Au fil de l’eau (Diaz Canalès)

Diaz Canales © Rue de Sèvres – 2016
Diaz Canales © Rue de Sèvres – 2016

Espagne, de nos jours.

La crise économique n’épargne personne. Jeunes, moins jeunes, salariés, chômeurs, retraités… il est difficile de se mettre à l’abri. Alors, pour les revenus les plus modestes, il s’agit parfois de trouver des solutions alternatives. Et à ce petit jeu-là, certains bricolent comme ils le peuvent, quitte à le faire en toute illégalité.

C’est le cas de Niceto. Cet octogénaire a trouvé le moyen, avec ses amis de toujours, de faire un pied de nez à la routine tout en arrondissant leurs fins de mois. Avec leur statut d’ancêtre, ils sont pratiquement intouchables, même la police a des scrupules à les placer en garde-à-vue. Pourtant, dans les rangs de ces vieux filous, les circonstances de la mort de Longinos indiquent que le vent tourne. D’autant que dans les jours qui suivent, c’est un autre membre de cette bande de durs à cuire qui casse sa pipe.

Juan Diaz Canales s’est fait un nom dans la bande-dessinée. Scénariste de « Blacksad », une série mettant en scène un chat détective très apprécié par les amateurs de BD, il a plus récemment réalisé le dernier « Corto Maltese » qui divise la critique, satisfaisant les uns tandis que les autres sont plus dubitatifs.

Avec « Au fil de l’eau », Juan Diaz Canales nous montre pour la première fois ses talents de dessinateur. Un trait fin et maîtrisé qui caresse les personnages et pose le moindre détail de leur physionomie, qui campe les décors et joue avec les contrastes avec brio. Du noir, du blanc, aucun dégradé pour enjoliver ce dessin qui s’offre à nous sans aucun artifice. L’effet est immédiat et donne envie au lecteur de se faire une petite place dans ce monde familier. Graphiquement, ça vaut le coup d’œil.

Le scénario quant à lui s’ouvre sur un prologue qui met en scène deux personnages que nous ne reverrons pas par la suite. Deux rats dotés de la parole et qui n’ont pas oublié de faire de l’esprit. Je regrette de ne pas les avoir retrouvés dans l’épilogue de l’album ; ils me semblaient capables d’enrichir l’histoire et de permettre au lecteur de prendre davantage de recul pour la savourer pleinement. Ils avaient du potentiel ces rats ! Celui-là même qui pose une pointe de cynisme et qui nous aide à être plus empathiques… tout simplement, celui qui permet de penser que le récit est plus qu’une anecdote. Mais il ne s’aventure pas sur ce terrain-là et reste trop frileux. Il court le risque que l’histoire ne fasse pas trace, que le héros ait fait tout cela pour rien et que le lecteur l’oublie… vite.

Bien sûr, Juan Diaz Canales a un talent indéniable pour raconter, pour créer des personnages charismatiques que l’on investit et/ou dans lesquels on s’identifie. Bien sûr, ils sont touchants. Mais l’auteur laisse planer plusieurs zones d’ombres, peut-être un peu trop. Les personnages sont pudiques lorsqu’ils abordent leur passé, notamment en ce qui concerne les épreuves par lesquelles ils ont dû passer durant la guerre civile espagnole et les années qui ont suivi. Au fil des pages, ce côté énigmatique agace d’autant qu’on comprend que le scénariste est bien décidé à laisser planer le mystère. Il nous manque des clés de compréhension. Cela vient écorner le plaisir de la lecture.

PictomouiPictoOKAussi fictif soit-il, ce récit pose un regard tendre sur la vieillesse, étonne en mettant en scène des vieillards débrouillards et savourant le goût du risque. C’est une manière comme une autre d’introduire une réflexion sur la précarité et ses impacts sur le quotidien, forçant les uns à trouver des solutions alternatives, les autres à s’isoler. Mais quelle est la morale de cette histoire ? Qu’est-ce qui motive les agissements de certains personnages ? Quelques doutes sur le sens à donner à cette lecture, quelques doutes sur les intentions réelles de l’auteur. Peu d’alternatives si ce n’est une seconde lecture ou, mieux, la lecture des chroniques de Jérôme et de Noukette qui m’ont accompagnée dans cette découverte. Je vous invite à lire leurs chroniques.

la-bd-de-la-semaine-150x150Une lecture que je partage à l’occasion de la « BD de la semaine ». Tous les liens sont aujourd’hui chez Noukette.

Au fil de l’eau

One shot

Editeur : Rue de Sèvres

Dessinateur / Scénariste : Juan DIAZ CANALES

Dépôt légal : septembre 2016

112 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-309-5

Bulles bulles bulles…

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Au fil de l’eau – Diaz Canales © Rue de Sèvres – 2016

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21 commentaires sur « Au fil de l’eau (Diaz Canalès) »

    1. Quelques bémols oui, même si la compagnie de Niceto et de ses proches est bien agréable.
      Et Blacksad, mmhhh, il a du charisme ce matou détective ! 😉 Ça devrait te plaire

      Aimé par 1 personne

    1. Pourtant là, je ne suis pas super motivée pour faire une deuxième lecture de cet album ^^ Mais je serais curieuse de le relire un jour. Maintenant que je connais l’histoire dans son ensemble, je pense qu’il y a quelques détails que Diaz Canalès avait placé ça et là et que j’ai dû laisser passer

      Aimé par 1 personne

  1. tstststs cette BD me faisait sacrément de l’œil 😉
    Bon m’en vais voir les billets des copains !
    Je t’embrasse Mo Chéwie ❤

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  2. Ton billet fait très envie même si comme Noukette tu t’interroges sur le sens, mais si je la croise je l’emprunterai pour me faire mon idée!

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    1. En fait, j’avais interprété à ma manière, sans avoir la certitude que c’était bien l’intention de l’auteur de faire passer ce message là. Puis en en parlant avec Noukette et Jérôme, me suis rendue compte qu’il y avait d’autres pistes de lecture. Mais on doute tous les trois. Désagréable cette impression d’être légèrement passé à côté du sujet… ou pas ! ^^

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  3. Pas toujours simple à interpréter cet album, on est d’accord. Mais il dégage quand même un certain charme, pour ne pas dire un charme certain 😉

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    1. Un charme indéniable oui. C’est vrai qu’on est bien dans cet album. On n’a pas trop de certitudes quant aux conclusions qu’on peut en tirer… c’est la vie 🙂 (mais quand même, il y a un petit plaisir en plus quand on comprend les tenants et les aboutissants ^^)

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    1. Qui sait ! Même si on flotte au niveau de la compréhension de certains points (et il y en a assez peu finalement), je pense que tu auras plaisir à le lire. Et puis, ce coup de crayon franchement, il vaut le détour 😉

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    1. 😀
      J’aime pas ne pas comprendre non plus mais là finalement, ça passe. C’était peut-être parce qu’on était trois à le découvrir en même temps et que du coup, on a pu en parler… et que du coup, on se rend compte qu’on est moins seul dans le fait de ne pas avoir compris. Ça décomplexe P’t’être :mrgreen:

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