de couverture).

Je ne suis pas allée écouter la conférence « Trait masculin – Trait féminin » (joli rattrapage de la « bévue » pré-FIBD ?) mais à coup sûr, si l’on m’avait posé la question avant lecture, j’aurai juré que l’auteur du « Retour de la Bondrée » était un homme. Le trait anguleux et sec, l’utilisation des contrastes entre noir et blanc, les jeux de hachures, le fait que le lecteur est immédiatement projeté dans le vif du sujet… l’ensemble me fait croire – à tort – à une œuvre masculine. Aimée de Jongh sort du style japonisant qu’elle développait jusque-là pour proposer un roman graphique troublant.

Le scénario s’ouvre sur une scène de vive altercation entre le personnage principal et son interlocuteur. L’échange se passe au téléphone, l’objet du désaccord a visiblement déjà été abordé et Simon (le héros) est excédé. Une fois l’appel terminé, il rumine dans l’habitacle avant de reprendre la route. Bien que ne connaissant pas encore l’homme qu’il va devoir côtoyer durant sa lecture, le lecteur perçoit aisément son humeur électrique. Pourtant, on s’installe à ses côtés… on prend la place du passager qui est inoccupée. On se tait, on se laisse emporter par la voiture qui dévale les routes de campagnes, jusqu’à l’orée d’une forêt où le moteur s’arrête. Comme la bondrée, le personnage principal revient là où il se sent en sécurité. Sitôt entré, il caresse les livres d’une bibliothèque. Sa main s’arrête sur l’un d’eux, l’extrait du rayonnage… l’ouvrage s’ouvre et fait ressurgir des souvenirs enfouis. La fragilité de l’homme apparaît soudain. Seul, perdu, cherchant à retrouver des repères réconfortants. L’homme qui jusque-là nous était austère quitte son costume de prédateur, fait tomber sa carapace et libère ses émotions, son trouble… sa peur.

De page en page, Aimée de Jongh construit des passerelles narratives qui vont relier le passé et le présent. Témoin d’un suicide, le personnage principal va enfouir ce traumatisme au fond de lui. Pourtant, cette vision de la mort le pousse à se remettre profondément en question et la voie qu’il prend pour faire ce travail de reconstruction peut surprendre. Quoi qu’il en soit, l’auteure travaille le rythme de la narration et bouscule son lecteur, le laissant in fine face à des interrogations inattendues.

PictoOKL’album se lit d’une traite. On suit sans difficultés le cheminement de cet homme. La fin ouvre « néanmoins trop de pistes différentes » et peut faire douter sur la compréhension que l’on a eu de cette histoire.

Je remercie Noukette pour la découverte. Cet album sera définitivement, me concernant, associé au Festival d’Angoulême 2016 (magique ces rencontres entre amis). Et pour prolonger le charme de ce moment, je partage ma lecture avec Noukette et Jérôme.

Le trailer de l’album (muet mais…) et la chronique de Mick Leonard sur Planete BD.

Le Retour de la Bondrée

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : Aimée DE JONGH

Dépôt légal : janvier 2016

ISBN : 978-2-5050-6485-5

Bulles bulles bulles…

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Le retour de la Bondrée – De Jongh © Dargaud – 2016

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18 commentaires sur « Le Retour de la bondrée (De Jongh) »

  1. Tu connais mon interprétation de la fin (peut-être totalement fausse mais j’assume :p ). Superbe première lecture commune de l’année en tout cas. Donner dans le métaphysique dès le début du mois de février, ça promet !

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    1. Donner dans le métaphysique juste après Angoulême… disons que mon neurone a mal supporté. Il avait besoin d’une petite période de quarantaine supplémentaire… il a eu du mal.
      Une fois n’est pas coutume, je lirai bien une interview de l’auteure sur cet album. Histoire de connaître son interprétation (et en espérant qu’elle ne mette pas tout du côté du lecteur du genre « le lecteur en tirera les conclusions qu’il veut »).

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  2. je disais ou plutôt écrivais à tes délicieux comparses de lecture que g lu vos billets rapido, pour pas trop en savoir avant de me plonger dedans ce we 😉
    bisous ma belle ❤ ❤ ❤

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      1. Nan toujours pas, si c’est pas malheur, le temps de rien ou seulement d’un brin de procrastination devant fesse bouc 😉

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        1. Ah ! Mais ça fait du bien de procrastiner parfois ^^
          Bon, je compte sur toi pour nous dire ce que tu en as pensé une fois que tu l’auras lu. Tout vient à temps… 😉
          Des bises Madame ❤

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  3. Et bien, à vous trois vous faites la paire parfaite pour nous faire craquer complètement. Il me le faut absolument, il semble vraiment splendide et l’histoire à tout pour me plaire en plus ;0)

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  4. J’ai aimé ne pas tout comprendre je dois dire, j’ai aimé le dessin, l’ambiance, tout…! Et surtout, surtout, surtout… j’ai aimé partagé cette belle lecture avec vous deux ! ❤

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    1. Pareil ici. Le partage que nous avons eu sur ce titre m’a beaucoup apporté ! Il faudra très certainement que je relise l’album… mais pas tout de suite ^^

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