Ermo (Loth)

1936. L’Espagne est à feu et à sang. La guerre civile bat son plein, aucune région n’est épargnée. Le récit commence au début de l’été 1936. Ermo, un gosse des rues, orphelin, rêve de pouvoir aller assister au spectacle d’une troupe d’artistes ambulants. Lorsque ceux-ci replie leur chapiteau, Ermo profite de leur inattention pour se glisser dans leur camion. Il sera démarqué quelques kilomètres plus loin lorsque la petite troupe fait halte dans un village du sud de l’Espagne. Les autorités locales, corrompues jusqu’à la moelle, font régner la terreur sur la bourgade. Au même titre que les autres opposants, la troupe de saltimbanques est emprisonnées. Dans la cellule, Ermo fait la connaissance de ses compagnons d’infortune : Sidi le magicien et la femme Fina, leur fille Anabela et Juan l’homme de main et ami du couple.

Par un heureux effet du hasard, Ermo parvient à libérer ses amis ainsi que les autres prisonniers et à déjouer un coup d’état. Au vu des événements nationaux et de leurs finances désastreuses, ils décident ensuite de se rendre à Barcelone, espérant ainsi se refaire une santé. Ils arrivent à Barcelone le 18 juillet 1936 et vont assister au coup d’état fomenté par les militaires. Une date qui aura des conséquences catastrophiques sur le devenir de l’Espagne. La Révolution espagnole éclate.

La mayonnaise met un peu de temps avant de prendre. Le premier tome installe les personnages, c’est un peu long. Qu’Ermo choisisse de se glisser clandestinement dans le camion des gitans est une décision que l’on accepte facilement, la suite des événements de ce premier volet peut parfois surprendre. Ainsi, le groupe ne va jamais remettre en question sa présence ou la manière qu’il a eue de s’associer à eux. Rapidement, sans qu’on perçoive les tenants et les aboutissants de leur rencontre, il va être intégré à cette famille et considéré comme un de ses membres à part entière. Pour le reste, rien ne vient saccader l’enchaînement des événements de ce tome de lancement de série. Pourtant, si je n’avais pas eu les cinq autres tomes à portée de main, je reconnais que jamais je n’aurais poursuivi ma lecture. En effet, la juxtaposition d’éléments narratifs qui n’ont a priori rien en commun m’a donné l’impression que le puzzle que Bruno Loth (Apprenti, Ouvrier) mettait en place n’avait pas de liant. Le côté surnaturel apporté par le don d’Ermo de pouvoir dialoguer avec ses parents défunts, le fait que ce couple disparu interagisse sur la réalité sans qu’il n’y ait aucune limite à leurs « pouvoirs » ; il suffit qu’Ermo le souhaite et ces deux bons génies parentaux exécutent ses volontés. Et puis il y a le reste et notamment la manière dont le contexte socio-politique est traité : on est là dans une petite bourgade à la botte de militaires corrompus et avec qui collabore un curé de paroisse qui est un pur cliché de tout ce que l’Eglise peut avoir de malsain : tout est bon pourvu que la situation tourne à son avantage et ses tendances pédophiles semblent n’attendre qu’une occasion pour s’épanouir.

Mais lorsqu’on referme « Le Magicien » (tome 1), l’ensemble des ingrédients sont jetés dans la marmite : un contexte social historique, du fantastique, de l’aventure, des sentiments (amour et amitié), du suspens. Curieuse du sort qui est réservé aux protagonistes de cette histoire, j’ai donc poursuivi la découverte de la série « Ermo ». Dès le second tome, le ton change, l’intrigue est plus construite, plus posée, moins éclatée et les liens se renforcent entre cette petite famille recomposée et les protagonistes qu’ils vont rencontrer durant leur périple. Après les déboires du premier tome, ils reprennent la route et se dirigent cette fois vers Barcelone. Dès lors, l’auteur enrichit son scénario de nombreux événements historiques et brosse le portrait d’une Espagne en ébullition.

Ça ne peut pas tomber plus mal… les militaires complotent, l’Eglise menace, la Droite attise, avec ça le monde du spectacle est au plus mal

En choisissant de faire arriver ses personnages à la veille du jour où la Révolution civile, Bruno Loth s’est ouvert la possibilité d’évoquer cette période tumultueuse et de pouvoir évoquer les événements via l’aventure fictive d’un jeune gosse des rues. Ainsi, le lecteur va avoir la possibilité de revivre la chronologie des faits, revoir les tenants et les aboutissants de ce conflit social. D’ailleurs, le lecteur n’est pas totalement neutre dans l’histoire puisque les héros qu’il va suivre vont rapidement afficher leurs opinions politiques et se ranger du côté des mouvements anarchistes. Pour autant, nous ne sommes pas pris à la gorge durant la lecture. Le regard posé sur les faits reste objectif et le scénariste prend le temps de peser ses mots, de mettre en lumière certains hommes qui ont influencés le cours des choses… qui ont forcé « la masse » à penser autrement, à s’exprimer, à revendiquer des droits et leur attachement à la liberté.

« Ermo », c’est une histoire en 6 tomes qui revient sur les événements espagnols qui ont eu lieu de juillet à novembre 1936. Le récit nous emmène jusqu’à ce jour fatidique où Buenaventura Durruti est allé tutoyer les étoiles.

Aucune armée ne peut soumettre tout un peuple uni et déterminé. Construisons des barricades et coupons la route à ceux qui veulent abattre la liberté ! Vive la Révolution !

Outre les courants anarchistes, il sera également question de la Phalange espagnole, de l’installation de Franco au pouvoir, des alliances entre Franco – le Duce – Hitler, de mouvements nationaux, l’exode des espagnols fuyants le régime et la terreur, les communautés libertaires, le mouvement des Mujeres libres, le communisme… Les noms de personnalités se mêlent à ceux des anonymes : José Antonio Primo de Rivera, le docker Lecha, Vladimir Antonov-Ovseenko, Federica Montseny, Lluís Companys i Jover, Lucia Sanchez Saornil

Campañeras, depuis notre plus jeune âge, nous souffrons en regardant les visages prématurément vieillis des femmes du peuple. La cause de ces rides profondes est un triple esclavage : celui de la tradition, celui de l’ignorance et celui de la reproduction. Poing levé, femmes d’Ibérie par les routes ardentes affirmant des promesses de vie défions la tradition

(début de discours prononcé en 1936 par Lucia Sanchez Saornil repris dans le quatrième tome d’Ermo.

PictoOKTrès beau récit que nous livre Bruno Loth. Le personnage du jeune Ermo pourrait symboliser l’esprit de la Révolution espagnole de 1936 ou bien encore le passage de l’enfance à l’âge adulte… et la perte d’innocence inhérente à cette maturité grandissante.

Mais au-delà de la simple fiction, « Ermo » est un très beau support pour aborder la guerre civile espagnole. A la fois didactique et ludique, voilà une série qui permettra aux plus jeunes de se sensibiliser aux événements qui ont agités l’Espagne en 1936… Pour les autres, cela permettra de conserver la mémoire des événements.

A mettre en toutes les mains (public : ado, adultes).

A lire : cet article dédié à l’auteur sur littexpress.

Extraits :

« De Catalogne, par centaines, les Espagnols fuyant les atrocités de la guerre, franchissent les Pyrénées, emportant avec eux quelques bagages, restes dérisoires de leur vie passée (Ermo, tome 3)

« – C’est que je m’y connais en maquereau ! Le nôtre, il a eu le choix : partir au front ou une balle entre les deux oreilles…
– Dommage. Il a choisi de partir au front…
– Les Mujeres libres aident les prostituées à se sortir du milieu et à trouver un boulot. On leur apprend à lire. Trop de femmes sont analphabètes, le changement passera par l’éducation.
– Y’en a marre de subir le machisme. Nous voulons l’égalité des salaires, le droit au divorce, à l’avortement… et la liberté sexuelle, nom de Dieu ! » (Ermo, tome 4).

Ermo

Série terminée en 6 tomes

Editeur : Libre d’Images

Dessinateur / Scénariste : Bruno LOTH

Dépôt légal : avril 2006 à 2013

Bulles bulles bulles…

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Ermo, série en 6 tomes – Loth © Libre d’Images – 2006 à 2013

9 commentaires sur « Ermo (Loth) »

  1. 6 tomes tout de même 😉 bon le sujet me plait (et ton billet drôlement aussi !) irai cette semaine voir du côté de la médiathèque pour y jeter des yeux 😉
    bisous copine ❤

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    1. 6 petits tomes (46 pages, petit format) 😀
      J4ai juste eu du mal à passer le cap du tome 1. Il est pourtant bien utile ce tome car il installe personnages et contexte social. Mais voilà. Après, dès le tome 2, le rythme s’installe et on accepte mieux l’ambiance graphique associée à la série (couleurs, trait…) 😉

      Aimé par 1 personne

        1. Si tu trouves, ne te contente pas de prendre le premier tome (parce qu’il est un peu fouillis comparé au reste de la série) 😉

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    1. Je pense qu’il y est déjà en biblio. Le dernier tome date de 2013.
      Un bon support pour rafraichir ses connaissances sur cette période de l’histoire espagnole en tout cas 🙂

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