L’Ascension du Haut-Mal (David B)

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David B revient sur son passé pour parler de la relation qu’il a eut avec son frère et de l’impact de la maladie (épilepsie) de ce dernier sur leur famille. Les premiers symptômes se sont déclarés en 1964. A l’époque, les études sur l’épilepsie et les moyens de la traiter en sont encore à leurs balbutiements. Bien que Jean-Christophe -le frère ainé de Pierre-François (alias David B)- sera rapidement pris en charge par les médecins, la première « solution » médicale (une intervention chirurgicale) ne sera pas retenue par leurs parents. Ils vont alors se lancer dans une longue quête pour trouver un moyen de soigner leur fils et de faire reculer la maladie.

Entre amour et déraison, le chemin qu’ils vont emprunter va avoir de lourds impacts sur le couple parental et sur la fratrie.

Du premier tome, nous découvrirons l’enfance, l’arrivée de la maladie alors que Jean-Christophe n’a que 7 ans, les premiers traitements et la perspective d’une intervention chirurgicale qui met la famille mal à l’aise. Les parents se tournent alors vers d’autres réponses possibles et commencent l’interminable quête d’une solution satisfaisante, à commencer par la macrobiotique. S’en suit une courte période de rémission, l’investissement auprès d’un référent « médical » atypique : Maître N. Le second tome nous conduit au départ précipité de cet étrange personnage, départ qui sonne derechef le retour de la maladie. S’ensuit alors la recherche d’un nouveau guide médical et l’investissement dans les communautés (à commencer par celle de la macrobiotique). Le tome trois sera celui du doute, de la quête de repères et de la course à l’espoir. Tout est bon pour garder la tête hors de l’eau. Il devient clair que ce récit n’est pas tant celui de la maladie de son frère mais bel est bien celui du cataclysme que cette maladie a provoqué dans la famille. La mère de David embarque toute sa petite famille dans sa détresse et sa recherche aveugle de solutions  (ses lubies ?). Les médiums font leur apparition, hypothétique solution à un traitement de l’épilepsie. Le quatrième tome est celui du découragement. Le père est nouveau mis sur le devant de la scène et teste à son tour un énième remède. David est désormais adolescent, en quête d’identité… nous découvrons l’origine de son pseudo. Le tome 5 nous montre mieux l’évolution de Jean-Christophe : violences physiques et verbales, des frustrations qu’il ne sait pas canaliser, il vit dans un carcan mental et ne dispose pas du vocabulaire pour se dire de manière satisfaisante pour lui. La famille ne sait plus à quelle porte frapper pour demander de l’aide et trouver des espaces de parole soutenants. Le dernier tome est plus axé sur l’artiste. Il s’investit dans ses études avec l’ambition de devenir auteur de BD, tisse un fragile réseau relationnel mais ses rares interlocuteurs s’épuiseront à l’écouter. Il s’investit dans une relation affective et les détails qu’il nous livre sur sa sexualité sont, je trouve, déplacés. En tant que lecteur, même si je reconnais la sincérité du récit et l’émotion qui s’en dégage, le fait d’avoir accès à cette intimité a quelque chose d’indécent.

Une œuvre autobiographique, un récit riche qui interpelle le lecteur, le brusque et le dérange. On va naviguer en permanence entre le présent, les souvenirs de l’auteur et son monde onirique omniprésent. Cela donne lieu à des visuels magnifiques tout au long de la série et permet régulièrement de donner un sens plus profond aux mots parfois insuffisants pour décrire avec justesse une émotion.

Je suis plus partagée au niveau du récit. On se perd régulièrement dans des détails qui nous éloignent du sujet. L’arrivée de chaque membre de la famille dans le récit donne lieu à une présentation complète de son parcours (enfance, profession, expérience particulière comme le service militaire par exemple) et… je me suis perdue dans ces portraits. Certes, ils nous aident à mieux nous représenter le tissu familial et l’influence qu’ils ont pu avoir sur David B mais, dans ce flot d’éléments, il  y a du futile et de l’indécent (cela m’a souvent donné l’impression que je pratiquais une sorte de voyeurisme). Les éléments principaux du récit (la relation de David avec son frère, la maladie de ce dernier et ses conséquences sur la sphère familiale) se noient dans le passif familial, l’auteur semble prendre du plaisir à se répandre. La présentation de son entourage amical arrivera sur le tard -avant cela c’est un enfant/adolescent assez solitaire- et sera plus épurée… ouf !

La question que je me pose : Quel intérêt pour le lecteur d’en savoir autant ?? Quelques passages nous apprennent également les réactions des parents de David  à la lecture de ce récit. Il paraît important pour la mère de David que la maladie soit  dédiabolisée, mais je la rejoints en tous points lorsqu’elle exprime le fait que la vie des grands-parents et arrières-grands-parents de David n’enrichissent pas la compréhension de la situation. Les propos de la mère de David sont repris dans le tome 2 : »Tes dessins sont terribles tu sais, très angoissants pour moi. Pourquoi raconter toutes ces histoires sur tes ancêtres, ça n’a rien à voir avec ton frère !? (…) Tu vois l’histoire de notre famille comme une tragédie. Tu ne peux pas faire de mon arrière-grand-mère juste une ivrognesse. Je garde d’elle une image tellement différente… ». J’ai appris en lisant la critique de Théoma, que les parents de David B avaient rompus les liens avec lui alors qu’il leur présentait le troisième album de L’Ascension. Un positionnement que je ne comprends que trop bien. Il est indéniable que L’Ascension du Haut-Mal est un exutoire qui a certainement permis à l’auteur de chasser quelques vieux démons, mais pas tous ! Il a encore quelques vieilles casseroles qui lui collent au derrière. Mais voici un récit qui a du porter de bien meilleurs fruits que ceux qui seraient issus d’une séance de thérapie.

Conseillée par David, cette lecture intègre le Challenge « PAL Sèches »

PictomouiUn long récit. J’ai peiné pour finir le dernier tome de la série. Plus que de l’empathie, j’ai ressenti de la pitié… chose que je n’aime pas. Hormis cela, nous voyons une mère s’épuiser dans une quête incessante de solutions plus excentriques les unes que les autres. Penser à soigner l’épilepsie par le biais d’un exorcisme est pour moi de l’ordre de l’inconscience. J’en suis à poser des jugements à l’égard de ce qu’il m’a été donné de lire tant David B nous pousse dans nos retranchements, nous dérange. Un regard inquiétant sur ses peurs, il nous épuise dans l’explication de sa lutte entre la raison et la folie.

Plus généralement, on retrouve dans cette famille la culpabilité inhérente aux proches de personnes handicapées. Une poisse gluante qui leur colle au corps et dont ils ne peuvent se défaire. Ils n’acceptent pas de s’adresser à des interlocuteurs compétents (« vrais » médecins). Le recours à des médiums, des gourous, des scientifiques non qualifiés dans le traitement et le suivi de cette affection neurologique n’avait, à mon sens, qu’une seule issue possible : l’épuisement et l’échec. Seuls points positifs de ce journal intime : la préface et la postface de Florence, la sœur cadette de la fratrie, qui apportent une bouffée d’air frais dans cet univers torturé très glauque.

Ce qu’ils en pensent : Théoma, une interview de l’auteur sur BDparadisio, la chronique de Chronicart et celle du Zata.

Extraits :

« Il a à nouveau trois crises par jour. C’est une horloge qui rythme notre vie. Est-ce que c’est vivable ? Mais on n’a pas le choix. La maladie s’est installée à la maison sans nous demander notre avis. Elle couche dans mon frère et elle vient picorer nos vies quand elle se réveille » (L’Ascension du Haut-Mal).

« Il y a beaucoup de nouvelles pistes pour guérir l’épilepsie de Jean-Christophe, et tant que ma mère ne les aura pas toutes essayées, elle s’en voudra » (L’Ascension du Haut-Mal).

L’Ascension du Haut-Mal

Série finie

Éditeur : L’Association

Collection : Eperluette

Dessinateur / Scénariste : David B

Dépôt légal : novembre 1996 (tome 1), octobre 1997 (tome 2), septembre 1998 (tome 3),

septembre 1999 (tome 4), septembre 2000 (tome 5) et novembre 2003 (tome 6)

Bulles bulles bulles…

L’Ascension du Haut-Mal, tome 6 © David B & L’Association – 2003

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15 commentaires sur « L’Ascension du Haut-Mal (David B) »

  1. J’aime bcp comme ton billet, la première partie objective et la seconde qui représente ton avis que je comprends d’ailleurs entièrement. C’est drôle, je n’ai pas de souvenirs du passage qui t’a gêné à propos de la sexualité de l’auteur mais je me rappelle avoir été au bord de la nausée à plusieurs reprises. Pourtant j’ai aimé. Alors pourquoi ? J’essaie de mettre le doigt dessus… J’ai bcp côtoyé les personnes handicapées durant ma formation et j’ai souvent pu assister aux dégâts causés par l’handicap dans la fratrie. Je pense que de nombreux frères et soeurs d’enfants handicapés peuvent s’identifier à son témoignage. Son plongeon dans l’intime est impressionnant et à la limite de l’indécence tu as raison. Pourtant, il lève un tabou en démontrant que l’handicap, en l’occurence, vécu dans l’enfance a des répercussions sur les différents niveaux de sa vie d’adulte.

    En passant, j’ai lu aujourd’hui Journal d’un album de Berberian et Dupuy et David B y est dessiné en tant que membre de l’Association. Mon billet est prêt mais il sera pour février, j’ai bien avancé dans les mercredi BD ! Y a plus qu’à faire le reste…

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    1. ce qui m’a gêné, c’est l’absence de tabou de l’auteur concernant sa vie privée. Cette course à la FIV et les détails qu’il donne sur sa sexualité (dans le tome 6), j’ai du mal. Cette absence totale de pudeur me choquerais presque
      Après, comme toi, j’apprécie cette qualité de rendre accessible, de nous faire comprendre le sentiment de culpabilité des proches de personnes handicapées. Rares sont ceux qui l’expriment aussi bien et je crois que des ouvrages que j’ai pu lire sur ce thème, la BD est le support qui s’y prête le mieux (le graphisme pouvant exprimer ce que les mots sont insuffisants à formuler).
      Sinon : Février !!! Je suis incapable de m’organiser aussi loin. Je connais le sujet de certains de mes billets pour février ou mars (kbd oblige) mais je suis loin de pouvoir les prepublier. Je ne sais déjà pas comment je finirais cette semaine de publications ^^

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  2. C’est dingue ! Je n’ai aucun souvenir de ce dont tu parles, j’ai dû occulter ou alors ça ne m’a pas du tout touchée. Bizarre. Mais tu touches un point sensible, sur certaines BD, je suis parfois gênée également par l’intimité des auteurs qui est mise en avant. Est-ce une mode récente ou en a-t-il toujours été ainsi ? Pour la publication des billets, c’est seulement qq bd et hélas je n’arrive pas à suivre. Pour les livres, j’ai un retard monumental…

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    1. oui, c’est spécial d’avoir accès à l’intimité des auteurs à ce point. C’est la première fois que ça me dérange à ce point. Pourtant, j’aime beaucoup les autobiographies (Blankets et Sutures, par exemples, sont aussi des récits très forts)

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    1. émouvant oui, ça je ne dirais pas le contraire. Bon, faudra que je le relise d’ici 3-4 ans ce récit, pour voir si je reste sur les mêmes impressions négatives pour le dernier tome

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  3. J’ai lu 3-4 tomes mais bien trop vite et pas à une bonne période… car j’ai un peu oublié mon ressenti tout en sachant que je l’avais aimé cette série.
    C’était le commentaire inutile qui ne fait pas avancer le schmilblik ^^

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    1. c’est vraiment le dernier tome qui fait « Hic » chez moi. Le reste de la série, j’ai apprécié. Le dernier tome est imbuvable (enfin, j’ai eu du mal à la digérer)

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