L’arbre-coeur (Comès)

Comès © Casterman – 1988
Comès © Casterman – 1988

Septembre 1985.

Ambre rentre chez elle après avoir arpenté le globe en tant que photographe de guerre. Blessée à l’œil pendant son dernier reportage en Afghanistan, elle doit quitter le métier.

Cette retraite prématurée la conduit donc à revenir dans la maison familiale, un havre de paix perdu au milieu de nulle part. Là, dans les Ardennes, elle s’apaise et retrouve le calme de son enfance.

Les voix qu’elle entend, les hallucinations visuelles dont elle est l’objet sont autant de faits étranges qui ne semblent pas l’inquiéter le moins du monde.

Ce personnage d’Ambre s’inscrit dans la lignée des femmes au caractère bien trempé que Comès construit. A l’instar d’Eva ou de la sorcière de Silence, l’auteur a témoigné tout au long de sa carrière de l’attrait qu’il pouvait avoir pour ce genre de femmes. Il parvient à transmettre son étrange fascination au lecteur. On tente de trouver une place dans les univers inquiétants auxquels il donne corps. Ses jeux d’ombre et de lumière servent à merveille un propos assez froid. Pourtant, je ne suis pas grande amatrice de ce dernier. L’emploi excessif de points d’exclamation a tendance, à la longue, à m’exaspérer et me donne l’impression que le jeu des échanges est poussé à l’extrême, comme théâtralisé. Les personnages perdent parfois en crédibilité, il m’est difficile de matérialiser leur timbre de voix pour cette raison. Cela affecte le plaisir ressenti pendant la lecture. Point de vue totalement personnel et subjectif au demeurant.

L’Arbre-cœur – Comès © Casterman – 1988
L’Arbre-cœur – Comès © Casterman – 1988

Chaque album de Comès a sa particularité pourtant, une fois n’est pas coutume, les similitudes avec La maison où rêve les arbres m’a déçue bien que cet album-ci m’ait plu davantage. J’y ai retrouvé une finesse dans la façon de traiter la souffrance psychique et l’abnégation de sa folie. Là, dans sa solitude, le personnage principal se confronte à ses fantômes, certains seront plus concrets que d’autres.

L’ambiance graphique quant à elle est plus saisissante. Les nombreux passages muets qui jalonnent l’album incitent le lecteur à s’immiscer dans l’huis-clos, à observer les événements via de multiples angles de vue. Le dessin de Didier Comès est une nouvelle fois vecteur de sons et de ressentis divers : angoisse, inquiétude, chaleur… on sent que l’auteur maîtrise totalement son sujet ainsi que le décor qu’il y associe. Le fait est que les Ardennes est une région qu’il connaît bien. Comme dans une bonne partie des ouvrages qui ont précédé L’arbre-cœur, Comès reproduit ici ses paysages de prédilection. Silence (1980), La Belette (1983), Eva (1985) faisaient déjà évoluer des personnages fictifs sur ce même décor désertique, dépeignant une campagne rude où les rapports humains sont presque dénués de toute convivialité. Les albums ultérieurs de Comès continueront à s’articuler autour de ce point d’ancrage (La maison où rêvent les arbres, Dix de Der…). De même, l’artiste se plaît à inventer des huis-clos et à malaxer sournoisement la tension qui en découle. Faits inexpliqués, rapports atypiques de l’homme avec la nature, retournements de situation inattendus, présence de personnalités aussi austères que mystérieuses…

PictomouiNains, fantômes, chevaliers… autant de vieilles légendes qui Comès fait exister dans ses histoires.

Pourtant, s’il est facile de plonger dans ses récits et de se laisser prendre par l’intrigue, il est certain de ses titres – comme celui-ci – dont on sort assez peu ébranlé.

LABEL Lecture AccompagnéeLa chronique de Marilyne sur ce titre. D’ailleurs, c’est une nouvelle fois en sa compagnie que je réalise cette lecture.

Dans l’idée de découvrir davantage la bibliographie de cet auteur, Marilyne a choisi quant à elle de se plonger dans Dix de Der (pour lire sa chronique, cliquez sur ce lien).

L’arbre-cœur

One shot

Editeur : Casterman

Dessinateur / Scénariste : Didier COMES

Dépôt légal : septembre 1988

ISBN : 2203334428

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’Arbre-cœur – Comès © Casterman – 1988

Publicités

10 commentaires sur « L’arbre-coeur (Comès) »

    1. Oui… mais peut-être qu’à toi il te plaira… cet album…Je ne sais pas en fait. Je n’ai pas l’habitude d’être mi figue mi raisin avec des ouvrages de Comès

      J'aime

  1. Oui, c’est fascinant, il y a le huis-clos et la tension, mais l’atmosphère portée par le graphisme ne parvient pas à se déployer par la narration qui  » encadre trop  » ( ton impression de théâtralisation ). Bon, je ne vais donc pas choisir  » la maison où rêvent les arbres  » pour notre prochaine ^^

    J'aime

    1. Non parce que j’ai préféré cet Arbre-coeur à l’album que j’avais choisi la dernière fois. Il y a trop de redondances entre les deux titres. Mais le rythme de celui-ci reste plus agréable que la platitude de « La maison où rêvent les arbres »

      J'aime

    1. Ce noir et blanc me fascine toujours autant moi aussi. Deux « presque » déception coup sur coup pour des albums de Comès… ça fait bizarre tout de même…

      J'aime

    1. Sinon, il y a « Eva ». Je l’ai aussi conseillé à Marilyne et je crois que c’est celui qui m’a le plus marqué (« Silence » vient juste après)

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s