L’Entrevue (Fior)

Fior © Futuropolis – 2013
Fior © Futuropolis – 2013

Raniero, la cinquantaine, psychologue pour qui son couple bat de l’aile.

Alors qu’un soir, il roule tranquillement sur les routes de campagne pour rentrer chez lui, il est surpris par l’angle d’un virage. Suite à l’accident, la voiture n’est plus en état de fonctionner mais lui est quitte pour le port de la minerve pendant une semaine. Une semaine bien agitée d’ailleurs puisque suite à cet incident, Raniero se fait passer à tabac lors du cambriolage de sa maison et subit la rupture conjugale imposée par sa femme. Dans ce laps de temps, il débute le suivi thérapeutique de Dora, une jeune patiente de 21 ans, hospitalisée de force par ses parents en raison de ses choix de vie qu’ils jugent amoraux (elle est adepte de la Nouvelle Convention qui se base sur le principe de la non-exclusivité du partenaire). Troublante jeune femme qui assume totalement ses convictions. Elle dit être sujette à des hallucinations auditives et parle à cœur ouvert des contacts télépathiques qu’elle entretiendrait avec des civilisations extraterrestres…

Un nouvel album de Manuele Fior fait l’effet d’une petite secousse dans le paysage de la bande dessinée. Né en 1975, il n’est plus nécessaire de présenter cet auteur récompensé en 2011 pour son travail sur Cinq mille kilomètres par seconde. Chacun de ses albums permet aux lecteurs de s’immiscer, l’espace d’une centaine de planches, dans des univers passionnants à l’instar d’Icarus ou de Mademoiselle Else.

L’entrevue ne déroge pas à cette règle et le lecteur trouve rapidement sa place dans cette histoire intemporelle. On se perd délicieusement entre passé, présent et futur. On doute : est-ce un rêve ou est-ce la réalité ? Mais il semble difficile de perdre pied tant le personnage principal nous tient la main avec une fermeté assurée.

Chaque élément narratif, chaque détail graphique est propice au voyage. Le lecteur s’approprie peu à peu cet univers qui l’installe en douceur dans une société futuriste. On tâtonne : qu’est-il advenu par le passé ? Catastrophe naturelle ? Nucléaire ? Révolution ? Libération des mœurs ?… mais c’est avec une facilité déconcertante que l’on trouve finalement nos repères dans ce monde en effervescence. On a plaisir à comprendre les codes de cette société en plein émoi, à imaginer les causes et les conséquences de la mutation qui opère. Cela intrigue le lecteur à deux niveau : le lecteur est intrigué puisque son trouble est entretenu en permanence (c’est l’effet découverte) et cela rend la lecture captivante.

Fior © Futuropolis – 2013
Fior © Futuropolis – 2013

L’histoire repose entièrement sur la présence des deux personnages principaux : le psychologue et sa patiente. Lui se dévoilera sans trop de pudeur sous nos regards attentifs alors qu’elle, plus extravertie en apparence, sera plus farouche et plus méticuleuse dans l’effeuillage de sa psyché. Alors que tout les sépare (génération, situation sociale, vie de couple…), les passages durant lesquels ces deux individus se côtoient donnent lieu à une ambiance harmonieuse, sereine… comme si tout était à sa place.

Enfin, Manuele Fior propose cette fois un univers exempt de couleurs. Lavis, aplats et crayons gras créent une atmosphère riche et délicate qui retranscrit les émotions des personnages et emporte le lecteur dans cette intrigante romance.

Une lecture que je partage avec Mango

Logo BD Mango Noir

PictoOKPictoOKCharmée par la poésie contenue dans cette histoire, séduite par le duo de personnages et fascinée par ce monde légèrement futuriste ! Très bel ouvrage dont je vous recommande la lecture. Il m’a souvent rappelé une ambiance que j’avais déjà fort appréciée dans Les derniers jours d’un immortel (one shot de Fabien Vehlmann & Gwen de Bonneval).

Quelques planches dissimulées çà et là sur le site de Manuele Fior.

Les chroniques de Marie Rameau, A chacun sa lettre, Cristie.

Extraits :

« Que serions-nous s’il ne nous restait même pas les rêves ? » (L’entrevue).

« Je n’ai plus envie de voir personne. Sauf vous. Même quand je suis seule, je sens que votre regard me rejoint. Il m’arrive par vagues, de plus en plus fortes. Comme une marée de douceur infinie. Il passe à travers les murs et je reste désarmée, paralysée, en attendant la vague suivante » (L’entrevue).

L’entrevue

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Manuele FIOR

Dépôt légal : avril 2013

ISBN : 978-2-7548-0583-4

Bulles bulles bulles…

La preview sur Digibidi.

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L’entrevue – Fior © Futuropolis – 2013

30 commentaires sur « L’Entrevue (Fior) »

  1. Je pense que l’impression de naviguer en permanence entre rêve et réalité me gênerait beaucoup. J’ai du mal avec ce genre d’univers (même si à la lecture de Philémon, je me rends compte que je peux aussi apprécier ce type de récit). De toute façon, quand tu lèves deux pouces, je note, c’est un réflexe quasi automatique^^

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    1. Cette impression de flottement ne dure qu’un moment. C’est un passage nécessaire au lecteur pour se repérer et comprendre l’univers. Ensuite, on se laisse porter 😉 Relis la chronique que Cristie a partagé la semaine dernière ^^ 😉

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    1. « Cinq mille kilomètres par seconde » est vraiment très différent. Je l’avais également apprécié
      Celui-ci développe une ambiance totalement différente. Cependant, le dénouement risque de déstabiliser certains lecteurs ^^

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    1. Manuele Fior me surprend à chaque fois. Je n’arrive pas à l’ancrer dans un style ou un genre, il me fascine. J’ai toutefois une préférence pour le travail graphique qu’il avait réalisé à l’occasion de Cinq mile km par seconde mais la trame narrative qu’il a réalisé à cette occasion divise les lecteurs. On aime ou on n’aime pas, il n’y a aucune autre alternative

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    1. Cinq mille km l’était aussi ^^ Enfin, j’avais succombé quoi 🙂
      Celui-ci est vraiment différent, difficile de faire le parallèle entre les deux

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  2. j’ai bien aimé cet album mais sans être un coup de coeur tout de même, du coup j’ai refilé l’album à une de mes collegues qui a eu le meme ressenti que toi!

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    1. Mon homme l’a lu également. Le dénouement l’a pris au dépourvu et je pense qu’il aurait pris davantage de plaisir si l’auteur n’avait pas choisit de nous laisser complètement libre d’imaginer ce qu’il y a lieu d’imaginer. Quant à moi, cette fin surprenante me convient (finalement) très bien ^^

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    1. Si tu y parviens !! Ma lecture de « Cinq mille km… » remonte peut-être un peu mais je n’ai trouvé aucun point commun si ce n’est la présence d’une romance

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  3. La couverture me rebute un peu… Je ne sais pas trop pourquoi d’ailleurs… Mais il va définitivement falloir que je le lise. Ainsi que 5000 kilomètres par seconde, qui lui en revanche me tente bien plus 🙂

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    1. Le faciès de Dora (héroïne de L’Entrevue) est assez particulier je dois dire. J’étais un peu sceptique quant à ce que j’allais découvrir et puis je me suis laissée surprendre ^^

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  4. C’est vrai que la couverture est un peu particulière… par contre, le travail graphique me plaît beaucoup. C’est détonnant ce changement radical par rapport à son dernier livre. Il y avait plein de couleur, et notamment sur les passages aux teintes ensoleillées de l’Italie. Et là, on a un pur album en nuances de gris.
    Je pense que je vais me laisser tenter.

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    1. Je trouve la couverture très particulière. Avec une telle « devanture », je reconnais que si cela n’avait pas été Fior, je n’aurai pas été tentée de regarder ce qu’il y a à l’intérieur. Ensuite, une fois que tu es « dedans, c’est très abouti. A ne pas lire en présence d’enfants par contre, car certains visuels sont un peu… érotiques ^^ Et le dessin est explicite donc le parent n’a même pas la possibilité de louvoyer dans l’explication qu’il donne à son enfant ^^

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        1. Ahh… le grand bonheur des « Pourquoi ? » ^^ Je suis à la fois très fière que mes enfants soient curieux de tout et à la fois un peu dépitée d’être toujours prise au dépourvu par leurs incessantes questions. Mais je dois être un peu sado-maso sur les bord car j’ai acheté le « Kididoc des combien » à Petit Hulk qui leur donne plein d’idées de NOUVELLES questions !!!!! Alors ça fait : « combien de cheveux a-t-on sur la tête », « Combien mesure le jet de la baleine », « Combien de fois cligne-t-on des yeux en une minute ? »… Alors certes, les réponses sont dans le livre mais le problème, c’est que je n’ai pas encore eu le temps de les retenir ^^

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        2. Il est très possible que les premiers échanges m’amusent… mais qu’à la longue ils m’épuisent 😛
          Enfin, nous n’y sommes pas encore. Pour l’instant il faudrait qu’elle arrive à articuler d’autres mots que papa-maman-caca !

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