La Casa (Hussenot)

Hussenot © Warum – 2016
Hussenot © Warum – 2016

D’un coup de vent, elle s’envole parce qu’elle était trop fine ou mal accrochée. A d’autres moments, c’est un refuge car ses bords épais sont solides, comme les murs d’une maison. Elle tient un décor et parfois contient quelques accessoires pour s’asseoir, boire ou se cacher. Elle est carrée, ronde, petite ou prend carrément toute une page. Elle se tort, se brise, se monte ou se démonte. Elle vibre, enferme, protège ou prend au piège. Elle vit, est malléable, mobile ou immobile, elle est noire, blanche ou en couleurs. La case.

En 2011, je découvrais « 3 secondes » l’album expérimental de Marc-Antoine Mathieu. Je découvrais ses champs et contre-champs, ses jeux de miroir, l’utilisation du reflet à l’infini. Je trouvais ça original, drôle, étonnant. Je ne connaissais pas encore « Ici » qui réalise la prouesse de faire défiler des siècles d’histoire sur un même plan figé par une case immobile. Je n’avais jamais vu de personnage qui pliait, froissait ou piétinait (de rage) la case dans laquelle il évoluait jusque-là. Je n’avais pas non plus lu « Philémon » ni « Les trois chemins », je venais à peine de lire « Cerebus », ne connaissais pas l’OuBaPo et ce n’est que trois ans plus tard que nous avons construit le thème du « petit laboratoire d’exploration séquentielle » sur kbd. Puis surtout, je n’avais pas lu « La Casa » de Victor Hussenot, publié la première fois en 2011 et réédité cette année à l’occasion d’un tirage-anniversaire. En somme, j’avais une vision assez classique de l’utilisation de la case et j’ai découvert peu à peu que l’on pouvait la contourner et qu’on se plait à en savourer le côté ludique ; ça impressionne et change un peu le rapport à l’objet que l’on a en main.

Présentation de l’éditeur : « La case, maison des personnages de bande dessinée, n’aura jamais aussi bien porté l’ambiguïté de son nom… Victor Hussenot se joue et déjoue les codes, triture l’espace, pousse les cases, les détruit, les étire, joue avec les cadres – ceux des cases comme ceux, plus vastes, de la narration. Ses personnages, au travers d’histoires qui ne semblent pas (à première vue du moins) connectées les unes aux autres, se font acteurs de la bande dessinée, constructeurs de cases, créant et détruisant au gré de l’imagination de leur auteur leurs propres prisons. Un jeu subtil, sur le fond et sur la forme, une réflexion sur les doubles sens – dans tous les sens. »

Un album drôle, simple en apparence car permettre au lecteur de ressentir ce vent de liberté qui envahit les personnages relève de l’ingéniosité. Les personnages se laissent aller. Les planches sont leur maison, ils y sont bien, d’autant qu’ils se sont désormais affranchis des cases qui les enfermaient, qui les empêchaient de voir la ligne d’horizon et de prendre leur aise. Ponctuellement, certains y retournent, comme si l’idée d’avoir un territoire à soi les rassurait. Ils jouent, se battent, se poursuivent. Ils s’inventent à chaque instant une histoire ou un défi. Il y a toute une tribu de personnages qui grouille dans ces pages. On ne sait rien d’eux excepté la manière dont ils interagissent et parfois Inattendue est la chute, souvent car souvent imprévisible. Surprenant sont ses personnages qui provoquent le rire du lecteur.

Plus qu’une recherche, Victor Hussenot propose une réflexion sur l’utilisation de l’espace et des codes de l’art séquentiel. « La Casa » est son premier album pourtant il y a là une maîtrise du medium qui impressionne. Un sens du cadrage, de l’utilisation de l’espace comme de l’humour. Des personnages éphémères cohabitent avec des individus qui reviendront à plusieurs moments de l’album pour acheminer une case d’un point A à un point B, pour se venger d’une escarmouche, regarder un autre personnage se prendre les pieds dans le tapis ou faire les frais des expérimentations diverses et variées de l’auteur.

Une interview que Victor Hussenot avait accordée au webzine Du9 en mai 2014 a été actualisée et intégrée dans un dossier inséré à la fin de l’album. Pour le lecteur, c’est l’occasion de découvrir la démarche de cet artiste et de donner sens au travail artistique qu’il vient de lire. C’est aussi une réelle invitation à découvrir ses autres ouvrages. Le concernant, vous pouvez d’ailleurs fureter sur son blog mais aussi sur différents espaces comme GrandPapier qui propose des extraits de certains de ses albums.

PictoOKAlbum amusant et ingénieux qui devrait plaire aux curieux.

la-bd-de-la-semaine-150x150La BD de la semaine est aujourd’hui accueillie par Moka !

La Casa

One shot

Editeur : Warum

Dessinateur / Scénariste : Victor HUSSENOT

Dépôt légal : novembre 2016

108 pages, 20 euros, ISBN : 9782365352543

Bulles bulles bulles…

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La Casa – Hussenot © Warum – 2016

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21 commentaires sur « La Casa (Hussenot) »

    1. Très sympa, une bouffée d’air. C’est plein d’humour, on a tout loisir de scruter les cases sans avoir l’impression de devoir emmagasiner des tonnes d’info pourtant, il y a plein de choses qui se passent. Un sacré boulot !

      Aimé par 1 personne

    1. Oh oui « Ici »… mmhhhh, hâte de connaître ton avis. Spécial, tu verras mais je n’en dis pas plus :mrgreen: Faut s’accrocher par contre, les premières pages ne sont pas forcément évidentes 😉

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    1. Merci Bouma. J’ai bien envie de poursuivre en tout cas. J’avais également repéré « Les Spectateurs ». En ce qui concerne l’album que tu cites, il y a une paire de lunettes (un verre bleu, un verre rouge) fournie avec l’album ?

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