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It's not a Piece of Cake

Peña © La Boîte à Bulles - 2011

Nous sommes en 1901. Lord Barnes et Lord Mac Dale s’affrontent une nouvelle fois dans un défi culinaire : il s’agit de retrouver la recette des succulents black shortbreads de Moira Killhinan, l’arrière-grand-mère du Duc de Montrose. La difficulté est de taille puisque la Duchesse a emporté le secret de fabrication des gâteaux dans sa tombe et aucune piste n’a permis, pour l’heure, de retrouver l’ingrédient qui leur donnait cette saveur douce-amère si particulière.

Puisqu’il avait brillamment défendu les intérêts de Lord Mac Dale dans un précédent pari, le counseller (entendez « conseiller culinaire ») Victor Neville est de nouveau mandaté pour représenter l’aristocrate. Il se rend donc à Montrose Castle (Écosse), illustre demeure de la lignée des Montrose. Sur place, il retrouve Alice Barnes. La jeune fille est chargée de mener à bien cette épreuve afin de défendre la réputation et l’honneur de son père. Mais Victor fait un désagréable constat : sur les conseils du Duc de Montrose, Alice est secondée par un counseller hors-pair que Victor ne connait que trop bien puisqu’il s’agit de Percy Neville, son frère.

Au duel culinaire qui oppose les deux Lords s’ajoute donc une lutte fratricide entre Victor, le counseller cuisinier, et Percy, le counseller espion. Percy cherche à prouver à tous qu’il est le plus à même de succéder à leur père, Lawrence Neville dont la mort remonte à une vingtaine d’années. Si les circonstances de son décès restent obscures, la seule certitude est que ce counseller qui alliait à la fois les qualités d’espion et de cuisinier s’est éteint à Montrose Castle. Le lieu est donc symbolique à plus d’un titre et la tension va rythmer cette enquête dans laquelle les vivants comme les morts auront leur mot à dire !

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ENFIN la suite tant attendue de Tea Party ! Depuis trois ans, l’enquête battait son plein. Pressions sur l’éditeur pour avoir des informations mais il ne lâchait rien. Investigations régulières sur le blog de Nancy Peña… pas de date de sortie annoncée… C’était insoutenable ! Et puis la nouvelle est tombée à la rentrée : une sortie prévue pour le 20 octobre 2011. Sitôt arrivé, sitôt lu et relu (on fait durer le plaisir)… Le résultat est à la hauteur de mes attentes : l’album est mature, subtile et prenant.

Livret d'accompagnement It's not a piece of cake

Livret d'accompagnement "It's not a piece of cake"

Tout d’abord, je m’arrêterais un instant sur un des bonus de l’album : un livret d’accompagnement (tirage limité) qui doit son existence au Festival Des bulles dans la ville. Intitulé « Comment s’infuse une bande dessinée de Nancy Peña », Oslo (le chat de Nancy) nous y explique les méthodes de travail de sa maîtresse, ses objectifs (fond, forme), le rôle de l’éditeur dans le travail créatif… C’est très intéressant, un délicieux préambule à la lecture de l’album en lui-même…

Pour mener à bien ce thriller, Nancy Peña a trouvé le juste équilibre entre monde réel et monde fantastique. N’oublions pas que nous sommes en Écosse, Terre de légendes à laquelle l’auteur rend hommage en entretenant le mythe du Château hanté. Kilts, fantômes, journées pluvieuses, tous les ingrédients sont présents pour personnifier le décor dans lequel les personnages évoluent. Un univers onirique qui se nourrit également des ambiances japonisantes (chères à l’auteure) via la présence du kimono aux chats et d’un conte épique fabuleux intitulé « La femme océan » (aperçu sur son blog) et qui n’est pas sans rappeler étrangement l’histoire de la femme au kimono et la ténacité de son prétendant (Le Chat du Kimono). Les passerelles sont nombreuses entre les trois opus de cet univers puisqu’on croisera également le lapin blanc d’Alice au Pays des Merveilles et Sherlock Holmes. Cependant, It’s not a piece of cake peut être lu indépendamment des deux autres tomes.

It’s not a piece of cake est également l’occasion de fouiller dans le passé de Victor Neville pour comprendre ce qui l’a motivé à devenir counseller. Un personnage torturé et angoissé qui, bien malgré lui, se retrouve à la croisée de toutes les intrigues de ce nouvel opus. Un concours de circonstances qui se déchaînent sur lui : un hôte (le Duc de Montrose) contraint de l’accueillir mais qui se positionne en faveur du camp Barnes ; une confrontation à son frère (décidé à assouvir son besoin de supériorité) qui le perturbe ; une méfiance des domestiques (détenteurs de nombreux secrets concernant la mort de Lawrence) à son égard ; et enfin, des morts qui semblent convaincus qu’il est un « récepteur propice » leur permettant de se faire entendre… autant d’éléments narratifs qui conduiront le défi culinaire vers des pistes inattendues. Le tout contribue à créer une tension soutenue autour d’un personnage principal impliqué dans un imbroglio parfaitement orchestré par l’auteur. De nombreux rebondissements rythment le récit, on ne peut que se réjouir de cette lecture stimulante tant pour l’esprit… que pour les papilles. Les jeux de personnages secondaires entretiennent cette tension qui rythme un huis-clos de 14 personnages (9 vivants – chat du kimono compris – et 5 morts).

L’auteur ajoute à cela le fait que Victor souffre d’un cruel manque de confiance en lui. L’homme est adepte des conclusions hâtives voire interprétatives qui le conduisent vers de fausses pistes. Plus l’intrigue se développe et plus l’individu s’isole et se réfugie dans l’introspection. Ses rencontres imaginaires le désarçonnent, lui livrent des informations confuses qui parasitent les données plus objectives en sa possession. Irrémédiablement, il balbutie dans son enquête. Quant à moi, prise dans la lecture, j’ai fait un rapide constat au bout de quelques pages : j’étais à la merci du bon vouloir de l’auteur, c’est assez jouissif. Impossible de deviner « qui du cuisinier ou de l’espion fait le meilleur counseller », j’ai donc opté pour la seule alternative possible : m’impliquer d’avantage dans la lecture, tenter de dénouer le vrai du faux et venir en aide à Victor, héros malgré lui de cette intrigue.

Enfin, si Neville peut être considéré comme le personnage principal, n’oublions pas un autre personnage-clé de cette série : le chat qui s’évade régulièrement du kimono. Cet être fantastique sert une nouvelle fois l’intrigue par sa mystérieuse participation, à la fois confident du héros et chimère ; il ancre le monde imaginaire de Victor dans la réalité mais son ambiguïté sème le doute puisqu’on ne sait jamais avec certitude dans quel camp il se place. Cet album est également l’occasion de retrouver le personnage fantomatique de l’oiseau qui accompagnait Victor dans l’épreuve de la Tea Party. Est-ce sa conscience ? Son ange gardien ? La Mort qui le guette ?

Graphiquement, si l’on reconnait immédiatement le trait de l’auteure, on y découvrira avec plaisir une aisance et une technicité accrues. Les décors foisonnent de détails (le château de Montrose pourrait être considéré comme un personnage à part entière, tant il regorge d’éléments), les émotions des personnages sont palpables et les accessoires (principalement vestimentaires) contribuent largement à nous mettre dans l’ambiance. Les jeux d’ombre et de lumière sont au service de la narration, les contrastes noir/blanc complètent les nombreux non-dits et jeux de regards. Le livret d’accompagnement prend le temps d’expliquer les objectifs de travail de l’auteur ainsi que les différentes étapes de réalisation (du synopsis, crayonné, découpage/cadrage, encrage…).

Comme l’explique Nancy Peña dans le livret joint à l’ouvrage, le recours à la bichromie lui permet non seulement de soulager le scénario des explications et transitions nécessaires, mais aussi de recourir à différentes ambiances narratives. Ainsi, la présence de rouge dans les illustrations matérialise l’aspect fantastique (technique graphique apparue dans Tea Party). Le rêve, la prémonition, le souvenir… autant d’espace-temps qui complètent le récit principal, nous donnent des clés de compréhensions supplémentaires et nous permettent de nous identifier au personnage.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

MangoMi-réaliste mi-fantastique, ce récit dispose du juste équilibre entre les registres sémantiques. Cette osmose entre ces deux mondes sert un scénario cohérent. La découpe de planches donne une bonne dynamique à un récit dont le rythme n’accepte aucun temps mort (à quelques rares exceptions). La lecture est fluide, l’intrigue est prenante et ne se dévoile qu’en toute fin d’album. Grande et agréable surprise : la dernière page offre une fin ouverte vers l’avenir incertain de Victor Neville. On peut donc se réjouir à l’idée qu’un quatrième opus viendra une nouvelle fois nous contenter.

C’est un excellent ouvrage et je ne peux que vous en conseiller la lecture d’autant que de nombreux bonus viennent compléter l’histoire centrale (plusieurs visuels de couvertures réalisés durant la construction de l’album, l’arbre généalogique d’un protagoniste du récit…), blog de l’auteur, des extras créées autour de cet univers disponibles sur la-boite-a-the.com, blog Grafiketgrafok de Céline (qui coud les costumes dont Nancy Peña s’inspire pour illustrer ses albums)…

Je profite de cette chronique pour vous rappeler qu’un Concours est ouvert sur ce blog. Si vous voulez tenter votre chance pour gagner un exemplaire de It’s not a piece of cake (accompagné du fameux livret !), je vous invite à suivre ce lien. Dépêchez-vous, le concours se clôt le 16 octobre à minuit !

It’s not a Piece of Cake

Tome 3

Série en cours

Éditeur : La Boîte à bulles

Collection : Contre-jour

Dessinateur / Scénariste : Nancy PEÑA

Dépôt légal : octobre 2011

Bulles bulles bulles…

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It’s not a piece of cake – Peña © La Boîte à Bulles – 2011

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