Alvin, diptyque (Hautière & Dillies)

Alvin, diptyque – Hautière – Dillies © Dargaud – 2015
Alvin, diptyque – Hautière – Dillies © Dargaud – 2015
Alvin, diptyque – Hautière – Dillies © Dargaud – 2016
Alvin, diptyque – Hautière – Dillies © Dargaud – 2016

C’est le jour de paye pour Gaston. En cette fin de semaine, alors qu’il débauche de son poste sur le chantier, il invite son collègue et ami à le suivre au bar de George. Mais Gaston voit son invitation refusée. Pavlo va bientôt être père de famille et il doit désormais être responsable ; il ne peut plus se permettre de dépenser sa paye dans l’alcool et les parties de poker. Responsable… voilà bien une obligation que Gaston ne se sent pas en capacité d’assumer.

Il part donc seul au bar de George, dépenser quelques sous dans quelques pintes. Alors qu’il est accoudé au comptoir, Purity vient le saluer. Cette femme de petite vertu est aussi son amie. Alors, quand celle-ci – après avoir été passée à tabac par un de ses clients – confie dans un souffle qu’elle est inquiète pour l’enfant qu’elle élève seule, Gaston l’apaise. Consciente que sa vie est entre les mains des médecins, elle lui fait part de ses dernières volontés : elle lui demande de veiller sur Alvin et de promettre que l’enfant ne sera pas confié à l’Assistance Publique. Gaston promet… et apprend le lendemain matin, en arrivant à l’hôpital, que Purity a rendu son dernier souffle.

Lui qui ne voulait assumer aucune responsabilité met pourtant tout en œuvre pour tenir ses engagements. Il prend Alvin sous son aile comme il l’avait autrefois fait pour Abélard. Constatant que l’enfant n’a nulle part où aller, Gaston décide de quitter New-York et de l’emmener en Louisiane, dans la ville natale de sa mère, espérant ainsi y trouver les membres de sa famille à qui il pourra confier la garde d’Alvin.

C’était avec tristesse que j’avais refermé le diptyque d’ « Abélard ». J’acceptais mal la disparition d’un personnage comme celui-ci ; il m’avait touchée car il était fragile, humaniste, drôle, tendre… attachant tout simplement.

Alors comment résister quand Régis Hautière et Renaud Dillies propose une nouvelle épopée qui fait revivre Gaston, compagnon d’aventure et d’infortune du chétif Abélard ?

On retrouve dans « Alvin » la même tendresse des auteurs à l’égard de leurs personnages. A chaque page de ce récit, Régis Hautière dépose délicatement un détail qui contribue à construire un lien durable entre les deux protagonistes. Ainsi, dans cette quête initiatique que va vivre Alvin-l’enfant, Gaston [l’adulte] veille à ce que tout se passe au mieux. Rien ne prédestinaient pourtant ces deux-là à s’entendre, si ce n’est pour l’amour que l’un porte à sa mère et le profond respect que l’autre voue à son amie… Purity incarnant ces deux facettes de la femme.

Contre toute attente, on assiste – impuissants et ravis – à la métamorphose de Gaston ; sous nos yeux, il reprend vie et accepte une nouvelle fois de tendre la main à plus petit que soi. On sent sa peur de s’attacher de nouveau à quelqu’un mais malgré tout, il accepte de se lancer dans un nouveau périple. Une nouvelle fois, son compagnon de route est un individu frêle et chétif qu’il doit protéger. Mais là ne s’arrêtent pas les similitudes entre Abélard et Alvin. Excepté leur âge respectif, tous deux sont naïfs et rêveurs, tous deux posent inlassablement des questions sur le monde qui les entourent afin de pouvoir mieux en appréhender les contours. On ressent constamment la présence d’Abélard, comme une présence diffuse jusqu’à ce que les émotions de Gaston s’apaisent et qu’il commence le douloureux travail de deuil qu’il doit entreprendre.

La poésie de l’instant est renforcée par les petits billets qui continuent à sortir quotidiennement du chapeau magique. Les couleurs et le trait de Renaud Dillies inscrivent le diptyque d’ « Alvin » dans la lignée de son prédécesseur. Les tons sont chatoyants et doux et portent à merveille cet univers fictif pourtant traversé par des sujets qui font notre quotidien : le racisme, l’esclavage, la prostitution, l’intolérance, le fanatisme religieux… La poésie n’est pas en reste pourtant, force est de constater que ce récit a moins de force et de profondeur que le précédent malgré la présence de jolies trouvailles graphiques qui viennent agrémenter l’ensemble.

PictoOKTrès belle suite donnée à « Abélard ». Elle nous permet de refermer l’histoire en étant moins triste et moins amer quant à la disparition d’un personnage qui nous était cher. Le fait de connaître « Abélard » est un plus incontestable pour pouvoir savourer pleinement « Alvin ».

LABEL LectureCommuneUne lecture commune que je partage avec Jérôme et Noukette.

La chronique de Marion (tome 2)

Les BD de la semaine sont aujourd’hui chez Noukette :

Extrait :

« – Comment c’est possible, de perdre le goût de la vie ? Ça a pas de goût, la vie.

– Si, un petit goût salé. Et sucré aussi. Mais c’est seulement quand tu l’as perdu que tu t’en rends compte » (Alvin, tome 2).

Alvin

Diptyque terminé

Editeur : Dargaud 

Dessinateur : Renaud DILLIES

Scénariste : Régis HAUTIERE

Dépôt légal : juin 2015 (tome 1) et janvier 2016 (tome 2)

ISBN : 978-2-5050-6404-6 (tome 1) et 978-2-5050-6416-9 (tome 2)

Bulles bulles bulles…

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Alvin, diptyque – Hautière – Dillies © Dargaud – 2015 et 2016

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27 commentaires sur « Alvin, diptyque (Hautière & Dillies) »

    1. Ah oui car qui ne lit pas « Abélard » avant ne va pas profiter de toutes les petites miettes de nostalgies disséminées ça et là dans « Alvin ». Les parallèles et références sont trop nombreux et ce serait bien dommage de passer à côté. Mais oui, même si… 😀

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    1. J’avais acheté le premier tome à sa sortie. Ce n’était pas simple d’attendre le second tome mais je voulais absolument découvrir ce diptyque d’une traite. Je ne regrette pas, même si j’attendais un coup de cœur qui n’est pas venu durant la lecture.

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  1. Uhhhh comme je l’aime Gaston ❤ et comme J'aime TOUT, 1er diptyque comme le second 😉 Et celui-là a fait grand bien à mon intérieur de grande romantique-fleur-bleue :-p

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    1. Je suis d’accord sur le fait que ce nouveau diptyque fait du bien… mais parce qu’il me semble qu’il nous [lecteurs] permet d’être un peu plus serein, d’accepter qu’Abélard soit parti et que les personnages de cet univers (Gaston essentiellement) peuvent tout à fait continuer à évoluer sans Abélard. Mais voilà… c’est moins fort quand même que le premier diptyque 😛

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        1. Une autre histoire qui utilise tout de même bien les ficelles de la première ^^
          Je crois qu’on est d’accord sur le fond, mais tout de même… :mrgreen:

          Aimé par 1 personne

  2. Même si, même si… Tss… Bande incorrigibles…! Je fonds pour Alvin moi… Et je suis sûre que de là où il est notre Abélard regarde avec bienveillance ce petit bonhomme qui hérite sans le savoir de bien des traits de son caractère ❤

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