Chroniks Expresss #16

Retour rapide des lectures de janvier qui n’ont pas fait l’objet d’un article :

BD :

Dol (P. Squarzoni ; Ed. Les Requins Marteaux, 2006), Urban #3 (L. Brunschwig & R. Ricci ; Ed. Futuropolis, 2014), La Revue dessinée #3 (2014)

Romans :

Lambeaux (C. Juliet ; Ed. Gallimard, 1997), L’Extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea (R. Puértolas ; Ed. Le Dilettante, 2013)

Bandes dessinées

Dol

Squarzoni © Les Requins Marteaux – 2006
Squarzoni © Les Requins Marteaux – 2006

Cet album a initialement été édité par Les Requins Marteaux en 2006. Suite à la parution de Saison brune en 2012, Dol a été réédité… mais chez Delcourt… Sachant les deux albums sont imbriqués puisque c’est le travail d’investigation que Philippe Squarzoni a mené pour réaliser Dol qui l’a conduit à s’intéresser à la question du réchauffement climatique (qu’il traitera dans Saison brune).

De quoi parle Dol ? « En 2007, Philippe Squarzoni s’attaque à dresser un bilan des politiques menées par Raffarin, bilan qui lui permet de pointer les dérives d’une société libérale qui n’ont cessé de s’accentuer depuis lors. Tout y est minutieusement analysé : les « réformes », des retraites à la santé, l’éducation, le chômage… Et, bien sûr, la politique sécuritaire de Sarkozy et le relais médiatique dont elle a bénéficié » (synopsis Delcourt).

Un reportage sans concession, exit la langue de bois, la question des magouilles politiques est traitée de façon frontale. Philippe Squarzoni appuie ses propos sur des éléments factuels qu’il déplie de façon chronologique. Raffarin, Sarkozy… et toute la belle brochette de nos hommes politiques y passe, tout comme l’attirail de pirouettes qu’ils s’évertuent à réaliser pour maquiller leur hypocrisie. Le problème, c’est que plus personne n’est dupe… Mais ça ne fait pas de mal de plonger dans ce genre d’ouvrage pour se remettre les événements en mémoire.

Le problème ? Un enfant toutes les trois secondes qui meurt à cause de la pauvreté. 100.000 personnes qui meurent chaque jour de famine ou d’épidémie sur une planète où 20% de la population consomme 70% des ressources matérielles… et détient plus de 90% des richesses ! Le problème c’est 2 milliards et demi de personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté. 260 millions d’enfants exploités au travail et 3 personnes qui possèdent une fortune supérieure au PIB des 48 pays les plus pauvres du monde.

PictomouiA lire, si ce n’est pas déjà fait… juste histoire de se remettre un peu les idées en place. En revanche, j’ai déploré le côté un peu indigeste de l’ensemble.

La chronique de David.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Titre en un seul mot

PetitBac2015

Urban #3

Brunschwig - Ricci © Futuropolis – 2014
Brunschwig – Ricci © Futuropolis – 2014

Après l’explosion à laquelle nous avons assisté dans les dernières pages du tome 2, nous découvrons l’ampleur des dégâts. Cet incident a causé une panne générale d’électricité, laissant Monplaisir sans yeux (caméras), sans oreilles (micros) et sans voix. Comment A.L.I.C.E. et Springy vont expliquer la situation aux milliers de vacanciers de Monplaisir et ainsi éviter que la panique se déverse dans les rues de la Cité du plaisir ?

Luc Brunschwig développe son scénario avec poigne. Quand à Roberto Ricci, il continue à nous faire profiter d’une ambiance graphique absolument sublime. Il faut bien peu de pages pour reprendre le fil de cette lecture et replonger dans l’univers si atypique de la série. On croit avoir assisté au chant du cygne de ce système hyper-médiatique mais les rebondissements vont nous amener encore plus loin dans le cynisme et l’hypocrisie dont peut faire preuve une organisation.

PictoOKUn système subversif et malveillant, dont la capacité à manipuler l’opinion publique est réelle. A lire… et j’attends la suite de la série avec impatience.

La Revue Dessinée, numéro 3

LRD #3 - Printemps 2014
LRD #3 – Printemps 2014

Sorti au Printemps 2014, ce troisième numéro de La Revue confirme le sérieux de l’équipe de rédaction. Le choix des duos (un journaliste & un auteur de BD) est toujours aussi pertinent, tout comme le choix des sujets.

Ce numéro propose notamment un reportage sur le fléau que représente la Lucilie bouchère (une mouche carnivore) capable de décimer des troupeaux en un temps record, un documentaire sur l’histoire de la guillotine, une enquête sur le Front national ou encore le dernier volet de l’enquête de Sylvain Lapoix et Daniel Blancou sur les énergies extrêmes.

Bref, ces travaux méritent réellement que l’on se penche dessus. Amateur ou non de BD reportage, lisez un numéro… je pense qu’il devrait suffire à vous convaincre de vous abonner.

PictoOKCouverture de ce troisième volet réalisée par Lorenzo Mattotti. Un aperçu des premiers numéros de la Revue sur ce blog : numéro 1, numéro 2.

Romans

Lambeaux

Juliet © Gallimard - 1997
Juliet © Gallimard – 1997

« Dans cet ouvrage, l’auteur a voulu célébrer ses deux mères : l’esseulée et la vaillante, l’étouffée et la valeureuse, la jetée-dans-la-fosse et la toute-donnée. La première, celle qui lui a donné le jour, une paysanne, à la suite d’un amour malheureux, d’un mariage qui l’a déçue, puis quatre maternités rapprochées, a sombré dans une profonde dépression. Hospitalisée un mois après la naissance de son dernier enfant, elle est morte huit ans plus tard dans d’atroces conditions.
La seconde, mère d’une famille nombreuse, elle aussi paysanne, a recueilli cet enfant et l’a élevé comme s’il avait été son fils.
Après avoir évoqué ces deux émouvantes figures, l’auteur relate succinctement son parcours. Ce faisant, il nous raconte la naissance à soi-même d’un homme qui est parvenu à triompher de la «détresse impensable» dont il était prisonnier. Voilà pourquoi Lambeaux est avant tout un livre d’espoir » (synopsis éditeur).

Charles Juliet propose ici deux nouvelles qui s’enchevêtrent délicatement. A l’instar des deux personnages principaux (un pour chaque nouvelle), la seconde histoire a besoin de la première pour naître. Elle vient ainsi combler les vides laissés vacants par le narrateur et raconte l’histoire du fils après que nous ayons découvert celle de sa mère (biologique). Nous couvrons une période d’environ un siècle au travers de cette généalogie peu commune.

La mère, une femme forte, intelligente et ambitieuse, est originaire d’une famille de paysans frustres. Du fait de son statut social, elle n’aura pas la possibilité (et encore moins les moyens) d’atteindre son idéal de vie : accéder à des études supérieure, s’installer en ville, fonder une famille avec un mari aimant. Pire encore, elle s’échine aux travaux domestiques dans l’espoir d’oublier sa peine et reproduit presque à l’identique le modèle familial qu’elle avait pourtant tant décrié. A mesure que les années passent, elle sombre dans la dépression. Et puisqu’elle n’est plus en mesure de s’occuper de ses cinq enfants, ceux-ci seront placés dans les familles avoisinantes. Pourtant, elle a pu profiter de quelques rares instants de félicité, comme lors de cette trop courte scolarité qui s’est abruptement terminée à l’obtention de son certificat d’études primaires ; bien qu’elle fut major de promo, ses parents n’ont jamais envisagé qu’elle poursuive ses études, l’enfant étant plus utile à la ferme que sur les bancs d’une classe. Il y eut aussi cette complicité rare avec ses trois jeunes sœurs ; étant l’aînée, elle a eu la lourde responsabilité de s’occuper de la fratrie. Avec bienveillance, elle a mené à bien cette tâche maternelle et permis aux plus jeunes de profiter d’un amour tendre que leurs parents étaient incapables de donner. Enfin, il y eu cette rencontre avec un jeune homme venu séjourner temporairement dans la région ; leurs rencontres dominicales lui ont permis de découvrir les sentiments amoureux. Plus tard, elle se mariera avec un autre. De cette union, cinq enfants viendront au monde.

La seconde nouvelle nous permet de connaître le benjamin de la fratrie. Placé provisoirement chez une nourrice – dans l’attente de trouver une institution qui accepte de le prendre en charge, l’enfant aura la chance d’être finalement adopté par cette famille d’accueil. Il grandit dans une famille aimante mais soumise à la même réalité économique que la famille de sa mère. Les enfants quittent donc très tôt le cursus scolaire et viennent ainsi aider les parents à la ferme. Compte tenu des événements qui ont émaillé sa petite enfance, le garçon souffre d’une problématique abandonnique assez marquée. Afin de soutenir financièrement sa famille, il s’engage dans l’Armée. Loin des siens, il doit d’abord canaliser ses angoisses liées à l’éloignement. Il doit également se plier aux contraintes de cette vie de garnison. Il s’efface devant l’agressivité de ses chefs dans l’espoir de ne pas attirer leur courroux. Il parvient à lier des amitiés fortes. Pour lui, l’Armée sera finalement un tremplin qui lui permettra de trouver sa voie, son autonomie… sa liberté d’être et de penser. Cet homme, c’est Charles Juliet.

PictoOKPictoOKUn roman écrit avec beaucoup de tendresse et de pudeur. Un roman écrit avec les tripes. Un roman qui remue et dans lequel les peines vécues touchent le lecteur de plein fouet. Et contre toute attente, un roman plein d’espoir. Le « tu » employés tout au long de ce recueil permet d’avoir une proximité certaine avec les protagonistes. L’auteur parle finalement à ses deux mères (biologique et adoptive), l’auteur s’adresse à lui-même et pose un regard ému sur son parcours.

La chronique de Sabine.

Extraits :

« (…) tu pénètres dans un monde autre, deviens une autre petite fille, et instantanément, tu oublies tout du village et de la ferme. Ce qui constitues ton univers – le maître, les cahiers et les livres, le tableau noir, l’odeur de la craie, les cartes de géographie, ton plumier et ton cartable, cette blouse noire trop longue que tu ne portes que les jours de classe – tu le vénères » (Lambeaux).

« Tu voudrais rencontrer en toi la terre ferme de quelque certitude, et tu n’y trouves au contraire que sables mouvants (Lambeaux).

« L’existence ne présente pas grand intérêt lorsqu’on n’a pour but que soi-même » (Lambeaux).

« Te connaître. Susciter en toi une mutation. Et par cela même, repousser tes limites, trancher tes entraves, te désapproprier de toi-même tout en te construisant un visage. Créer ainsi les conditions d’une vie plus vaste, plus haute, plus libre. Celle qui octroie ces instants où goûter à l’absolu » (Lambeaux).

L’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Puértolas © Le Dilettante
Puértolas © Le Dilettante

Le court séjour à Paris du fakir Ajatashatru Lavash (sur les conseils de l’auteur, prononcez « attache ta charrue, la vache » ou « achète un chat roux, la vache ») n’a d’autre fin que celle d’aller acheter un lit à clou à Ikea.

« Ikea, c’est un peu sa grotte de Lourdes à lui ».

Sitôt descendu de l’avion, il saute donc dans un taxi et lui demande de le conduire à Ikea. Arrivé sur place, il roule le chauffeur en le payant à l’aide d’un faux billet. Etre fakir, c’est être maître dans l’art de l’illusion… voler les gens pour servir son propre intérêt. Le problème, c’est que ce chauffeur de taxi est gitan… et qu’il n’apprécie absolument pas de trouver plus roublard que lui.

Qu’à cela ne tienne, voilà notre bon fakir en train de déambuler dans les allées du magasin de prêt-à-monter. Après avoir réservé son lit à clous qu’il pourra retirer le lendemain, il fait la connaissance de Marie au self du magasin. Un nouveau tour de passe-passe et la jeune femme lui offre le repas. Plus tard, au moment où les clients doivent quitter les lieux, Ajatashatru se glisse sous un lit pour attendre la fermeture. Après tout, il n’a qu’un faux billet de 100 euros en poche, pas de quoi se payer l’hôtel ni le taxi, alors autant rester sur place. Mais lorsque les salariés du magasin arrivent pour mettre en place la nouvelle collection, le fakir n’a d’autre choix que de se cacher dans une armoire métallique. Manque de chance, cette armoire est destinée à un autre magasin et, pour des raisons précises, elle ne sera pas démontée mais exportée telle quelle dans une grande caisse en bois. Malgré lui, le fakir se retrouve à faire route vers l’Angleterre. Et ce n’est là que le début d’un long périple…

« Et à part ça, vous avez des plans pour la soirée ? A quelle heure part votre prochaine armoire ? »

Romain Puértolas imagine la vie d’un homme fourbe, manipulateur et foncièrement égoïste. Au hasard des événements qui s’imposent à lui, il va de rencontre en rencontre et s’ouvre progressivement à l’autre. Le fakir n’a pas le temps de visiter les villes où il pose les pieds en revanche, il va lier des amitiés sincères, prendre conscience qu’il y a des gens qui tendent spontanément la main à quelqu’un qui est en difficulté. Il découvre la bienveillance. L’homme ne sera donc pas forcément un loup pour l’homme ?

« Mais même les plus forts devenaient, hors de chez eux, des hommes vulnérables, des animaux battus au regard mort, les yeux pleins d’étoiles éteintes ».

Outre cette dimension d’humanité que l’auteur se plait à développer, il s’arrêtera également sur des sujets plus sensibles : l’émigration, le capitalisme, la clandestinité, le show-business, la malveillance, le choc de cultures…

PictoOKJe n’ai pas compris pourquoi ce roman s’est retrouvé à caracoler en tête des ventes au moment de sa sortie. Pourtant, j’ai apprécié cette lecture. Divertissante voire distrayante, l’humour et la dérision employés ici permettent au récit de ne jamais virer dans le mélodrame. Au passage, on assiste à un réel changement d’attitude de la part du personnage principal qui, fort de cette expérience, pose un regard différent sur ceux qui l’entourent. Une aventure rocambolesque qui se termine forcément en happy-end mais après tout… ça ne fait pas de mal.

La fiche de présentation de l’éditeur et les nombreuses critiques sur Babelio.

Extrait :

« Pour quelqu’un venant d’un pays occidental de tendance démocratique, monsieur Ikea avait développé un concept commercial pour le moins insolite : la visite forcée de son magasin. Ainsi, s’il voulait accéder au libre-service situé au rez-de-chaussée, le client était obligé de monter au premier étage, emprunter un gigantesque et interminable couloir qui serpentait entre des chambres, des salons et des cuisines témoins tous plus beaux les uns que les autres, passer devant un restaurant alléchant, (…) puis redescendre à la section vente pour enfin pouvoir réaliser ses achats. En gros, une personne venue acheter trois vis et deux boulons repartait quatre heures après avec une cuisine équipée et une bonne indigestion » (L’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Objet : Armoire

PetitBac2015

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7 commentaires sur « Chroniks Expresss #16 »

    1. Marilyne et Sabine m’ont donné quelques pistes pour poursuivre la découverte de Charles Juliet. J’aime beaucoup son écriture.
      Pour la LRD, j’apprécie toujours autant même si, là aussi, j’ai pris du retard. Je suis seulement dans la lecture du quatrième numéro avec déjà un documentaire intéressant sur la Grèce ; les 5 et 6 sont pourtant dans ma PAL, pas certaine d’être à jour au moment de la parution du numéro 7 au printemps ^^

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  1. Pour « L’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea », c’est marrant cette tendances des dernières années à avoir des titres à rallonge. Je viens de lire « La fabuleux destin d’une vache qui ne voulait pas finir en steak haché » (traduction très subtile de « . On finit par croire que c’est le même auteur 🙂

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    1. ^_^
      Je me posais la question de savoir si j’allais lire « La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel »… et là pour le coup, c’est du Puértolas :mrgreen:

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