La Pension Moreau, tome 1 (Broyart & Lizano)

Broyart – Lizano © Editions de la Gouttière – 2017
Broyart – Lizano © Editions de la Gouttière – 2017

Emile a fugué plusieurs fois de chez lui et est mutique. Pour ces raisons, ses parents jettent l’épongent et décident de le confier à la pension Moreau.

En payant une somme faramineuse, ce richissime couple fait totalement confiance à cette institution pour remettre leur fils dans le droit chemin et l’éduquer. Derrière les murs épais de cet internat pour gosses de riches, Emile fait la connaissance de Victor, de Jeanne et de Paul. Il comprend vite que les conditions de vie sont austères. En dehors des quelques heures de cours hebdomadaires, les enfants sont corvéables à souhait. S’occuper du jardin, faire les lessives, rénover les pièces de la bâtisse… il n’y a là aucune place pour le plaisir. Les quatre membres de l’équipe éducative sont rigides, autoritaires et ne communiquent que pour rabrouer, donner des ordres, des coups et des punitions.

Vous connaissez les règles de notre pension. Vous nous confiez votre enfant définitivement. A charge pour nous de lui apprendre à vivre et de le replacer dans le droit chemin

Quel univers sombre pour un album jeunesse ! Benoît Broyart propose à ses jeunes lecteurs de faire une chute vertigineuse, aux antipodes de ce qu’ils peuvent lire habituellement. Il est effectivement assez rare d’aborder le sujet des violences et maltraitances dont les enfants peuvent être victimes. Il imagine, dans un huis-clos isolé, loin de toute ville, où pas même une oreille pourrait entendre un appel à l’aide… Et comble de tout, alors que tous les protagonistes sont des humains, les membres de cet internat ont une apparence animale. Le directeur est un hibou, le professeur un renard, celui qui s’occupe des activités physiques est un phacochère et le dernier, un raton laveur semble-t-il, n’a pas une fonction très claire.

Sur le site de l’éditeur, la fiche de présentation de l’album explique que le scénariste s’est inspiré d’un fait réel de 1934. Il y est question d’un bagne pour enfants et Jacques Prévert, en apprenant cela et même plus puisque les enfants se sont révoltés et certains sont parvenus à s’enfuir… mais une récompense pécuniaire fut offerte à chaque personne qui ramènerait un enfant dans cet enfer. Prévert laisse éclater sa colère dans un poème qu’il intitule « Chasse à l’enfant » et on peut en lire un court extrait dans « La Pension Moreau » puisque la première page met en scène le directeur-hibou, debout devant la fenêtre de son bureau, rêvassant à l’écoute d’une lecture de son poème.

« Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements
Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant
Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment »

(le texte dans son intégralité sur le site de Marc Lizano)

Pourtant, même si la réalité décrite dans cet album jeunesse est bien sombre, force est de constater que la lecture est d’une fluidité réelle. Les enfants pris dans ce cauchemar ont la force de caractère qui leur permet de supporter cette cruauté. De fait, le scénario s’appuie sur leur révolte silencieuse et reprend son souffle à chaque fois que l’un deux ose une pique à l’encontre d’un de leur geôlier. Les couleurs de Marc Lizano apportent un peu de chaleur et les tignasses rousses de deux des enfants sont des teintes qui ressortent, et que l’on cherche des yeux, dans ces gris, marrons et bleu marine.

PictoOKMalgré le sujet, les auteurs parviennent à faire en sorte qu’on les suive malgré les réticences. Ils nous interrogent, ils dénoncent la violence faite chaque jour à des enfants. La situation existe depuis l’aube des temps… espérons en cette chimère qu’un jour elle n’existera plus.

J’attends la suite avec impatience.

La Pension Moreau

Tome 1 : Les Enfants Terribles
Trilogie en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Marc LIZANO
Scénariste : Benoît BROYART
Dépôt légal : février 2017
48 pages, 14 euros, ISBN : 978-10-92111-08-8

Bulles bulles bulles…

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La Pension Moreau, tome 1 – Broyart – Lizano © Editions de la Gouttière – 2017

6 commentaires sur « La Pension Moreau, tome 1 (Broyart & Lizano) »

    1. Me tarde la suite tout de même ! Bien envie de savoir comment les enfants vont pouvoir se sortir de ce guêpier. L’album a suscité pas mal de questions chez Louka, de la colère aussi

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