En attendant Bojangles (Chabbert & Maurel)

Chabbert – Maurel © Steinkis – 2017

Le carrelage en noir et blanc fait un grand damier dans le couloir de l’appartement, un amoncellement de lettres qui n’ont jamais été ouvertes (et ne le seront jamais) forme une sculpture atypique dans l’entrée, le poster de Claude François transformé en cible de fléchettes… seul le vieux buffet de la salle-à-manger dévoré par le lierre manque à l’appel.
… Musique…
Sur la platine, un vinyle est déposé puis le diamant est posé sur le sillon. Les danseurs sont prêts. Ils attendent les premières notes. Après quelques secondes, la voix de Nina Simone s’élève. Elle chante son Mr Bojangles. Ils s’élancent. Georges et sa femme rejouent inlassablement cette danse et inlassablement ils se réchauffent à la flamme de leur amour.
La journée commence, leur fils dort encore. Dans le couloir, Mademoiselle Superfétatoire, la grue de la famille, donne des coups de becs sur la porte pour réveiller l’enfant et venir lui dire bonjour. Pris par leur danse, ses parents n’ont pas fait attention à l’heure… L’enfant va encore être en retard à l’école.
Quant au meilleur ami de la famille, adorablement surnommé l’Ordure, il viendra ce soir à la fête.

C’est en lisant quelques chroniques alléchantes que je me lançais, en mars 2016, dans la lecture du prometteur « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut. Pleine d’attentes, je dévorais ce roman sans coup férir et en sortais ravie quelques heures plus tard.

En revanche, je ne me rue jamais sur les adaptations par peur d’être déçue… à moins de ne pas connaître l’œuvre originelle. Mais il y a toujours des exceptions à la règle [ce mois-ci j’en ferai deux] surtout lorsque les artistes aux commandes sont Ingrid Chabbert et Carole Maurel [elles m’avaient touchée avec le superbe « Ecumes » il y a quelques mois].

Adaptation réussie ! On y est. On retrouve cette jolie famille et cette place parmi eux. L’ambiance graphique offre une chaleur inespérée grâce à des tons dominants qui oscillent entre le sépia et le vert pistache. Quelques scènes font intervenir des teintes plus toniques, plus chaudes encore ; c’est la fête, le rire, le bonheur. On accueille à bras ouverts l’originalité délirante de cette petite famille, on passe de la gaieté à la mélancolie en un battement de cils. La mère que son époux renomme chaque jour. Chaque matin, elle est une autre. Chaque jour elle tente trouver un équilibre entre son excentricité et ses envies de femme.

Bipolarité, schizophrénie, les médecins l’avaient accablée de tout leur savant vocable

S’adapter à la maladie. Trouver sa force dans cette fragilité. La contourner. Rire d’elle et des instants saugrenus qu’elle impose. Tenir, danser, s’aimer, relativiser, s’aimer. C’est dans cette cellule qu’un enfant grandit entre deux mondes : celui très discipliné de l’école et celui plus sémillant de la maison.

Pas besoin d’avoir lu le roman pour savourer cette adaptation. Bien sûr, l’album ne reprend pas tout mais notre mémoire vagabonde sans cesse vers les souvenirs de ce que nous avions lu pour les replacer dans l’album. Et pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas l’œuvre d’Olivier Bourdeaut, voilà une belle invitation à la lecture.

Beau, drôle, touchant, rempli de bonne humeur, de légèreté malgré le sujet de fond. A lire assurément.

Une lecture faire en compagnie de Noukette.

Petite pépite partagée à l’occasion de la BD de la semaine que l’on retrouve [premier mercredi du mois oblige] chez Moka !

En attendant Bojangles

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur : Carole MAUREL
Scénariste : Ingrid CHABBERT
Dépôt légal : novembre 2017
104 pages, euros, ISBN : 978-2-36846-109-9

Bulles bulles bulles…

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En attendant Bojangles – Chabbert – Maurel © Steinkis – 2017

40 commentaires sur « En attendant Bojangles (Chabbert & Maurel) »

    1. Yess. J’ai vraiment bien aimé. Tout m’a plu, même l’apparence des personnages (parfois, on a du mal à les voir différents de l’apparence qu’on leur avait donnée dans un roman) ! Fonce 😉

      Aimé par 1 personne

  1. Tout comme toi j’ai toujours du mal avec les adaptations et quelque soit le support, mais à la lecture de ton billet, je te fais confiance à 100% !!!
    Bisous 😘

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    1. En ouvrant l’album, je partais dans l’idée qu’il manquerait trop de choses du roman. J’imaginais déjà à quel point j’allais être agacée. En fin de compte, ça ne s’est pas du tout passé comme ça ! 😛 (sauf pour ce buffet dont je me rappelle la description dans le roman et que je n’ai pas retrouvé ici… mais bon, je ne vais pas faire un foin pour un buffet 😛 )

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  2. J’ai tellement aimé le roman que je suis bien contente de savoir que je pourrai retrouver cette famille touchante dans une adaptation réussie. J’espère la trouver à la médiathèque 🙂

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  3. Comme toi, je suis frileuse avec les adaptations (surtout cinématographiques) et pourtant, quelques dernières lectures m’ont permis d’en découvrir de belles!
    Je n’ai pas (encore) lu le roman car il ne m’attirait pas à sa sortie (sa belle couverture mise à part) mais depuis que je sais qu’il doit-est adapté, j’ai bien envie de me laisser tenter (par les deux)!

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    1. Je préfère faire le chemin inverse : commencer par l’adaptation et me tourner ensuite vers le roman. Dans ce cas-là, j’y vais toujours confiante, la lecture est forcément plus dense.
      Là, c’était un peu quitte ou double car j’avais beaucoup aimé le roman qui regorge de vie et de détails. Et puis l’écriture de Bourdeaut crée une belle complicité entre les personnage et le lecteur. J’appréhendais que tout cela ne soit pas présent ici. Mais on se sent bien dans cet album. Très bien même. Et je crois bien qu’il te donnera envie d’aller lire le roman tu sais 😉

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  4. J’ai tellement aimé le roman, je n’aime pas non plus les adaptations mais j’arrive à être agréablement surprise, le dessin me plait, je vais craquer!

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    1. Je pense que c’est plus sage. Tu pourras même plonger dans le roman sitôt l’album terminé (alors que dans l’autre sens… l’alchimie sera mins forte je pense)

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  5. Je vais attendre un peu et lire le roman d’abord. Il est dans ma PAL et si je commence par la BD, je ne le lirai jamais, je me connais

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    1. D’un autre côté, la BD te donne un bel aperçu du roman et tu peux te ruer vers le roman dès que tu as terminé de lire l’album.
      Si tu commences par le roman… ma foi… je crois que la BD devra attendre un certain moment (pour ne pas dire un moment certain) avant que tu n’aies envie de la découvrir. Non ? 😛

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      1. Pas forcément parce que c’est un livre audio et ma PAL est plus petite en audio 😉 Mais je ne suis pas sure d’avoir très envie de le lire. On verra.

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    1. Ah ces piles à lire… elles sont toujours trop pleines mais dès que j’en extraits deux livres, j’ai l’impression que je vais manquer tôt ou tard :mrgreen:

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